National 3Groupe E

Le FC Gueugnon se forge un nouvel avenir

27/04/2018 à 16:29

Une saison 1995-1996 vécue en D1, une fabuleuse épopée en coupe de la Ligue conclue par une victoire en finale face au PSG au Stade de France en 2000, une historique double confrontation en coupe de l'UEFA l'année suivante : le FC Gueugnon a marqué de son empreinte le foot français. Avant de chuter. Durement. Et de se relever. Doucement. Le monde professionnel n'est qu'un lointain souvenir. Les Forgerons souhaitent avant-tout s’extirper du N3.

Dix ans. Ça fera dix ans à la fin de cette saison que le FC Gueugnon a quitté la Ligue 2. Et en dix années, les Forgerons ont traversé bien des épreuves. Le genre d’épreuves qui peuvent rayer un club du paysage footballistique. Un club situé dans une ville d’environ 7 500 habitants qui a une longue histoire et plusieurs hauts faits. Né le 15 septembre 1940 d’une fusion entre l’AS Gueugnon et l’AS Foch, le FCG se fait rapidement une place chez les amateurs en devenant champion de France en 1947 face à l’Arago d’Orléans puis en 1952 au stade Jean-Laville, aux dépens des Girondins de Bordeaux. « Amputé de certains joueurs en raison des évènements en Algérie, le FCG termine avant-dernier de sa poule en 1955-1956 et sera relégué en division honneur de Bourgogne. Il retrouvera sa place en championnat de France amateur l’année suivante », relate le site Glorieux FCG, tenu par l’Amicale des Anciens.

« Le matin, je travaillais, et l’après-midi, je m’entraînais »

En 1970, le club obtient le droit d’évoluer en National, future Division 2, future Ligue 2. Lors de la saison 1978-1979 précédant leurs 40 ans d’existence, les Gueugnonnais vont glaner le titre de champion de France de D2. Et éliminer l’AS Saint-Etienne en huitième de finale de la coupe de France. Rien que ça. « Je suis arrivé au club en 1973. J’étais prêté par Lyon à Besançon en D2 l’année d’avant. A Gueugnon, il y avait la possibilité de se former à un métier. Le matin, je travaillais, et l’après-midi, je m’entraînais, explique Guy Clopin (67 ans), ancien ailier qui a ensuite exercé dans les métiers des ressources humaines aux forges. On avait une équipe qui vivait depuis longtemps ensemble. On était en fin de carrière. » Mais le titre de champion ne permet pas à la formation alors entraînée par Casimir Nowotarski d’intégrer l’élite du foot français. « On était un club amateur avec des structures de semi-pros. On n’avait pas le statut pro donc on ne pouvait pas jouer en D1. C’était une petite déception quand même. Le club n’a pas franchi le pas. Je pense que ça a été une erreur », rappelle l’homme toujours impliqué dans le club en tant que dirigeant.

Après plus de quinze années passées dans l’antichambre de la D1, le FC Gueugnon écrit une nouvelle ligne à son palmarès au cours d’un historique exercice 1994-1995 ponctué, au terme de la quarante-deuxième et ultime journée, d’un billet pour l’élite. « L’équipe de Roland Gransart a joué 42 matches, en a gagné 24, perdu 10 et fait 8 nuls. Pourtant le suspense dura jusqu’au dernier match, le 31 mai 1995, où Gueugnon avait obligation de s’imposer à Jean-Laville pour obtenir son accession. Cela fut fait avec un 2 à 0 contre le Red Star. Le stade et la ville étaient en liesse », rapporte le site Glorieux FCG.

Le PSG à terre

La D1, les Jaune et Bleu ne l’a fréquenteront qu’un an. Alors que l’AJ Auxerre est sacrée et que Zinédine Zidane est élu meilleur joueur du championnat 1995-1996, Gueugnon (18e) redescend en D2 à cause d’un point de moins que Lille (17e). Quatre ans plus tard, l’équipe dirigée désormais par Alex Dupont va connaître la gloire. Cinquième de son championnat, vainqueur à Marseille en coupe de France, elle va surtout faire tomber le PSG en finale de la coupe de la Ligue, le 22 avril 2000, au Stade de France ! Inoubliable. Les coéquipiers du capitaine Amara Traoré vont réaliser l’impensable face à Dominique Casagrande, Ali Benarbia, Jay-Jay Okocha et consorts dauphins de Monaco cette année-là. Buteurs, Marcello Trapasso (65e) et Sylvain Flauto (90e) vont rendre fière toute une région. Auteur d’une prestation XXL, le gardien Richard Trivino se souvient : « C’est la seule défaite du PSG en finale de la coupe de la Ligue. Les images que je garde ? La joie des supporters dans le stade puis le stade Jean-Laville plein. J’aurais préféré être là-bas car j’ai vécu ça à distance, j’étais à Stade 2 et Téléfoot le lendemain. Je me rappelle aussi qu’on s’est retrouvé pour la collation d’avant-match et Amara Traoré, mon père spirituel, a demandé ce qu’on allait donner en primes à ceux qui n’étaient pas là. Il était sûr qu’on allait gagner. Cette finale, je pense que si on la joue dix fois, on la perd neuf fois. C’était incroyable. » Incroyable comme le transfert, quelques semaines plus tard, du défenseur Sylvain Distin au PSG, son club formateur qui ne l’avait pas conservé trois ans plus tôt.

L’Europe

Les années 2000 commencent fort. Gueugnon dispute même la coupe de l’UEFA tombant de peu devant l’Iraklis Salonique (0-0 à l’aller, défaite 1-0 au retour). Les Forgerons, souvent bien placés en championnat, n’accrochent pas les positions synonymes de montée en D1. Après une première alerte en 2003-2004 et un maintien acquis de justesse, les Forgerons tombent en National en 2008. Leur troisième relégation en 68 ans d’existence. Le coup est rude. Le club phare de la Saône-et-Loire conclut l’exercice 2008-2009 au dixième rang du troisième niveau national. La suite ? L’arrivée d’un international français comme joueur et repreneur. Tony Vairelles, accompagné de plusieurs membres de sa famille, prennent les affaires du FCG en main. Maintenu en National sportivement, le club est relégué administrativement par la DNCG un an plus tard. Puis se sauve finalement car les dettes sont effacées. Avant de replonger définitivement.

« J’ai vu arriver cette descente. Je suis arrivé en tant que partenaire vers 2002, 2003, souligne Bernard Canard, entrepreneur local devenu président du FC Gueugnon en 2011. Il y a eu des mauvais choix, des conflits de personnes. Tout le monde s’est renvoyé la balle et attendait que l’autre mette de l’argent en premier. » « J’ai demandé une subvention exceptionnelle au conseil régional. On m’a parlé à ce moment-là de 500 000 €, c’est devenu ensuite 235 000. Au 1er mars, tout compris, j’avais touché 23 500 € ! », déclarait Tony Vairelles, dans les colonnes de L’Est Républicain, en mars 2011. « La famille Vairelles n’est pas à 100% responsable. Certains ont savonné la planche », ajoute Richard Trivino (40 ans), revenu au sein de son club de cœur en tant que joueur avant d’endosser le rôle de responsable sportif occupé auparavant par Guy Clopin. « J’étais à Créteil, en National, et je m’étais toujours dit que je déciderais quand arrêter ma carrière. Mon épouse a trouvé un CDI sur Gueugnon. Il me restait un an de contrat et j’ai demandé au club de casser mon contrat. J’aurais pu rester au club profiter du système mais je ne suis pas comme ça. Gueugnon était en DH. Avec Eric Boniface et Philippe Correia (actuel entraîneur) on s’est dit pourquoi ne pas aller aider Gueugnon à monter en CFA2. J’ai toujours suivi les résultats du club et ça me faisait mal au cœur. On a réussi au bout de la première année (2012-2013). »

Reconstruction

« Il a fallu se battre pour garder les droits sportifs. Le conseil fédéral nous avait rétrogradés en PH. On a finalement eu gain de cause pour repartir en DH (2011-2012). On est reparti de rien. Les partenaires étaient tous partis les uns après les autres. Dans un premier temps, j’avais refusé de prendre la présidence. Puis j’ai accepté en juillet 2011. Je ne demandais rien. Les anciens m’ont suivi et porté à cette présidence, confie Bernard Canard qui a su fédérer plusieurs partenaires pour remonter un projet. « Les fondations sont solides. L’objectif est de gravir un échelon dans les deux ans. Mais il va falloir que d’autres partenaires viennent nous épauler pour pouvoir aller plus haut (le club dispose d’un budget de 500 000 €). On est propriétaire de notre complexe d’entraînement qui s’étale sur 8 hectares. C’est une charge très lourde. On sait d’où on vient et je veux une gestion saine. Je suis très bien entouré. Administrativement, on est en train de solidifier la structure. »

Le FCG travaille aussi avec des apprentis. Ce qui lui permet de pouvoir recruter des joueurs un peu plus facilement. « On récolte la taxe d’apprentissage. Ce sont des apprentissages dans les métiers du football. On aimerait étendre ça à d’autres métiers », affirme le président. Pour pouvoir aussi élargir le recrutement. « On avait pris des contrats fédéraux la première année en DH car on ne pouvait pas avoir de mutés mais on les a supprimés », note Guy Clopin. « L’arrivée de Richard Trivino a permis d’avoir des joueurs qu’on n’aurait pas pu avoir avant », prolonge Bernard Canard.

« On va y arriver »

Cinquièmes du groupe E de National 3, les Forgerons disputeront samedi un match capital à Besançon où ils devront s’imposer pour garder une chance de rester dans la course à la montée. Amoindrie par une multitude de blessés qui a obligé à Philippe Correia à « bricoler », l’équipe fanion a redressé la barre depuis le mois de janvier. « Le match de samedi est primordial. On s’est donné deux ans pour monter en N2. On va y arriver. Petit à petit. J’en suis persuadé, assure Richard Trivino heureux d’amener son expérience. Je le fais pour le club, pas pour moi. Je ne cherche pas la reconnaissance. » A Gueugnon, au sein de la direction du club et du staff technique, la sagesse prédomine. Sans oublier le passé mais en tenant surtout compte des difficultés du présent.

Charles-Henri Chailloleau

Crédit photos : FC Gueugnon