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Le phénomène Georges Mikautadze décrypté par ses anciens entraîneurs

15/11/2020 à 17:00

72 minutes. C'est le temps qu'il a fallu à Georges Mikautadze (20 ans) pour inscrire un quadruplé dès son premier match en D2 belge avec le RFC Seraing. 11 buts et 8 rencontres plus tard, l'attaquant prêté par le FC Metz caracole en tête du classement des buteurs et continue d’impressionner. Actufoot est parti à la recherche de ses éducateurs pour tenter de mieux cerner le phénomène.

Avant de faire trembler les défenses du plat pays, Georges Mikautadze a effectué la majeure partie de sa formation à Lyon, sa ville natale.

Non-conservé par l’OL, surclassé à l’AS Saint-Priest

Des débuts remarqués au FC Gerland valent au Gone d’origine géorgienne d’intégrer l’Olympique Lyonnais dès l’âge de 7 ans. Un an seulement après avoir signé sa première licence en club, le petit attaquant ne pouvait pas rêver mieux. Pourtant, à ses 14 ans, il n’est pas conservé par le club, qui le juge en retard sur le plan athlétique. C’est à l’AS Saint-Priest, second pourvoyeur de talents régionaux derrière l’OL, qu’il rebondit. Sous ses nouvelles couleurs, il démontre rapidement l’étendue de son talent et intègre le groupe des U17 Nationaux, entraîné par Samir Guemazi. L’éducateur raconte : « Il arrivait des U16 de l’OL et, dès sa première année avec nous, il réalise une superbe saison au poste d’avant-centre en inscrivant 20 buts en 17 matches. De telles statistiques en championnat de France sont révélatrices d’un potentiel. J’ai rarement vu un joueur aussi bon dans la finition. »

« Pas difficile de voir qu’il était au-dessus »

Car Mikautadze est un buteur, un vrai, jamais rassasié devant les cages. Entraîneur des U19 san-priots à l’époque, Lionel Bah se souvient : « Nous faisions une ou deux oppositions par mois avec les U17 Nationaux de Samir. Et c’était simple, Georges marquait à chaque fois. Ce n’était pas difficile de voir qu’il était au-dessus. Donc je l’ai pris avec moi pour la fin de saison, sur les sept ou huit derniers matches. »

Surclassé, il impressionne même ses coéquipiers plus âgés : « A 17 ans, il était en avance sur les autres au niveau des déplacements, de la technique, du jeu sans ballon, de la finition… Ce qui m’a le plus étonné, c’était lors de mes séances spécifiques attaquants le lundi. Les autres joueurs, tous plus âgés, étaient admiratifs de son efficacité. Ce sont des signes qui ne trompent pas » explique Lionel Bah. L’actuel entraîneur de l’équipe-fanion, évoluant en N2, regrette même de ne pas avoir vu le joueur monter chez les grands : « A l’époque les seniors étaient en National 3 et je pense qu’il aurait pu intégrer le groupe pour la fin de saison. C’est le seul regret que j’ai par rapport à sa carrière chez nous. » 

Signature au FC Metz et premières minutes en Ligue 1

Comme une suite logique dans son ascension, il quitte le cocon familial pour s’envoler vers la Moselle et le centre de formation du FC Metz : « Je me rappelle de son arrivée, son coach était Sébastien Tambouret (ndlr : aujourd’hui en charge des U19 à l’OM). Il a eu des difficultés pour s’imposer au début, avec des entrées en jeu où il n’était pas tranchant. » se remémore Bastien Melet, responsable de la catégorie chez les Grenats. « Il n’est plus apparu dans le groupe pendant quelques matchs. Puis, il a refait surface lors d’un match de Gambardella où il a marqué après être entré en cours de jeu. Ce but a été le déclic chez lui et il n’a plus quitté le groupe jusqu’à la fin de saison. » 

« Il ne faut pas croire qu’il marque parce qu’il n’y a personne en face »

L’année suivante, Mikautadze est davantage sollicité par la réserve, ce qui ne l’empêche pas de marquer buts sur buts. Ses bonnes performances en N3 au début de la saison 2019-2020 sont récompensées par une entrée en jeu avec les pros, le 7 décembre 2019 à la 83ème minute d’une rencontre face à l’OGC Nice. Trois jours plus tard, il signe son premier contrat pro d’une durée de trois ans. Noël avant l’heure. S’ensuit alors un prêt au RFC Seraing, promu en Proximus League la saison dernière, où il réalise des débuts tonitruants. Tout sauf une surprise pour Lionel Bah : « Ça ne m’étonne pas qu’il marque autant en Belgique. Je connais un peu la deuxième division pour avoir entraîné le Royal White Star de Bruxelles et, franchement, c’est un bon niveau. Il ne faut pas croire qu’il marque parce qu’il n’y a personne en face, c’est un gamin hyper talentueux qui a su gérer sa probable frustration d’avoir été prêté. »

Un attaquant ultra-complet

Ce qui fait la force de l’attaquant rhodanien ? Son sang-froid et sa polyvalence. Évoquant un joueur « travailleur, d’où sa progression assez impressionnante », Bastien Melet fait le tour de ses (nombreux) points-forts : « Il est rapide (avec ou sans ballon), doué des deux pieds et dispose d’une très grosse frappe de balle. À l’aise sur les coups de pieds arrêtés aussi, avec une technique au-dessus de la moyenne. Il a aussi cette capacité à éliminer son vis à vis dans le 1 contre 1 qui font de lui un joueur déroutant pour ses adversaires. »

« Je le comparais beaucoup à Lacazette à l’époque »

Samir Guemazi confirme : « C’est un attaquant complet. Quand il était chez nous, à l’AS Saint-Priest, il n’avait pas encore terminé sa croissance et manquait peut-être un peu de qualités athlétiques mais son jeu de corps et son intelligence lui permettaient de compenser. Je le comparais beaucoup à Lacazette à l’époque. Il mesure 1m75 et son centre de gravité bas fait que les défenseurs ont beaucoup de mal à lui passer devant. » 

« Le potentiel pour jouer au plus haut niveau »

Lionel Bah abonde dans le même sens : « Depuis que je suis à Saint-Priest, c’est l’un des joueurs qui m’a le plus marqué. Il était tellement facile techniquement et adroit devant le but. Pour l’entraîneur de l’ASSP, pas de doute : « Il a le potentiel pour jouer au plus haut niveau. »

Restés en contact avec le joueur, ses entraîneurs au sein du club Sang & Or de l’est lyonnais n’ont rien loupé de ses récentes performances. Pas surpris, Samir Guemazi complète les propos de son homologue :« Sans être critique, quand je vois le niveau de certains attaquants, je pense que si on lui fait confiance et si on l’entoure bien, tu peux être sûr qu’il te marquera des buts, même en Ligue 1. En tout cas, il mérite mieux qu’une D2 belge, j’espère que ses performances actuelles permettront à des clubs d’ouvrir les yeux, il y a un très bon avant-centre sur le marché. » Le Franco-Géorgien a déjà éveillé l’intérêt de nombreuses écuries en Jupiler League (D1 belge) et en Angleterre. Mais, pour l’instant, c’est le RFC Seraing et le FC Metz qui se frottent les mains.

La saison de Georges Mikautadze en chiffres

15

Le nombre de buts inscrits en 9 matches de Proximus League (dont 1 quadruplé, 2 triplés, 1 doublé). Un chiffre qui fait de lui le meilleur buteur du championnat.

54

Un but inscrit toutes les 54 minutes.

55 %

La part des buts du jeune attaquant dans le total de son équipe (15 sur 27).

13

Le nombre de buts marqués du pied droit (2 du pied gauche).

40 %

La part de ses buts inscrits en seconde mi-temps.

 

 

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