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Léa-Siliki (Rennes) : « Quand on veut quitter un club, il faut sortir par la grande porte »

04/04/2019 à 16:30

De la région parisienne à la Bretagne, James Léa-Siliki a fait le grand écart durant ses années formation. Forgé à jouer la gagne avec le PSG aux côtés des Kimpembe, Moussa Dembelé, Coman et autres Ferland Mendy, le milieu de terrain a appris "l’humilité et le travail" à Guingamp. Aujourd’hui au Stade Rennais, il espère continuer à y creuser son sillon sous les ordres d'un coach, Julien Stéphan, qu'il connaît très bien... Rencontre.

Vous avez tapé vos premiers ballons au RC Gonesse. Quels souvenirs gardez-vous de ces années ?

J’ai commencé à l’âge de 4 ans, j’ai joué 2-3 ans à Gonesse. À l’époque, j’étais surclassé. Je garde de bons souvenirs, on avait une génération forte. On remportait des petits tournois et on rencontrait très souvent le Paris Saint-Germain en finale, à Cergy. Dans l’équipe, il y avait Moussa Dembelé, qui joue à l’Olympique Lyonnais aujoud’hui, et Dylan, devenu joueur amateur. On s’est ensuite tous les 3 retrouvé au PSG…

« La culture de la gagne se développe naturellement dans un club comme le PSG »

Justement, comment avez-vous intégré le club de la capitale, et pourquoi ?

On rencontrait souvent le PSG avec le RC Gonesse. Il me connaissait… Je suis arrivé l’année de mes 7 ans. Quand on est jeune, il y a des choses que l’on remarque comme les équipements par exemple et le PSG est un club prestigieux. J’ai eu la chance d’y aller avec d’autres camarades.

Dans quel état d’esprit êtes-vous arrivé là-bas ?

J’étais un gamin, mais à cet âge on aime déjà gagner, et la culture de la gagne se développe naturellement dans un club comme le PSG, une référence en France. Aussi, pour faire les meilleurs tournois, il fallait être dans les meilleures équipes de jeunes…

Vous avez tissez une relation spéciale avec l’un de vos anciens éducateurs au PSG, Yves Gergaud (voir son interview en fin d’article). Pouvez-vous nous en parler ?

Yves s’est occupé de moi comme si j’étais un peu son fils. Quand mes parents ne pouvaient pas venir me chercher après un match ou un tournoi, je restais avec lui. C’est vraiment quelqu’un qui a compté dans mon parcours. Je le vois encore régulièrement. Je le remercie encore une fois. C’était un coach très exigeant. Il y avait une génération de qualité, beaucoup de joueurs sont passés professionnels et c’est très rare. Il a été juste aussi. Quand il ne me trouvait pas bon, il ne me faisait pas jouer… Alors qu’il était proche de ma famille.

Au PSG, vous avez joué avec Presnel Kimpembe, Moussa Dembelé, Kingsley Coman, Ferland Mendy… Une sacrée génération !

Franchement, c’était une génération de qualité et on ne s’en rendait pas compte. On prenait énormément de plaisir. Ça se ressent aujourd’hui car tout le monde a bien travaillé et connaît aujourd’hui le haut niveau. Nous sommes restés en contact de près ou de loin : on s’appelle de temps en temps, on se revoit parfois en vacances et on se remémore nos anecdotes.

« Je n’ai pas digéré que l’on me fasse attende trop longtemps »

Mais, finalement, le club a décidé de ne pas vous conserver. Comment l’avez-vous vécu ?

Cela a été compliqué, c’est vrai. Un coup c’était « oui », un coup c’était « non ». Ils ont fait durer la chose, j’ai donc décidé de partir, c’était mon choix. Je n’ai pas digéré que l’on me fasse attende trop longtemps et j’avais reçu plusieurs offres…

Malgré tout, le PSG reste votre club de cœur ?

Oui toujours, j’ai grandi avec des frères qui m’ont mis le PSG dans le cœur. J’ai grandi avec cet amour. Mais, je suis actuellement à Rennes et je suis à 100% pour ce club. Je suis un compétiteur et l’année dernière, on a battu Paris et j’étais le plus heureux. Même si c’est un club que j’apprécie énormément.

Lors d’une interview à Onze Mondial vous aviez déclaré : « c’est sûr que j’y retournerai ». Revenir au PSG est une possibilité ?

Oui, forcément car aujourd’hui c’est un club qui grandit et qui va continuer à grandir. Si je reviens, ça voudra dire que j’ai les qualités pour m’imposer et pour jouer.

« À Guingamp, j’ai appris à être un homme »

Vous rejoignez ensuite Guingamp en 2011 pour 3 saisons. Qu’avez-vous appris dans les Côtes-d’Armor ?

J’ai appris d’autres valeurs. Je débarquais du PSG, où la pré-formation est ce qui se fait de mieux en France. À Guingamp, c’était un degré en-dessous mais j’ai appris l’humilité et le travail, des valeurs qui ont une grande place dans ce club. Les premiers mois de mon arrivée en Bretagne, j’en ai fait moins mais j’ai eu la chance de rencontrer des entraîneurs qui m’ont beaucoup aidé, conseillé, encadré. Parfois, l’échange était tendu car je venais de Paris et la culture est différente. Là-bas, j’ai grandi, j’ai appris à être un homme et les valeurs de la vie. Je les remercie, j’ai gardé encore des contacts.

Quel est votre meilleur souvenir de ces années en formation ?

Je dirais les phases finales U17 parce que la saison en National a été très aboutie. Nous sommes rentrés par la petite porte car nous n’étions pas favoris face au PSG, Lyon ou Metz : de gros clubs formateurs. On a réussi à sortir de cette poule en nous imposant sur les 3 matches. En finale, on s’est un peu loupé, mais je garde de supers souvenirs de nos voyages entre autres…

Aujourd’hui, au Stade Rennais tout se passe pour le mieux pour vous ?

Oui, ça se passe, j’ai bien évolué ici. J’y ai découvert le monde pro. J’ai fait une bonne saison 2017-2018 (Ndlr : 32 matches en Ligue 1), cette année est un peu plus compliquée (19 matches en Ligue 1), mais ça permet d’apprendre. J’ai connu la Coupe d’Europe cette saison. La concurrence est dure avec l’arrivée de joueurs de qualité, de niveau européen. Donc j’apprends aussi à leurs côtés. Je joue peut-être un peu moins, mais j’apprends tous les jours.

Quel a été votre sentiment lors de votre première avec les pros, le 28 janvier 2017 contre Nantes en Ligue 1 ?

C’était un jour spécial, ça faisait un petit moment que je m’entraînais avec les pros. C’était un derby et mes parents étaient venus. Beaucoup d’émotions… Lorsque je suis rentré, nous étions mené (Ndlr : score final 1-1) et j’ai fait une entrée correcte, voire bonne. Ça m’a fait plaisir.

« Avec Julien Stéphan la relation est particulière »

Racontez-nous vos relations avec vos coachs successifs Sabri Lamouchi et Julien Stéphan ?

Avec le coach Lamouchi ça s’est bien passé, j’ai enchaîné les matches. Pour cette deuxième saison, c’est un peu plus compliqué. Je ne me cherche pas d’excuses car le premier fautif c’est le joueur. Ça permet de grandir, de voir ce qu’il faut faire et ne pas faire. Prendre de l’expérience, continuer à travailler et emmagasiner. Avec le coach Stephan, la relation est particulière car il m’a toujours suivi au Stade Rennais, même s’il était sur 2 catégories. Lorsqu’il est monté en CFA, je suis monté avec lui. Il est très humain, il dialogue beaucoup.

Dans les années à venir, Rennes peut-il jouer régulièrement les premiers rôles ?

On fait tout pour en tout cas. Rennes essaie de grandir et de se rapprocher du haut du tableau. L’année dernière, on a eu la chance de faire une belle saison et de nous qualifier pour la Coupe d’Europe. Cette saison, nous sommes encore en course. Rien n’est joué, on va prendre les matches les uns après les autres. On va aller chercher une deuxième qualification consécutive.

Le groupe a-t-il nourrit des regrets après l’élimination européenne contre Arsenal ?

Forcément, en tant que compétiteur on a toujours des regrets. Personnellement, je pense qu’on n’a pas fait le match qu’il fallait. Arsenal est un grand d’Europe, c’est une belle équipe, mais nous n’avons pas fait une bonne entame de match, celle-ci nous a porté préjudice. On a pris des buts trop tôt, et c’est à éviter… Maintenant, c’est fait. On a fait le maximum.

« L’ambiance au Roazhon Park lors de la réception d’Arsenal était incroyable »

D’ailleurs, à travers ce parcours européen on a vu un public, toute une ville derrière son équipe. Que représente ce club pour vous ?

C’est un club que j’aime beaucoup, qui ne cesse de grandir. C’est une superbe ville, il y a de quoi s’épanouir et s’y plaire. Le soutien ne fait que croître. L’ambiance lors de la réception d’Arsenal était incroyable. J’ai connu des ambiances mais ce jour-là, c’était incroyable et c’est une image qui restera gravée dans ma mémoire.

Quel est le style de jeu de James Léa-Siliki ?

J’aime bien percuter par la course, par la passe. Je me définis comme un box-to-box.

Quelles sont vos faiblesses ?

Je pense aujourd’hui que rares sont les joueurs qui n’ont rien à améliorer. Défensivement, dans les duels, je peux gratter plus de ballons. Je peux aussi travailler mon jeu de tête.

Avez-vous déjà réfléchi à l’après-Rennes ?

Quand on est footballeur, on réfléchit à un plan de carrière. Aujourd’hui, je ne fais pas la saison que j’aurais aimé faire. Je dois d’abord finir ce que j’ai à accomplir à Rennes. Quand on veut quitter un club il faut sortir par la grande porte et non la petite. C’est ici que j’ai signé mon premier contrat pro, c’est ici que j’ai connu l’Europe. Je dois rendre à Rennes ce qu’il m’a donné.

Quel championnat européen vous attire le plus ?

Je suis tous les championnats. En tant que fan, c’est le championnat de Premier League qui m’attire le plus. Avec mon style de jeu et la culture anglaise, c’est le championnat me correspondrait le mieux.

Un mot sur le maillot bleu ?

J’ai eu la chance de porter ce maillot en jeunes (Ndlr : 3 matches en U19). Pour y goûter, il faut être bon en club et enchaîner les matches. La sélection découle des bonnes performances en club. Aujourd’hui, je dois être plus régulier pour frapper à la porte de la sélection. Il faut être au meilleur de sa forme pour représenter son pays.

Yves Gergaud : « Il a joué quasiment tous les matches avec les 1995 »

Yves Gergaud (deuxième en haut en partant de la droite sur la photo) a eu sous ses ordres James Léa-Siliki pendant 3 saisons au PSG. Il nous livre son ressenti sur le joueur et ses souvenirs. 

Comment avez-vous découvert James ?

Il avait une très bonne relation avec le ballon : très doué dans ses enchaînements techniques, belle patte gauche, justesse technique, capable d’éliminer, capable de faire de bonnes passes, assez vif. Comme il était frêle, il avait une bonne marge de progression. Il est arrivé à 9-10 ans.

Il a rapidement été surclassé…

J’avais sous mes ordres la génération 1995, et lui est un 96. James comme Kingsley Coman et Moussa Dembelé, deux autres 1996, jouait avec la génération 95 de Ferland Mendy, Presnel Kimpembe, Hervin Ongenda, etc… Il ne faisait pas partie des 3 meilleurs éléments de 95, mais des 2-3 meilleurs de 96. Il a joué quasiment tous les matches avec les 95.

À quel poste l’avez-vous fait jouer ?

Avec moi, il était souvent amené à jouer dans le couloir gauche : soit arrière, soit milieu excentré. C’était du foot à 7 et le latéral gauche était quasiment ailier. Sur le long terme, je l’aurais vu jouer arrière gauche ou 6. En ce moment à Rennes il est parfois 6 ou 8. Il a un bagage qui lui permet de s’exprimer à différents postes. Je pensais qu’en grandissant, il allait avoir une vocation un peu plus défensive. Actuellement, il est utilisé assez haut sur le terrain.

« Pendant 4 ans, il a fait les aller-retour avec 3-4 entraînements par semaine »

Comment s’est-il comporté au sein du groupe parisien ?

Quand je suis arrivé au PSG, j’ai révolutionné le recrutement des jeunes. Avant il n’y avait pas de recrutement extérieur, il ne prenait que des jeunes de Saint-Germain-en-Laye. J’ai mis en place des détections, j’allais voir des tournois, des matches à droite à gauche pour recruter de bons joueurs, les meilleurs jeunes du secteur. Des jeunes venaient aussi d’eux-mêmes. La plupart des joueurs arrivaient en même temps. L’adaptation était donc plus simple. Pour ce qui est de James, il était en avance à l’école. Très bien éduqué, des parents exceptionnels très à cheval sur l’éducation. Jamais un mot plus haut que l’autre. Il a une très bonne mentalité.

Comment s’est-il adapté aux conditions d’entraînements du PSG après le RC Gonesse ?

À cet âge-là, c’était difficile pour les jeunes. James ne dormait pas au centre. Pendant 4 ans, il a fait les aller-retour avec 3-4 entraînements par semaine. Donc la fatigue était présente naturellement. Le niveau global des entraînements, grâce aux joueurs recrutés, était élevé.

Selon vous, quelle était sa principale qualité ?

Son pied gauche, sa technique, très à l’aise avec le ballon. Il était intelligent avec et sans ballon. James était aussi très endurant.

« C’est dommage car ils avaient l’amour du maillot »

Quelle était la politique de formation du PSG à l’époque ?

J’avais carte blanche sur l’école de foot. Après pour la pré-formation, le club ne faisait pas forcément
confiance aux jeunes de l’école de foot. Il prenait des joueurs venus d’autres clubs. Finalement, à part Kingsley et Presnel qui ont percé au club, tous les autres ont percé ailleurs. C’est dommage car ils avaient l’amour du maillot, leurs habitudes au Camp des Loges. Les parents étaient à fond derrière leur enfant.

L’avez-vous conseillé de partir à l’En Avant Guingamp ou au Stade Rennais ?

Quand le PSG décide de ne pas le garder, j’étais sans club avant d’intégrer le Havre. Je connaissais Philippe Lemaire, le coache U17 de Guingamp. Je lui ai dit que j’avais un joueur qui valait vraiment le coup de voir. Je n’avais jamais envoyé de joueur à Guingamp. Philippe m’a fait confiance. James a fait un essai de 4-5 jours et il a signé de suite. Après, Guingamp a tardé de proposer un contrat avant la fin avril et Rennes a sauté sur l’occasion en lui proposant un.

Peut-il devenir une pièce maîtresse de la formation de Julien Stephan ?

Bien sûr, car il l’a connu aussi en équipe réserve. Il le connait bien. Il le fait jouer de plus en plus. Dans
le football, ça va vite… Je pense que le coach Stephan aura à cœur de faire jouer les joueurs qu’il a eu en centre de formation.

Quel regard portez-vous sur son parcours ?

Il est tout jeune, il n’est qu’au début de sa longue carrière, j’espère… Il faut qu’il gagne en maturité. Mais comme il s’entraîne avec des joueurs de haut niveau, il va progresser, il va apprendre. S’il garde la tête sur les épaules, la tête froide, et qu’il ne s’énerve pas après les choix du coach, il peut aller
loin.

« Je m’en serais voulu toute ma vie ! »

Est-ce une fierté pour vous ?

Je suis surtout content car ce sont des gamins attachants, avec qui on a eu une relation privilégiée sur 3 saisons, ce n’est pas rien. On reste en contact, mon fils est tout fier de porter le maillot de James à l’entraînement.

Avez-vous des anecdotes ?

Un samedi après un match, ses parents n’avaient pu venir le chercher avec leur travail. À l’issue de la rencontre, il était venu chez moi, du Camp des Loges à Franconville où j’habitais à l’époque. Il a mangé
des galettes bretonnes ce jour-là et il avait dévoré ce repas. 4 ans après il était à Guingamp puis à Rennes. Un joli clin d’œil breton ! Aussi, je me souviens d’un tournoi en Espagne à Arousa avec un plateau prestigieux auquel participait le Real Madrid. On avait battu tout le monde. En finale, on joue l’Inter Milan, on mène 3-1 et je décide de faire tourner pour donner du temps de jeu à tout le monde. J’avais sorti James, Moussa, Kingslay, Presnel, Fernand… Finalement, l’Inter égalise à 3-3. Je décide alors de faire re-rentrer tous les éléments sortis pour la fin du match. Heureusement, on gagne aux penalties sinon je m’en serais voulu toute ma vie !

Propos recueillis par Farid Rouas. 

Crédit Photo : RMC Sport