En attendant la reprise

Nicolas Lecoq (préparateur mental) : « Le mental n’est pas inné, il se travaille »

04/04/2020 à 15:00

En plus des domaines physique, technique et tactique, le mental constitue l'un des quatre piliers de la performance des sportifs. En cette période de confinement, il semble d'autant plus important de travailler sur cet aspect, comme l'explique Nicolas Lecoq, préparateur mental ayant exercé avec plusieurs clubs de football professionnels parmi lesquels le Stade Malherbe Caen.

Quelle est votre expérience ?

Dans le cadre de ma licence STAPS, j’ai travaillé au Stade Malherbe Caen, où j’ai effectué mon stage. J’ai été recontacté plus tard à l’occasion d’un tournoi où j’ai accompagné les joueurs et leur ai fait découvrir la discipline, notamment aux jeunes du centre de formation. J’ai aussi participé à un stade de pré-saison avec les U14-U15. Aujourd’hui, je travaille essentiellement en individuel avec les sportifs dans les centres de formation.

En quoi consiste votre travail ?

Il s’agit, dans un premier temps, d’évaluer les habiletés mentales. On réalise un entretien et, parfois, des tests pour connaître le niveau du joueur sur le plan mental. On essaye de planifier un travail, avec plusieurs axes : par exemple, travailler sur la confiance en soi, la gestion du stress, la gestion des émotions. Ensuite, en ce qui concerne les séances, je procède en deux parties. Dans la première, on effectue avec le sportif un débriefing sur les semaines passées, pour savoir comment le joueur se sent ; s’ensuit une partie exercices, selon les axes de travail que l’on a définis au préalable.

Cette pratique est pourtant confrontée à certaines limites…

La discipline de préparation mentale n’est pas reconnue, donc il n’existe pas de diplôme pour cette profession. C’est peut-être en cela que réside le problème du développement de la préparation mentale. Beaucoup de personnes se disent préparateur mental sans avoir de formation. Et cela peut être un gros frein pour notre activité. De mon côté, j’ai suivi une formation privée « Mental 2 Pros » avec Raphaël Homat qui est préparateur et qui regroupe plusieurs confrères.

D’une manière générale, quelle importance représente la préparation mentale chez les sportifs professionnels et amateurs ?

Dans le sport, on retrouve quatre piliers de la performance : le physique, la technique, la tactique et le mental. Et on se rend compte, surtout en France, que le domaine que l’on travaille le moins est le dernier cité. On a encore ce préjugé que, celui qui travaille le mental, c’est celui qui est faible. Or, le mental n’est pas une aptitude innée ; c’est quelque chose qui peut s’acquérir. Sur le plan physique, certains athlètes peuvent avoir des prédispositions. Au niveau du mental, c’est la même chose. Certains auront une confiance en eux développée de nature, quand d’autres auront besoin de la travailler. C’est un atout qui se développe.

Pourquoi vous semble-t-il nécessaire de mettre en avant l’aspect mental en cette période de confinement ?

Nous nous trouvons actuellement dans une période où les sportifs et les footballeurs notamment sont à l’arrêt quasi total. Sur les réseaux sociaux, on les voit travailler sur l’aspect physique, au travers de programmes qu’ils suivent depuis chez eux, mais peu d’entre eux s’intéressent à la préparation mentale.

« Le fait de passer de beaucoup d’entraînement à très peu peut avoir une incidence sur l’humeur et sur les pensées »

En quoi une suspension des championnats est-elle négative pour les sportifs ?

En ce qui concerne la suite à donner aux championnats, on est en ce moment sur une visibilité assez floue : on a du mal à savoir comment va se terminer la saison. Lorsque l’on se fixe des objectifs, c’est en fin de saison que les échéances arrivent, que ce soit au niveau des performances collectives ou individuelles. Et c’est à ce moment que l’on va pouvoir juger si nos objectifs ont été atteints. Or, le fait d’être à l’arrêt peut induire une perte de repères. Ils ne s’en rendent pas forcément compte au quotidien parce que c’est un mécanisme, mais le fait de changer ses habitudes peut découler sur une difficulté à gérer ses émotions.

Quelle influence peut avoir le confinement et le fait de rester enfermé chez soi ?

Cela peut avoir un impact plus ou moins important selon les occupations de chacun. Certains sportifs ont la possibilité de respecter un programme physique, tandis que d’autres vont être totalement confinés. Et le fait de passer de beaucoup d’entraînements à très peu peut avoir une incidence sur l’humeur et sur les pensées. Il existe des risques d’avoir des pensées négatives.

Comment y remédier ?

L’un des conseils que je peux donner est d’essayer de se fixer de nouveaux objectifs. A l’image d’un programme sur le plan physique, une solution serait de se préparer un programme sur ses activités de la journée, notamment par rapport aux heures de coucher et de lever. Cela permet de se fixer un cadre. Une autre technique beaucoup utilisée, c’est l’imagerie mentale (voir les conseils).

Voyez-vous une différence d’approche entre pros et amateurs ?

Je pense que, dans tous les cas, que ce soit chez les sportifs amateurs ou professionnels, il y a un certain attrait pour la préparation mentale. Il est certainement plus important chez les pros, compte tenu des échéances de fin de saison et du fait que pour eux il s’agit de leur métier, mais cet aspect se travaille – et peut se travailler – à tous les niveaux. Et il est tout aussi important.

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