Un club formateur à la uneN3

L’Evreux FC 27, générateur d’avenir

07/11/2018 à 16:24

Une vraie pépinière. Voilà comment qualifient les élus de la FFF ou les cadres techniques de la DTN lorsqu'ils parlent de l'EFC 27. Une pépinière qui, bien au delà de son environnement le plus proche, celui de son département, l'Eure, et de sa ligue, la Normandie, impacte l'ensemble du football français. Car de Mandanda à Dembélé, de Bodmer à Grandsir, nombreux sont ceux qui ont grandi et été formés entre le quartier de la Madeleine et le stade du 14 juillet. Et ce n'est pas fini...

Le 8 juin dernier, alors que deux glorieux Ebroïciens, Steve Mandanda et Ousmane Dembélé, montaient en puissance du côté d’Istra, la ville d’Evreux avait la bonne idée de fêter tous ceux qui, comme les deux futurs champions du monde, avaient été formés à l’EFC 27. Ce soir là, Mathieu Bodmer (Amiens), Dayot Upamecano (Leipzig), Samuel Grandsir (Monaco), Rafik Guitane (Le Havre), Claudio Gomes (Manchester City), Joseph Mendes (Reading), Brice Samba (Caen), Sikou Niakaté (Valenciennes), Riffi Mandanda (ex-Ajaccio AC) et Bernard Mendy (ex-PSG) revenaient là où, pour eux, tout avait commencé.     Presque tous encore en activité, les dix ambassadeurs marchent sur les traces des pionniers Claude Le Roy, Philippe Montanier ou Christophe Cocard, qui, comme eux, ont débuté à Evreux (alors Evreux AC) pour enclencher la machine à former. Si, depuis, la fusion, orchestrée par deux enfants du club, Bodmer et Mendy, a changé le nom de la structure, elle n’a fait que renforcer son identité de meilleur club formateur de Normandie, l’un des plus productifs de France.

« Cette ville pue le foot ! »

Présent et actif dans le décor ébroïcien depuis de longues saisons, plus particulièrement impliqué depuis la fusion en 2009, aujourd’hui responsable du pôle formation, Romaric Bultel, a notamment été des premiers pas d’Ousmane Dembelé, comme Philippe Leclerc, responsable de l’entraînement des gardiens, avait été aux origines de la vocation de Steve Mandanda quelques années auparavant. Les deux sont encore aux premières loges pour tenter de comprendre pourquoi leur club de toujours demeure une référence en matière de formation. Et avant d’entrer dans les détails de la méthode, c’est par une sorte de cri du coeur que Romaric étale son premier argument : « Parce que cette ville pue le foot ! » Et de poursuivre avec précision et détermination : « Nous sommes au coeur d’un important vivier de population qui aime le football, masculin ou féminin, et qui l’aime d’autant plus que nous parvenons à sortir régulièrement des joueurs qui signent pros. Leur trajectoire inspire les plus jeunes et les pousse à venir nous rejoindre. Ajoutez à cette belle vitrine une équipe éducative solide et compétente, formée principalement de garçons du cru, des infrastructures dignes d’un bon club amateur, avec de jolies pelouses en herbe, c’est tout un panachage de choses qui nous permet de rivaliser avec des équipes du 76 et même au niveau national avec nos U17, nos U19 et notre équipe de N3. » Des éducateurs fidèles qui éduquent, des jeunes qui performent, les meilleurs d’entre eux qui percent et qui incitent les autres à reprendre le flambeau, et être dignes de l’image qu’ils renvoient sur la planète foot, nous appellerons cela un cercle vertueux. Cette dynamique sportive et sociale a été boostée il y a une dizaine d’années par le duo Bodmer-Mendy, revenu à la maison pour « rendre à la ville et au club tout ce qu’ils nous ont donnés ». Avant de se retirer en 2013 et de laisser, deux ans plus tard, la présidence à Philippe Mongreville – sans pour autant s’en désengager complètement -, les deux compères avaient permis un salutaire coup de projecteur sur la dimension quand même un peu exceptionnelle de l’EFC 27. « Autant de joueurs professionnels issus d’un même club, c’est unique en France » se félicitait le président à sa prise de fonction. Et Romaric Bultel de vite rebondir, histoire de ne pas trop s’endormir sur ces lauriers : « Et cela nous oblige aussi à un devoir d’exigence et de qualité vis à vis des jeunes qui nous rejoignent de plus en plus nombreux. Cette année post-Coupe du monde par exemple, nous comptabilisons une centaine de nouvelles licences ! »

Un centre de formation en perspective

Déjà plus gros club de Normandie avec 650 licenciés en 2017-2018, l’EFC 27 en comptera plus de 700 en 2019. De quoi augmenter encore la pression sur un club qui se sait désormais attendu au tournant eu égard à une réputation qui déborde le cadre du football pour pénétrer celui de l’humain et du social, voire de l’économique. Dans cette quête, la création future d’un centre de formation devrait permettre d’absorber cette nouvelle attractivité. « Pour développer notre pôle social, insiste Romaric Bultel, accompagner davantage nos jeunes joueurs au niveau scolaire et éducatif, ce futur centre – qui ne sera pas agréé comme un centre de formation de club professionnel -, nous permettra d’accueillir dans de meilleures conditions les joueurs qui arrivent d’ailleurs, d’augmenter la fréquence de nos créneaux d’entraînement, et passer peut-être de quatre à cinq par semaine pour nos U17-U178, avec possibilité de jouer en indoor, d’avoir accès à une salle de musculation etc. » L’idée reste la même : former encore et toujours former pour offrir toujours plus de rêve et de débouchés aux membres du club, aux Ebroïciens, histoire de ne pas avoir à recruter ailleurs des joueurs susceptibles de permettre à l’équipe première de viser la montée en N2 par exemple. « Parce qu’il sera toujours plus facile pour un gamin qu’on a formé de cerner l’esprit qui règne à Evreux, précise Bultel, avec cette énergie particulière et propre à la ville qui nous pousse sans cesse à aller de l’avant et à être digne de la réussite de ceux qui nous représentent au niveau professionnel. » Objets de toutes les attentions médiatiques, les enfants d’Evreux que demeurent Dembelé, Mandanda, Bodmer, Upamecano, Mendes et autre Gomes, en Ligue 1, Premier League ou Bundesliga représentent un vrai enjeu pour leur club formateur.

Les pros, enjeu financier et éthique

Un enjeu financier d’abord. En 2010 par exemple, au retour de la Coupe du monde en Afrique du Sud, le gardien de l’OM avait reversé l’intégralité de ses droits à l’image (100 000 euros) à son premier club. L’an passé, c’est le transfert de Dembelé du Stade Rennais à Barcelone qui a permis à l’EFC de récupérer 262 500 euros, soit près de la moitié de son budget annuel, réinvesti en partie dans l’achat de survêtements, matériel d’entraînement et d’un mini-bus. Quand d’autres clubs auraient pu choisir d’augmenter les primes des joueurs de l’équipe première, l’EFC 27 continue de parier sur la formation, donc sur l’avenir, encouragé par l’attitude de ses représentants pas comme les autres qui n’oublient pas d’où ils viennent et qui savent ce qu’ils doivent à leur club de coeur. Mais aussi capital et vital soit-il, ce retour financier n’est pas le seul lien qui rapproche le club à ses anciens licenciés devenus célèbres. La dimension morale, éthique, est un enjeu encore plus essentiel pour perpétuer le travail de formation des éducateurs ébroïciens. Comme nous le confirme leur responsable : « On n’attend rien de plus de nos anciens jeunes devenus pros qu’ils réalisent la meilleure carrière et qu’ils soient le plus performant possible. Parce qu’ainsi ils sont dignes de la formation qu’ils ont reçue ici, des valeurs que nous leur avons inculquées. » Car la vocation d’un club formateur n’est pas de se gargariser de la réussite de ses plus beaux produits, mais bien d’y trouver matière à réflexion, à progression. Encore faut-il que les parcours soient exemplaires et que, dans leurs attitudes sur le terrain, leur comportement dans la vie, les enfants d’Evreux d’hier donnent envie aux enfants d’Evreux d’aujourd’hui, de suivre leurs traces. Et c’est bien parce qu’il en est majoritairement ainsi que l’EFC 27, club régional, est devenu une référence nationale, un vrai pôle de formation.

J.L.B.

3 questions au Président

Philippe Mongreville : « Trouver un équilibre entre formation et élite »

Président de l’EFC 27 depuis trois saisons, Philippe Mongreville analyse forces et faiblesses de son club… pour mieux en déterminer ses ambitions.

Les forces de l’EFC 27 ? Son vivier de jeunes et la qualité de ses éducateurs. Quand j’ai pris la présidence, en 2015, j’ai voulu renforcer la qualité de notre équipe éducative. Nous avons pris le parti, avec Romaric Bultel notamment, d’aller chercher les meilleurs éducateurs de la région. Depuis, grâce aussi à la médiatisation qui a accompagné le transfert de Dembelé au Barça, notre vivier de jeunes est de plus en plus important.

Les faiblesses de l’EFC 27 ? Tout ce qui concerne notre équipe fanion, en N3, à commencer par un stade qui ne nous permettrait pas, en l’état, avec une tribune de 300 places et sans éclairage, d’envisager jouer beaucoup plus haut. Autant le club a des infrastructures exceptionnelles pour l’ensemble de ses équipes, avec des synthétiques éclairés et de qualité, autant les conditions de notre élite restent un problème. Autre souci : la partie économique, largement impactée par la baisse des subventions publiques. Cela nous oblige à aller chercher des fonds privés dans un secteur géographique qui n’est pas forcément très porteur.

Les ambitions à moyen terme ? Ce constat nous pousse à continuer à insister sur la formation évidemment, avec l’ambition de rester au niveau national pour nos U17, U19 et de monter au moins en N2 pour notre équipe fanion, avec la perspective de viser le National 1 à plus long terme. Pour le moment, il y a un vrai déséquilibre entre les résultats de nos équipes de jeunes, notre formation et nos seniors. Le but est d’atteindre un équilibre pour permettre de garder davantage de jeunes joueurs, et d’espérer surtout voir revenir ceux qui, à un certain moment, ont tenté leur chance au niveau professionnel, sans y percer. Aujourd’hui, la perspective d’évoluer en N3 ne les encourage pas à revenir vers nous.

Propos recueillis par J.L.B

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