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Mandrichi, au bonheur cannois

09/02/2017 à 15:29

Ancien professionnel à Ajaccio, Nîmes ou Châteauroux, Jean-Jacques Mandrichi fait aujourd'hui les beaux jours de l'AS Cannes (DH). L'attaquant de 32 ans, arrivé sur la Côte d'Azur il y a près d'un an, vit une nouvelle jeunesse...

Ancien professionnel à Ajaccio, Nîmes ou Châteauroux, Jean-Jacques Mandrichi fait aujourd’hui les beaux jours de l’AS Cannes (DH). L’attaquant de 32 ans, arrivé sur la Côte d’Azur il y a près d’un an, vit une nouvelle jeunesse. Où ses coups d’éclat sont désormais plus remarqués que ses coups de voix. Après des années à bouger de club en club, il pourrait s’installer quelques temps.

La voix est chantante. L’accent corse reconnaissable parmi mille. Et quand Jean-Jacques Mandrichi parle, c’est avec passion. Alors, quand il raconte son histoire, c’est avec fierté et sans regret. La carrière de l’attaquant, aujourd’hui âgé de 32 ans, n’est pas un long fleuve tranquille. Mais elle l’a forgé. Le natif de Bastia est devenu un homme accompli à force de voyages entre sa Corse natale, la Métropole et un court passage à la Réunion. Sa seule envie, jouer. Pour le plaisir. « Plus il fait de matches, plus il est content. Que ce soit contre la Roquette ou la Juve. C’est un joueur de compétition. Il n’attend qu’une chose, c’est le match« , affirme Mickaël Marsiglia, son entraîneur actuel à l’AS Cannes. « D’ailleurs, il est tellement surmotivé pendant le championnat que, de temps en temps à l’entraînement, il n’a pas la même motivation. On a l’impression qu’il traîne des pieds. »

Et s’il jouait arrière droit ?

Débarqué dans le club de DH en décembre 2015, Jean-Jacques Mandrichi a appris à se faire connaître par ses coéquipiers. Par son talent devant le but, d’abord. Il en est à sept unités depuis le début de saison, toutes compétitions confondues. « Je ne suis pas quelqu’un de spectaculaire, je ne sais pas dribler. Je suis quelqu’un qui joue en pivot. Le vrai neuf. En surface, ma qualité est de sentir les coups, le loupé de l’adversaire. Ma force, ensuite, c’est mon adresse devant le but« , se décrit-il. « Quand une occasion ou deux se présentent, c’est à moi de montrer que je peux les mettre. Si je ne marque pas, je ne sers pas à grand-chose« . Si on en croît son entraîneur, il sert. « Il essaye de garder les ballons, il joue de dos. Il arrive même à trouver les espaces. Quand tu le prends au marquage, tu ne sais pas trop comment faire. Il parvient à s’adapter à toutes les situations« , décrypte Marsiglia, qui se dit persuadé que s’il met son joueur « arrière droit, il va trouver le moyen d’être efficace. Il arrive à marquer de la tête alors qu’il ne saute pas haut. Mais les deux buts qu’on met contre Hyères et Pernes, il trouve le bon tempo. »

Cette capacité à s’adapter, c’est peut-être ce qui explique le plaisir perpétuel que trouve Jean-Jacques Mandrichi dans le football. Un amour tel qu’il envisage son avenir toujours près du ballon rond. « Quand j’arrêterai de jouer, c’est pour entraîner. Je prendrai une année à bien profiter, comme j’ai eu peu de vacances depuis mes débuts en professionnel. Après, je vais rester dans le milieu du foot, c’est ma passion. Pour moi, c’est foot matin, midi et soir. Il n’y a que ça« . Voilà pourquoi aussi, peut-être, il a multiplié les aventures. Formé au Sporting Bastia, où il n’est pas conservé à 18 ans malgré un statut de meilleur buteur du championnat National U19, il se rend en Italie, à Isola Liri (serie C), où il a « du mal à (s)’adapter« . C’est rare. Au bout d’une saison, il revient sur son île. « J’avais le mal du pays. J’ai signé à Corte et je mets 28 buts en 26 matches en CFA 2« , se remémore-t-il. Un long passage de trois ans et demi à l’AC Ajaccio (L1) plus tard, il quitte à nouveau la Corse.

Cerielo rencontré au Red Star

À partir janvier 2009, il prend la direction de la Métropole. Nîmes, Grenoble, Nantes, Châteauroux et le Red Star marqueront son parcours jusqu’en juin 2013. Dans la banlieue parisienne, il fait une « bonne demi-saison dans un club historique. On s’est maintenu en National à la dernière journée. J’ai fait de belles rencontres, on s’est régalé« , se souvient Mandrichi. « Et puis, on fait monter le CA Bastia en Ligue 2« . Une formation qu’il rejoint à l’été 2013. Retour aux sources. « Le début de la fin », précise l’attaquant. « Ça ne s’est pas bien passé, dans un environnement bizarre. J’en avais marre« . Il tente d’aller à la Réunion. Ça ne se fait pas. Alors il va à Borgo, en DH. L’expérience dure un an. Une nouvelle porte s’ouvre à la Réunion. Bingo. Mais le voyage tourne court. « J’y suis resté quatre mois. Puis je n’étais plus payé. »

Le voilà de retour vers la Métropole. Il lui faut trouver une piste. C’est Mickaël Cerielo, qu’il a connu au Red Star, qui va la lui trouver à Cannes (DH). « Il m’a téléphoné, et m’a présenté le projet. J’ai rencontré Mickaël Madar, le coach à l’époque. Je n’ai pas hésité et je ne regrette pas. J’ai vécu une belle saison sur le plan personnel et humain malgré le fait qu’on nous ait saboté la fin. On aurait mérité de monter« , estime Mandrichi. « L’été dernier, j’ai eu des sollicitations, mais j’ai décidé, à mon âge, de me poser. Le projet m’a plu. J’ai rencontré les dirigeants, Johan Micoud et Bernard Lambourde. J’espère qu’on va monter« . Depuis le début de l’exercice actuel, son engagement quotidien porte le collectif ascéiste. Les rouges et blancs pointent en haut de classement et il n’y est pas pour rien. « Avec Cerielo, (Maxime) Montay et moi, on a des joueurs d’expérience, car on est l’équipe à battre. Il y a de l’engouement sur les matches. Les joueurs d’en face sont à 100 %. Ça nous oblige à nous surpasser. Nos matches sont difficiles à gagner. Il ne faut pas s’énerver« , juge-t-il. Ces derniers mots peuvent surprendre quand ils sortent de la bouche de Jean-Jacques Mandrichi, si on ne se fie qu’aux propos de Mickaël Marsiglia. « Il a le sang chaud. C’est un râleur-né. Il a un fort caractère. Je lui dis qu’il n’est pas seul sur le terrain, donc je lui demande de se gérer. C’est bien de booster tout le monde, mais il ne faut pas exagérer. »

« Je provoquais, je parlais mal »

Un comportement que reconnaît en partie l’intéressé. « En Corse, on a le sang chaud. Mon défaut, je ne sais pas si ça en est un, est que je suis un gagneur, un compétiteur. Je n’aime pas perdre« , confirme l’ancien numéro 10 de Nantes. « Je suis tout le temps en train de râler, de rouspeter. Mais il n’y a jamais d’insulte. C’est l’adrénaline, puis quand c’est passé, c’est oublié« . Un caractère chaud qui lui a valu « trois cartons rouges et quinze à vingt jaunes en pro, ce qui est beaucoup pour un attaquant. Sur le terrain, je mettais beaucoup de coups, je provoquais, je parlais mal aux adversaires« , sourit-il. « Pour intimider. Ce n’était pas méchant. Mais, chez moi, on est élevé comme ça. Maintenant, j’ai 32 ans, je me suis assagi, je suis posé« . Ses rares coups de sang ne font plus rien à ses coéquipiers, qui se sont habitués.

Ils profitent simplement de l’expérience d’un joueur au long vécu prêt à tout donner pour l’AS Cannes. Jusqu’à la fin de sa carrière. « Tant que je prends du plaisir et que j’arrive à courir, je continue. Quand je sens que c’est fini, on laissera la place aux jeunes« , prévoit Mandrichi. « Pour l’instant, je me sens très bien, je prends du plaisir. J’espère laisser le club de Cannes le plus tard possible, en CFA ou en National. À l’heure actuelle, on peut compter sur moi. Un club comme Cannes n’a pas sa place à ce niveau amateur« . Jean-Jacques Mandrichi est Corse. Il ira jusqu’au bout de la bataille. Il le dit. Il déteste perdre…