N2 (D)

Le Mans FC, l’aube du renouveau

02/02/2018 à 19:28

Loin des fastes de la Ligue 1 quand il était emmené par Rudi Garcia, Gervinho, Stéphane Sessegnon ou Daniel Cousin, loin du stade Léon-Bollée dans lequel il a construit la majeure partie de son histoire, loin du Mans Union Club, son nom d'alors, Le Mans FC est en train de reconstruire un club à la hauteur de son standing. Leader intenable du groupe D de National 2, il renaît de ses cendres dans une MMArena qui donne une prestance à la formation sang et or, hôte de Trélissac, ce samedi. Une nouvelle vie autour de joueurs de talent et d'un entraîneur ambitieux, Richard Déziré, qui ne surprend pas le monde du football.

Le 6 janvier, Le Mans reçoit Lille en 32e de finale de Coupe de France.

Le Mans, 6 janvier 2018. MMArena. C’est un petit événement qui agite la cité sarthoise. Pour la cinquième fois seulement depuis sa construction en 2011, l’enceinte de 25 000 places accueille une Ligue 1 ! Après trois matches de Coupe de La Ligue en 2011 / 2012 et la réception de Valenciennes en 2011, en Coupe de France, Lille rend visite au Mans FC, pour le compte des 32es de finale de la Coupe de France. Le rendez-vous est d’autant plus particulier que c’est la première fois que cela arrive depuis la rétrogradation du club sang et or au niveau amateur. « Ce match est important, car il permet d’avoir organisé un événement avec 25 000 personnes. Ca fait progresser le club, ça montre les étapes qu’il reste à parcourir. On a réussi à le faire sur un match. Avec la structure qu’on a, le faire sur 20 matches, ce serait plus compliqué », admet Thierry Gomez, le président du Mans FC. « Ca permet de voir où on doit progresser dans notre organisation, pour voir comment faire vivre le stade. C’est un vécu qui servira pour organiser d’autres matches avec autant de monde. »

Cette rencontre n’aurait pourtant pas dû être l’exception. Retour en arrière. En 2003, puis en 2005, le Mans UC 72 parvient à monter deux fois en Ligue 1. Dans ses rangs, des joueurs comme Gervinho, Daniel Cousin ou Laurent Bonnart ont succédé à ceux qui ont été révélés en fin des années 2000, comme Didier Drogba. Sur le banc, Frédéric Hantz puis Rudi Garcia emmèneront le club en milieu de tableau. L’avenir semble doré. Il doit s’écrire loin de Léon-Bollée, l’enceinte historique. La construction d’une enceinte ultra-moderne pour l’époque, la future MMArena, est lancée. A six mois de la découvrir, en mai 2010, le MUC est relégué. Devenu Le Mans FC, il livre une bonne première saison en Ligue 2. Les deux suivantes sont plus compliquées. Rétrogradé administrativement, il rejoint la DH, qu’il remporte en 2014.

Guillaume Allanou (Stade Briochin) : « C’est une équipe complète »

Promu en CFA 2, le club y reste une saison avant de voir un duo arriver à sa tête. Thierry Gomez prend la présidence de l’institution sarthoise et nomme Richard Déziré entraîneur de l’équipe Une. Après une année de transition, le club est promu en mai 2017 en National 2, après sa deuxième place derrière Saint-Pryvé Saint-Hilaire. « L’an dernier, on a réussi une performance en terminant premier devant eux. C’était une écurie taillée d’avance pour monter. Ca a été une grande fierté, ce qui n’enlève pas la différence fondamentale entre nos deux clubs », remarque Baptiste Ridira, l’entraîneur du SPSH FC. Le technicien, qui a retrouvé la formation mancelle dans le groupe D de N2 cette saison, en est bien conscient. Le Mans FC est une machine de guerre. « En terme de moyen, en terme d’histoire, c’est logique qu’il y ait un club professionnel de foot. C’est une grosse agglomération, il y a de la puissance, une ville qui leur permet cela. Au même titre qu’Orléans chez nous », poursuit Ridira.

Après des années d’errance, le poids de l’institution se retrouve à nouveau sur le terrain.  « C’est une équipe complète. Ils ont un effectif pléthorique. Sur notre match, ils se sont retrouvés à 10 rapidement, leur gardien se faisant expulser. C’est une équipe avec de la maîtrise. On n’a jamais réussi à les déstabiliser », est admiratif Guillaume Allanou, le manager du Stade Briochin. C’est une preuve de maturité. Ils sont disciplinés et tous concentrés sur un objectif commun, qui est de remonter. Le club est préparé pour ça, au delà du stade qui est une exception. Même s’ils ont des moyens, ils sont surtout programmés pour retrouver le haut niveau. » Un avis que partage d’ailleurs Gilbert Guérin, le président d’Avranches. « Le Mans, c’est Reims. C’est logique qu’ils remontent en Ligue 1. C’est comme Le Havre. On sait très bien que si Le Havre descend, ils remonteront toujours », juge-t-il. Le dirigeant est d’autant plus confiant, qu’il connaît parfaitement l’homme qui est à la manoeuvre.

Le Mans a un effectif de qualité, un stade impressionnant. Il n’a perdu que deux fois cette saison, dont une contre Limoges.

En effet, l’actuel entraîneur du Mans FC, Richard Déziré, a passé trois ans dans le club normand. « J’aurais du mal à dire que c’est un mauvais entraîneur, car il nous a fait monter en National, ce qui n’est pas facile. Il a réussi. C’est un meneur d’hommes comme il y en a peu », raconte Gilbert Guérin. Ca paye. « On sent qu’il est habitué à ce type de challenge. Je trouve qu’il gère bien son effectif. La complexité quand il y a un effectif pléthorique et de qualité, c’est de garder tout le monde concerné. Même si une ossature se dégage, tous les joueurs contribuent au parcours », pointe Guillaume Allanou. Son confrère, Baptiste Ridira, est sur la même longueur d’onde. « Richard Déziré, c’est la rigueur même. Ce qui lui sera reproché par certains supporters ou opposants, c’est un jeu parfois rigoureux, efficace et pas toujours flamboyant, mais ça fonctionne. Dans des niveaux que sont les nôtres ou en fonction de ses objectifs, il faut être pragmatique. Dans la constitution de son effectif, il est dans l’efficacité. Ca donne de belles performances. On l’a vu avec le parcours en Coupe de France. Le jeu déployé contre Lille montre le travail derrière. C’est un coach qui est dans l’exigence du niveau professionnel, il veut réussir », constate l’entraîneur de Saint-Pryvé Saint-Hilaire. Une volonté d’avancer quitte à, parfois, aller trop loin, selon Gilbert Guérin. « Il sait se faire respecter d’un groupe, mais aussi mal voir des gens. C’est son seul défaut. C’est un leader. Mais, à un moment, il ne peut pas diriger le club. Quand Le Mans m’a demandé s’il fallait le prendre, je les ai encouragés. A lui, je lui ai dit qu’il y avait un vrai challenge. Richard est quelqu’un d’attachant, mais dangereux pour les gens qui s’attachent », décrit le président d’Avranches. « Le fond n’est pas mauvais. Il faut qu’il accepte l’autorité. Si c’est le cas, il peut les emmener loin. »

Thierry Gomez (président Le Mans FC) : « Ecrire une belle histoire entre Le Mans FC et la MMArena »

Thierry Gomez, le président manceau, est sous le charme d’un entraîneur qui réalise une performance de taille. Promue en N2, son équipe Une est leader du groupe D. « C’est important d’avoir quelqu’un qui a la même philosophie que nous, qui sait manager et qui a un projet de jeu. La première qualité à avoir, c’est celle ci. Richard aime comprendre comment fonctionne le club, il s’implique pleinement. C’est important dans un club comme le nôtre où beaucoup de choses sont à reconstruire », fait savoir le dirigeant. Le Mans FC est, en tout cas, sur la bonne voie. « On a fait une bonne première partie de saison, il faut en faire une bonne 2e. Le bilan se fera le 19 mai, pas avant », tempère-t-il. « On continue à travailler pour essayer de faire aussi bien, ça va être difficile. »

Dans le long chemin qui doit lui permettre de retrouver les sommets, Le Mans FC peut compter sur deux éléments importants. Le soutien de tout un club d’abord. « L’équipe de N2 est une locomotive qui doit montrer l’exemple par ses résultats et sa façon de jouer. Nous, on essaie de se mettre au diapason. Elle tire tout le monde vers le haut avec son exigence. On est très heureux de son parcours », souligne Patrick Olive, le coach des U19 Nationaux. « A nous de rester performant en jeunes pour redevenir très vite un club de haut niveau. » Il y a ensuite une MMArena qui impose le respect, même si les deux défaites de la saison y ont été concédées, face à Limoges et Rennes. « A nos niveaux, avoir une telle structure, une telle capacité d’accueil est une force », valorise Baptiste Ridira. « C’est une source de motivation, même dans le recrutement des joueurs », pense Guillaume Allanou. Le principal concerné, Thierry Gomez, en tire une fierté. « On sait qu’en France, si on veut des ambitions, il faut des infrastructures. Ca fait un an et demi qu’on y joue. Il permet des prestations de qualité pour les partenaires, ainsi que des conditions d’accueil pour développer le grand public. A nous de permettre que faire en sorte que ce stade soit un plus. Il y a eu une très belle histoire écrite entre le MUC et Léon Bollée, à nous d’en écrire une entre Le Mans FC et la MMArena. » Pour retrouver, au plus vite, le goût de la Ligue 1 et construire un peu plus la légende.

Comme les clubs professionnels, Le Mans FC organise des opérations sur le parvis du stade. Avant la réception de l’ACBB, fin décembre, un Noël avait été organisé.

 

Crédit photos : LMFC 2018