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Marcel Tisserand « La différence avec l’Allemagne ? On est un peu plus relax chez les Français »

14/06/2019 à 17:15

Son parcours, ses choix, la formation à Monaco, son avenir, la CAN... Marcel Tisserand, défenseur central qui a commencé en Seine-et -Marne, se confie pour Actufoot avant d'entamer une campagne de Coupe d'Afrique des Nations avec la République Démocratique du Congo. Interview.

Marcel, pouvez-vous nous faire un bilan de votre dernière saison à Wolfsburg ?

C’était une saison assez mitigée pour moi parce que j’ai connu quelques blessures cette année qui m’ont mis en difficulté au cours de la saison ; je n’ai donc pas pu faire le total de matchs prévu. Je trouve que j’ai bien terminé la saison malgré tout, notamment lors des dix dernières rencontres, ce qui m’a permis d’avoir le rythme et d’arriver prêt pour faire une coupe d’Afrique dans de bonnes conditions.

Dans quel état de forme êtes-vous avant la CAN que vous allez disputer avec la République démocratique du Congo ? Quelle préparation avez-vous eu ?

Je garde le rythme de ma fin de saison en club qui me donne la chance d’arriver aujourd’hui en sélection et de ne pas être largué par rapport à mes coéquipiers. Ça m’a fait du bien de disputer les derniers matchs mais aussi moralement et mentalement de se qualifier en Europa League avec Wolfsburg. Il y a aussi eu une petite coupure entre la fin de saison avec mon club et le départ en sélection, ce qui m’a permis de prendre quelques jours de vacances. Mais aujourd’hui, on se prépare plutôt bien. D’ailleurs, il nous reste un match amical à disputer demain à Madrid contre le Kenya afin de parfaire les derniers détails avant la compétition. Pour le moment, on est en Espagne au niveau de Malaga, on va à Madrid aujourd’hui puis on partira directement en Egypte.

Quelles sont, selon vous, les chances de la République démocratique du Congo dans cette compétition ?

On a beaucoup de chances de faire de bonnes choses. Quand on regarde l’effectif détaillé des joueurs, on voit que la plupart jouent dans de très bons clubs européens ou africains et je pense qu’on a beaucoup de qualité dans cette sélection. Après, ce qui est important, c’est vraiment ce temps de préparation qu’on a maintenant pour ajuster les derniers automatismes, et je pense que ça va se jouer beaucoup sur ça. Quand on travaille en club, on n’a pas forcément le même temps pour travailler en sélection de manière équivalente. Mais, je pense qu’on a de grandes chances de faire de belles choses lors de cette CAN !

Pouvez-vous nous parler de la sélection ? Giannelli Imbula n’a pas été pris dans la liste, Bakambu ou encore Mulumbu (L1) sont là. Parfait Mandanda aussi…

Oui, pour ne citer qu’eux… On peut aussi rajouter Chancel M’bemba qui joue au FC Porto, Paul-José Mpoku au Standard de Liège, sans oublier les locaux qui font des supers saisons avec leurs clubs respectifs, notamment avec la Ligue des Champions africaine. On a un groupe qui est assez homogène, on a un peu de tout, des joueurs qui jouent en Europe ou dans les tops clubs africains ! Certes, on perd Giannelli (Imbula) et je pense qu’il aurait fait beaucoup de bien dans l’entre-jeu… maintenant, il vient d’arriver en sélection et le jeu africain, ce n’est pas forcément évident au début. Je pense que ça aurait pu être un peu dur pour lui mais il aurait pu nous apporter pas mal de choses quand même. Malheureusement, pour des raisons administratives, il n’a pas pu intégrer le groupe à temps, mais j’espère qu’il pourra nous rejoindre après la compétition.

Être en Egypte pour disputer cette CAN, c’est quelque chose de particulier ?

C’est forcément particulier parce qu’ils sont dans notre groupe et que c’est le pays hôte. Ils vont avoir une pression supplémentaire vis-à-vis de leur public et ça ne va donc pas être évident de jouer contre eux. Mais, on va les analyser correctement avec notre staff et on va essayer d’aborder ce match très sérieusement parce que c’est une équipe qui est redoutable. Redoutable parce qu’elle régnait sur le continent africain depuis des années et également parce qu’ils ont dans leur rang Salah, un des meilleurs joueurs du monde actuellement.

Un petit mot sur ce joueur ?

Les médias ont tout dit, je pense qu’il n’y a pas grand-chose d’autre à rajouter sur ce joueur. On a vu sa saison, ses deux dernières années d’ailleurs… on a vu la Ligue des champions, c’est un joueur de très grand talent et il faudra forcément faire très attention à lui. Il ne faut pas oublier que ses coéquipiers sont de très bons joueurs, et que sans eux, il ne pourrait pas faire tout ce qu’il fait aujourd’hui en sélection. Mais c’est vrai qu’il faudra avoir un regard plus attentif sur Mohamed Salah, c’est sûr !

Pour revenir sur votre carrière, vous avez été formé en région parisienne. Pouvez-vous nous retracer votre chemin de jeune footballeur ?

J’ai commencé dès 5-6 ans dans une école de foot en Seine-et-Marne jusqu’à mes douze ans. Ensuite, j’ai été dans un club juste à côté. J’ai pu faire mes tests à Clairefontaine en même temps. J’avais 13 ans à ce moment-là… Il faut savoir que quand on arrive à Clairefontaine, c’est pour trois ans. Donc la première année, j’ai joué à l’US Torcy, notamment avec Paul Pogba, Christopher Jullien pour ne citer qu’eux. Puis, la deuxième année, j’ai joué au Bourget en 14 ans fédéraux et ensuite la troisième année, on doit jouer pour le club de Clairefontaine en championnat National. Ma promo, c’était Raphaël Guerreiro de Dortmund, Alphonse Areola, Jérôme Roussillon… on était vingt-cinq et il y en a douze qui sont passés pros ; donc c’était une super génération ! Juste une petite précision, avant de rentrer à Clairefontaine, je signe déjà à l’AS Monaco. J’entre en formation dans ce club jusqu’à mes 18-19 ans et je passe pro ensuite.

Vous allez remporter la Gambardella en 2011. C’est un de vos plus beaux souvenirs de footballeur ?

Paradoxalement, je ne dirais pas oui parce que cette saison-là, je n’ai pas beaucoup joué la Gambardella. Je n’ai pas joué la finale. C’est encore un goût amer parce que oui j’ai la médaille, on a gagné, mais je n’y ai pas grandement participé. C’est beaucoup la génération 92, qui était juste au-dessus de moi, qui a contribué à la remporter ; Nampalys Mendy, Valentin Eysseric etc, mais je suis quand même très fier de l’avoir gagnée avec l’AS Monaco.

Est-ce qu’il y a un formateur ou un entraîneur de l’ASM qui vous restera en tête ?

C’est vrai que je suis resté très proche de Bruno Irles, mon premier formateur à mes seize ans. On s’est ensuite retrouvé en CFA. J’ai encore de très bons rapports avec lui aujourd’hui. Maintenant, il est entraîneur en National au Pau FC. Il y a également Manuel Do Santos, un ancien joueur de l’OM et de Monaco aussi.

L’AS Monaco, qu’est-ce que ça représente pour vous aujourd’hui ?

C’est mon club formateur, mon club de cœur, qui m’a tout donné, qui m’a formé en tant qu’homme, en tant que footballeur. C’est un club qui m’a donné les bases, quand on se retrouve de Paris à Monaco, à je ne sais combien de kilomètres de sa famille, ce sont un peu nos deuxièmes parents. Que ce soit scolairement ou footballistiquement parlant, ils m’ont tout appris. Je leur dois beaucoup.

A Monaco, vous allez être confronté au statut de remplaçant et à deux prêts (Lens et Toulouse). Comment l’avez-vous vécu ?

C’était ma volonté de partir en prêt. J’ai commencé ma carrière à Monaco. Au moment où je commence en pro, c’est également la période où arrivent Éric Abidal, Ricardo Carvalho, James Rodriguez, Falcao… je me dis donc forcément que ça ne va pas être évident de jouer. Mais en me donnant à l’entraînement, le coach s’aperçoit que j’ai les qualités pour rester dans l’effectif. Les six premiers mois, je reste dans le groupe. Je fais mes premiers matchs en Ligue 1, je fais quelques entrées, deux matchs en tant que titulaire. La trêve hivernale arrive alors, j’ai une discussion avec l’entraîneur qui me dit qu’il veut bien me garder dans le groupe mais qu’il ne pourrait pas me garantir plus de temps de jeu. A à ce moment-là, j’ai Sochaux par le biais d’Hervé Renard et Lens par Antoine Kambouaré, qui font appel à moi, pour me demander si je serais partant pour les rejoindre pour les six derniers mois. Lens allait monter en Ligue 1, Sochaux jouait le maintien. Je trouvais que c’était plus intéressant de jouer une montée, donc je suis parti à Lens.

Comment ça s’est passé à Lens ?

Ça s’est très bien passé, on est monté en D1. Après, logiquement, je dois revenir à Monaco pour la préparation. Lens veut me garder en Ligue 1 vu qu’on monte, je dis aux dirigeants monégasques que s’ils ne comptent pas me faire jouer, autant que j’y retourne. Je reviens dans le Nord mais Lens connaît des soucis financiers par rapport à l’investisseur d’Azerbaïdjan qui était là. Le club reste en Ligue 1 mais la moitié des joueurs quittent l’effectif. Moi, j’étais avec Areola, Ljuboja je m’en rappelle… on s’en va finalement parce qu’ils ne peuvent pas payer. A ce moment-là, Toulouse m’appelle par le biais d’Alain Casanova, et me propose de venir jouer en Ligue 1 pour pallier le départ de Serge Aurier au PSG. Je signe à Toulouse, la saison se passe moyennement bien. On a toujours eu les mêmes résultats, un peu en dents de scie. J’arrive dans un club qui n’a pas trop de pression, donc ce n’était pas très évident. Mais c’était mes premières années en Ligue 1, j’ai pu faire des erreurs, apprendre, faire de bonnes choses, des moins bonnes. Ça m’a permis de me forger aussi même si la saison a été mitigée.

Comment ça se passe après Toulouse ?

A la fin du championnat, je reviens à Monaco bien évidemment pour la préparation, et je m’aperçois que c’est encore bouché. Toulouse me propose le projet de revenir. Ça reste la Ligue 1, je vais jouer, regagner en expérience. Ça se passe beaucoup mieux, certes on joue encore le maintien mais personnellement je fais une bonne saison. Et là, je reçois des sollicitations d’autres clubs en fin de saison. Je reviens à Monaco, je m’entretiens avec l’entraîneur et il me répète qu’il veut me garder. Je reviens de deux saisons et demie complètes et je leur demande d’avoir une concurrence saine, et que le meilleur joue comme on dit ! Ils n’ont pas été capables de me faire ça, ils ont fait venir Jemerson à ce moment-là. Pendant toute la préparation, j’ai joué titulaire, j’ai même été capitaine une fois… arrive le tour préliminaire de Ligue des champions, je suis sur le banc, je ne comprends pas. Le premier match de Ligue 1, on me fait jouer titulaire, le second je suis sur le banc. Le mercato n’est pas fini à ce moment-là, j’ai eu une proposition pour partir, ce que j’ai donc fait !

Quel est(sont) le(s) joueur(s) qui vous a(ont) le plus marqué lors de votre passage sur le Rocher ?

Il y en a surtout un : c’est Éric Abidal, joueur d’expérience évoluant à mon poste avec qui je m’entendais très bien lorsqu’il est arrivé. Il m’a beaucoup beaucoup parlé. Il y a des grands noms qui sont passés au club, Falcao, Rodriguez… Mais je garderai toujours un bon souvenir de lui, on est toujours en contact.

Par la suite, vous choisissez l’Allemagne (FC Ingolstadt puis VfL Wolfsburg). Pourquoi cette destination ? Aviez-vous d’autres propositions ?

C’est vrai, c’était un choix qui pouvait être surprenant. Je me rappelle, je discutais un peu avec Saint-Étienne, avec l’OM, l’OL… on avait quelques contacts mais rien de bien concret, c’était seulement des discussions. J’avais l’Espanyol Barcelone, quelques clubs en Allemagne, mais ce qui m’a plu avec Ingolstadt, c’est qu’ils se soient déplacés et qu’ils m’aient proposé un projet très concret. Sans parler de l’aspect financier, ils savaient que j’avais une CAN en hiver, il fallait que je trouve un club qui me permette de passer un palier dans un championnat intéressant. Je savais qu’Ingolstadt pouvait me garantir le temps de jeu que je voulais à mon retour de compétition, parce que quand on dispute la CAN, il faut savoir qu’on part pendant un mois mais qu’on n’est pas certain de jouer en revenant. Avec ce club, j’avais donc cette garantie de pouvoir me préparer sereinement et ce n’est pas toutes les équipes qui promettent ça. Le fait que ce soit le directeur sportif qui vienne me voir, à l’époque Thomas Linke, ancien défenseur du Bayern Munich et de l’équipe d’Allemagne, ça m’a poussé à signer. Pour moi, c’était une référence parce qu’il jouait au même poste et que quand il venait vous parler, vous saviez que vous ne parliez pas à n’importe qui. Je me suis laissé tenter par le discours et pour moi je pense que c’était la meilleure opportunité. Je fais une saison pleine d’un point de vue personnel et je me laisse des portes ouvertes pour la fin de saison. Je reçois quelques propositions pour rester en première division et, malheureusement, à ce moment-là, Thomas Linke démissionne du poste. C’est une période délicate parce que le club descend et c’est le moment où j’ai envie de m’en aller, Wolfsburg arrive avec le projet de me racheter et me propose un contrat de cinq ans.

Comment se sont passés vos débuts là-bas ? Est-ce qu’il a fallu un petit temps d’adaptation ? (Langues, autre football, autre manière de fonctionner…)

C’est vrai que ce n’était pas évident de passer de la France à l’Allemagne. On est un peu plus relax chez les Français ! Ils sont très ponctuels, c’est très dur, le laisser aller est très rare. Au niveau de l’adaptation, c’est plus au niveau de la culture qu’on voit la différence. Au bout d’un an, je me suis adapté. Aujourd’hui, je parle la langue, je la comprends. Ce n’est certes pas parfait mais je me fais comprendre et je me suis adapté au championnat.

Vous voyez-vous finir votre carrière dans le championnat allemand ? Pensez-vous à revenir jouer en France un jour ?

Franchement, ça ne me dérangerait pas de finir ma carrière en Allemagne. Au niveau des conditions, des stades, ce sont des conditions de très très haut niveau. Les centres d’entraînement sont hyper tops, à ce niveau-là, la France ça ne me manque pas. Alors oui, bien sûr, je suis Français, donc forcément j’aime beaucoup ce pays et la qualité de vie y est différente. Après, une carrière dans le foot, ça ne dure pas cinquante ans, et rien n’exclut que je revienne y vivre plus tard. D’un point de vue footballistique, c’est un très bon projet d’être en Allemagne, pays doté d’un très bon championnat. En France aussi, c’est un très bon championnat, mais je pense qu’ici on est très bien loti.

Crédit photo : Football 365                                            Joël Penet