InterviewSéquence Coach

Mathieu Chabert : « Les joueurs me tutoient »

14/06/2018 à 18:28

La Séquence Coach, c’est votre nouveau rendez-vous hebdo ! Chaque jeudi, avec notre partenaire My Coach Football, nous partons à la rencontre d’un éducateur, du monde professionnel ou amateur. Toutes les semaines, nous donnons la parole à un coach pour connaître sa vision du football, et surtout, son avis sur le rôle et le rayonnement actuel de l’entraîneur. Philosophie de jeu, formation et coaching français : en toute transparence, ils livrent leur opinion, parfois leur critique.
Au bout de la troisième année, grâce à une deuxième partie de saison de folie, Mathieu Chabert a réussi à monter en Ligue 2 avec l'Avenir Sportif Béziers. Le technicien, qui est inscrit au BEPF, raconte son style, fait d'une rigueur défensive irréprochable.

SON IDENTITÉ DE JEU

Système de jeu préféré : 4-4-1-1

«4-4-1-1. C’est un système que mon staff et moi maitrisons parfaitement sur les aspects offensifs et défensifs. Les joueurs le ressentent et s’imprègnent plus facilement des idées. Ce système apporte de la stabilité sur la largeur, grâce aux quatre défenseurs et aux quatre milieux qui arrivent à mieux occuper l’espace. Les rôles sont répartis de façon proportionnée, surtout sur l’animation défensive. Il y a énormément de liberté offensivement. Le plus important est la vitesse à laquelle les joueurs se replacent pour reconstituer les deux lignes de quatre. »

Coach français préféré : Rudi Garcia

« Rudi Garcia. J’aime bien son parcours. C’est un joueur qui a fait une carrière de footballeur, mais pas de très haut niveau. Il a commencé à entraîner dans des divisions inférieures, puis il a eu l’opportunité de diriger au plus haut niveau. J’ai l’impression qu’il a un plan de carrière qui se déroule à merveille. Ses équipes sont toujours bien organisées, elles dégagent une grosse force collective. A Marseille, en début de saison, il y a eu une période difficile. Il est resté très serein et ça transparait sur le groupe. Il dégage une grande maitrise du métier d’entraîneur. »

Coach étranger préféré : Jürgen Klopp et…

« J’aime bien Klopp, Pocchetino, Simeone. Liverpool, c’est très bien en place, très bien organisé. C’est un modèle dans les transitions, entre les phases offensives et défensives. Il y a une idée de jeu qui est à la mode. De manière générale, il y a un passage de témoin entre le jeu de possession et le jeu de transition. J’aime bien les idées qu’ont ces coaches, un bloc équipes très compact, qui ne veut pas forcément dire défensif. Ca peut parfois être en bloc haut. C’est intéressant. Tottenham alterne ainsi entre le jeu de possession et le jeu de transition. Plus ça va, plus on va aller sur des équipes capables de maitriser deux projets de jeu. »

Principes de jeu : bloc compact et défense des offensifs

«Avoir un bloc très compact. Je demande beaucoup de travail défensif à mes attaquants et mes milieux excentrés. Le premier rideau est important. Les joueurs qui perdent le plus le ballon sont les offensifs. Il est important de savoir ce qu’on fait à la perte du ballon. Quand on arrive à bien faire défendre les attaquants et les milieux, ça permet aux défenseurs d’avoir moins de tâches, et ça offre la possibilité de récupérer le ballon plus haut, donc plus près du but. »

SA VISION DU MÉTIER D’ENTRAÎNEUR

Définissez-vous en tant que coach.

Je suis proche de mon groupe. J’ai les joueurs qui me tutoient, je l’instaure. J’aime bien le management participatif. Je me considère d’égal à égal. Mais je suis celui qui doit décider avec mon staff. Si vous envoyez de la merde aux jeunes, ils renvoient de la merde. Si on envoie de la bonne humeur, ils en renvoient. D’ailleurs, on peut travailler dans la bonne humeur. On s’est fait piller nos joueurs depuis trois ans. Mais on est reconnu pour être un club familial. Pour s’exprimer le mieux possible, il faut proposer un travail agréable et participatif. Dans le jeu, je suis très rigoureux sur l’aspect défensif. Je suis intransigeant. En contre-partie, je laisse beaucoup de libertés offensives.

Quel est votre exercice préféré ?

J’aime bien le travail à 10 contre 8 ou 10 contre 6, en infériorité numérique, pour voir comment on réagit. Ca travaille la cohésion. Marquer un but à dix à 4 défenseurs et deux milieux défensifs, c’est très compliqué. On travaille sur ça. Quand on est 10 contre 10, ça devient moins compliqué pou défendre.

Qu’est-ce qui est difficile dans le championnat National, qui va s’améliorer en Ligue 2 ?

On a toutes les contraintes du milieu professionnel sans les avantages, les droits TV. En Ligue 2, les déplacements sont plus faciles à gérer, il y a plus de confort. Les hôtels sont plus confortables, la logistique est plus intéressante. En National, les joueurs sont autant investis que les pros. C’est leur seul travail. Être pointilleux demande une gestion du budget, mais c’est très formateur.

En tant qu’entraîneur, quel est l’aspect le plus compliqué à gérer ?

C’est l’état d’esprit. Enfin, ce n’est pas la partie la plus difficile, mais c’est la plus importante. C’est l’ambiance de travail. C’est primordial. Les joueurs qu’on a, les qualités, ils les ont. On s’attache énormément à l’état d’esprit. On travaille sur les relations humaines. C’est ce qui a fait notre force cette année. J’espère que ce sera pareil l’an prochain. Que tout le monde tire dans le même sens demande beaucoup de travail. Le staff est très important là dedans, tout comme la relation avec le président, le directeur sportif. C’est le coeur et le socle du fonctionnement d’avoir une relation de confiance avec ces gens, car ça déteint sur le groupe. On a un capitaine de vestiaire qui gère les joueurs, Guillaume Bessamba. Il gère le relationnel entre les joueurs. Il parle avec eux. Il fait passer des messages, il m’en fait remonter, en plus de 5-6 joueurs cadres avec qui j’échange régulièrement. Et dont je prends les avis en compte sur l’intensité des entrainements, sur la vie de groupe et sur le fonctionnement du vestiaire.

Que pensez-vous des joueurs qui ont le casque sur les oreilles à leur arrivée au stade ?

Ca ne me dérange pas. Nous, ils ont le casque. Ils ont besoin d’écouter leur musique. Tout le monde n’a pas les mêmes goûts. On le gère relativement bien. Cela dit, je comprends que ça puisse gêner. Mais ce n’est pas fait méchamment. C’est plus par timidité ou par soucis de concentration, que par dédain pour les supporters. C’est quelque chose qui doit être suggéré, pas imposé. C’est bien de pas l’avoir sur les oreilles et de parler avec les gens.

Comment voyez-vous les relations avec les supporters ?

On a une relation normale. On n’est pas habitué à être mis en avant. Nos supporters sont là depuis le début. On en a des bons. Il n’y a pas encore de huis clos chez nous. On essaye de ne pas faire différemment. Mais on évolue. Il faut qu’on soit en mode Ligue 2 en gardant un état esprit familial et ouvert.

Quel est votre plus gros coup de gueule ?

Cette année, à la mi temps, contre Lyon Duchère. On perdait 1-0, on n’était pas dans le coup. Plus un coup de gueule est rare, plus il a d’impact. Or, ça ne s’est pas mal fini, car on a égalisé à la 93e. Des fois, c’est nécessaire mais je ne suis pas un grand adepte de cela.

Votre avis sur les nouvelles technologies.

Je suis un jeune entraîneur, donc je suis au fait. Je n’en abuse pas trop, mais ça permet un retour et une analyse plus précise. On en manque des fois en National, faute de moyens. On va pouvoir travailler avec un GPS pour la première fois. Ca permet de nous professionnaliser et d’être plus pointilleux sur tous les aspects de la performance.

ET LA FRANCE ?

Votre regard sur les coachs français.

Il y a une bonne école. Elle fait partie du Top 10 mondial, avec les Brésiliens, les Argentins, les Espagnols, les Allemands, les Italiens et les Portugais. Les Français sont dans ce lot là.

Et la formation française ?

J’ai la chance de participer à la nouvelle session du BEPF. C’est une formation à la pointe de l’entraînement actuel. Il y a une grosse partie sur le management. On est un groupe de 10 stagiaires, ce qui est voulu par la DTN, avec une excellente ambiance de travail. Je pèse mes mots. C’est bien d’échanger avec ces coaches. On apprend sur la posture de l’entraîneur, la communication, le management. L’apprentissage est à 50/50 entre le sportif et le non sportif.

Pourquoi y-a-t-il peu de nouveaux entraîneurs ?

Je ne peux pas en parler, car je fais partie des jeunes entraîneurs. J’ai été promu grâce à nos résultats et mon club. Fabien Mercadal est un bon exemple. Les clubs commencent à faire confiance. C’est une question de renouvellement de génération. Les coaches vont rentrer dans l’âge, une génération va arriver derrière. C’est le temps qui va faire la rotation.

Sa fiche d’identité
Mathieu Chabert, né à Béziers le 5 décembre 1978

Actuel coach de l’AS Béziers

Visuel : Actufoot / Crédit : AS Béziers