Edito

Messi, Lloris, les Reds, l’Ajax et Cruyff

18/04/2019 à 10:11

Lors des 1/4 de finale de la C1 2019, on a vu planer la présence de Cruyff sur le Barça, l’Ajax et les Citizens.

Un autre monde. Voilà où nous étions mardi et mercredi 16 et 17 Avril 2019.  Chaque 1/4 finale retour de C1 a été à la hauteur de nos espérances. Barcelone – Manchester United (3-0) : certes ce MU est historiquement faible mais on a vu le diable Messi sortir deux fois de sa boîte. Juventus Turin – Ajax Amsterdam  (1-2) : on a vu C. Ronaldo marquer une nouvelle fois mais il était trop seul en attaque pour s’imposer devant la jeunesse flamboyante de l’Ajax. Porto – Liverpool (1-4) : les Reds ont fait le travail de superbe façon qui plus est à l’extérieur. Manchester City – Tottenham Hotspur (4-3) : à la faveur du 1-0 acquis au match aller, les Spurs ont franchi le Rubicon. On a vu du football haut de gamme, comme si c’était quatre fois Federer-Nadal. La League des Champions c’est Noël à répétition.

Quels constats faire ? La Juventus est maudite. Ce club est allé 9 fois en finale pour ne soulever que deux fois le trophée. En 2019, les Turinois croyaient avoir enfin le chaînon manquant- CR7- pour retourner au moins en finale mais non, handicapés par les absences du défenseur taulier Chiellini et de l’attaquant vorace  Mandzukic, les joueurs de la Juve présents sur la pelouse ont abdiqué dans leur stade, sortant par la petite porte. En face, on a encore apprécié une bande de copains qui propose un football fait d’inspiration offensive et de force défensive. Ce groupe de l’Ajax 2019 renvoie à celui des années 1970 : à savoir les adeptes du Football Total, soit on attaque et on défend, tous ensemble pendant le match entier. Un football ultra-collectif.  Une ombre planait sur la pelouse turinoise : celle de Cruyff qui avec l’entraîneur Rinus Michels a imposé ce football totalement fluide mis en place par des joueurs autant technique que physique, et en plus dotés d’un mental très solide. On sait aussi qu’ils peuvent être suffisants au point de s’effondrer. On verra en 1/2, si cet Ajax va défaillir devant les Spurs comme ont failli les Néerlandais en finale de la Coupes du Monde 1974 et 1978, contre la RFA et l’Argentine, sans parler de l’édition de 2010 quand l’Espagne les a battus grâce à Iniesta.

Il faut saluer Tottenham : les Londoniens parviennent pour la première fois de leur Histoire en 1/2 avec aux commandes l’entraîneur argentin M. Pochettino, mais sans H. Kane leur buteur reconnu, gravement blessé à la cheville (En 1962, les Spurs étaient déjà parvenus une fois en 1/2 au temps de la Coupe d’Europe des Clubs Champions)… Si Tottenham a franchi un palier c’est grâce aussi à Hugo Lloris. Le capitaine des Bleus et des Spurs réalise des prouesses à 90% du temps. Véritable mur humain, il fait office de chambre forte. A la vérité, le meilleur joueur français en activité c’est le gardien formé à l’OGCNice. Les médias institutionnels mettent en avant le produit K. Mbappé parce qu’il s’agit d’un jeune attaquant plus fun, pourtant son aîné Lloris en pleine maturité est en 1/2 finale de C1 2019 quand le Parisien rumine sa peine d’avoir été sorti de la compétition par une équipe B de Man United. Les Spurs se sont hissés en 1/2 à l’issue d’un match fou : alors qu’ils ont encaissé un but dans le temps additionnel (5-4), qualifiant les Citizens, il a fallu avoir recours à l’assistance vidéo pour annuler ce but entaché d’un hors-jeu qui qualifia momentanément City. Cruauté pour les Citizens. Bonheur absolu pour les Spurs qui se sont donc qualifiés sur un but – le 3e- marqué de la hanche par F. Llorente qui hurlait : «Vamos ! Vamos ! Vamos !» Pendant ce temps l’entraîneur des Citizens n’en menait pas large. Guardiola entrevoyait encore son élimination. Le grand coach n’arrive plus à remporter la C1 depuis qu’il l’a gagnée deux fois en 2009 et 2011. A tel point que ses détracteurs disent qu’il était vainqueur uniquement par le fait d’entraîner le Barça de Messi. Les faits sont contre lui : il a été éliminé en 1/2 avec le Bayern Munich (2014, 2015 et 2016), puis en 1/8 (2017), 1/4 (2018 et 2019) avec les Citizens. Cette fois, il s’en est fallu d’un cheveu ! Dans ces 1/4, Liverpool est le club qui a le moins souffert puisqu’ils ont sorti Porto sur un score sans discussion: 6-1 sur les deux matchs.

En attendant les 1/2 finale : Tottenham-Ajax et Barcelone-Liverpool, aller (30 avril-1er mai 2019) et retour (7 et 8 mai), on peut faire le pronostic de peut-être voir en finale Ajax-Barcelone qui là aussi serait un hommage au duo Cruyff-Michels. En effet, ils ont instauré le Football Total à l’Ajax avant de le transférer au Barça. On a failli faire la passe de trois avec City puisque le père spirituel de Guardiola est tout simplement Cruyff : son ancien entraîneur avec lequel il a remporté la C1 1992, la première gagnée par le Barça. On se régale d’avance de voir les quatre prochains matchs de la C1 avant l’apothéose finale. Gagner la C1 est une entreprise de longue haleine.  Il ne suffit pas de sortir le chéquier. La vraie compétition démarre après les matchs de poules. Dès les huitièmes, les clubs qui ne sont pas collectifs se font éjecter. Plus on avance vers la finale, plus cela se confirme. Sans dimension collective, le football n’est qu’un puzzle désordonné. Un orchestre désaccordé. Un groupe qui chante faux. Pour jouer juste, il faut faire le geste parfait au bon moment, tous à l’unisson. Un tempo infaillible. Le football simple-messieurs n’existe pas.

Par Bernard Morlino

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