Interview

Michaël Médioni va tous les « zlataner » !

23/04/2019 à 16:20

Il a tout quitté pour faire carrière du côté de la Scandinavie. Pays où Zlatan Ibrahimovic est la star internationale, la Suède est devenue le jardin de Michaël Medioni, entraîneur des U19 Nationaux féminines de Djurgårdens, un des clubs phares de la capitale suédoise. Aujourd'hui épanoui dans sa nouvelle vie, l'ancien éducateur du Cannet-Rocheville nous propose de découvrir sa méthode mais également son quotidien.

Comment vous est venu cette opportunité d’aller entraîner en Suède ? Pourquoi avez-vous accepté ?

Mon épouse est suédoise et s’installer à Stockholm, proche de sa famille, est devenu notre projet de vie lorsque mon papa est décédé. Aujourd’hui, nous sommes très heureux ici.

Parliez-vous la langue à votre arrivée ?

Absolument pas. J’ai suivi plusieurs formations pour apprendre le suédois. La communication est fondamentale dans notre métier et je n’envisageais pas d’utiliser mon anglais, assez pauvre, tout au long de ma carrière. Ensuite, je considère qu’apprendre la langue du pays dans lequel on veut vivre est une condition essentielle à la bonne intégration, même si les Suédois maitrisent parfaitement l’anglais.

Comment vous êtes-vous adapté à l’environnement local pour quelqu’un originaire du Sud de la France ?

Pour l’anecdote, Stockholm n’est pas au nord de la Suède mais au centre ! La différence est très importante, principalement en termes de luminosité. Je dois reconnaître que ça aurait été plus compliqué de m’adapter si je m’étais installé à Luleå, une ville complètement au Nord de la Suède. Blague à part : tout est très différent ici… l’état d’esprit, la culture, l’éducation, les règles de vie. S’adapter à une culture si différente prend du temps et nécessite beaucoup de réflexion et une remise en question sur sa manière de penser, de parler et d’agir. Toutes les cultures possèdent des avantages mais également des inconvénients ; certaines choses sont mieux en Suède qu’en France et inversement. J’ai justement voulu éviter de faire ces comparaisons systématiques entre les deux cultures. J’ai essayé de comprendre comment les choses fonctionnent ici, de les accepter et de profiter juste de ce qu’il y a de bien, sans penser toujours à ce qu’il y a de mieux ailleurs. De ce fait, je me sens épanoui et heureux ici en Suède.

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué lors de votre arrivée ?

Le respect des règles de manière générale et la volonté d’éviter les conflits. Les Suédois sont en règle générale disciplinés et respectent les règles, quel que soit le jugement qu’ils peuvent porter sur celles-ci. L’autre particularité assez marquante, liée peut-être à mes origines du sud, est qu’ils ont horreur des conflits et cherchent toujours à résoudre les désaccords de manière calme et consensuelle.

Une journée type dans votre club, ça donne quoi ?

Je suis responsable de l’académie féminine et entraîneur principal des U19 féminines. Je suis également responsable des joueuses Elite qui s’entraînent deux fois supplémentaires par semaine au lycée. Une journée type commence par l’arrivée au centre, dès 8h du matin. Une demi-heure plus tard, on prépare le matériel pour la séance de 9 heures avec les filles du lycée, pour l’entraînement qui a lieu jusqu’à 10 h 30. Après avoir débriefé la séance avec les entraîneurs sur les coups de 11 h, la pause déjeuner arrive dans l’heure qui suit. On repart ensuite à 13h pour la préparation de la séance du soir avec les U19. Vers 15h00, on se retrouve pour échanger avec les entraîneurs de l’académie dont je suis responsable. Une heure plus tard, vers 16h, on effectue des entretiens individuels avec appui par analyse vidéo. La journée se termine par l’entrainement U19, d’une heure et demie entre 17 h 30 et 19 heures !

Que pensez-vous de la formation des entraîneurs en Suède ?

La formation des entraîneurs est très différente même si les diplômes sont communs (UEFA B – UEFA A…). La manière de penser le football est aussi différente et je dois reconnaître que la formation que j’ai suivie en France à Lyon (UEFA A) est de très bonne qualité. Le niveau et l’exigence y sont très élevés. Je vais suivre le cursus UEFA Elite Youth cette année en Suède et j’espère que l’enseignement sera aussi riche que celui que j’ai reçu en France.

L’accès aux centres de formations en France est réservé aux très talentueux… est-il plus simple de « percer » dans les pays nordiques ?

Il n’y a pas de centre de formation en Suède. Les joueurs Elite, filles comme garçons, s’entraînent quatre fois par semaine au sein de leur club et deux, trois fois le matin avec le Lycée. L’une des particularités du football en Suède est qu’on s’entraîne parfois dans des conditions climatiques très difficiles pendant une bonne partie de l’année. Tous les terrains ne sont pas chauffés et la pratique du football peut s’avérer compliquée dès le mois de novembre jusqu’à la mi-mars lorsque les températures sont très basses et que les terrains sont enneigés. En conclusion, même si le niveau footballistique d’un pays comme la Suède n’est pas au niveau de celui de la France, les conditions d’enseignement ne sont pas non plus les mêmes… donc je ne sais pas si l’accès au professionnalisme est plus facile ici qu’en France.

Comment s’organise un club en Suède ? Y-a-t-il des différences avec un club en France ?

La majeur partie des clubs en Suède sont des structures amateures et fonctionnent de la même manière que les clubs français. Djurgårdens IF est un club professionnel qui propose à la fois du football de masse comme de l’élite. Nous avons environ 140 équipes au sein du club. C’est peut-être ce qui peut nous différencier des clubs professionnels français.

Comment se déroule votre championnat ? Y-a-t-il des particularités ?

Non, je ne vois pas de particularité si ce n’est que l’intersaison est très longue, de novembre à début avril. Pendant cette période, nous continuons évidemment à jouer des matchs mais ce sont des amicaux, des tournois ou nous partons en stage à l’étranger.

Pouvez-vous nous parler du football suédois ? Comment est-il en U19 féminine par rapport au football français ?

Djurgårdens U19 féminine est l’une des meilleurs équipes du pays. Nous allons jouer le Puma Trophy à Gothia en juillet (Tips Elit G17). Par ailleurs, je n’ai jamais travaillé avec le football féminin en France mais il est très développé ici. Rien qu’à Stockholm, une ville d’environ 1,5 million d’habitants, il existe entre six et huit championnats différents en fonction du niveau de chaque catégorie d’âge ! Par exemple, la catégorie U15 ne sont pas les filles nées en 2004 et 2005 mais uniquement celles nées en 2004. Pour les filles nées en 2005, il y a la catégorie U14 et ses sept, huit championnats différents. Même mode de fonctionnement pour les autres catégories (U13, U12, U11…). En conclusion, le football féminin est très développé ici.

Le développement du football féminin bat donc son plein en Suède. Quelles en sont pour vous les clés ?

Notre projet de jeu est assez simple et nous pensons qu’il aidera les joueuses à progresser et de pouvoir jouer au plus haut niveau, quel que soit l’entraîneur et sa manière de penser. Il est basé sur l’analyse de ce qu’il se passe sur le terrain, le comprendre et agir collectivement afin de résoudre le problème et gagner les matchs. En clair, l’objectif n’est pas d’avoir un système de jeu et une manière propre de jouer ; au contraire, c’est de pouvoir jouer de plusieurs manières différentes et s’adapter à l’adversaire pour le battre. Les systèmes de jeu et leurs animations varient en fonction de l’adversaire. Lors de nos matchs de préparation, il est arrivé que les joueuses (sur le terrain et sur le banc) aient pour mission en première mi-temps d’analyser l’adversaire afin de pouvoir s’y adapter en seconde. Il nous est donc arrivé la saison dernière de parfois presser très haut et d’autres fois d’attendre très bas. On a également pu évoluer à une, deux ou trois attaquantes, ou bien à trois, quatre ou cinq défenseurs. L’esprit étant toujours de comprendre les intentions de l’adversaire pour y répondre au mieux et le battre.

On sait que les conditions climatiques en hiver peuvent être très compliquées pour le développement des clubs amateurs, qu’en est-il en Suède ? Comment effectuez-vous la préparation ?

Djurgårdens IF est un club professionnel et nous avons investi dans une tente qui recouvre l’intégralité du terrain. Nous l’installons donc le 30 octobre et la retirons le 31 mars. Évidemment, toutes les équipes ne peuvent s’entraîner sous la tente et doivent donc trouver des solutions de substitution. En règle générale, les équipes démarrent les championnats de futsal l’hiver et s’entraînent donc dans les salles des lycées ou des collèges qu’elles louent.

Continuez-vous de suivre l’actualité de vos clubs formateurs de là où vous êtes ?

Je dois reconnaître que je ne suis pas beaucoup l’actualité du football azuréen.

Conseilleriez-vous aux entraîneurs qui veulent partir exercer à l’étranger d’aller en Suède ?

Sincèrement non. Obtenir un contrat de travail à temps complet est très difficile. Il y en a très peu et comme de partout la concurrence est très forte. De surcroit, les budgets sont relativement faibles.