Analyse

Mickaël Le Bihan, l’histoire d’une renaissance

08/12/2020 à 17:32

Auteur de son second triplé de la saison en Ligue 2 le week-end dernier avec Auxerre, Mickaël Le Bihan (30 ans) caracole en tête du classement des buteurs du championnat. Une véritable renaissance pour l'attaquant, victime de plusieurs blessures graves au cours de ses cinq années niçoises. (Icon Sport).

28. C’est le nombre de matches joués sous les couleurs d’Auxerre par Mickael Le Bihan depuis son transfert vers la Bourgogne en août 2019. C’est aussi un de plus que son nombre total d’apparitions en cinq saisons avec l’OGC Nice. L’AJA aurait-elle trouvé la recette miracle pour remettre sur pied l’attaquant désormais âgé de 30 ans, dont les qualités intrinsèques n’ont jamais été contestées ? « J’aurais aimé vous dire que telle ou telle chose a changé mais il n’y a pas d’explication, si ce n’est le changement d’environnement, de contexte. Cela tient parfois juste au fait de se retrouver dans un autre endroit, de remettre les compteurs à zéro. Nice a aussi toujours été derrière lui, le club l’avait même prolongé juste derrière sa fracture », témoigne Léandre Chouya, qui gère les intérêts du Morbihannais depuis une dizaine d’années.

« C’est quelqu’un de très fort mentalement même si lui n’en a pas forcément conscience »Léandre Chouya, agent de Mickaël Le Bihan

En pleine bourre avec ses 13 réalisations en 13 matches, l’actuel meilleur buteur de Ligue 2 a sacrément galéré pour retrouver le plaisir et la lumière. Freiné par trois fractures qui ont porté à plus de 800 son total de jours passés en convalescence sur la Côte d’Azur, Le Bihan n’a jamais abdiqué d’après son représentant, qui se souvient de « moments très difficiles » : « Sa femme et sa famille l’ont beaucoup aidé à surmonter ces périodes. De mon côté, je croyais en lui, je lui donnais des objectifs. Je savais qu’il était capable de réaliser ce qu’il est en train de faire aujourd’hui et ça m’inspire beaucoup de respect. Mickaël est un garçon pétri de talent. Il sait dribbler, marquer, faire des passes. C’est un attaquant complet. Il récolte ce qu’il mérite. Et c’est quelqu’un de très fort mentalement même si lui n’en a pas forcément conscience. Il revient de très, très loin, là où beaucoup de joueurs auraient lâché ».

Pour un rendement tonitruant, que le principal intéressé n’aurait lui-même jamais pensé retrouver, comme il l’a confié au site officiel de la Ligue 2, début décembre : « Sincèrement, je ne pensais pas revenir à ce niveau même si savais que j’étais beaucoup mieux. Aux entraînements, ça se voyait, j’enchaînais les kilomètres. Techniquement, mes gestes étaient beaucoup plus fluides. Devant le but, j’étais plus rapide. Je reprenais confiance. Maintenant, mes performances ne dépendaient pas que de moi. »  Le passage en 4-1-4-1 cette saison, avec le duo Sakhi-Autret en soutien et auteur de dix passes décisives en Ligue 2, est l’une des clés de la réussite de l’avant-centre de l’AJA. « On l’a vu au début du championnat à Guingamp ou à Sochaux où l’on a joué comme l’année dernière. Quand on passe à deux six, on est beaucoup moins offensif et je suis plus isolé. Quand je suis seul devant, c’est compliqué pour moi. »

Auxerre et Jean-Marc Furlan ont tout fait pour le recruter

Après cinq saisons tronquées à Nice où Puel, Favre et Vieira auraient apprécié de profiter davantage de ses qualités, Mickaël Le Bihan se devait de faire le bon choix pour relancer une carrière martyrisée par les blessures graves. C’est à Auxerre, sous la conduite de Jean-Marc Furlan, que le goleador a décidé de poser ses valises. Un club qui a fait le forcing pour le recruter. « A Auxerre qui a servi de déclic, c’est tout un club qui le voulait, confie Chouya. Jean-Marc Furlan l’appelait tous les jours et Cédric Daury me téléphonait quotidiennement pour nous convaincre. Micka est dans l’affect, il a besoin de sentir de l’amour autour de lui donc ça a été hyper important dans sa décision. J’ai une pensée pour le coach qui l’a toujours soutenu, même quand il était un peu moins bien. » Car le natif de Ploemeur a tout de même eu besoin d’une saison d’adaptation en Bourgogne (17 matches de L2, 4 buts en 2019/2020), avant de devenir la principale menace du championnat cette année. Le temps aussi que le corps du buteur de 30 ans s’habitue de nouveau à la répétition de séances à haute intensité. « Aux entraînements, quand j’avais envie de couper parce que j’avais quelques douleurs par-ci par-là, Jean-Marc Furlan me l’interdisait et me disait de rester sur le terrain. Il faisait ça pour que je sois costaud mentalement et que je lui dise : « Ça y est, je n’ai plus mal. Maintenant, je suis sur le terrain, tout est fini. »

Il a quand même adapté son style de jeu pour se préserver

Conscient de ses qualités mais conscient qu’il n’a plus ses jambes de 20 ans, l’ancien niçois reconnaît avoir complètement changé son jeu. « Je demandais beaucoup le ballon en profondeur, je dribblais, alors que maintenant, je décroche souvent et je limite mes touches de balle, à part si je suis enfermé », explique-t-il. Quand il y avait un joueur face à moi, je n’avais pas peur d’aller fixer et de jouer le un contre un. Là, j’essaye plutôt de ressortir et de conserver le ballon. Après des blessures, il faut savoir s’adapter, être intelligent et ne pas se mentir. » Un cocktail qui réussit à l’ex meilleur buteur de L2 avec Le Havre en 2015 (18 buts) et qui permet à Auxerre de batailler à nouveau pour la montée en Ligue 1, près de neuf ans après avoir quitté l’élite pour la première fois de son histoire. « On ne se le cache pas », lâche la gâchette auxerroise, auteur de son deuxième triplé de la saison le week-end dernier contre Niort (6-0). Après notre début de championnat moyen, où on enchaînait un match gagné, un match perdu, c’était compliqué de le dire à haute voix. Mais l’objectif du club, c’est la montée. » 

Alors que le mercato hivernal approche et que le téléphone de son agent chauffe « forcément » un petit peu, un départ de Mickaël Le Bihan semble exclu cet hiver. « On est tranquille sur ça, confie Léandre Chouya. On a tous les deux de l’expérience dans le milieu. Il faut qu’il continue sur sa lancée. Auxerre lui a tendu la main et nous ne sommes pas des gens qui oublient… » La belle histoire entre « MLB » et l’AJA ne demande donc qu’à se poursuivre…