Interview

Mohamed Aït Hida : « Les éducateurs chinois m’inspirent un profond respect »

17/08/2018 à 16:55

A 46 ans, passé notamment par le Sporting Club Toulon et le Club Sportif Sedan Ardennes, Mohamed Aït Hida s'apprête à se lancer dans une nouvelle aventure. Direction la Chine pour le technicien qui va être responsable technique d'une académie. Un projet qui l'attend dès les prochains jours et qu'il ambitionne avec envie.

Pouvez-vous nous rappeler votre parcours d’éducateur ?

J’ai commencé en 1995 au SC Toulon, jusqu’en 2014, où j’ai eu une incompatibilité de travail avec Claude Joye. J’étais plus dans la formation, lui dans le résultat. Or, quand on a des moins de 13, je ne vois pas l’intérêt de se concentrer sur le résultat, donc j’ai quitté le club. Derrière, j’ai entraîné deux ans la catégorie U15 à La Seyne pour remettre de l’ordre. Je voulais, ensuite, faire une année sabbatique pour m’occuper de mes enfants. J’ai eu la proposition de prendre les U19 DHR de La Valette. L’objectif était d’essayer de garder un groupe de gamins qui sont entre deux eaux. Certains passent le bac, d’autres travaillent, d’autres ne veulent plus faire de sport. Ca a été une super saison, on a fait monter l’équipe 2 d’Excellence en Promo Ligue et on a remporté la finale de Coupe du Var. Derrière, j’ai eu la proposition de prendre la direction technique du club de Sedan. On me vend un projet en tant que responsable technique et responsable du centre. Quand j’arrive là haut, je me rends compte que c’est un chantier. Je demande à la direction pas mal de changements, mais ma patience a des limites et, en janvier 2018, je quitte le club. Entre 2002 et 2014, je suis également observateur pour l’AS Saint-Etienne sur la région PACA.

Quel regard portez-vous sur votre parcours ?

Je pense qu’au niveau de la région PACA, je fais partie des éducateurs qui sont respectés et respectables. Je n’ai jamais été expulsé d’un banc de touche en 23 ans. Il n’y a pas un stade où je suis mal accueilli. J’ai des amis dans tous les départements de Méditerranée, en ayant entraîné au niveau Ligue. En ayant fait le tour, je pensais qu’en revenant de Sedan, on m’aurait proposé la direction technique d’une catégorie d’âge ou d’un club. On m’a proposé trois offres qu’à mon âge et mon CV, il était difficile d’accepter. La Garde m’a proposé une équipe de jeunes, mais je n’étais plus prêt à entraîner une équipe. La Valette m’a très déçu, car on m’a demandé d’être patient. Enfin, j’ai eu une offre de Six fours que je n’ai pas accepté et que je ne veux pas dévoiler

Vous avez donc choisi de partir en Chine. Racontez-nous la genèse du projet….

Vu que j’ai refusé trois propositions, je ne comptais rien faire, jusqu’à ce que, le 18 juin, un ami me propose de postuler en tant que directeur technique d’une académie en Chine, à Binzhou (à 300 km au sud de Pékin). J’ai eu un entretien sur Marseille avec les responsables. Mon CV a été retenu parmi un certain nombre, après un mois d’attente. Je suis en train de faire ma partie administrative. Ils demandent beaucoup de documents, dont les diplômes à faire traduire et agréer.

« Je vais vivre seul la première année »

Qu’est ce qui vous plait dans cette aventure ?

Je vais former des cadres techniques chinois pour développer le football, ce que j’aurais aimé qu’on me propose dans le Var. Je dois former des éducateurs qui sont des profs de sport ou d’anciens joueurs de foot. C’est du scolaire. A l’issue des cours, les gamins ont activité football.

Donc vous allez être près du terrain, près des jeunes…

Oui, je serai forcément au contact des enfants. Il faut que je vois si les séances sont bien mises en place.

Que vous inspire la Chine ?

Un profond respect et un travail au niveau de la discipline que je n’aurai pas à mettre en place. Pour la progression, il faut répéter les gammes. Ce sont des gamins et des éducateurs qui seront ouverts. Ils sont prêts à absorber le travail que je vais leur donner.

C’est un changement de vie radical.

C’est vrai. Je vais avoir un appartement et je vais vivre seul la première année. Un chauffeur traducteur qui sera là lors de toutes les réunions et sur le terrain.

Vous avez commencé à apprendre le Chinois ?

J’ai appris à dire bonjour, merci et les formules de politesse. C’est le minimum. Après, je vais apprendre le chinois technique football « pied droit, pied gauche, extérieur, poitrine ». Quand il faut répéter rapidement, avec un traducteur, c’est plus long.

Vous serez éloigné de votre famille. N’est-ce pas trop dur ?

Ca ne m’inquiète pas, je m’étais déjà préparé. Dans mon cursus, mon objectif était de progresser, donc bouger ne me dérangeait pas du tout. Ce sont mes enfants qui vont visiter la Chine. Pour une première année, il vaut mieux les laisser avec leur mère et la famille, plutôt que de les laisser seuls en Chine pendant que papa travaille. Binzhou, c’est quand même trois millions d’habitants, même si c’est très petit à la taille de la Chine.

« Toulon et Sedan, c’est la même histoire »

Partir à l’étranger, c’est quelque chose que vous conseilleriez à un éducateur ?

S’il est jeune, motivé et n’a pas d’accroche familial avec des enfants, je conseillerais rapidement l’Amérique du Nord. J’y suis allé trois semaines, car j’avais la chance qu’il y avait un ancien Toulonnais à l’Impact Montréal. Il m’avait invité il y a deux ans. Au début, ce sont des pays qui ne donnent pas ce que vous espérez financièrement, mais si vous êtes compétent, vous peux monter des échelons et gagner l’argent que vous méritez. J’aurais eu 25 ans et j’aurais été célibataire, je serais resté au Canada.

Vous avez évolué dans deux clubs historiques français, le SC Toulon et le CS Sedan-Ardennes. Quelle est votre image de ces institutions ?

Malheureusement, c’est la même histoire. Ce sont des clubs qui ont été dans l’élite nationale. Ils ont eu un parcours plus ou moins glorieux. Toulon a joué en Coupe de France à Mayol. Sedan a fait une finale de Coupe de France il y a vingt ans. Depuis, les deux ont dégringolé. Ils ont été pris par plusieurs présidents qui ne s’entourent pas de personnes locales pour faire monter le club. A Sedan, le directeur sportif vient de la région de Saint-Raphaël (Var). Ils ont perdu une année, j’ai peur qu’ils en perdent une deuxième.

Ils vous ont fait venir.

Oui, ils m’ont fait venir, mais j’avais la responsabilité technique. J’étais responsable des éducateurs et du centre. C’était le directeur sportif qui devait faire venir les meilleurs joueurs de la région. Ils ont été éliminés en coupe de France par Charleville-Mézière. Il y avait des joueurs meilleurs là-bas qu’à Sedan. Toulon, je leur souhaite de monter, mais ils ont pris un entraîneur et un directeur sportif qui ne sont pas de la région. Ce n’est pas normal qu’il y ait des Toulonnais à Hyères et à Fréjus et qu’ils ne soient pas à Toulon. Il y a aussi l’exemple Bassiri Keita, passé par Hyères, Jura Sud et Grenoble. Cette année, il a signé à l’Athletico Marseille. Contre nous, il va être tellement revanchard. Tous ceux-là, ils vont faire la partie de leur vie. Je veux bien qu’on recrute à l’extérieur, car on ne peut pas avoir 23 Toulonnais ou Varois en National 2, mais les meilleurs devraient être chez toi.

Crédit : DR

NDLR :  Contacté, le CS Sedan-Ardennes n’a pas souhaité réagir aux propos de Mohamed Aït Hida.