Coupe de France32e de finale

Mohamed Khettab (Olympique Strasbourg) : « On est comme des lions en cage »

04/01/2019 à 15:51

Dimanche, ils vivront le plus beau rendez-vous de leur vie. Les joueurs de l'Olympique Strasbourg (R2) défient l'AS Saint-Etienne, dans l'antre de La Meinau. Un 32e de finale unique qui va permettre de mettre la lumière sur un club de quartier qui n'est pas comme les autres et qui veut montrer ses valeurs. A l'image de son coach, Mohamed Khettab qui raconte l'état d'esprit général.

Comment est l’ambiance à J-2 de ce 32e de finale ?

On sent que la ferveur grandit un peu. Les billets commencent à s’écouler. On en est à 4000 vendus. On avait peur au début, car on avait pris un peu de retard par rapport aux différents lieux possible pour accueillir le match. Il y a un engouement qui commence à se faire. Il y a de plus en plus de monde autour du club house. On le sent sur les réseaux sociaux aussi. Les gens qui étaient réticents par rapport au club s’en rapprochent doucement. C’est la première victoire, d’avoir fait connaître le club et de l’avoir désenclavé.

Pourquoi ?

C’est un club qui avait mauvaise réputation pendant plusieurs années, avec les représentations négatives d’une structure de quartier. Ce n’est pas le cas. C’est une première victoire de mettre les vérités à jour par rapport à ce club qui est très familial. C’est une formation de quartier qui a les mêmes valeurs qu’un club de village.

Quel est le regard des personnes extérieures ?

Les gens pensent que les comportements sont pas bons. Mais pas du tout. Alors, la Coupe de France est un tremplin. On a gagné quelques années, au niveau image et notoriété du club. Il est attractif. Il y a une belle dynamique au sein des responsables pour le faire évoluer dans la bonne direction.

L’après-Coupe de France, vous y pensez ?

Une fois sorti de la lumière, c’est là que le travail de fond va commencer.

Ca vous fait peur ?

Oui. On a toujours peur de l’après-Coupe de France, surtout quand on a fait un beau parcours comme ça. J’ai peur qu’on soit essoufflé, car ça demande de l’engagement. Des joueurs et dirigeants ? Oui, les joueurs, je leur ai dit, je les attends au tournant. Notre bon parcours doit aider à capitaliser de la confiance, et doit nous faire progresser à tous les niveaux pour avoir des ambitions et fixer la barre plus haut en championnat. On doit se maintenir tranquillement cette année, et, l’an prochain, faire un recrutement ambitieux afin de jouer les premiers rôles. C’est un objectif raisonnable. Pour ce qui est des dirigeants, ça va inculquer une dynamique, les gens vont plus s’investir, car ils ont vu que c’était possible avec de faibles moyens. Au niveau sponsoring, ça peut attirer d’autres partenaires.

Que représentent les 50 000 euros récoltés ?

On a un budget annuel de 40 000 euros. On a touché 52 500 euros. On a remboursé nos dettes, il reste 30 000 euros nets, en plus de l’excédent de billetterie ce week-end. D’ailleurs, le discours du président a changé. Il y a encore 15 jours, il était focalisé sur l’aspect financier. Plus on approche, plus il a pris conscience de l’importance du match, sur l’aspect fédérateur. C’est un rendez-vous qui a mobilisé plusieurs personnes, c’est la fête du foot en Alsace. Même si ça devait être une opération blanche, on aurait gagné pour avoir fait connaitre le club, et ça, d’un point de vue comptable, ce n’est pas chiffrable.

Vous avez même accepté d’inviter les supporters de l’AS Saint-Etienne. Pourquoi ?

Ca montre qu’on est un club qui est généreux, pas que financièrement. On est pleinement dans la philosophie de la coupe de France. C’est une compétition qui est là pour le partage. Le slogan de cette année est « La coupe de tous les possibles ». On s’inscrit pleinement dedans. C’est nous, club de R2 qui offrons la gratuité des places aux supporters stéphanois. Ca montre le respect qu’on a envers ce club qui est un exemple et qui est de qualité. Avoir fait ce geste montre que, même quand on n’a pas d’argent, on peut offrir.

En échange, l’AS Saint-Etienne a annoncé vous laisser sa part de la billetterie…

C’est aussi important. Grâce à ça, on va peut être retomber sur nos pieds niveau financier. Ca démontre la classe de ce club-là.

Revenons côté terrain. Comment se déroule la préparation ?

On a préparé ce match de la meilleure des manières. On s’est entraîné presque quotidiennement. On a commencé le 26 décembre, le jour de la Saint-Etienne (sourires), qui est férié en Alsace. Habituellement, on reprend entre le 10 et le 15 janvier. Le championnat reprend le 3 février, on aurait repris le 8 janvier, après une première partie longue. L’objectif est de ne pas s’arrêter plus de 7 jours, car on ne perd pas grand-chose niveau athlétique, sinon il faut repartir sur du travail foncier.

Quitte à laisser une nouveau pause après le match ?

(sourires) Oui, si jamais il n’y a pas de miracle, on laissera une semaine de repos, pour décompresser.

C’est compliqué d’attendre ?

On est surexcité, sous pression. On est comme des lions en cage, on tourne, on s’entraîne. On veut rentrer dans l’arène qui se nomme, cette année, La Meinau. Mais c’est une pression positive, magnifique. Il n’y a pas que le match qui compte, ce qui se passe en amont depuis une dizaine de jours. On est au quotidien ensemble. En terme de vie de groupe, on partage, on échange, on a peut être gagné 3-4 mois. Les joueurs sont proches les uns des autres.

Quels sont les détails importants pour tenter de réaliser l’exploit ?

La clef du match va être les transitions. On va essayer de jouer, mais on travaille sur la perte du ballon. On sensibilise les joueurs là-dessus. Il va falloir courir, communiquer, ne surtout pas être déséquilibré, car ils ne nous laisseront aucune chance. Tout se jouera sur les transitions, surtout offensives-défensives, et notre capacité à reconstituer un bloc-équipe le plus vite possible. Ca demande de la communication, de la solidarité. Quand on a le ballon, l’utilisation sera importante car, si on le perd de suite, ils vont nous tuer. Il va falloir qu’on ait du sang-froid, qu’on joue. Tout va plus vite avec eux, dans l’impact, l’intensité.

On a parlé de l’ambiance, du match, mais vous, personnellement, comment vivez-vous tout ça ?

Ce n’est pas simple, c’est inhabituel. Il faut gérer, en toute simplicité, en toute humilité, ne pas se prendre pour quelqu’un d’autre. Il faut rester naturel, tranquille et essayer de faire son boulot de coach au mieux, avec une organisation adaptée à la qualité des joueurs. Il faut bien réfléchir là-dessus, ne pas jouer le match avant, gérer le côté émotionnel. Ce sont des joueurs qu’on voit à la télé, un coach emblématique et réputé. Il faut rester zen, car le comportement du coach rejaillit sur les joueurs. Si je reste pro, les joueurs le seront aussi, si je suis dépassé sur le côté émotionnel ou énervé sur la touche, les joueurs le seront aussi. La gestion des émotions est importante. Il faut garder l’esprit foot. Si on en sort, c’est foutu.

Propos recueillis par Tom Mollaret

Crédit : Ligue Grand Est de Football