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Olivier Boscagli : « Après Nice, je pensais signer dans un club moins huppé que le PSV »

18/11/2020 à 12:01

Flatté et surpris de l'intérêt du PSV Eindhoven à son égard à l'été 2019 après une saison blanche avec Nice, Olivier Boscagli se livre en exclusivité pour Actufoot sur la première aventure de sa carrière l'étranger. Celui qui fête ses 23 ans ce mercredi 18 novembre se confie aussi sur la fin de son parcours chez les Aiglons et raconte le retour au premier plan de la star de l'équipe, Mario Götze.

Saviez-vous que êtes le septième joueur en Europe au nombre de duels aériens remportés, selon une étude réalisée par l’Observatoire du Football ?

Le PSV m’a identifié dans un post sur Instagram. J’ai reçu quelques messages de supporters et la personne qui s’occupe de mes réseaux sociaux m’en a aussi parlé. J’aime bien regarder mes statistiques mais le nombre de duels aériens gagnés… Je préfère avoir un bon pourcentage de passe réussi. Ca reste plaisant de voir qu’on n’est pas loin d’un joueur comme Kurt Zouma qui joue en équipe de France et est titulaire à Chelsea. C’est une petite récompense du travail fourni sur ce début de saison qui n’est pas passé inaperçu.

Entre la découverte d’un nouveau championnat et l’épidémie de coronavirus, la saison précédente a-t-elle été difficile en terme d’adaptation ?

Niveau football, c’était très compliqué parce que je sortais d’une année blanche à Nice. C’était aussi ma première saison à l’étranger avec une langue différente. J’ai pu travailler mon anglais qui est parlé par tout le monde ici. J’ai retrouvé des adversaires en sélections de jeunes mais sinon, je ne connaissais vraiment personne. Je n’ai pas non plus eu le bon feeling avec le coach au départ (Mark Van Bommel écarté en décembre 2019, ndlr). Mais cette saison m’a servi pour la suite. Si je n’ai pas beaucoup joué, c’était aussi ma faute. Au PSV, les objectifs sont très élevés et quand ça ne marche pas, il faut changer beaucoup de choses. Le club était revenu aux bases en alignant des joueurs hollandais qui ont plus d’expérience. Ca a joué en ma défaveur sur le coup mais je me suis donné pour revenir. Aussi, je ne pensais pas arriver dans un club avec autant d’exigence que ce soit en termes de football, sur le plan extra-sportif et chez les supporters.

Qu’est-ce qui a changé pour que ça marche cette saison ?

L’arrivée au club du staff allemand, et on connait leur exigence, m’a boosté. J’ai besoin de l’être parce que je suis quelqu’un de nature un peu fainéante, nonchalante. C’est ce qu’on me reproche depuis tout jeune. Le coach (Robert Schmidt, Ndlr) me parle et me pousse beaucoup comme pouvait le faire Thierry Malaspina, avec les U19 Nationaux de Nice. Il me criait tout le temps dessus mais ça m’a beaucoup aidé. J’ai conscience de ma tendance à me reposer sur mes lauriers parce que j’ai un bon pied gauche et avoir quelqu’un qui me pousse me fait du bien. Cette année, le travail paie aussi parce que j’ai réalisé une grosse préparation individuelle chez moi à Monaco. Elle m’a permis d’arriver à 100% au PSV pour la reprise.

Le PSV Eindhoven possède la co-meilleure défense d’Eredivisie (5 buts encaissés en 8 matches comme l’Ajax et Vitesse Arnhem), et vous enchaînez les titularisations. On vous sent bien lancé …

Les feux sont au vert, le coach m’apprécie. Je pense qu’il cherchait un défenseur de mon style, qui essaye de relancer proprement et de jouer au football. Mais je ne me sens pas encore installé. On a vu qu’on pouvait être un peu plus en difficulté défensivement sur certains matches comme Grenade (défaite 1-2) et le PAOK (défaite 4-0) en Europa League. On est une équipe très jeune qui doit travailler pour progresser. Aussi, le groupe a été beaucoup touché par le Covid et cela nous a empêchés d’aligner souvent la même équipe. Malgré ça, on est deuxième en championnat.

Quelles sont les caractéristiques de l’Eredivisie ?

On a rencontré pas mal d’équipes qui utilisent les ballons longs, c’est sûrement pour ça aussi que j’ai cette statistique sur les duels aériens (sourire). Le jeu est basé sur des transitions rapides vers l’avant. Beaucoup d’adversaires nous attendent mais dans l’ensemble, les équipes cherchent à jouer offensif, on le voit sur certains scores larges. Cela nous arrive de gagner avec plusieurs buts d’écart, l’Ajax en a mis 13 par exemple (à Venlo le 24 octobre).

Avez-vous le sentiment d’avoir franchi un cap en rejoignant le PSV Eindhoven ?

Oui et je ne m’attendais pas beaucoup à recevoir ce genre d’opportunité. Il y a eu des discussions avec  Saint-Etienne mais c’était compliqué, les clubs n’ont pas trouvé d’accord. Je ne jouais pas beaucoup à Nice et franchement, je pensais signer dans un club un peu moins huppé que le PSV. Quand j’ai su qu’ils me suivaient, je n’ai pas hésité. J’ai vu ce challenge comme une possibilité de m’améliorer et de passer un cap. Je n’ai joué que quinze matches et on en reparlera en fin de saison mais je me sens bien pour l’instant. Je joue avec beaucoup de confiance et c’est ça qui fait la différence selon moi.

Après une première saison délicate, Olivier Boscagli s’est imposé dans la charnière centrale du PSV (Photo : DR)

N’avez-vous pas le regret d’avoir été considéré surtout comme un latéral gauche au cours de votre parcours niçois, alors que votre poste de prédilection, dans l’axe, a toujours semblé être une évidence ?

Je suis arrivé au club en tant que défenseur central mais j’ai rapidement évolué dans le couloir parce qu’il n’y avait pas toujours de latéral gauche chez les jeunes ou en équipe première. C’est pour ça aussi que j’ai vite intégré les pros. J’avais 16-17 ans et je n’allais pas faire de caprices sur la position où me mettait le coach. J’ai eu ma chance à gauche, surtout avec Claude Puel qui m’a fait commencé en Ligue 1. Lucien Favre me l’a aussi donnée mais moins que Patrick Vieira qui m’avait fait fait débuter la saison. Je n’ai pas été performant et je ne peux m’en vouloir qu’à moi-même. Ce que je regrette à Nice, c’est ne pas avoir plus souvent ma chance dans l’axe. Après, je n’ai jamais été coach, ce sont des choix.

Votre équipe jouerait-elle facilement le podium en France ?

Facilement non, car le championnat français redevient plus homogène qu’avant. Le PSG est toujours là mais il y a des équipes comme l’OM qui ont fait une grosse saison l’an passé. Même Nice a sa carte à jouer. C’est dur de me prononcer car les footballs sont différents mais on serait un candidat au haut de tableau en France.

« Götze ? Un peu comme à Nice quand étaient annoncés Balotelli, Ben Arfa et Belhanda »

Mario Götze éclabousse à nouveau les terrains de son talent. Comment voyez-vous son retour au premier plan ?

Déjà, son arrivée au club était un peu inattendue pour nous, les joueurs. On voyait des noms qui trainaient à droite et à gauche dans la presse et celui de Mario Götze, on avait du mal à y croire. On se dit : « Ah ouais, c’est sympa quand même ! » Un peu comme à Nice quand étaient annoncés Balotelli, Ben Arfa et Belhanda. S’il a choisi le PSV et je ne pense pas que c’était le seul club qui le voulait, ce n’est pas pour rien. Il a connu une passe difficile, tout le monde parle de son but en finale de Coupe du monde (2014 contre l’Argentine, 1-0) mais il a quand même fait ses preuves au-delà de ça. Je le regardais quand j’étais petit et pouvoir jouer avec lui, c’est que du bonheur. Je ne sais pas combien de temps il va rester mais il est bien physiquement et affiche un super niveau. Il nous parle énormément sur le terrain j’ai pu échanger aussi avec lui en dehors. On sait qu’on peut se reposer sur lui quand ça va moins bien sur le terrain.

Le PSV a-t-il l’ambition de remporter le championnat chaque saison ?

Oui mais on ne se prononce pas trop là-dessus. On connait les objectifs très élevés du club mais de là à dire qu’on va gagner cette saison, c’est très compliqué. On veut finir dans les places européennes et voir comment se déroule la saison. On a une belle équipe et si on ne perd pas trop de joueurs, on peut réussir à faire quelque chose dans le haut de tableau. Le PSV reste un grand nom du football comme l’Ajax et Feyenoord même si le championnat n’est pas médiatisé comme d’autres.

Le point noir de ce début de saison, c’est le démarrage en Europa League avec trois points pris sur neuf possibles. Comment l’expliquez-vous ?

On n’est pas moins bon mais on manque d’expérience. La dizaine d’absents à cause du Covid nous a aussi handicapés pour enchaîner les matches tous les trois jours. Et c’est encore plus dur quand ça ne tourne pas bien. On va devoir jouer intelligemment les trois matches à venir parce qu’on est encore dans le coup pour la qualification. Ca commence dès jeudi prochain contre le PAOK à la maison.

Vous allez fêter vos 23 ans demain (lire aujourd’hui, entretien réalisé mardi). Quelles sont vos rêves pour la suite ? L’Equipe de France, malgré une concurrence monumentale en défense centrale, en fait-elle partie ?

C’est sûr que l’équipe de France est dans la tête de beaucoup de joueurs français mais ce n’est pas quelque chose que je regarde pour l’instant. Je dois encore travailler énormément pour y arriver et m’imposer dans mon club. Je me sens très bien au PSV et j’espère pouvoir y rester longtemps. Le rêve, ce serait de gagner quelque chose ici. J’ai pu voir, en rencontrant certains supporters, qu’ils ont un amour énorme pour le club. Si ils travaillent toute la semaine, c’est aussi pour pouvoir se payer la place pour venir au stade. D’un point de vue personnel, gagner le championnat serait vraiment un aboutissement pour moi même si je suis encore jeune et que j’ai encore beaucoup à apprendre.

 

Recueillis par Thomas Gucciardi