Séquence CoachInterview

Olivier Guégan : « Une année en L1 vaut beaucoup d’années au niveau inférieur »

12/04/2018 à 18:21

La Séquence Coach, c’est votre rendez-vous hebdo ! Chaque jeudi, avec notre partenaire My Coach Football, nous partons à la rencontre d’un éducateur, du monde professionnel ou amateur. Toutes les semaines, nous donnons la parole à un coach pour connaître sa vision du football, et surtout, son avis sur le rôle et le rayonnement actuel de l’entraîneur. Philosophie de jeu, formation et coaching français : en toute transparence, ils livrent leur opinion, parfois leur critique.
Ancien professionnel reconverti entraîneur, Olivier Guégan, 45 ans, a passé près d'un an à la tête du Stade de Reims, en Ligue 1. Une expérience dont il profite aujourd'hui à Grenoble, qu'il pourrait faire monter pour la deuxième fois en deux saisons.

SON IDENTITÉ DE JEU

Système de jeu préféré : Du 4-3-3 au 3-5-2

« Je n’ai pas un système privilégié. Cela dépend surtout de l’effectif que je vais avoir à ma disposition. J’essaie de l’adapter à ce que j’espère amener à mon équipe. L’an dernier, on évoluait beaucoup en 4-3-3, cette année beaucoup en 3-5-2. L’effectif a été modifié, avec beaucoup de joueurs d’axe, à tous les postes. C’est un système qui va bien. »

Coach français préféré : Zinedine Zidane

« Dans l’idéal, Zidane. Ce qu’il fait à Madrid, c’est extraordinaire. Même s’il est dans le plus grand club au monde, avec ce qu’il se fait de mieux, mais j’aime ce qu’il amène, le positif, ce qu’il dégage. C’est de la simplicité, de l’humilité. Il est grand dans tous les domaines.

Coach étranger préféré : Mauricio Pocchetino

« J’ai eu l’opportunité d’aller voir comment il travaillait à Southampton et Tottenham. Ce qu’il propose, ça me parle, dans ses principes, son management, il est très proche des joueurs. Son jeu est assez vertical et il est capable de mettre de la possession. »

Principes de jeu : la transition

« C’est la transition. J’aime bien, que ce soit off-déf (offensif-défensif) ou déf-off. Il faut qu’on soit actif, pas réactif, qu’on ne subisse pas et qu’on impose un rapport de force. Je veux que les changements de statut se fassent très rapidement. Après, ça dépend de la hauteur où on est. Si on est haut, il faut mettre la pression pour empêcher l’adversaire de s’organiser. Si on est en position médiane ou basse, il faut restructurer l’équipe. »

SA VISION DU MÉTIER D’ENTRAÎNEUR

Définissez-vous en tant que coach.

C’est difficile de se juger. J’étais joueur professionnel pendant une quinzaine d’années, essentiellement en L2. J’ai eu l’opportunité de basculer dans le métier d’entraîneur, car c’était une volonté forte de ma part. Je suis un homme de terrain. J’aime bien l’approche de l’entraînement, que ce soit la semaine et la compétition. J’aime la préparation du match, de l’adversaire et nos forces. Je suis un coach proche des joueurs, je leur parle vrai. Quand j’étais joueur, je souhaitais ce rapport avec mes entraîneurs, le joueur a besoin d’entendre la vérité.

Il reste dix minutes de jeu : vous menez 1-0. Que faîtes-vous ?

Ça dépend si tu es à domicile ou à l’extérieur. Est-ce qu’on a la main sur le match ? Est-ce qu’on subit ? Il y a plein d’aléas à prendre en compte. Si on joue le maintien, la montée, à quelle période de l’année. A l’heure actuelle, si on mène 1-0, vu qu’on joue la montée, peut être, j’irai chercher à mettre le 2e. Mais ça dépend de plein de choses.

En quoi la gestion humaine des joueurs a-t-elle évolué ?

L’environnement proche des joueurs, que ce soit les agents, la famille, et les médias. En Ligue 1, tout est épié, analysé, décortiqué. Il faut être très vigilant dans la communication interne comme externe. C’est un autre métier que celui que je vis actuellement. Pas par rapport au foot, mais à l’environnement. Il y a deux ans, je vivais autre chose, dans mon activité, car il y avait beaucoup de demandes médiatiques. J’avais la gestion de l’environnement des joueurs, des médias locaux, extérieurs. Il y a les résultats aussi. À Reims, je jouais le maintien en Ligue 1, là, à Grenoble, il y a une approche différente.

Qu’avez-vous de plus en National qui vous satisfait par rapport à la Ligue 1 ?

Du temps. On a une gamme de joueurs qui est dans la découverte, qui aspire à découvrir le haut niveau. Ils ont de l’insouciance, l’envie d’aller jouer au haut niveau professionnel. Ce sont souvent des joueurs en échec. Ils sont plein d’allant, plein d’enthousiasme. C’est un bonheur au quotidien, de les voir travailler, progresser. En Ligue 1, il y a beaucoup plus d’outils pour l’analyse, l’expertise des données. C’est un monde différent.

Qu’est ce qui change entre la Ligue 1 et le National dans la façon de parler ?

Pas grand chose. Les joueurs ne sont pas pollués par l’extérieur. Le président et le manager sont sur la même longueur d’onde. En Ligue 1, les structures sont plus étoffées. Il y a un Directeur sportif, des conseillers du président. Il peut y avoir plusieurs autres discours. Là, il faut être très vigilant, ne pas polémiquer. En National, je ne m’attache qu’au terrain, l’environnement il n’y en a pas ou peu, l’aspect médiatique pas ou peu. Je m’occupe de l’essence même du métier.

Qu’est-ce que l’expérience à Reims vous apporte ?

Cela me permet d’anticiper les choses. Je gagne un temps fou. Une année en L1 vaut beaucoup d’années en niveau inférieur. Sur le travail, le recrutement, les négociations, l’anticipation de l’effectif, l’importance des postes clés, l’évaluation des blessures. L’expérience de la Ligue 1 est une vraie chance, j’ai bien sûr l’ambition d’y retourner.

Préférez-vous le besogneux qui fait machinalement et bien ou le joueur qui s’interroge, pose des questions ?

Il faut de tout. On a besoin des talentueux qui se mettent au service du collectif, des besogneux au service des individualités. Il faut un bon mélange. Il ne faut pas que le bon soldat, il faut du caractère, des joueurs de personnalité. ll faut un bon dosage. Un joueur peut être très jeune, très talentueux et très intelligent. Ce que j’aime ce sont les joueurs avec un état d’esprit positif qui sont dans le travail. Le joueur talentueux qui ne travaille pas n’existera pas.

 

ET LA FRANCE ?

Votre regard sur les coachs français.

Ils sont très bons. Quand je vois ce qu’a fait Pélissier avec Luzenac et maintenant avec Amiens. Pareil, ce qu’a fait Gourvennec avec Guingamp, Garcia avec Dijon ou Lille. Le coach français est pointilleux et performant. Mais il ne peut être pas traité de la même manière ou avec les mêmes moyens qu’un étranger. Il n’y a qu’à voir Bielsa. Certains coaches s’exportent à l’étranger. Puel, Garcia, ils performent. Wenger à Arsenal. Il y a de la compétence.

Miser sur un coach sans expérience en France, est-ce possible ?

Tout va dépendre de la gamme du club. Dans les grands clubs, il faut un vécu, une certaine expérience du haut, voire du très haut niveau. Dans les clubs intermédiaires, les entraîneurs avec une certaine expérience sont capables de faire de très belles choses. Gourvennec est le bon exemple.

Faut-il avoir eu une carrière de joueur professionnel pour entraîner en pro ?

Non, ce n’est pas obligatoire. Pélissier ne l’a pas eue. Ce n’est pas incompatible. Il faut juste avoir les compétences.

Quel est le pays qui forme le mieux ses coachs selon vous ?

La France. La formation est très pointilleuse et très intéressante. Il y a une génération de coaches portugais qui émergent dans beaucoup de pays. Il y a une école. Mais les entraîneurs français sont de mieux en mieux formés. Dans les prochaines années, j’espère que ce seront eux qui auront la cote.

Sa fiche d'identité
Olivier Guégan, né à Longjumeau le 20/08/1972
Ancien footballeur professionnel (180 matches de D2)

Passé par Brest, Angers et Reims comme joueur

Ancien entraîneur du Stade de Reims (Ligue 1), aujourd’hui au Grenoble Foot 38 (National)