Portrait

Oussama Abdeldjelil, l’arme fatale du SO Cholet

25/10/2018 à 17:12

Oussama Abdeldjelil réalise un début de saison impérial avec son équipe du SO Cholet. De l’Algérie, en passant par les quartiers lyonnais, jusqu'à la National, il a franchi les étapes une par une. A seulement 25 ans, évoluer un jour à un échelon encore supérieur ne paraît pas démesuré, pour l’attaquant qui a passé tous les obstacles qui s’opposaient à lui jusqu'à présent. Avec sa nouvelle rubrique de « joueur du mois », Actufoot dresse son portrait.

Voir Oussama Abdeldjelil balle au pied, jusqu’ici, il n’y a rien d’anormal. Il a commencé à toucher le ballon rond en France dès l’âge de 6 ans, dans les quartiers de Villefranche-sur-Saône, un peu comme tous les jeunes de son âge. Il arrivait tout juste d’Algérie, son pays natal, où sont restés vivre ses parents. Lui s’est installé chez ses grands-parents, dans la région lyonnaise. Le début d’une histoire d’amour entre le football et lui, une histoire inévitable…

Ses classes du côté de Racing Club de Beligny

Après avoir joué dans la rue, pendant de nombreux mois avec ses compères, Oussama décide de rejoindre le Racing Club de Beligny pour effectuer ses premiers pas au sein d’une équipe. Toufik Zaougui l’a eu pendant toute cette période, jusqu’aux U15 : « C’est le seul qui a réussi à sortir du quartier pour vivre du football. C’est un gamin qui donne tout et qui ne lâche rien. Dès le plus jeune âge, quand je l’avais, il arrachait déjà tout. C’est le pilier du quartier, il savait déjà tout faire des deux pieds quand je l’avais sous mon aile. » Il poursuit sur sa relation avec le joueur : « Il revient souvent voir ses grands-parents, et nous on communique beaucoup ensemble. Il a beaucoup de respect, et de reconnaissance pour tout ce qu’on a pu faire pour lui ici. » Toufik Zaougui faisait beaucoup pour ces enfants du quartier, Oussama compris. Il les récupérait pour aller à l’entraînement, les ramenait. Sans compter lors des tournois, c’est l’éducateur qui achetait les sandwichs aux jeunes et qui leur permettait de pleinement s’épanouir. Pour son ancien entraîneur, tout ça lui a énormément servi pour se surpasser lui-même, mais aussi pour sa famille : « Sa famille pour lui aujourd’hui c’est vraiment tout. Sa mère l’a fait grandir, et il vivait chez ses grands-parents ici. A mon avis, c’est en l’honneur de sa grand-mère décédée en début d’année, qu’Oussama célèbre ses buts en levant les bras au ciel et en embrassant la pelouse. »

La première licence de football d’Oussama Abdeldjelil dans son premier club.

L’attaquant de Cholet a fait ses classes avec son meilleur ami et fidèle lieutenant qu’il côtoie toujours aujourd’hui, Bilel Guerrid. Les deux amis ont fait les 400 coups ensemble à l’école, et ont continué au Racing Club de Beligny : « C’est mon meilleur ami depuis qu’il est venu d’Algérie. On a commencé le foot ensemble, et puis il a fait ses preuves, et il a eu le courage de partir pour réussir. » Il a planté bon nombres de buts, quelque soit le club où il est passé. Mais Bilel n’oublie pas à quel poste a commencé son ami : « Pas beaucoup de gens le savent, mais il a commencé défenseur sur les moitiés de terrain. Ce n’est qu’à partir du passage sur le grand rectangle vert, qu’il a commencé à évoluer au poste d’attaquant. »

« Il m’avait gonflé toute la semaine »

Lors de sa première année sénior du côté du FC Villefranche-Beaujolais à l’âge de 18 ans, les relations ne sont pas au beau fixe avec ses dirigeants. C’est une année compliquée que vit Oussama Abdeldjelil. C’est à ce moment-là, qu’est intervenue une personne importante, pour l’évolution de sa carrière : Landry Ndazana. Celui qui l’a connu en tant que joueur au FCVB, avant de passer ses diplômes d’entraîneur, explique la situation : « Je ne l’ai pas eu, mais je le voyais régulièrement évoluer sur les matchs et les entraînements. Le discours ne passait pas vraiment avec la direction et les responsables sportifs du club. Je trouvais ça dommage, au vu de ses énormes qualités. » C’est à ce moment là, que l’actuel entraîneur de Belleville en R2 est entré en piste, pour lui donner un coup de main : « Je lui ai proposé Fréjus, club où je venais d’évoluer. Il est allé faire un essai concluant. Après c’est lui qui a fait le reste, je n’ai pas fait grand chose. » A l’époque, Charles Paquille était l’entraîneur de l’équipe varoise en National, et la réserve était en CFA 2. Celui qui est maintenant responsable technique du club se souvient : « Je ne l’ai pas eu directement sous mes ordres, puisqu’il jouait avec la réserve. Mais il avait un potentiel athlétique impressionnant, et il était très puissant devant le but, même s’il manquait de constance. Le voir où il est aujourd’hui ne me surprend pas du tout. On a même essayé de le récupérer la saison dernière. »

Oussama Abdeldjelil n’a pas toujours eu des relations toutes roses avec ses dirigeants, ou entraîneurs. Ce n’est pas Ludovic Pollet, actuel entraîneur de l’AS Cannes en N3, et qui l’a eu sous ses ordres à Tarbes lors de la saison 2013/2014, qui dira le contraire : « Dans ses prestations, c’était un peu les montagnes russes. Il était capable de me mettre à bout avec son caractère. Un jour, on devait jouer la réserve de Nice, il m’avait gonflé toute la semaine, alors je l’ai mis sur le banc ! Et quand je le fais rentrer, il met de suite un mauvais tacle à un adversaire. C’était Oussama à l’époque. Aujourd’hui, je pense qu’il a vraiment grandi, il a su se mettre une ligne directrice, et s’y tenir pour progresser au fur et à mesure. » Landry Ndzana poursuit dans ce sens concernant l’attaquant : « A une époque, il a eu des relations tendues avec ses éducateurs, parce qu’il jouait trop facile et n’était pas toujours performant dans le repli défensif. »

Christian Scheiwe qui l’a eu du côté de St Priest en N3 se remémore des « bonnes prises de bec parce qu’il voulait toujours faire ses quinze minutes de reprises de volée après l’entraînement. Ça n’a rien à voir avec un mauvais caractère ou autre, je pense que c’est juste un garçon qui a de l’abnégation, et qui est relativement dur à l’effort. Toutes les qualités qu’il a, font qu’il est le joueur qu’il est. Forcément derrière, il y a le revers de la médaille, et ça peut donner un garçon ronchon. Mais quand on met tout ça au global, c’est une grosse plus-value pour un groupe, au sein du secteur offensif. »

Le magnifique but d’Oussama Abdeldjelil !

Un talent indéniable et un meneur d’hommes

Ce tempérament fort, il est mené par ce refus de la défaite. Oussama Abdeldjelil est un compétiteur hors-norme. Son ami, Bilel Guerrid l’évoque dans la vie de tous les jours : « C’est un grand rigolo, il aime beaucoup chambrer. Sur un terrain de foot il est tout autre, c’est un guerrier qui a horreur de la défaite. »
Au-delà du caractère bien trempé, le joueur a laissé une trace dans tous les clubs où il est passé. Il a même été sélectionné avec l’équipe nationale algérienne, en catégorie jeunes. Pour son agent depuis trois ans, Nabil Khelladi rien d’étonnant : « Je l’ai découvert à St Priest, j’étais allé voir le match qui les opposait à St Etienne. Ce jour là, St Priest gagne 5-0, et Oussama plante un triplé. Pied droit, pied gauche, et tête. Je me suis dit, qu’est-ce que fait un tel joueur à ce niveau ! »
Christophe Bouteiller l’a connu du côté de Villefranche, quand Oussama Abdeldjelil venait de rentrer d’une période en Algérie : « Il s’est entraîné deux mois avec nous, avant de signer du côté de St Priest. C’est un jeune que j’ai vu grandir, et que je connaissais quand il jouait à Lyon Duchère. On a lié cette affinité quand il s’est entraîné avec nous. J’ai découvert un joueur de caractère, qui sans ce tempérament, ne serait pas à ce niveau en National. Nous quand on l’a eu, c’était très productif. C’était le grand frère auprès des plus jeunes, il a appris aux autres à haïr la défaite. C’est quelqu’un de très important humainement dans un groupe. » Pour Christian Scheiwe, pas de doute aussi sur ce coté important du joueur : « Quand il est dans un vestiaire, on sait qu’il est là. C’est quelqu’un d’attachant, parce qu’il prend de la place et il veut mener l’équipe avec lui. C’est un personnage haut en couleurs qui amène beaucoup de positivité. »

Un leader de vestiaire, mais aussi et surtout de terrain. Tous les coachs qui l’ont eu sous leur aile sont unanimes. Oussama Abdeldjelil est un attaquant pétri de talent. Ludovic Pollet à l’époque de Tarbes a été « bluffé par ce qu’il nous avait montré lors d’un match d’essai. Il a un sens du but incroyable, il est capable de frapper dans toutes les positions, du pied droit, pied gauche. Il peut aussi décanter des situations à n’importe quel moment. Je regarde tous ses buts en National, je le suis et je suis vraiment content. C’est un gentil garçon, si j’avais les moyens de le faire venir, je le ferais venir tous les jours. » Christophe Bouteiller se souvient encore d’un but incroyable qu’il avait mis en match amical : « J’ai encore en tête ce magnifique but. Il réalise un coup du sombrero et enchaîne une reprise de volée au 20 mètres. Ce sont des gestes comme ça, qui ont fait qu’il s’est démarqué. En plus, c’est un joueur puissant, qui va vite, et qui frappe des deux pieds. Le plus époustouflant dans tout ça, c’est qu’il n’est pas égoïste comme les buteurs peuvent l’être en général. Il veut avant tout que l’équipe s’impose, peu importe si il marque ou non. Pourtant on dit souvent d’un buteur qu’il est égoïste. » Un attaquant qui sait tout faire, c’est un peu comme il est décrit par Christian Scheiwe : « C’est un joueur qui réunit les qualités requises pour faire de la performance de haut niveau. Le jeu aérien est peut-être un axe d’amélioration, mais il ne doute jamais de lui. J’ai été content de travailler avec lui, car c’est un caractère, et la trajectoire qu’il prend aujourd’hui, me donne raison. Il est capable d’exploiter le moindre ballon, il a tout le package de l’attaquant. » Le plus impressionnant dans tout ça pour Toufik Zaougui, « c’est que toutes ses qualités, il les a depuis tout petit. Donc forcément, avec tout le travail qu’il accomplit, c’est encore plus facile et naturel pour lui. »

Et maintenant…la Ligue 2 ?

Aujourd’hui à Cholet, Oussama Abdeldjelil est plus que jamais un leader d’attaque de son équipe. En 9 matchs, il a inscrit cinq buts, et obtenu cinq étoiles sur les cinq dernières rencontres. Il se montre incontournable dans le onze de départ de Romain Revelli. Mais comment en est-il arrivé là ? Il faut remonter à ce fameux match avec St Priest contre St Etienne, et son fameux triplé. Après avoir vu ça, Nabil Khelladi avait fait de lui son objectif : « Je l’avais appelé en semaine, il n’a jamais voulu avoir d’agent. Je lui ai fait comprendre que je n’attendais rien en retour, aucune signature, que je voulais juste l’amener plus haut. Dijon est entré en contact avec moi et il a signé là-bas avec la réserve. » A ce moment-là, après avoir marqué dix buts lors de la première partie de la saison, Oussama Abdeldjelil est appelé avec le groupe professionnel, pour s’entraîner avec eux pendant trois mois. La récompense ne va pas tarder à venir, avec une convocation dans le groupe pro, pour aller affronter l’OGC Nice. Mais là, rien ne se passe comme prévu pour l’ex Dijonnais : « Il avait une licence amateur, et des papiers algériens. Il lui fallait, soit une licence professionnelle, soit des papiers français pour pouvoir jouer. A l’arrivée, il n’a donc pas pu fouler la pelouse », raconte l’agent du joueur. Il poursuit sur « le pressing qui a été fait au club, pour passer en contrat professionnel. Dijon a repoussé ça, alors nous avons saisi l’opportunité en partant à Cholet, au mois de janvier. »

Oussama Abdeldjelil et son ami d’enfance Bilel Guerrid

Grand bien lui en a pris, au vu de ses performances sous la tunique rouge et noire. Ludovic Pollet estime que « c’est un garçon qui peut aller voir au-dessus encore. J’en ai parlé avec un ancien de l’AS Cannes, qui travaille pour Sochaux. Il trouve son profil super intéressant. Ca ne me surprend pas du tout de le voir déjà à ce niveau. » Même son de cloche du côté de Christian Scheiwe : « Si il arrive à être régulier à Cholet, qu’il n’est pas trop impatient, alors je ne serai pas surpris de le retrouver d’ici quelques mois à l’étage au-dessus. J’ai vu des attaquant de Ligue 2, un peu en dessous du niveau d’Oussama, et de ce qu’il peut proposer. » Méfiance tout de même à ne pas griller les étapes, et les franchir les unes après les autres. Christophe Bouteiller penche dans ce sens : « Il faut garder la tête sur les épaules, et ne pas oublier d’où on vient. Ce qu’il fait aujourd’hui, c’est très bien, mais on le jugera à la fin de la saison. Si il se montre capable de réaliser ce genre de performances sur toute une saison, alors le professionnalisme l’appellera. Il est très attaché à Cholet, il a envie de rendre à son équipe, ce que le club lui permet d’être ce qu’il est aujourd’hui. Je pense que son plus grand souhait, et son plus grand aboutissement, seraient de jouer avec Cholet en Ligue 2. »

Nabil Khelladi, son agent, avoue « que certains clubs de Ligue 2 sont déjà venus se renseigner sur Oussama et la durée de son contrat. Mais l’objectif prioritaire, c’est de finir meilleur buteur du championnat, avant de penser à autre chose pour la saison prochaine. » Finir meilleur buteur, ça passera par tous ces matchs qu’il reste à disputer. Parmi, ces rencontres, l’attaquant a déjà dû en cocher une dans son agenda. Celle sur la pelouse de Villefranche le 21 décembre, qui représente comme un retour aux sources. Son meilleur ami Bilel Guerrid l’affirme : « On va tous le soutenir quand il va venir jouer ici, on sera pour Oussama ! » Un beau cadeau de Noël avant l’heure.

CP : SO Cholet

Adrien Santucci