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Pascal Chimbonda : « J’ai été plus respecté en Angleterre qu’en France »

07/09/2020 à 17:30

L'ancien latéral droit des Bleus (1 sélection) s'est arrêté pour Actufoot afin de parler de son après-carrière et de sa petite expérience dans le groupe de Raymond Domenech.

Que devenez-vous ?

Je suis toujours le même, je n’ai pas changé. J’ai mon programme sport-éducation « PC39 Academy » à Manchester, une forme de sports-études. Les jeunes passent un diplôme en sports et sciences. Si ça ne marche pas dans le football, le jeune a un plan B comme analyste vidéo, préparateur physique, par exemple. Je m’en occupe avec un ami depuis un an et demi.

Pourquoi l’Angleterre plutôt que la France ?

J’ai réalisé toute ma carrière en Angleterre, les gens me respectent et me démontrent plus de respect.

Aucune sollicitation dans un club professionnel pour être coach de jeunes ?

Si, bien sûr. En Angleterre, j’ai entraîné des moins de 15 ans, à temps partiel. Et moi, je cherchais un emploi « full time ».

 » En ce moment, sans public, les matches sont ennuyants à regarder »

L’Equipe de France effectue son retour à la compétition après plusieurs mois d’absences. Cela vous procure-t-il quelque chose en particulier ?

Non, non, je ne regarde même pas un match. En ce moment, sans public, les matches sont ennuyants à regarder ! Je m’occupe autrement. Je préfère regarder la NBA à la télé (sic).

Même dans vos plus beaux rêves, imaginiez-vous possible cette sélection en 2006 ?

Non je ne m’attendais pas à être appelé mais c’est le football, tout est possible. Je n’ai jamais demandé à Domenech de m’appeler. J’avais fait une belle saison, j’ai été élu meilleur latéral à mon poste (Ndlr : avec Wigan en Premier League). Le sélectionneur a fait son groupe et il a pris les meilleurs.

Ressentiez-vous du stress au moment du rassemblement ?

Pourquoi du stress ? J’ai rencontré des joueurs que je regardais à la télé ou que j’affrontais. Allez voir les gens, c’est facile, voilà.

« Le sélectionneur ne m’a pas donné ma chance dans les matches amicaux »

Le statut de « joueur surprise » était-il un poids où une force pour vous ?

Non, pas un poids ! Le seul truc que je regrette est de ne pas avoir joué lors des matchs amicaux comme mes autres coéquipiers. Les gens restent sur ça. Le sélectionneur ne m’a pas donné ma chance dans les matches amicaux, c’est dommage. Et après la Coupe du Monde, je n’ai pas eu ma chance non plus.

Avec qui étiez-vous le plus proche dans le vestiaire ?

J’étais proche avec tout le monde mais tout le monde l’était dans le groupe (sic). Il n’y avait pas de clan, l’ambiance était bonne, tout le monde parlait avec tout le monde. En plus, il y avait une colonie des Antilles, ça se passait très, très bien.

Vous comptabilisez une seule sélection contre le Danemark en 2006. Qu’avez-vous éprouvé à Bollaert ?

C’était spécial, la première fois que je portais le maillot de l’équipe de France, devant ma famille. Une joie intense. Après ça reste du football. Sur le terrain, il faut tout donner et prouver au sélectionneur qu’il avait le bon choix.

Même une première entrée à la 88e donne du plaisir ?

Bien sûr ! J’en prends même en étant seulement une minute sur le terrain  C’est toujours une fierté de représenter la France. Jouer avec Zidane, Henry, Thuram et les autres, c’était un privilège. En 1998, j’ai regardé la Coupe du Monde en Guadeloupe et 8 ans après, je me retrouve avec eux. Franchement, c’était un rêve.

Un peu comme Eduardo Camavinga qui a été appelé en équipe de France à 17 ans. Elle est plus accessible ces dernières saisons ?

Oui, aujourd’hui c’est plus facile quand tu fais de bonnes performances. Le sélectionneur donne sa chance aux jeunes. Le petit a fait une bonne saison avec Rennes, il est demandé sur le marché, c’est le moment de le tester pour voir son potentiel au haut niveau international.

« C’est marqué dans ton CV. Le regard a été différent après ce titre »

Vous aviez 27 ans lors de votre première et unique cape. Ensuite, le parcours de 2006 a-t-il changé votre carrière ?

Oui, les gens m’ont respecté. C’est marqué dans ton CV. Le regard a été différent après ce titre. Mais j’ai été plus respecté en Angleterre qu’en France alors que je suis français.

Etes-vous reconnaissant envers Raymond Domenech ?

Oui, il m’a appelé en équipe de France alors que je ne m’y attendais pas. Je n’avais jamais été en sélection de jeunes. Être appelé, c’est le rêve de tout joueur professionnel. Mais après, il n’y a pas eu de suite et je le regrette. Ça me laisse un gout amer.

On en revient au fait que vous vous sentiez plus considéré outre-Manche…

Oui, c’est ça comme je le disais toute à l’heure. En France j’ai subi des cris racistes à Bastia et c’est ça qui est resté dans la mémoire des gens. J’ai décidé de quitter la France pour un nouveau départ. En Angleterre, tu es libre, tu joues ton football. Les gens aiment lorsque le joueur donne tout et que tu montres que tu es un bon joueur. Je pense que ce championnat était fait pour moi ! Il m’a révélé.

Sur ces cris racistes, que faut-il faire pour éradiquer ce phénomène selon vous ? Les joueurs doivent-ils quitter le terrain ?

Les deux équipes ne quitteront pas le terrain, les sanctions ne sont pas assez fortes aujourd’hui. Les joueurs ne sont pas assez solidaires. Il y a un manque de solidarité !

Redorer le blason de la Guadeloupe, c’est toujours une ambition ?

A une époque, j’ai postulé pour être à la tête de la sélection de la Guadeloupe mais ça a été refusé. Je ne lâche pas l’affaire. Aujourd’hui, Jocelyn Angloma fait du bon boulot, il a un CV qui parle en sa faveur. Il faut le laisser travailler. En tout cas, c’est un challenge qui m’intéresse toujours !

Propos recueillis par Farid Rouas