InterviewSéquence Coach

Patrice Maurel : « Je ne suis pas choqué de voir les joueurs avec le portable 5 minutes avant l’échauffement »

05/04/2018 à 17:30

La Séquence Coach, c’est votre nouveau rendez-vous hebdo ! Chaque jeudi, avec notre partenaire My Coach Football, nous partons à la rencontre d’un éducateur, du monde professionnel ou amateur. Toutes les semaines, nous donnons la parole à un coach pour connaître sa vision du football, et surtout, son avis sur le rôle et le rayonnement actuel de l’entraîneur. Philosophie de jeu, formation et coaching français : en toute transparence, ils livrent leur opinion, parfois leur critique.
En charge de l'US Colomiers, qui est en lice pour la montée du groupe A de National 2, Patrice Maurel livre son regard appuyé sur la génération actuelle de joueurs. Il présente également ce qui fait la force de son club.

SON IDENTITÉ DE JEU

Système de jeu préféré : 4-2-3-1 et 4-1-4-1

« Il est lié au projet que je mène au club. On tourne autour du 4-2-3-1 avec une alternance avec le 4-1-4-1. C’est un impondérable, qui est propre à toutes les équipes du club. Les joueurs et les adversaires connaissent. L’objectif est toujours d’avoir le ballon et une conservation positive, pour avancer avec. On fait un travail autour de l’alternance. On essaye de repartir de derrière ou de jouer autour du second ballon, avec toujours le même profil, avoir de la vitesse sur les extérieurs, que ce soit offensivement ou par les latéraux. On cherche aussi à avoir une dimension athlétique au milieu, mais surtout technique. »

Coach français préféré : Erick Mombaerts

« Il m’a marqué. C’est un entraîneur qui travaille, qui a des ambitions et des idées, avec ses qualités et ses défauts. »

Coach étranger préféré : Aucun

« Je ne peux pas répondre, car je pars du principe qu’un coach, il faut le connaitre. On voit le côté public, mais on peut jouer avec son image et dégager le contraire de ce qu’on est vraiment. Je n’en connais pas personnellement, que ce soit la manière de fonctionner ou de manager. »

Principes de jeu : avoir une forme d’alternance

« On développe les mêmes principes sur toutes les équipes. Colomiers a un des plus petits budgets de la poule de N2. On a 400 000 euros pour l’équipe première. Nos concurrents sont autour de 1,8 millions à 2,6 millions. On a un effectif basé sur la jeunesse, la formation. 80 % des joueurs sont issus de la formation columérinne. Ils connaissent nos principes et ont l’identité club. Il y a une identité de jeu, mais aussi une notion de combat. On est en permanence dans l’exploit. On sort le bleu de chauffe. Il faut avoir envie d’impacter le tempo au match, en sachant qu’une rencontre dure 90 minutes. C’est pour cela que je parle d’une forme d’alternance, avec un jeu, par moments, qui est direct. C’est ce qu’on arrive à faire cette année. On a la meilleure défense et la deuxième meilleure attaque. Il faut pouvoir être performant en marquant après être parti de derrière, mais, aussi, avec un jeu linéaire de 3-4 passes. Par ailleurs, on est premier au fair-play, ce qui est très important. »

SA VISION DU MÉTIER D’ENTRAÎNEUR

Définissez-vous en tant que coach.

Je suis un formateur – compétiteur. Mais la formation, c’est former pour gagner des matches. Ma manière de voir le métier, c’est comment on gagne. On doit être capable de devenir de grands combattants, d’avoir une grosse lucidité et une grosse confiance, ce qui peut gommer l’écart avec les adversaires, car la vérité se trouve sur le terrain, pas dans le budget. Mombaerts mettait les plots et dirigeait les séances. Au club, je suis directeur technique avec un vrai impact sur toutes les équipes. C’est ma 10e année au club. Or, je vois le métier d’entraîneur sur la régularité. On arrive à être régulier dans le Top 5. Avec cette année, un parcours en Coupe de France en plus. C’est ce qui nous manquait. A l’image du club, on progresse (sourires).

En quoi la gestion humaine des joueurs a-t-elle évolué ?

Tout dépend le type d’effectif que l’on a, si on a de vieux briscards ou des jeunes. Moi, j’ai un groupe de 23 ans de moyenne d’âge. Il faut des joueurs expérimentés qui ont une faculté d’encadrer, avec l’exigence et la complaisance que ça demande. Les jeunes joueurs adorent le foot, ce qui n’a pas changé. C’est une génération qui parle foot, qui vit foot. Mais qui vit le foot autrement. Elle zappe aussi très facilement. On le voit dans la gestion de l’échec, puisqu’ils sont capables de rire rapidement après. Qu’ils gagnent ou qu’ils perdent, ils basculent vite à autre chose. Par ailleurs, rentrer deux heures avant le match dans le vestiaire, c’est les perdre. C’est une génération qui vit dans l’action. On rentre dans le vestiaire 26 minutes avant de sortir pour l’échauffement. Ensuite, il y a une relation avec le portable. Les priver de portable les déstabilise. Je ne suis pas choqué de les voir avec cinq minutes avant l’échauffement. Ils ont grandi avec ça. Au bout, ils ont surtout besoin d’un cadre, de beaucoup d’exigence et de justice. Il faut être juste avec eux. En travaillant avec eux, on se rend compte qu’ils sont passionnés. Soit on fait comme à l’époque, soit on essaie de les comprendre. C’est ce que je cherche. Mais notre projet de formation n’est à même de réussir que si les cadres peuvent encadrer les jeunes. Cette année, j’ai 2-3 joueurs qui passent le BEF. J’aime cette dimension vers l’engagement. Ce n’est pas donné à tout le monde de le faire. En tout cas, le type de management change entre un groupe de jeunes, qui demandent énormément de travail pour arriver à performer en match, et des vieux briscards qui sont dans la gestion au quotidien. Avec, de toute façon, un même objectif : gagner le week-end.

Entre la technique, le mental, la tactique ou le physique, quel est l’aspect principal à maîtriser dans le foot amateur ?

Que ce soit en amateur ou en pro, c’est le mental. On doit avoir la faculté de croire qu’on peut le faire, de croire en soi. Après se greffe le talent. Aujourd’hui, les joueurs de N2 ont la faculté d’encaisser 200 séances dans l’année, en ajoutant leur travail, les déplacements. C’est la même exigence que la Ligue 1 sans le confort. C’est pour ça que le mental avec le même objectif final et la cohésion du groupe sont importants.

Votre avis sur les nouvelles technologies comme support de travail ?

Elles ne sont intéressantes que si elles sont liées à la pratique du foot. On travaille avec My Coach premium. C’est un super produit car il donne du sens aux échanges avec les joueurs. Les jeunes ont besoin de preuves. Or, je reste persuadé que le foot est simple, et ce qui compte c’est combien de  ballons sont touchés, combien sont perdus ou savoir si je vais vers l’avant. Les nouvelles technologies peuvent avoir tendance à rendre le foot compliqué. Ca fait partie des nouvelles tendances. Elles sont forcément utiles, mais le foot restera le foot avec le travail et le talent qu’il demande, ainsi que l’envie du groupe à aller vers le même objectif.

ET LA FRANCE ?

Votre regard sur les coachs français.

Il y a différents niveaux. Au niveau professionnel, il y a la sensation de ne pas être sur un projet, mais sur un moment. Guy Lacombe m’a dit un jour qu’il y a un projet à une semaine, à un mois et, si tout va bien, à 6 mois. Des experts en images passent pour de grands entraîneurs. Alors que certaines personnes moins médiatiques réussissent, comme Christian Gourcuff qui, pour moi, est un crack. Aujourd’hui, la place des médias change. On donne un avis sur un entraîneur sans connaitre son travail au quotidien. Après, un entraineur au niveau National 1 ou 2 a moins de moyens et doit travailler, mettre les mains dans le cambouis. Ce sont deux métiers différents. L’entraîneur professionnel doit maitriser son image médiatique qui lui permet de faire durer son projet. Il y a moins de médias dans le monde amateur, donc plus de concret. La presse fait et défait les entraîneurs. En amateur, il y a deux types. Celui qui est un entraineur de projet et celui qui vient fait des coups avec des ambitions et des moyens. Au final, un entraineur de Ligue 1 maitrise tous ces axes, un entraineur amateur, il faut qu’il travaille beaucoup.

Comment se fait-il qu’en L1 on fasse de plus en plus confiance aux coachs étrangers ?

Je pense que c’est une mode médiatique. Aujourd’hui, je ne veux pas être donneur de leçon, mais j’ai la conviction que Laurent Blanc a fait un travail monstrueux au PSG et qu’Emery n’a pas changé la face du monde, même si ça reste un grand entraîneur. Mais je ne veux pas juger. La mode des entraîneurs français reviendra. Bruno Génésio, avec un public très jeune, arrive à faire du bon travail.

Miser sur un coach sans expérience en France, c’est possible ?

Je ne sais pas quoi répondre. Je crois surtout à la dimension médiatique. L’image est importante au haut niveau, parce que ça rassure. Au delà de la compétence. Il y a beaucoup de pression, d’avis. On regarde le changement à Bordeaux, avec la venue de Poyet à la place de Gourvennec. Est-ce qu’on constate une vraie plus value ?

La France a-t-elle la meilleure formation d’entraîneurs selon vous ?

Dans mon cursus, j’ai été formateur plusieurs saisons sur le BEF. Il y a un vrai contenu, une vraie réflexion sur l’entraînement, la progression des joueurs, l’investissement des éducateurs. Il faut préparer, anticiper. C’est reconnu, car c’est acheté par les Etats-Unis. Mais beaucoup de nations travaillent très bien, comme l’Allemagne. Il ne faut pas se regarder le nombril. Cela dit, on a de grandes forces en France. J’aime bien cette culture bleu blanc rouge. On a de grands entraîneurs français qui pourraient être aussi performants qu’un coach étranger.

Sa fiche d’identité
Patrice Maurel, né à Cayenne, le 16/10/1978

Ancien footballeur professionnel

Passé par le Toulouse FC, le FC Istres et le FC Gueugnon

Entraîneur principal de l’US Colomiers

Visuel : Actufoot / Crédit : La Dépêche