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Patrick Bergous (Crest Aouste)/Eric Ledeux (Villers Houlgote), deux petits Poucets que tout oppose ?

20/11/2018 à 17:08

Au moment où vous lirez cet entretien croisé entre les deux coachs des deux petits Poucets de coupe de France, pensionnaires de R3, dans la Drôme (Crest Aouste) ou le Calvados (Villers Houlgote), peut-être sauront-ils déjà ce que le sort leur a réservé pour ce huitième tour. Une chose est sûre, même s'ils partagent le même statut, Patrick Bergous et Eric Ledeux n'aborderont pas le match de la même manière. Mais alors pas du tout. Et ils nous disent pourquoi.

Messieurs, est-ce la première fois, comme coach, que vous participez à un 8ème tour de coupe de France ?

Patrick Bergous : Non, j’ai déjà vécu un 32ème et un 16ème de finale avec Rhône Vallée au début des années 2000. Nous avions notamment éliminé Montpellier, alors en L2, au huitième tour. On était en DH, on avait fini le match à neuf. Un vrai exploit. J’ai souvent eu la chance d’être à la tête d’équipes qui fonctionnaient bien en coupe. Avec Cres Aouste, où je suis depuis 2013, c’est une première.

Eric Ledeux : Oui, c’est la première fois en tant que coach (il a déjà vécu un 32ème de finale comme joueur : ndlr) Et pour l’AS Villers Houlogote, où je suis depuis deux ans, c’est  aussi la première fois.

Y-a-t-il une méthode, ou un savoir faire, une approche particulière à avoir pour espérer aller loin en coupe de France ?

P.B. : A titre personnel, j’ai toujours fait attention à ne pas mettre trop de pression sur les joueurs, à minimiser les choses alors qu’autour de nous, souvent, tout le monde en parle et fait monter la mayonnaise. Je suis toujours allé à contre courant en poussant mes joueurs à rester humble, les pieds sur terre, sans se prendre pour d’autres sous prétexte qu’ils avaient éliminé des équipes hiérarchiquement supérieures. Et ça m’a plutôt bien réussi. Donc je suis toujours dans la même logique aujourd’hui.

E.L. : Je pensais la même chose avant. J’ai totalement changé d’avis aujourd’hui car en vingt ans de coaching je n’avais jamais réussi à aller loin en coupe de France, toujours éliminé par des équipes supérieures. Je voulais aborder ces matchs comme des matchs de championnat mais l’expérience m’a poussé à me remettre totalement en cause. Du coup, j’explique aux joueurs que comme ce ne sont pas des matchs comme les autres, il faut aussi les préparer différemment. Donc je fais de chaque match un événement exceptionnel.

Patrick Bergous : « Vous voulez jouer la coupe à fond ? Ok, par contre ne me claquez pas dans les doigts en championnat ! »

Patrick, constatez-vous des similitudes entre vos épopées passées et celle de cette année ?

P.B. : Oui, dans la difficulté rencontrée lors des premiers tours. L’expérience me fait dire que plus les premiers tours sont difficiles et les qualifications compliquées à arracher, plus on va loin ! Cette année, on se qualifie aux tirs au but à Lyon (AS Monchat, 4ème tour) alors qu’on ne le méritait pas forcément et on a eu à gérer beaucoup de terrains et de contextes difficiles.

L’expérience est-elle importante dans ce genre d’aventures ?

P.B. : Oui, forcément, et même si c’est inconscient. Joueur, dans les années 80, avec Valence, j’avais aussi atteint un 8ème de finale de coupe de France. A force, on acquiert des choses naturellement qui nous permettent d’aborder ce genre de matchs avec un autre regard.

E.L. : J’ai la chance d’avoir un groupe formé de joueurs matures, avec 29 ans de moyenne d’âge, et qui ont déjà évolué au dessus, en N2, N3 ou R1. Leur expérience est capitale pour gérer des matchs à haute intensité physique et mentale pour lesquels je leur demande d’être performants le jour J. Mais on ne peut pas exiger d’eux le même engagement physique en championnat toute la saison.

La coupe de France était-elle un vrai objectif en début de saison ?

P.B. : Pas du tout. J’ai tenu ce discours à mes joueurs en début de saison : vous voulez jouer la coupe de France à fond ? Ok, pas de souci, je vais tout faire pour vous aider. Par contre, ne me claquez pas dans les doigts en championnat parce que je le prendrais mal ! Voilà notre deal.

E.L. : Le seul objectif assigné par mon président était de ne pas se faire éliminer par une équipe inférieure à la R1. Et après le 7ème tour, ça reste toujours vrai…

Est-il possible de ne pas sacrifier le championnat quand on va loin en coupe de France ?

P.B. : Il faut le croire puisque l’année où on est parvenu en 8ème de finale, avec Rhône Vallée, nous sommes aussi montés en CFA2 après un barrage contre Orange. Tout dépend de l’effectif que vous avez. Cette saison, même si mon président va râler en lisant ça, je pense qu’il va vite falloir s’échapper de cette coupe si on veut avoir l’espoir de jouer le haut de tableau en R3. Car j’ai peur que ça nous bouffe trop d’énergie. Pour le moment, mon souci est de prendre des points pour assurer le plus vite possible le maintien.

E.L. : Avec un groupe qui a une belle marge en championnat, par rapport à la qualité de l’équipe, on pouvait espérer jouer sur les deux tableaux sans trop craindre d’en payer le prix au niveau du classement. Et c’est ce qui se passe pour le moment.

Eric Ledeux : « A match exceptionnel, préparation exceptionnelle… »

Avez-vous senti, avant ou après les matchs de coupe, en championnat, des attitudes différentes chez vos joueurs ?

P.B. : Ce n’est pas flagrant mais, oui, inconsciemment, et parce que j’ai un groupe assez jeune, certains pensent qu’ils commencent à être bons ! Je ne cesse de leur répéter que ce que nous vivons là est très éphémère. Il faut en profiter à fond, certes, mais rester lucide et humble, quand on joue face à des équipes plus faibles sur le papier ou quand on réussit à en éliminer de plus fortes. Il ne faut jamais oublier d’où on vient.

E.L. : Non, pas vraiment, encore une fois c’est lié au profil de vos joueurs et les miens sont capables de faire la part des choses. La maturité, ça aide.

Préférez-vous la position du plus faible ou celle du plus fort ?

P.B. : Pour aller loin, il faut être capable de gérer les deux. Il est humain d’être un peu moins motivé que le sont les petites équipes, et de l’être un peu plus que les plus fortes que vous. A l’extérieur, dans des conditions contraires, et face à des équipes de niveau inférieur, on n’est jamais assez prêts. Notre victoire face à Montélimar (R1) ce week-end a été plus facile que face à Vezeronce (D3) au tour précédent. C’est aussi la magie de la coupe car dans la durée je suis persuadé que si on faisait le même championnat que Montélimar, ils seraient dans les premiers, nous dans les derniers.

E.L. : A part au premier tour, sinon on est toujours tombé sur des équipes supérieures ou de même niveau… ce qui est quand même plus facile à préparer.

Pour la préparation du match, l’un change rien, l’autre change tout…

Comment organisez-vous la dernière semaine de travail avant un match aussi important ?

P.B. : Je ne change rien à nos habitudes. On s’entraîne le mardi et le jeudi soir et le jour du match, on se retrouve une heure et quart avant le coup d’envoi. Les dirigeants voulaient nous offrir une collation mais j’ai refusé. J’ai juste demandé à mes joueurs de prendre un peu de marge pour gérer les éventuels barrages générés par les gilets jaunes. Après le match, je sais qu’ils ont fait la fête, certains ne rentrant qu’au petit matin…

E.L. : On est resté sur trois entraînements hebdomadaires mais en intensifiant les séances. Grâce aux moyens accordés par le club, on se renseigne sur chaque adversaire, et les joueurs savent dans la semaine contre quels joueurs ils vont jouer. On étudie leur jeu, leurs points forts et faibles, avec pas mal de vidéos et de séances tactiques ciblées. Des choses qu’on ne fait pas en championnat. Et pour un match l’après midi, on se retrouve à 11h pour le repas.

Le tirage au sort est pour aujourd’hui, mardi 20 novembre, qu’en espérez-vous ?

P.B. : Je m’en fous complètement !

E.L. : Parce que nous voulons continuer l’aventure le plus longtemps possible, j’espère tirer le plus petit club possible. Certains entraîneurs espèrent une L2 une N1 pour sortir avec les honneurs, moi, je veux continuer à rester vivant !

Un message ou une question à adresser à votre collègue entraîneur ?

P.B. : Qu’il profite bien de ce moment, car il est éphémère. Je n’ai aucune leçon à lui donner, juste à faire partager mon expérience. Et lui dire que c’est en ne changeant absolument rien à mes préparations de match, dans la semaine et le jour venu, que j’ai réussi à faire quelques beaux parcours en coupe. A chacun sa vérité.

E.L. : Je lui souhaite d’aller le plus loin possible et de… venir jouer chez nous, peut-être pas au prochain tour car c’est encore géographique, mais en 32ème de finale pourquoi pas (rires) ! Pour le reste, chacun ressent les choses différemment en fonction de son parcours et des spécificités de son club et de son équipe. Pour ma part, j’ai la chance d’avoir un président extraordinaire et un public qui l’est tout autant. On a joué devant 1000 personnes face à Mondeville et une centaine de spectateurs était présent pour le dernier entraînement avant le match. On sent une grande ferveur et tout un club, toute une ville derrière nous.

Propos recueillis par F.D.


Le parcours de l’Entente Crest Aouste

  • 7ème tour : Montélimar (R1) 2-0
  • 6ème tour : à AS Vezeronce (D3) 2-0
  • 5ème tour : Valdaine FC (R2) 2-1 (a.p.)
  • 4ème tour : à AS Montchat Lyon (R3) 1-1 (8 tab à 7)
  • 3ème tour : à CS Faramans (D4) 1-0
  • 2ème tour : exempt
  • 1er tour : au FC Muzolais (D3) 2-0

Le parcours de l’AS Villers Houlgote Côte Fleurie

  • 7ème tour : Mondeville (R1) 2-0
  • 6ème tour : à Ouistreham (R2) 2-2 (4 tab à 2)
  • 5ème tour : Saint Sebastien (R3) 4-0
  • 4ème tour : à l’ES Troarn (R3) 2-1
  • 3ème tour : ASPTT Caen (N3) 3-1
  • 2ème tour : SC Herouvillais (R3) 6-1
  • 1er tour : à l’ES Bonnebosq (D3) 10-1

Photos : Crest (en rouge) et Villers (en blanc) au 7ème tour ont gagné deux équipes de R1. (crédit : sites officiels des clubs)