Interview

Pierre Jacky (sélectionneur France futsal) : « La suspension de la D2 ? Une décision difficile à prendre »

26/10/2020 à 17:00

Le futsal en France séduit de plus en plus et l'arrivée d'un joueur comme Ricardinho (Accs Asnières-Villeneuve, D1) en est la preuve. Mais son développement passera par la structuration de tous les clubs. Qui de mieux que le sélectionneur de l'équipe de France Futsal, Pierre Jacky pour en parler. Il s’est confié sur différents sujets d’actualité avant le rassemblement international du 02 au 08 novembre et les matches contre la Roumanie. Entretien !

Pierre, l’actualité c’est la suspension du championnat D2 jusqu’en Janvier 2021. Sage décision selon vous avec le Covid ?

Une décision difficile à prendre mais la FFF et les clubs ne pouvaient pas reporter à chaque fois de 15 jours en 15 jours. Le Covid va freiner la belle progression de nos clubs de D2 mais nous devons envisager dès à présent des solutions pour les aider à rattraper ce retard.

Le football dans sa globalité est impacté économiquement. Des aides sont prévues de la FFF et l’opération TopFutsal est maintenue. Pouvez-vous nous parler de ce plan pensé par la Commission Régionale Futsal et par le Président de la Ligue ?

Oui, il y a plusieurs ligues qui ont mis en place un plan de développement régional en renfort du plan national. Sur Paris, ce sont environ 80 clubs qui sont dotés chaque année matériellement (ballons, chasubles…), mais aussi financièrement pour inciter les éducateurs et les arbitres à se former. C’est une très belle initiative !

Comme sujet qui préoccupe les passionnés aussi, c’est la double licence. Quel est votre avis à ce sujet ?

C’est une règle qu’il faut faire évoluer avec le temps et qu’il faut adapter selon les régions qui ont une vitesse d’avancée très différente. Ce qui me gêne davantage c’est qu’en nombre de licenciés, on ne comptabilise pas tous ces joueurs en particulier les jeunes footballeurs qui pratiquent le futsal en complément (en période hivernale par exemple).

En poste depuis 2004, vous avez toujours envie de développer le futal ?

Evidemment, plus que jamais, d’autant plus qu’on commence à en récolter les fruits : 9% d’augmentation des licences en 2019/20, 19% d’augmentation des licences féminines, etc.

Comment se matérialise ce développement ?

Il y a beaucoup d’actions : des actions nationales pour valoriser la structuration des clubs grâce à un label jeunes spécifique (il y en a déjà 71 qui ont été décernés), une licence club pour booster la D1, la mise en place d’un Pôle France à Lyon avec une détection et un challenge inter-ligues en amont. Aussi, il y a des conventions d’objectifs avec les ligues pour les inciter à monter des sections spécifiques, des championnats seniors dans chaque district, une offre de pratique associée pour toutes les catégories de jeunes, des championnats régionaux spécifiques U15/U18, des championnats féminins. Sans oublier la participation au streetfutsal pour les U18, la création d’une section sportive scolaire futsal en collège dans chaque district, des formations futsal-base etc. Les aides financières FAFA vont permettre de mettre en place des terrains outdoor également.

« Les U21 constituent l’antichambre des A »

La professionnalisation est une étape obligatoire pour le futsal français ?

C’est plutôt une conséquence logique dans la continuité de l’essor de la discipline en France.

Comment travaillez-vous avec Raphael Reynaud du pôle U19 et Pierre-Etienne Demillier responsable des U21 ?

Les U21 constituent l’antichambre des A et les ¾ de mes joueurs en sont issus. Les U19 représentent l’avenir, surtout que la plupart jouent ou ont joué ensemble au Pôle. Cette structure qui est au cœur de notre dispositif pour l’accès au haut-niveau est en train de donner les mêmes résultats que les Pôles garçons et filles en foot. On peut voir l’avenir avec sérénité ! Il faudra d’ailleurs bientôt un 2è pôle pour répondre à la quantité et la qualité des joueurs issus des détections.

« Le futsal, c’est du « concentré de foot » »

Si vous deviez définir le futsal en un mot, quel serait-il ?

Dynamique.

Quel message donneriez-vous aux enfants qui hésitent à s’inscrire au Futsal ?

C’est du « concentré de foot », c’est d’abord du foot mais avec des sensations encore plus fortes ! On est toujours concerné quel que soit l’endroit où est le ballon, tout est important car on est toujours proche des buts. Bref, tout est grisant !

Suivre le chemin de Wissam Ben Yedder, qui a été formé à la pratique du futsal dès ses débuts, est-t-il encore possible aujourd’hui ?

Oui, mais le chemin sera un peu différent, il est fort à parier que le footballeur de haut-niveau de demain passera par le futsal mais sur des catégories plus jeunes que Ben Yedder. Il jouera par exemple au futsal de U6 à U13 pour basculer ensuite au foot, un peu comme Neymar. Mais toutes les trajectoires et toutes les passerelles sont possibles, il n’y a pas un modèle unique !

« Beaucoup de clubs y gagneraient à diversifier leur offre de pratique »

Quelles sont les forces actuelles de l’équipe de France de Futsal ?

Beaucoup de talent, de créativité, les joueurs sont moins formatés que dans les top-teams pros.

On l’oublie peut-être mais vous avez été coach de football à 11. Ça ne vous manque pas trop ?

C’était il y a tellement longtemps, et le coaching de futsal est bien plus excitant !

Quel est votre regard sur ce football amateur ?

Beaucoup de clubs y gagneraient à diversifier leur offre de pratique pour mettre en place une section de futsal ou une section de loisir, voire une section féminine !

Coach et sélectionneur, le rôle et le poids ne sont pas les mêmes. Aimeriez-vous redevenir coach à court ou moyen terme ?

A 60 ans, le rôle de sélectionneur me va bien !

Que peut-on vous souhaiter pour 2020-2021 ?

Une qualification pour le championnat d’Europe aux Pays-Bas !

Propos recueillis par Farid Rouas

Photo : Icon Sport