InterviewCoupe de France

Pierre Sage (Adj. Lyon Duchère) : « Victoire ou manière, l’un sans l’autre, il y a de l’amertume »

05/02/2019 à 15:15

Il a été adjoint à Bourg-Peronnas, avec qui il a connu un 8e de finale de Coupe de France, il a entraîné en jeunes Nationaux (AS Cannes) et Ligue (FC Annecy), il a été manager général (CS Sedan). Depuis cet été, il est l'adjoint de Karim Mokeddem, l'entraîneur de Lyon Duchère. A 39 ans, Pierre Sage profite de ce nouveau rôle. Avant le match face à l'AS Vitré, il a décrypté son rôle et ses attentes sur le jeu, la confiance avec le groupe, autant que sur les résultats,

Comment avez-vous préparé ce rendez-vous face à l’AS Vitré ?

On l’a préparé dans le même process qu’un match de championnat. Par contre, contrairement aux autres matches de coupe, on a moins eu l’occasion de voir notre adversaire physiquement, car son dernier match a été annulé. Mais on a visionné pas mal de leurs rencontres, c’est la procédure habituelle.

Vous n’avez pas joué vendredi, il a été évoqué l’envie de se préserver. Qu’en est-il ?

Le terrain était imbibé d’eau. Et puis, on avait tout intérêt à faire jouer le match, car on avait deux joueurs dont on devait faire purger la suspension, Cédric Tuta et Djibi Banor. Ne pas jouer le match pour se préserver mis en balance avec la suspension de nos joueurs, il n’y a pas photo.

Que représente ce match ?

A Lyon Duchère, le niveau n’a été atteint qu’une fois. Passer ce tour-là et accéder à un quart de finale, ce serait un élément historique pour le club.

Ca motive ?

Écrire l’histoire d’un club, on le fait au quotidien, mais on ne se souvient que des grandes dates, donc c’est une motivation supplémentaire pour les joueurs qui sont là depuis des années, les dirigeants, les gens investis, ça a une saveur plus particulière.

Que pensez-vous de Vitré, qui a du mal à avoir des résultats ?

C’est une équipe très cohérente dans ce qu’elle fait sur le plan offensif et défensif. Il y a un vrai projet de jeu qui les anime. Même des fois quand il y a de bonnes idées, les résultats ne sont pas à la hauteur de ce qu’on attend. Au vu de ce qu’on a observé, l’équipe est compétitive. Si elle se retrouve en 8e de finale, ce n’est pas un hasard. Si elle fait autant de nuls, ce n’est pas un hasard non plus. Elle est cohérente, elle propose des choses censées, elle manque, peut-être, un brin d’efficacité, mais son classement n’est pas révélateur de la qualité de l’équipe. On est celle qui joue un niveau au-dessus, mais on va chez eux, ça nivelle les valeurs. Ce qui est très positif, c’est qu’il y a un terrain de qualité, ce qui encouragera les deux équipes à développer du jeu. Ce sera un match ouvert où les deux équipes auront des opportunités pour faire la différence.

Vous dîtes que la préparation est identique. Est-ce que le discours, lui, change ?

Bien sûr. Au delà de l’enjeu, c’est le principe même de la coupe, qui compte, puisqu’il n’y a pas de prochain match. Soit tu es efficace, performant, et tu passes, soit ça s’arrête là. C’est une compétition dans laquelle il faut rester en vie le plus longtemps possible. Ca nous impose d’appréhender les choses différemment. Une équipe qui est menée au score aura tendance à prendre des risques plus rapidement qu’en championnat. Dans le discours, ce qui change, c’est simplement l’impact du premier but. Certes, il faut essayer de marquer, prendre des initiatives, tout en évitant d’encaisser un but. Il y a un équilibre entre le jeu offensif et ce qu’on maintient sur le plan défensif. Sur l’aspect mental, il y a une chose fondamentale, la coupe est un chemin parallèle à celui du championnat, les joueurs ont vraiment la volonté de la faire durer le plus longtemps possible, car ça marque leur carrière. Pas beaucoup de nos joueurs avaient déjà disputé un 8e, ça fait une ligne supplémentaire sur leur palmarès personnel, donc un quart de finale aurait encore une autre valeur.

Vous parlez d’un chemin parallèle. C’en est un qui prend de l’énergie et peut avoir un impact sur le championnat.

C’est évident qu’on laisse de l’énergie. En même temps, si on arrive à être juste et cohérent dans le management, on peut très bien utiliser la coupe comme un ressort pour certains joueurs, et utiliser le championnat comme étant le moment de gagner sa place en coupe. Si, à chaque match, les cartes sont redistribuées, le joueur ne se plonge pas pleinement dans la gestion. C’est ça l’enjeu, pour arriver à bien gérer la compétition. Après, le deuxième aspect, avec ces matches en semaine, c’est la gestion de la fatigue et des temps de jeu. Il faut être aussi vigilant, faire en sorte que les performances soient le plus régulières. Ca veut dire mettre un joueur sur le banc, ou au repos complet, dans l’objectif qu’il soit performant dans le match +2 ou +3. Chaque rencontre est importante, or, un joueur contre-performant aujourd’hui peut être performant demain.

Comment se fait le choix des éléments alignés alors que les matches ont tous leur importance ? Comment justifier de laisser un bon joueur au repos ?

Ce n’est pas sur la valeur du joueur, mais l’état de performance du moment. Il ne faut négliger aucun match, jouer avec les joueurs les plus performants à l’instant T. Il ne faut pas hésiter à laisser au repos un joueur atteint sur le plan athlétique et lancer un qui est frais pour que l’équipe soit plus performante. Il faut garder chacun en éveil, mobiliser un maximum, conserver une concurrence, et faire en sorte que le mérite soit récompensé. Ca implique une relation permanente avec les joueurs sur leur état de fatigue, leur santé. Dans certains clubs, des joueurs cachent les blessures. Il faut que l’ensemble des joueurs soit plongé dans les objectifs collectifs.

C’est donc une relation de confiance ?

Oui, c’est une relation de confiance avec le staff, et de respect vis-à-vis de ses partenaires. C’est une vision à moyen terme, et pas qu’à court terme, accepter de temps en temps, de ne pas me faire plaisir et ne pas jouer ce match-là, mais faire les deux matches qui suivent, en étant tout neuf.

C’est plus facile à avouer quand on va jouer un 32e de finale, un 8e de finale contre Vitré, que, comme à Villefranche par exemple, quand on s’apprête à affronter le PSG…

Des fois, ce n’est pas le joueur qui se livre, c’est au staff à l’identifier. Villefranche va se poser deux questions. Quelle équipe sera la plus performante et quels joueurs vont être récompensés ? L’autre jour, avec des collègues, se posait le cas de figure d’un joueur recruté le 30 janvier. Si on joue le PSG, et qu’on met le joueur recruté, celui qui est là depuis 4-5 ans, tu peux le perdre. Dans un match où le potentiel de chances de passer est plus élevé, on ne l’appréhendera pas de la même manière.

Quelle relation avez-vous avec la Coupe de France ?

J’ai déjà fait un 8e de finale, avec Bourg Peronnas contre l’OM, en 2012. J’étais très content d’avoir fait ce parcours-là, mais j’étais très frustré de ce match contre Marseille. On n’a pas livré le match à la hauteur de notre potentiel. A l’issue du match, j’avais l’impression qu’on avait joué contre une superbe équipe, dans un super stade, au Vélodrome, qu’on avait fait ce match, mais qu’on ne l’avait pas joué. On a été un peu inhibé par l’événement. En, fait, c’est comme avoir le bac et avoir le niveau bac. J’ai l’impression d’avoir le niveau 8e de finale, mais pas de l’avoir disputé.

C’est donc une forme de revanche ?

C’est très personnel. Ce qui m’importe, là, c’est que l’équipe passe, que les joueurs vivent des émotions extraordinaires, car ce sont des choses dont on se souvient. Dans le milieu semi-pro, il y a deux choses qui marquent : les montées et les aventures en coupe de France. On aimerait qu’il y ait une troisième chose qui nous marque, c’est comment on est performant, la manière dont on joue. On veut faire un résultat, mais aussi que les gens se souviennent de la manière. Après avoir éliminé Nimes, beaucoup de gens nous ont dit qu’on les avait battus 3-0, mais beaucoup ont surtout dit qu’on les a battus en développant du jeu. C’est gratifiant. Vitré est très cohérent dans ce qu’elle fait, mais n’a pas de résultat. Si on allie performance et manière, c’est magnifique, c’est pour ça qu’on fait du foot.

Vous préférez la victoire ou la manière, à choisir ?

Pour moi, l’un sans l’autre, il y a un goût d’amertume. Quand on est passé au tour précédent (contre Andrézieux), on était heureux de se qualifier, mais, nous, le staff, on était très déçu de notre première mi-temps, et, surtout, très heureux de notre super deuxième mi-temps. Le résultat doit être la conséquence du jeu. L’un sans l’autre, il manque quelque chose.

Vous êtes arrivé cet été à Lyon Duchère. Qu’appréciez-vous dans cette structure ?

Il y a plusieurs choses qui me plaisent. D’abord, l’état actuel du club, qui est en développement croissant depuis 5-6 ans, et peut-être même dix ans. C’est un club qui ne cesse de grandir, autant au niveau de l’équipe première que de la structure, les jeunes. La deuxième chose, c’est le climat de travail, on est dans une logique de coopération, entre les membres du staff et les dirigeants. Il y a une vision commune, donc des actions menées dans le sens de notre vision. Si on resserre plus l’angle, à l’intérieur du staff, je connais Karim (Mokeddem, l’entraîneur) depuis une dizaine d’années. Mais connaitre, ce n’est pas avoir travaillé. Là, ça m’a permis de le découvrir sous un autre angle. On a beaucoup d’idées communes sur la manière de jouer. C’est une belle surprise aussi. C’est une chose qui nous rassemble, on est toujours dans une logique de mieux, on creuse, on expérimente des choses, on veut améliorer notre fonctionnement, notre jeu, on essaye de rester en mouvement.

C’est quelque chose que vous avez découvert à Lyon Duchère ou que vous viviez déjà ?

C’est une de mes manières de vivre, de ne pas considérer que la vérité d’aujourd’hui n’est pas celle de demain. C’est aussi une chose que j’ai découverte. Si les choses ont évolué de manière significative, c’est que l’exécutif et le sportif sont dans cette dynamique-là. Ce qu’il faut savoir, c’est que Karim passe le BEPF, donc les semaines où il n’est pas là, on prend le relais avec le staff. Ca démontre qu’il nous fait confiance, car il nous laisse animer son bébé, et nous laisse à nous un rôle un peu différent au fur et à mesure de la saison. D’ailleurs, les joueurs sont assez respectueux de cette délégation de pouvoir ponctuelle.

Vous êtes entraîneur-adjoint, et diplômé du DES. Avez-vous envie d’être à la tête d’une équipe ?

Je n’ai pas de plan de carrière. Quand je travaille avec quelqu’un, j’essaie d’être le plus loyal possible. Je ne mettrai pas en concurrence ma situation personnelle par rapport aux enjeux collectifs, mais, à terme, c’est quelque chose qui me plairait. Par le passé, j’ai mené une équipe. Après une pause, où je me suis bien instruit et où j’ai fait des recherches sur le jeu, j’ai pu revenir à mes premiers amours, l’entraînement. Maintenant, si une opportunité se présente et qu’il y a des conditions fair-play vis-à-vis des gens avec qui je travaille, il n’y aura pas d’interrogation, je foncerai.

Crédit : Lyon Duchère AS