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Piocelle débute en bas de l’échelle

30/03/2017 à 18:29

Sébastien Piocelle, 38 ans, découvre cette saison un nouveau métier dans un nouveau monde. Une expérience faite d’adaptation à Cavaillon pour l’ancien professionnel, qui n’hésite pas à s’inspirer de son passé.

« La stratégie était de faire venir un « monsieur » du foot ». L’été dernier, Abdjellil Magri, président de Cavaillon souhaite relancer un club qui était « en faillite » lorsqu’il le reprend. Sébastien Piocelle débarque via une connaissance commune et prend les commandes de l’équipe première, descendue en PHB. « On s’est rencontré, il m’a exposé le projet et j’ai plongé. Je venais d’avoir mon BEF (Brevet d’Entraîneur de Football), il fallait enclencher et aller sur les terrains », raconte l’intéressé.

La tâche n’est pas aisée, beaucoup de joueurs sont allés voir ailleurs. Comme l’imagine le président, l’impact est immédiat, la stratégie fonctionne. Piocelle a de quoi monter une équipe et attaquer le championnat du bon pied. « On a bien joué pendant 3-4 mois en appliquant ce qu’on voulait, là c’est un peu moins bien au niveau des résultats. Mais il n’y a pas de miracle, dès qu’on s’entraine un peu moins ou moins bien, ça se paye ». L’ancien professionnel découvre les joies du football amateur. « On m’en avait parlé, je n’y croyais pas trop. Finalement il s’avère que c’est bien vrai (rire). Il faut savoir s’adapter ! ». L’hiver, les aléas familiaux et professionnels, les soirées Ligue des Champions, les explications sont diverses pour justifier les absences.

Loin d’être fataliste, Sébastien Piocelle est persuadé que cette expérience sera bénéfique. « Pour prendre une équipe, ça dépend toujours des opportunités dont on dispose. En commençant assez bas avec toutes les problématiques que ça engendre en terme de niveau de jeu, d’infrastructures, d’organisation ou de logistique, on doit s’adapter. Les entraînements, le discours, ce qu’on met en place, je pense que quand on arrive au niveau supérieur, quoiqu’il arrive ça sert ».

« Je m’inspire du fameux jeu à la nantaise »

Le niveau supérieur justement il connaît. Plus de 400 matchs en pro avec Nantes, Bastia, Crotone, Grosseto, Hellas Vérone, Arles-Avignon et Nîmes avant une dernière courte expérience au Pontet en CFA. Le temps de se forger un palmarès, avec deux Coupes de France (1999 et 2000), un championnat de France (2001), glanés avec Nantes, et un Euro des moins de 18 ans remporté avec l’équipe de France en 1997. Un maillot bleu qu’il ne parvient pas à atteindre chez les A.

Une belle carrière qui ne lui laisse pas de regrets. « Le foot, même s’il y en a qui pensent que c’est simple, que tout est beau, c’est un métier difficile au haut niveau, avec énormément de concurrence. Le plus important c’est d’être compétitif sur la durée. Je retiens ma régularité. Même si on peut toujours faire mieux, jouer plus de quinze ans à ce niveau-là je trouve que c’est une belle chose ».

Fier de son parcours, il s’inspire de sa carrière pour son nouveau métier. Une reconversion qui s’est faite naturellement grâce notamment à son poste sur le terrain. « J’avais déjà vocation quand je jouais à devenir entraîneur. Sur le terrain, en tant que milieu, je replaçais déjà les coéquipiers, j’organisais le pressing, le jeu, ça a toujours été en moi ». Cette expérience lui permet aujourd’hui de savoir précisément ce qu’il veut voir à Cavaillon. « Je m’inspire du fameux jeu à la nantaise, un jeu de possession plutôt. Il n’y a qu’un ballon, on préfère l’avoir plutôt que courir après ! L’idée est de repartir de derrière, de réaliser des changements de rythme et d’aller chercher les équipes adverses assez hautes, pour récupérer le ballon rapidement après l’avoir perdu. Je suis sensible au joueur que j’étais et à ce que j’ai pu apprendre. Les choses qui ne m’ont pas plu, je ne veux pas les mettre en place ». Un style bien précis auquel ses hommes semblent adhérer puisque l’équipe pointe en deuxième position.

Une expérience qui fait l’unanimité

L’objectif de Cavaillon est clair, remonter en PHA dès cette saison, ça semble bien parti. D’après le président, le coach n’y est pas étranger. « Seb arrive avec une rigueur de joueur pro. Son expérience est très bénéfique. Quand il parle aux joueurs lorsqu’on prépare un match, on a envie de mettre un short, des crampons et d’aller au combat sur le terrain ! C’est un régal pour les garçons, ils ne peuvent que la fermer et appliquer ses consignes ». Jamil Amergoul, joueur à Cavaillon confirme, « c’est une chance d’être entraîné par un gars qui était professionnel il n’y a pas si longtemps. Sa vision des choses nous apporte un plus. Il sait exactement à quel moment un joueur doute ou est moins bien. Le fait qu’il soit jeune joue beaucoup, ça apporte un autre style de ce qu’on peut voir d’habitude à ce niveau. Il nous parle peu de son parcours, mais parfois il arrive à la mi-temps d’un match qu’on peut croire déjà gagné, qu’il nous rappelle que rien n’est joué et que tout va très vite dans le foot, que ce soit chez les pros ou les amateurs ».

Promotion ou pas en fin de saison, Piocelle s’inscrit dans la continuité en souhaitant garder le maximum de joueurs à l’intersaison. Ça c’est pour le plan collectif. Sur les ambitions personnelles, s’il n’a pas de plan de carrière prédéfini, le natif de Gouvieux dans l’Oise (60) a quand même une idée derrière la tête. Il attaquera l’année prochaine une formation de deux ans. « Je suis dans l’idée d’aller passer un diplôme de manager sportif à Sciens-Po Limoges. Je veux être armé pour pouvoir retrouver un monde pro ou semi-pro à terme ».

Abdjellil Magri ne le retiendra pas si une belle opportunité se présente. « Le projet qu’on lui a proposé est sur 3 ans avec pour objectif d’atteindre le niveau Ligue. On est reconnaissant de sa venue et de ce qu’il nous apporte. S’il décide de tenter sa chance avec un club qui évolue plus haut, ou sur un autre projet, je le soutiendrai. Le club lui doit bien ça. Lorsque vous avez un gars qui a connu le haut niveau, c’est positif pour le club, ça apporte du spectacle et je suis content d’offrir ça aux cavaillonnais ».

Tout le monde semble satisfait de cette expérience, le duo Piocelle / Cavaillon semble être « gagnant – gagnant ». Une première positive avant de retourner dans quelques temps chez les pros, « jouer » les matchs depuis le banc ?

 

 

5 questions à Sébastien Piocelle

Meilleur souvenir ? Ma première coupe de France avec Nantes en 99 avec des mecs de ma génération, une bande de potes assez jeunes. Commencer en pro et gagner un trophée d’entrée c’était beau.

Meilleur joueur côtoyé ? Michael Essien à Bastia par rapport au potentiel qu’il avait à 17 ans.

Meilleur joueur affronté ? Marcelo Gallardo avec Monaco, il était très dur à prendre !

Meilleur entraîneur ? Raynald Denoueix à Nantes, le plus marquant, un très grand coach.

Un joueur que vous rêveriez d’entrainer ? Andrea Pirlo, mais je n’aurais pas grand chose à lui apprendre (rire) ! Sinon Lucas Tousart de Lyon, je l’aime beaucoup, il est jeune avec un gros potentiel. C’est un futur grand.

Maxime Monthioux (@MaxMonthioux)