InterviewVidéo

Le poste d’analyste vidéo expliqué par Emmanuel Coquelet

14/05/2020 à 17:30

Une carrière de footballeur professionnel occupe une partie majeure de l'emploi du temps d'un homme. Malheureusement, elle ne dure pas éternellement. Comme de nombreux anciens pros, Emmanuel Coquelet a dû penser à sa reconversion. Et c'est vers l'analyse vidéo que s'est orienté le natif de Quarouble (Nord). Riche d'une expérience de dix ans au LOSC pour la cellule de recrutement, puis plus récemment analyste vidéo pour le Cercle de Bruges au côté de Fabien Mercadal, Emmanuel Coquelet livre... une analyse du poste qu'il occupait par le passé.

Quelles sont les différences entre les postes de superviseur vidéo et analyste vidéo ?

Ce sont deux métiers différents. Au LOSC j’étais superviseur vidéo pour la cellule de recrutement. J’y effectuais un travail d’analyse des championnats mineurs, afin d’observer les joueurs susceptibles de rejoindre l’équipe une du Lille Olympique Sporting Club. Je devais également faire une analyse des joueurs que les observateurs du club avaient signalé et faire un tri des éléments proposés par les agents. Mon rôle était de procéder à un abattage pour la direction. Le rapport sur chaque joueur devait être très détaillé sur plusieurs plans : technique, athlétique et séquence de jeu.

Et pour ce qu’il en est de l’autre métier ?

Concernant le métier d’analyste vidéo, on est davantage sur l’avant-match, le match en lui-même et l’après-match. Cette mission a pour but de faciliter au maximum le travail de l’entraîneur principal et de l’aiguiller pour la semaine qui suit. A la mi-temps, nous devons transmettre à l’entraîneur un feedback pour, éventuellement, souligner ce qu’il n’aurait pas vu. A ce sujet, j’ai eu de la chance car Fabien Mercadal est énormément dans l’échange. Dans l’analyse d’avant-match, on se concentre sur plusieurs critères : la tactique, le principe de jeu, le jeu long ou court, l’utilisation ou non des couloirs, l’animation défensive et offensive, les phases de pressing, la capacité de l’équipe à déséquilibrer l’adversaire etc. Le football se décortique toujours en quatre phases : j’ai le ballon, je n’ai pas le ballon, je le perds et j’essaye de le récupérer. Il faut pouvoir fournir l’ADN de l’équipe adverse au coach principal.

Quels logiciels utilisez-vous pour le séquençage/montage dans l’analyse ou la supervision vidéo ?

J’ai passé mon diplôme universitaire d’analyste vidéo à Lille où j’ai découvert différents outils informatiques. Lors de ma première expérience dans ce domaine au LOSC, nous utilisions Dartfish. Il existe également d’autres logiciels intéressants comme Wyscout et Instat qui permettent la récupération de données sur de nombreux joueurs. Pour les personnes ayant un Mac ou un autre support Apple, je préconise Sportcode.

« La vidéo doit être ancrée chez les jeunes, mais il faut en faire bon usage »

Qu’aimez-vous le plus dans l’analyse vidéo ?

Je dirais voir un nombre important de matches. Au fil du temps, cela permet de développer un œil un peu plus expert. Cependant, j’ai toujours essayé de rester au contact du terrain. Lorsque j’officiais à Lille par exemple, j’étais en parallèle entraîneur en seniors à Quarouble. Après avoir visionné trois matches par jour minimum, effectué de très longues journées, et parfois du 7 sur 7, j’avais besoin de ma « soupape ». J’apprécie beaucoup cette profession mais c’est un travail très prenant. Et j’aime énormément le terrain, c’est pour cela qu’aujourd’hui je suis entraîneur adjoint de Christian Bracconi en D2 Belge. Malgré tout, j’essaye encore d’aider un peu l’analyste vidéo lorsqu’il en a besoin.

Où se situe le championnat belge au niveau de l’analyse vidéo ?

La manière de travailler est semblable à celle de la France. Ils ont un accord avec Sportcode et avec Hudl, qui est une entreprise qui récolte toutes les bases de données de Ligue 1 et Ligue 2. En Belgique, un analyste vidéo est désigné pour chaque club, et celui-ci reçoit une formation obligatoire tout au long de l’année. En contrepartie, il y a un don de matériel nécessaire qui est effectué pour la mise en pratique. Ils ont aussi équipé tous les stades de caméras, permettant un plan large.

Que pensez-vous de l’apparition de l’analyse vidéo dans les catégories jeunes ?

La vidéo doit être ancrée chez les jeunes, mais il faut en faire bon usage. Elle doit être constructive et interactive et surtout ne pas être utilisée à des fins néfastes. L’analyse vidéo, chez les jeunes, doit être vue comme outil de réflexion et de progression pour le joueur. À titre d’exemple, dans le monde professionnel, une présentation de l’adversaire dure à peu près huit minutes pour que les joueurs restent concentrés.

Propos recueillis par Jimmy Desmoulin