Interview

Le président du district Escaut appelle au boycott de la Coupe de France

22/01/2021 à 9:28

Trois mois quasiment jour pour jour après avoir pris la décision de suspendre ses championnats, Stefan Islic invite aujourd'hui ses clubs à ne pas prendre part au sixième tour de Coupe de France.

Stefan Islic prend, une nouvelle fois, position. Mais cette fois, c’est face à la tenue la Coupe de France qu’il s’oppose. Le président du district Escaut (Nord), déjà à l’origine de la suspension de ses championnats le 22 octobre dernier, invite aujourd’hui les sept clubs de l’Escaut – Marly (D1), Cambrai (R1), Berlaimont (D1), Maubeuge (N3), Jeumont (D1), Lambres (R1) et Beuvry (R2) – à ne pas prendre part au 6e tour de Coupe de France, maintenu par la Fédération française de football ce mardi et programmé les 30 et 31 janvier. Le dirigeant, réélu récemment avec quasiment 90% des voix, s’insurge contre les conditions auxquelles devront faire face les participants : moins de deux semaines de préparation, pas de match amical pour se remettre dans le rythme, la météo qui pourrait jouer les trouble-fête et, surtout, la question de la santé publique, qu’il juge bafouée.

« Je comprends que tout le monde veuille la jouer, mais à quel prix ? »Stefan Islic, président du district Escaut

Comment avez-vous accueilli le communiqué de la FFF indiquant la reprise de la Coupe de France, mardi ?

J’ai été très dubitatif à sa lecture. Il a fallu que je le relise plusieurs fois pour être certain de ce que je voyais. Je comprends qu’il y ait des enjeux financiers, sportifs, et la proposition du Comex de scinder en deux la compétition me semblait de bon aloi. Or là, les conséquences de la pandémie n’ont pas l’air de s’atténuer. Je suis vraiment dubitatif concernant cette décision. Moi, il y a une chose qui m’intéresse, c’est l’intégrité physique des participants. Aujourd’hui, j’ai sept club encore engagés et je comprends que tout le monde veuille la jouer. Mais à quel prix ? Est-ce qu’aujourd’hui on peut se permettre d’imposer aux clubs d’y participer, avec des conditions drastiques ? Et qu’en est-il si le match se joue dans des conditions atmosphériques déplorables ? Je ne comprends pas tellement…

Quelle aurait pu être la solution ou l’une d’entre elles selon vous ?

Je pense qu’il aurait fallu requalifier cette Coupe de France en Coupe de la Ligue, et ne pas y inclure les équipes amateures. On aurait pu laisser les pros jouer entre eux, ce n’est pas grave. C’aurait été la meilleure solution pour respecter cette Coupe, la seule au monde qui associe le monde amateur et le monde pro. C’aurait été la meilleure solution pour respecter ses joies, ses petits poucets, ses déceptions… Pour un club comme Berlaimont (D1), qui ne peut pas s’entraîner et ne peut pas avoir de dérogation, la préparation d’un tel événement s’annonce extrêmement compliqué. A la limite, les seuls qui pourront s’entraîner seront les étudiants et les chômeurs, et encore. A l’inverse, pour des clubs de N3 ou R1 comme Maubeuge et Cambrai, cela sera plus facile. Mais ce n’est pas le cas pour tout le monde. Tout le monde n’est pas mis sur le même pied d’égalité, et compte tenu de la situation un peu de raisonnabilité n’aurait pas fait de mal.

Au-delà de la préparation sportive, il existe d’autres contraintes qui vous préoccupent…

Effectivement, j’aimerais savoir ce que la commission médicale de la FFF pense de cette proposition. D’ailleurs, c’est à se demander s’il y a encore des footballeurs à la tête de la Fédération… On parle là de santé publique. Alors, que se passe-t-il si la veille de la rencontre un cas contact, qui nuirait à tout notre groupe, est décelé ? Et que se passe-t-il si l’on est éliminé ? Est-ce qu’on peut continuer à s’entraîner ou non ? Certains clubs m’ont appelé et m’ont dit « on est désemparé ». Ils ne savent plus quoi faire. Après, je n’oblige personne à quoi que ce soit. Chacun fait ce qu’il veut. Qu’il veuille poursuivre cette édition ou non. Mais je pense qu’il serait plus judicieux de préserver l’image de notre Coupe de France. Proposons des alternatives. Ne soyons pas butés et bornés. Quoi qu’il en soit, l’Escaut accompagnera ses sept clubs. Mais la santé doit prévaloir sur le sport. Alors n’acceptons pas l’inacceptable.

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