Affaire84

Racisme, président suspendu, équipes de N3 en difficulté… Bienvenue au District 84 !

13/02/2019 à 16:38

De sombres histoires de racisme, des équipes de N3 en grande difficulté, la suspension du président du District pour atteinte à la morale sportive... Plus rien ne va pour le District Grand Vaucluse et pour ses clubs. Actufoot retrace le naufrage de cette instance départementale.

C’est comme la construction d’un château de cartes. Ça prend du temps, de l’énergie, de la minutie pour essayer d’atteindre le plus haut sommet. On s’approche du but, on croit que tout va bien, mais il suffit d’un léger coup de vent pour que tout s’écroule. C’est ce qu’est en train de vivre le District Grand Vaucluse, sauf que ce n’est pas un léger coup de vent mais une tempête qui a frappé l’instance.

La carte qui maintenait la structure…

Tout commence le mercredi 21 novembre. A la rédaction, on apprend ce qui n’est qu’alors qu’une rumeur à ce moment-là : six membres de la Commission de discipline du District Grand Vaucluse auraient démissionné. La cause ? Ils reprocheraient au Président du District Grand Vaucluse, M. Marc Martinet, d’être intervenu auprès de trois membres de la Commission de discipline dans le but de minimiser la sanction d’un licencié.

« Cette affaire est complètement montée et manipulée », le président du District Grand Vaucluse n’accepte pas ces accusations et nie tout en bloc. De l’autre côté, les six membres de la Commission de Discipline maintiennent leurs allégations, nous confirment leurs démissions et nous livrent même des détails de ce qu’il se serait dit entre eux et Marc Martinet au cours d’une réunion hebdomadaire datant du 8 novembre 2018 : « Nous avons vérifié sur l’ordinateur et avons constaté que ce licencié avait purgé sa peine du 2 mars au 1er septembre 2018, soit 3 mois confondus avec sa suspension en Ligue et 3 mois de trêve d’été. Nous avons demandé des explications à notre Président de Commission qui nous a dit de ne pas nous emballer et qu’il allait demander des explications au Président du District, d’où la convocation du 15 novembre. Là, en réunion, M. Martinet a tout d’abord mis hors de cause son Directeur Administratif et notre Président de Commission en nous expliquant que c’était sa décision et qu’il l’assumait totalement, qu’il n’avait jamais fauté, n’était jamais intervenu auprès de notre Commission depuis 6 ans qu’il est président et que dans ce cas précis, sans pouvoir nous expliquer les raisons, il était obligé d’intervenir. »

L’affaire prend de l’ampleur. Le Président du District Grand Vaucluse, M. Marc Martinet affronte les accusations avec une sérénité apparente. Lors de l’Assemblée Générale du District qui a lieu quelques jours après les dénonciations, il rassure tous les présidents et dirigeants des clubs affiliés au District et menace ouvertement de mettre en procès les membres démissionnaires ainsi que le média Actufoot. Raphaël Frances, le président de la Commission de Discipline, se range à ses côtés affirmant ne jamais avoir reçu de pression de la part du président du District. Un peu plus tard, comme un signe fort de soutien à Marc Martinet, ce dernier nous contacte et nous annonce officiellement ne pas démissionner de son poste.

Le vendredi 8 février 2019, nous apprenons que des sanctions sont tombées. En effet, la Commission de Discipline de la Ligue Méditerranée suspend de son poste pour 3 ans ferme le président du District Grand Vaucluse, Marc Martinet. Ce n’est pas tout ! Pendant 3 ans, ce dernier ne pourra plus être éligible aux instances dirigeantes. Raphaël Frances, son fidèle soutien, écope lui d’un an de suspension ferme de son poste de président de la Commission de Discipline. Les sanctions prennent effet en ce début de semaine, le lundi 11 février plus exactement. « Manquement à la Charte d’Éthique et de Déontologie du Football, et notamment au devoir d’exemplarité, de justice et d’intégrité, et d’impartialité et d’indépendance : Ingérence dans un dossier disciplinaire rendu par la Commission départementale de discipline, fraude par modification du Procès-Verbal et de la décision rendue par la Commission départementale de discipline en vue de contourner l’application des lois et règlement, atteinte à la morale sportive, allégations et imputation d’un fait portant atteinte à l’honneur, à l’image et à la réputation de la Ligue Méditerranée de Football et de ses dirigeants en situation de récidive, complicité de fraude… » Les motifs de ces sanctions sont sans équivoque, l’image du District Grand Vaucluse en prend un coup. Le château de carte est endommagé à la base. Et comme si ce n’était pas assez, une affaire très grave vient noircir un peu plus le tableau…

Un valet noir, le roi n’a pas de cœur…

Des propos racistes. Pas sur un match, sur plusieurs ! D’abord au FC Carpentras, club du Grand Vaucluse. En décembre 2018, lors d’un match de R2, des propos violents sont tenus par des supporters de Carpentras envers des joueurs du club provençal de Luynes Sports. « macaques, équipe de nègres, sales noirs » tout en poussant des cris de singes, des cailloux sont jetés en direction des joueurs. Résultat ? Le club vauclusien est sanctionné de trois matchs de suspension de terrain ferme. Une honte ! Les dirigeants du FC Carpentras, impuissants, s’excuseront même auprès de ceux de Luynes.

Le Vaucluse, c’est sa réputation, est considéré comme un bastion du FN. En 2015, dans ce département, le parti à la flamme était arrivé en tête au premier tour des départementales dans 11 des 17 cantons. Le Vaucluse est souvent qualifié de terre d’élection pour le FN. La preuve, le parti d’extrême droite n’a cessé d’améliorer ses chiffres dans le 84 au fil des années. En 2017, le département est même considéré aux yeux de Marine Le Pen comme l’un de ceux qui peut lui fournir le plus de députés. Au premier tour de la Présidentielle, Marine Le Pen et le Front National avaient d’ailleurs terminé en tête avec 30.53% des voix. Au point de retrouver cette haine raciale autour des terrains et sur les pelouses ? Cela peut être considéré comme un raccourci trop facile, et c’est vrai. Il ne faut pas confondre sport et politique même si, historiquement, les deux ont souvent été liés.

La dernière affaire en date va en tout cas dans ce sens avec un club provençal certes, mais un club géographiquement proche du 84 et appartenant au District Grand Vaucluse. En effet, lors d’un match de R2 qui avait lieu dimanche 3 février, la partie aurait été arrêtée une première fois par l’arbitre pour un « sale blanc » lancé par des spectateurs du match puis aurait été stoppée définitivement par l’officiel après un « sale noir » venant de personnes qui étaient également présentes dans les tribunes. Selon nos informations, des propos rappelant la Louisiane des années 1810 auraient même été prononcés. Quelques jours plus tard, par l’intermédiaire d’un PV de la Ligue que nous nous étions procurés, nous apprenons qu’un joueur de l’équipe est lui aussi suspecté de propos racistes envers un joueur adverse. Actufoot avait mis en lumière cette affaire quelques heures après la fin du match et le club avait nié tout ce qui avait été reproché aux spectateurs de la rencontre. Après la diffusion de quelques articles relatant des faits qui étaient eux-même postés sur la page Facebook de l’équipe, et sous consignes du président, le club n’a plus voulu traiter avec nous, ni nous livrer les résultats et noms des buteurs à la fin du dernier match. Le château de cartes, encore une fois, avait perdu de sa splendeur… En tout cas, si les propos racistes ont vraiment été prononcés par certains et entendus par d’autres, cela voudrait dire que les dirigeants et licenciés de ce club prendraient la défense de ceux qui ont crié ces mots honteux. Ne pas dénoncer, ni avouer, tout ça pour un simple match de football… cela relèverait du cautionnement. L’affaire n’a pas encore été jugée et nous ne pouvons, pour l’instant, accuser personne. Mais, nous pouvons quand même dire bravo à l’arbitre d’avoir arrêté le match si ces insultes ont vraiment été lancées. Ce n’est pas toujours simple à faire car, malheureusement, les insultes raciales se banaliseraient sur les terrains de ce District.

Les N3 n’ont plus une seule carte dans leurs manches !

Un château de cartes qui s’écroule ou une chute de dominos ? Le président du District destitué de ses fonctions, des histoires de racisme sur les pelouses… et maintenant, les meilleures équipes du Grand Vaucluse qui vont au plus mal. Deux équipes en N3, la fierté d’un District, qui n’a pu faire mieux. Et comme une petite plaie, un petit virus, qui se propagerait dans tous les organes importants du corps, comme une gangrène, les problèmes de l’institution départementale semblent avoir touchés les deux grosses écuries du 84. Bref, des dommages collatéraux.

En effet, le bilan est maigre pour l’US Pontet Grand Avignon. A la 11e place de la poule D de N3, l’équipe de Albert Falette et Sabri Oueslati est à 1 point de l’avant-dernière place du classement. 15 matchs, 4 victoires, 1 nul pour 10 défaites, l’équipe va mal avec l’une des moins bonnes attaques du championnat. Mais ce n’est pas le pire car les chances de se maintenir et surtout, de repartir sur un meilleur pied la saison prochaine, sont encore là.

Ce qui ne semble plus être le cas de l’autre équipe de N3 du Grand Vaucluse. En effet, l’AS Saint-Rémoise semble au plus mal et pourrait bien déclarer forfait général pour toutes ses équipes seniors. C’est ce que nous annonce le Maire de la Ville de Saint-Rémy-de-Provence, Hervé Chérubini, dans une interview que nous avons réalisé la semaine dernière : « Le problème qu’on a, c’est que la ville verse 45.000€ de subventions, ce qui peut paraître beaucoup pour certains ou très peu pour d’autres en considérant que le club a une équipe en N3. 45.000€ pour vous situer, c’est la plus grosse subvention sportive qu’on verse sur l’ensemble des clubs de St Rémy et trois fois la subvention qu’on verse au 2e club de la ville, un club de tennis. Pour la ville, c’est un effort très important qui permet d’accompagner les jeunes mais en aucun cas d’entretenir une équipe de N3. Nous voulons un club qui forme les jeunes, qui occupe et accompagne les jeunes. Nous ne sommes pas assez riches pour entretenir une équipe de N3 avec nos propres moyens. »

Depuis lundi, selon La Provence et le Dauphiné Libéré, c’est l’adjoint de Marc Martinet, Michel Aubert, qui le remplace à la tête du District Grand Vaucluse. L’avenir de l’AS Saint-Rémy, les sanctions par rapport aux propos racistes lors du match de R2, le futur de l’affaire Martinet, le travail de celui qui a pris sa place… Il faudrait pouvoir lire dans les cartes pour savoir ce qui se passera. Dans cette mauvaise période pour le District 84, il y a tout de même des clubs qui tirent leur épingle du jeu comme le SC Courthézon qui se porte très bien financièrement et sportivement ou encore l’AC Avignon qui compte le plus grand nombre de licenciés dans les clubs du département. Quoi qu’il en soit, c’est compliqué pour le Vaucluse et on commence à se demander si quelqu’un aura la patience et les solutions pour remonter le château. Avec un jeu de cartes, il serait peut-être bon de faire appel à un magicien…