PrésentationEspoir

Rayan Cherki, trop en avance pour leur demander l’heure

13/03/2019 à 17:12

A l'instar de Kylian M'Bappé, Rayan Cherki (15 ans) est en train de battre plusieurs records de précocité. Intégré puis buteur avec le groupe N2 l'été dernier à 14 ans, le milieu offensif est doublement surclassé avec les U19 Nationaux de l'Olympique Lyonnais cette saison. Titulaire, il dispute déjà la Gambardella et la Ligue des Champions des jeunes (Youth League) dont il est devenu le plus jeune buteur de l'histoire sur son premier ballon contre Manchester City. Ses compilations affolent la toile et les plus grandes écuries européennes sont déjà sur les rangs pendant que l'OL s'active pour le blinder avec un contrat longue durée...

Les supporters lyonnais le suivent et trépignent déjà d’impatience de le voir en équipe première. Les suiveurs de football ont entendu parler du « phénomène Cherki ». D’autres vont peut-être découvrir à travers cet article un très jeune footballeur qui pourrait faire beaucoup de bruit dans les années à venir. Ici, en tout cas, on est prêt à se mouiller en affirmant que le natif de Pusignan dans le Rhône possède assez de talent pur pour tutoyer le très haut niveau. On peut toujours se dire qu’il ne faut pas s’enflammer, qu’une carrière peut décoller mais aussi bien stagner, voire s’arrêter à cause d’un nombre incalculable de paramètres. Blessure, environnement familial, mauvais choix de carrière, caractère difficilement gérable… On peut aussi ressortir le cas de l’ancien joueur de l’AC Milan Hachim Mastour (20 ans) annoncé comme le futur crack mondial à 15 ans. Sans club depuis son départ du PAS Lamia équipe de première division grecque il y a quelques jours, une majeure partie de la planète football l’a oublié. C’est le temps qui permettra de juger les promesses exprimées actuellement par Rayan Cherki, et on signerait bien de suite pour savoir ce qu’il en adviendra dans ne serait-ce que cinq ans…

Un parcours de surclassé

Élu troisième meilleur centre de formation européen par l’Observatoire du Football (CIES), l’Olympique Lyonnais a pour projet d’accompagner son prodige jusqu’en équipe première, au même titre que sa prestigieuse ligne de joueurs formés au club… Benzema, Tolisso, Umtiti, Lacazette et le capitaine actuel, Nabil Fekir pour ne citer qu’eux. Le milieu, ambidextre, a pris l’habitude de franchir les paliers avec une facilité déconcertante depuis des années malgré une période d’un an sans jouer chez les U14 à cause de problèmes de croissance (ostéochondrite) : « Il a été double surclassé avec Florent Da Silva à partir de janvier 2018 en U17 Nat et a largement contribué à la bonne fin de saison de l’OL qui avait terminé premier de sa poule, bien que la génération de l’ASSE semblait plus complète à l’époque. C’est donc vraiment en deuxième partie de saison dernière qu’il a commencé à se faire beaucoup remarquer au centre » raconte Jonathan, rédacteur pour le Cafe du Commerce OL, site lyonnais qui suit de près les rencontres de l’Académie.

Intégré et buteur à 14 ans avec la Pro 2 contre Chambéry (N3) l’été dernier sous la houlette de Christian Bassila, l’ancien responsable de la pré-formation, Cherki vit une ascension peu ordinaire. Sa gestuelle, son aisance technique et sa propension a éliminer des adversaires n’est pas sans rappeler un autre ancien joyau lyonnais. « C’est un joueur qui a des qualités exceptionnelles. Il travaille avec le groupe de National 2 depuis le début de la saison, ce qui est assez rare pour un joueur de 15 ans. Il est mature, a de grosses qualités techniques. Il me rappelle un joueur qui a marqué avec Rennes sur penalty cette semaine… Hatem Ben Arfa » glissait subtilement l’entraîneur lyonnais dans Téléfoot en septembre dernier.

« On s’est un petit peu engueulés à l’époque avec son père car il me reprochait de ne pas le laisser dribbler (rires) ».

Roger Martinez est le premier éducateur à avoir repéré ou plutôt remarqué le talent de Cherki. Le bonhomme est tout juste âgé de cinq ans lorsqu’il s’amuse au bord des terrains de l’école de foot de l’AS Saint-Priest où son grand frère évolue. C’est un mercredi courant saison 2009-2010 que l’expérimenté formateur de la maison san-priod, 55 années de club et beaucoup de bons joueurs encadrés, comme la fratrie des Kalulu, tombe sous le charme. « Quand je l’ai aperçu avec un ballon au bord des terrains, j’ai demandé à voix haute à qui appartenait ce gamin. Le père se retourne et me rétorque : « Il est à moi ! ». Rayan tapait le ballon au bord du terrain. Il jonglait déjà pied droit, pied gauche, tour du monde avec une telle facilité… J’ai demandé au papa de me l’amener. Son frère jouait chez nous en U11 ou en U12. J’ai surclassé le petit en U8 alors qu’il était U6 car il faisait déjà des choses impressionnantes avec le ballon. On s’est même un petit peu engueulés à l’époque avec son père car il me reprochait de ne pas le laisser dribbler (rires). Aujourd’hui, tout se passe bien, on s’entend très bien. Il a passé une seule année chez nous et quand l’OL l’a vu, le club n’a pas hésité. Cette saison, on l’a retrouvé contre nos U17 Nationaux, on a perdu (0-2) et il a mis un doublé ». 

« Il faudrait qu’il gagne en humilité. Il a eu des mots avec certains de mes joueurs, c’était un peu moyen… »

Auteur de 10 buts en seulement quelques apparitions avec les U17 Nationaux, le niveau est apparu si petit pour lui qu’un surclassement en U19 s’est naturellement imposé. Titulaire à part entière de l’équipe de Stéphane Roche et Gilles Rousset depuis plusieurs semaines, deux de ses sorties ont particulièrement marqué les esprits. Celle contre les Tchèques du Sigma Olomouc en barrage de Youth League (ci-dessus) et sa performance en région parisienne à Brétigny lors des 16es de Gambardella (voir vidéo ci-dessous). Devant un public francilien venu en nombre, le milieu de 15 ans fait preuve de beaucoup de personnalité en offrant un récital technique combiné à quelques dribbles venus d’ailleurs, presque humiliants pour ses adversaires quand on se dit qu’ils ont trois ans de plus que lui… La foule présente ce jour-là s’enflamme devant le spectacle proposé. L’entraîneur adverse, Serge Bergoz, a aussi été marqué par le talent de Cherki, avec  unbémol : « C’est un joueur qui a d’énormes qualités, et qui a déjà beaucoup de maturité dans son jeu. Après, il faudrait qu’il gagne en humilité. Il a eu des mots avec certains de mes joueurs, c’était un peu moyen. Quand il dit : »moi, je ne respecte personne »… C’est un gamin qui, mentalement, je pense, est prêt. Si on ne nous avait pas dit son âge, on ne l’aurait jamais cru. Après, cela reste du foot. C’est un joueur qui s’exprime balle au pied. Ça peut en déranger certains mais il y a des joueurs qui sont comme ça, leur moindre geste est épié parce qu’ils ont une grande confiance en eux ». Ils n’étaient pas moins de 29 recruteurs hier à avoir demandé une accréditation pour la rencontre de Youth League entre l’OL et l’Ajax et nul doute que beaucoup avait au moins un œil sur le numéro 23, auteur d’une nouvelle grosse performance (voir notes Youth League).

De la confiance, Rayan Cherki en a à revendre. Très facile techniquement, le Lyonnais s’adapte et joue de la même façon peu importe la catégorie, la compétition ou l’adversité : « Il a tout d’un joueur offensif moderne capable de jouer à tous les postes offensifs. Il a une grosse capacité d’élimination, une qualité de passe intéressante et est adroit devant le but. Il surprend par sa maturité car pour un joueur si dribbleur, il n’a pas tant de déchets que ça. Il reste assez lucide la plupart du temps. Il étonne dans sa capacité à gravir les échelons avec une facilité déconcertante » décrit encore Jonathan, spécialiste de l’Académie OL et d’ajouter : « Dernièrement en Gambardella ou en Youth League, il s’est avéré être un des deux ou trois meilleurs joueurs de l’équipe alors qu’il y avait plusieurs de la génération 2000 (Caqueret et Solet notamment). Ce sont des joueurs qui ont trois ans de plus que lui qui ont déjà fait des piges en pro… À seulement 15 ans et demi, on en vient encore à chercher sa limite et il avance tellement vite qu’il est probable qu’il soit bientôt appelé dans le groupe National 2 ».

L’OL veut le blinder !

Selon certains indiscrétions, Rayan Cherki ne serait seulement lié à l’OL que par un contrat de non-sollicitation, expirant en juin prochain. En coulisses, le président de l’OL Jean-Michel Aulas s’active pour « faire signer un contrat longue durée » à son espoir d’ici la fin de saison, comme il l’avait révélé dans l’émission Breaking Sport sur RMC. Le boss du club expliquait alors : « C’est un immense talent. Il est dans une famille qui adore l’Olympique Lyonnais et avec laquelle nous avons discuté. Ce sont des gens très intéressants parce qu’ils se préoccupent non pas de la carrière immédiate de leur fils, mais de celle qui va suivre et en particulier dans le club où il a plus de de chances de pouvoir jouer en professionnel le plus rapidement possible. Indéniablement, c’est Lyon » pose-il, sûr de lui .L ‘OL, qui a notamment vu partir Willem Geubbels l’été dernier en Principauté pour 15 millions d’euros sait tout l’intérêt de mener à bien les dossiers de ses plus éminents espoirs, dont Rayan Cherki mais aussi Florent Da Silva et Titouan Thomas font partie. La Juventus Turin, l’Ajax Amsterdam, l’AC Milan, le FC Barcelone, le Bayern Munich seraient à l’affût pour attirer celui qui a dû certainement regarder Barcelone – OL devant sa télé hier soir, avec, dans un coin de sa tête, le rêve légitime de briller dans une telle affiche. Sous quelles couleurs ?

 

Crédit photo : Laura J.