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Rouet : « Si on monte, Chambly sera le seul club à être passé de la 6e division de district à la L2 »

19/04/2019 à 11:45

Il ne suffit que d'une victoire à Chambly, ce vendredi soir contre Concarneau, pour s’assurer une montée historique en Ligue 2. L'ex-journaliste de L'Equipe, Jean-Michel Rouet est depuis 2014 un "bénévole à 100%", mais surtout personnage important du FCCO. Pour Actufoot, il raconte la folle histoire du club picard tout droit sorti du niveau district et qui n'a connu que deux entraîneurs sur son banc, les frères Luzi, en 30 années d’existence. Il revient également sur son rôle et les conséquences d'une ascension en Ligue 2.

Qui êtes-vous Jean-Michel Rouet ?

J’ai été journaliste pendant 33 ans à L’Equipe, de 1981 à 2014. Au journal, puis pour la chaîne de télévision. Depuis, je suis dirigeant 100% bénévole au FC Chambly.

« L’Equipe ? Je n’ai aucune nostalgie… »

Racontez-nous votre parcours dans le monde du football…

Dans mes 15 dernières années au journal L’Equipe, j’ai couvert un peu la Ligue 1 mais surtout la Premier League. C’était mon activité principale jusqu’à ma retraite. Quand j’étais journaliste, j’allais voir de temps en temps le FC Chambly qui était à l’époque en DH. Fulvio Luzi, le président du club et ami de très longue date comme le coach Bruno, m’a proposé de rejoindre le FCCO pour m’occuper, c’était l’année de la montée en National.

Qu’est-ce qui vous caractérise ?

La passion, la passion et la passion. C’est vrai, j’ai toujours été un passionné de foot au sens large. J’allais voir des matches de Premier League, mais aussi des matches de DH en France. Pour moi le football, c’est un tout. Je prenais du plaisir à aller voir des matches et aujourd’hui je prends du plaisir à essayer de faire progresser mon club.

Regrettez-vous L’Equipe TV ?

Non, franchement pas du tout. Je suis passé à autre chose… Dans la vie, il faut savoir passer des étapes. Ça a été un très bon moment de ma vie professionnelle. J’ai participé à l’émission « L’Equipe du soir » pendant 7 ans. Je n’ai aucune nostalgie.

« On m’avait appelé pour partager ma joie, mais en fait, j’ai surtout partagé ma peine… »

Avez-vous une anecdote de votre passé de journaliste ?

La dernière fois que je suis intervenu sur L’Equipe 21, la saison passée, je n’étais plus chroniqueur, mais on m’avait invité pour parler du FC Chambly. C’était le soir de la victoire en ¼ de finale de Coupe de France contre Strasbourg (Nlr : 1-0, le 28 février 2018), et malheureusement, c’était aussi le jour où le président fondateur du FC Chambly, Walter Luzi, est décédé. On m’avait appelé pour partager ma joie, mais en fait, j’ai surtout partagé ma peine…

Quel est votre rôle aujourd’hui au FC Chambly ?

J’ai plusieurs casquettes. Je suis d’abord actionnaire du club, au comité de direction, je suis aussi responsable de la communication et j’aide le club pour le recrutement quand on me le demande et en accord avec le coach. On profite de mon réseau et on essaye de se tromper le moins possible. Il faut maximiser nos moyens. Cette saison, nous avons le 11ème budget du National 1 et Rodez, le leader qui a validé sa montée, a le 10ème budget à ma connaissance… On essaie de bien travailler. Rodez a aussi très bien travaillé et en a été récompensé. J’espère que ce sera aussi notre cas.

Quelle est votre semaine type ?

Je n’habite pas à Chambly, donc j’y vais les semaines d’entraînement 1 jour sur 2. Je fais tous les déplacements avec l’équipe. Je vais voir tous les matches, et pas uniquement les matches de la National 1. J’assiste quasiment à toutes les rencontres de l’équipe réserve en National 3, et à un maximum de matches des équipes de jeunes… J’ai des week-ends très très chargés, mais ça dépend aussi des périodes. Je suis plus occupé pendant le mercato et les trêves que le reste de l’année, car le train est alors sur les rails. Après, on travaille au quotidien pour que les résultats soient les meilleurs possibles. Nous sommes un club de plus de 600 licenciés, on essaie de faire en sorte que tous les rouages fonctionnent.

« À Chambly, chacun reste à sa place »

En septembre 2015, le journal Le Parisien avait titré un article à votre sujet : « Jean-Michel Rouet, l’homme d’influence du FC Chambly ». Est-ce vrai ?

Oui sans doute en partie. J’ai un carnet d’adresses qui aide le club dans certaines circonstances. Un des secrets de la réussite de Chambly, c’est que chacun reste à sa place : le coach entraîne, le président préside et les dirigeants dirigent. Chacun travaille dans son domaine. Mais, si mes relations peuvent aider le club, alors tant mieux. Je pense que ça a été le cas à plusieurs reprises. Si le club n’avait pas été bon sportivement, j’aurais pu être un homme d’influence sans que cela ne serve à grand-chose…

En 2015, vous rêviez de montée en Ligue 2, cela va certainement se concrétiser cette saison. Est-ce un soulagement ou un mérite ?

Je crois que c’est un mérite ! Ce n’est pas encore fait, mais si on monte en Ligue 2 ça sera le résultat du travail de beaucoup de gens et en particulier du président et de l’entraîneur. Je crois que si on monte en Ligue 2, Bruno Luzi sera le seul entraîneur ayant fait monter 7 fois son équipe. C’est phénoménal ! Et Chambly sera le seul club de l’histoire du football français à être passé de la 6ème division de district à la Ligue 2. Il n’y a pas un autre exemple de club parti de tout en bas et qui arrive au deuxième échelon du football français en 30 ans.

Encore mieux qu’Auxerre ?

Oui, parce qu’Auxerre ou Guingamp étaient de niveau régional et existaient depuis longtemps. Quand Guy Roux est arrivé à Auxerre, c’était un club de DH. Quand Noël Le Graët a repris Guingamp, c’était un club en PH. L’un comme l’autre ont eu un succès exceptionnel. Pour nous, Auxerre et Guingamp sont des inspirations, mais encore une fois ils étaient des clubs de niveau régional alors que le FC Chambly a été fondé en 1989 ! On est donc parti du bas de l’échelle en district, avec des gens qui sont encore là aujourd’hui. Bruno et Fulvio étaient là à l’époque de la création du club. Ils ont tout fait de A à Z, et moi, je suis arrivé beaucoup plus tard.

Comment expliquez-vous cet esprit club ?

En 30 années d’histoire, le FC Chambly n’a eu que 2 présidents et 2 entraîneurs. Walter Luzi, puis son fils Fulvio à la présidence. Fulvio, puis son frère Bruno comme entraîneurs. Dans les deux cas, le relais a été passé en 2001. Il y a eu de bonnes années, mais aussi des plus compliquées. La saison dernière, on a frôlé la descente en National 2. Même si nous sommes allés jusqu’en ½ finale de la Coupe de France (Ndlr : défaite contre les Herbiers 2-0), ce qui n’est pas rien pour un club comme le nôtre… C’était même historique. Mais on a failli tout perdre, ce qui a été le cas pour notre vainqueur, les Herbiers (Ndlr : relégué en National 2). La solidarité à tous les étages du club nous a sauvé.

« Je pense que nous sommes prêts pour la Ligue 2 »

Comment le club va-t-il évoluer dans le cas d’une future montée ?

On y travaille déjà… Effectivement, si on monte en Ligue 2, on changera de statut. Il faudra renforcer nos infrastructures, c’est beaucoup de travail. Le club a toujours su s’adapter, à toutes les circonstances, et je pense qu’il saura à nouveau le faire en Ligue 2. Il y aura du travail, on en a bien conscience mais je pense que nous sommes prêts.

Le stade des Marais n’est pas homologué pour la Ligue 2. Comment allez-vous faire en cas de montée ?

En effet, Chambly ne pourra pas recevoir et aura une nouvelle enceinte à l’échéance de l’été 2020. On va devoir trouver un stade d’accueil pour la saison prochaine. Nous sommes en négociations sur ce sujet.

Allez-vous renforcer l’équipe première aussi ?

Bien sûr, on y travaille déjà. Le coach a ses idées, on échange depuis que nous sommes en position de monter. Ça fait des semaines que l’on travaille sur la question. Il faudra prendre des joueurs pour faire face à la Ligue 2. On espère dans un premier temps conserver les nôtres. Ils méritent de jouer en Ligue 2 et ils en ont le niveau.

« On ne veut pas de vieilles gloires à Chambly »

Comment comptez-vous vous armer pour la Ligue 2 ?

On va s’en doute prendre des joueurs qui connaissent la Ligue 2. Mais surtout, à Chambly, on ne veut pas de joueurs en pré-retraite. On veut des joueurs qui ont les crocs, qui ont faim. C’est le cas de notre effectif cette année. On a pris des joueurs de qualité qui n’ont jamais encore connu la Ligue 2. Ils ont prouvé leurs qualités sur le terrain. Ils ont démontré aussi toutes leurs qualités en terme d’état d’esprit. L’état d’esprit est fondamental. On ne veut pas de vieilles gloires à Chambly, avec un nom, des gens qui viennent juste prendre un cachet. On sera très intransigeant là-dessus. Je ne dis pas que l’on réussit tout le temps, ça nous arrive de nous tromper, mais cette saison notre recrutement a été une grande réussite. Le profil du joueur de Chambly est un joueur qui s’adapte à notre petite ville, à nos infrastructures encore modestes, mais un joueur avec les crocs. C’est l’ADN du club !

Quels sont vos projets en matière de communication ?

On a beaucoup de projets avec Eric Crémois, un ami avec qui je m’occupe de la communication du club. Sans vouloir m’auto-congratuler, je pense que l’on a l’un des deux meilleurs Facebook du championnat. On a commencé à mettre en chantier des vidéos et une chaîne TV. Je pense que l’on n’a pas à rougir en matière de communication. On nous dit souvent que ce que l’on fait est bien. C’est tant mieux, mais ce n’est pas pour autant que l’on s’en satisfait. Pour progresser, il faut se renouveler. On a un site internet très regardé, un Facebook très suivi. On fait un journal du club à chaque match à domicile. L’axe de développement sera plus dans le numérique et dans l’audiovisuel. On va s’y préparer et on sera prêt le moment venu. Si on monte en Ligue 2, la communication se fera d’elle-même. On a une histoire atypique. Pas plus tard qu’il y a quelques jours, un journalistique anglais m’a appelé pour raconter l’histoire de Chambly. Après, il faut accompagner tout ça et surtout ne pas changer. Rester le même club, un club qui bosse beaucoup, un club qui a ses valeurs de travail et d’humilité.

Propos recueillis par Farid Rouas.

Crédit Photo : FC Chambly