Coupe de France

Ryad Habbas (Iris Croix) : « Signer dans un club amateur m’a sorti de mon confort »

05/02/2019 à 12:15

Au LOSC, il a fait toutes ses gammes, toute sa formation. Non conservé l'été dernier, Ryad Habbas a fait le choix de rejoindre l'Iris Club de Croix. A 21 ans, l'attaquant ne regrette pas de signer dans ce monde amateur qu'il découvre et qui le fait grandir, alors que, ce soir, en 8e de finale de Coupe de France, il s'apprête à affronter, avec ses coéquipiers, une équipe de Ligue 1, Dijon. Interview d'un homme qui rêve de tremplin.

Vous affrontez une Ligue 1, pour ce 8e de finale de Coupe de France. Est-ce un match particulier ?

Ca dépend des personnes. On sait que c’est un gros match, mais on est à la maison, il faut faire abstraction de cette équipe, de l’enjeu, jouer notre matche à fond pour éviter une pression supplémentaire et déjouer. On doit l’aborder comme on le fait actuellement, être prêt, jouer le foot qu’on pratique actuellement et, peut-être, que ça passera.

Affronter Dijon plutôt que le PSG, c’est une petite déception ?

Au club, tout le monde aurait préféré un gros de Ligue 1, le PSG, Lyon ou Lille, c’est sûr. Ou une équipe d’un niveau inférieur ou égal à nous. C’est le tirage, on ne choisit pas. Il n’y a pas de bon ou de mauvais tirage, ça fait partie du destin. Pour l’instant, on n’a jamais eu un bon tirage, on est passé. On aurait préféré qu’il soit autre, car c’est une équipe de Ligue 1, c’est compliqué. Le point positif, c’est qu’on joue à la maison, c’est quelque chose qui est rassurant, ça peut nous donner une chance en plus.

Que savez-vous de cette équipe ?

Même si elle est mal classée en Ligue 1, ça reste une grosse équipe. Il y a Naïm Sliti (finalement forfait, NDLR), avec qui j’avais fait des matches et des entraînements au LOSC, ils ont de bons attaquants, une défense solide, une très belle équipe. Leurs matches passent facilement à la télé, on a déjà notre petite idée. On a analysé en profondeur.

En tant qu’attaquant, vous regardez davantage les défenseurs ?

Oui, on visionne plus les défenseurs, on essaie de trouver les points faibles, même s’il n’y en a pas beaucoup. On essaie de voir les déplacements qu’on va faire. Il faudra faire un match costaud si la défense est athlétique, ou si elle est technique, jouer avec intelligence. La réflexion est plus là.

Être en huitièmes de finale, qu’est-ce que ça veut dire pour un club comme Croix ?

Ce n’est plus anodin. Se qualifier une fois, on peut mettre ça sur le compte de la chance, le faire trois fois, ça prouve qu’il y a de la qualité dans notre équipe. Croix n’a jamais sorti une Ligue 1, on sait ce qu’il nous reste à faire, si on veut continuer à écrire l’histoire de ce club.

Qu’est-ce qui fait votre force ?

Je pense que notre grosse grosse qualité, c’est la solidarité et la détermination qu’on met à l’intérieur de l’équipe. On n’a pas d’individualité énorme, une personne qui va prendre la balle, dribbler 4-5 joueurs et aller au but, mais c’est notre équipe, notre groupe qui fait qu’on est prêt à tout donner l’un pour l’autre. On ne compte pas nos efforts. On donne tout tous ensemble, c’est ce qu’on nous dit de l’extérieur. On sent de l’énergie dans ce groupe. Dans les duels, dans l’impact, ça y va.

Comment jugez-vous la relation entre Jean Antunes, le manager général, et l’entraîneur, Giuseppe Bianco ?

Ils sont assez complémentaires, ce sont deux personnes différentes. Il y a vraiment un suivi énorme, ils sont derrière nous. On est toujours là dans le travail, ils répètent de ne jamais se relâcher, ce qui est une bonne chose. Ce sont deux personnes ambitieuses. On avait pour objectif d’aller en 32e de finale, c’est dépassé, on est 1er en championnat. Malgré ça, il n’y a aucun relâchement, on nous demande toujours plus d’efforts, et on en a besoin, car il peut y avoir des moments de relâchement. On fait une belle saison, personne ne s’y attendait, ça fait du bien de continuer à travailler si on veut encore vivre de beaux moments comme on en a vécus.

Vous dîtes avoir besoin de les sentir derrière vous tout le temps. Ca veut dire que vous ne pourriez pas être à fond tout le temps sans qu’ils vous le répètent ?

On ne serait pas trop relâché, mais ça arrive, dans des groupes, quand il y a beaucoup de bons résultats, inconsciemment, d’avoir un peu de relâchement, c’est humain. Il n’y a que les plus grands sportfis qui arrivent à ne pas se relâcher, c’est pour ça que ce sont les meilleurs. Ca fait du bien quelqu’un qui rappelle régulièrement de donner plus, de travailler encore et encore et de ne jamais se relâcher.

C’est aussi ce qui explique votre excellent début de saison ?

Oui, c’est ça. Malgré une plutôt bonne première partie, ils étaient toujours là derrière moi. Le moindre match où j’ai raté une action ou un but, ils sont revenus vers moi pour en discuter pour voir comment j’aurais pu réaliser le geste autrement. Ca m’aide à donner le meilleur de moi-même, ils sont exigeants, ils connaissent le très haut niveau. Ca me fait du bien. J’ai besoin d’avoir des personnes qui m’entourent, qui me conseillent, qui veulent que je sois de mieux en mieux au fil des matches.

Vous avez rejoint l’Iris Club de Croix l’été dernier. Pourquoi ce choix ?

Dans un premier temps, je n’ai rien eu de concret au niveau que je souhaitais. J’avais déjà fait deux ans en CFA au LOSC, j’avais pour objectif de jouer plus haut. Ca ne s’est pas fait. Le coach de Croix m’a appelé de suite après avoir appris que j’étais libre. J’avais le choix d’aller à l’étranger, de rejoindre une CFA à côté, ou d’autres possibilités plus loin. Je suis de la région, je connais bien le club, j’ai des amis dans l’équipe. Le choix a été vite fait, car le coach a été un des premiers à m’appeler pour me dire qu’il me voulait absolument. Ce discours m’a plu.

Où auriez-vous pu aller à l’étranger ?

Je ne sais pas si c’était concret, mais j’ai entendu la D1 au Luxembourg, la D1 en Algérie. Ca ne m’intéressait pas trop. Pour le National, ce qui m’a fait défaut, c’est que je sors de trois ans professionnels à Lille, donc il fallait me donner un contrat fédéral. Or, personne n’a pu m’offrir ça dans les clubs avec qui j’étais en discussion. En Ligue 2, même si j’étais dans un centre de formation, c’était compliqué de trouver à ma sortie. J’ai donc pour objectif de faire une grosse saison à Croix. Pour l’instant, j’ai fait un bon début de saison, j’espère que je continuerai avec l’équipe aussi.

Que vous êtes-vous fixé pour la fin d’année ?

Personnellement, je me suis fixé un nombre de buts, mais je n’aime pas en parler (sourires). C’est plutôt personnel. En tout cas, je me suis fixé un objectif clair, faire une grosse saison, avec quelques envies, comme finir meilleur buteur du championnat, pour rebondir à un niveau que je souhaite, c’est-à-dire retrouver le monde pro.

Quel regard portez-vous sur ce milieu amateur que vous avez découvert, en arrivant de Lille ?

Au début, c’était difficile pour moi. Depuis tout petit, j’avais connu le LOSC et le monde pro, donc j’appréhendais énormément. Je pensais que ça allait même mal se passer. Quand on a connu le monde pro et ses structures, ce n’est pas évident, mais j’ai été agréablement surpris, j’ai été bien reçu par l’équipe et le staff. Ils m’ont mis dans de bonnes conditions, j’ai trouvé une ambiance chaleureuse et convivial. Il y a un côté plus familial qu’avec le monde pro. Je suis quelqu’un qui aime bien ce genre d’ambiance. L’intégration s’est bien passée, je ne regrette pas ce choix.

Ca vous a fait du bien d’arriver dans le monde amateur ?

Oui, sur un plan humain et mentalement. Ca m’a sorti du confort que j’avais. J’ai dû me débrouiller à aller chercher certaines choses, et ça se ressent sur le terrain, ça fait évoluer mon jeu. C’est une bonne expérience d’avoir relevé ce challenge.

Vous avez plus envie sur le terrain ?

Oui, j’ai plus de détermination sur le plan mental, je ne lâche pas. J’ai vraiment l’équipe qui m’a transmis le message, c’est le mot d’ordre. J’ai acquis un peu plus de maturité, j’ai pris conscience de certaines choses.

Que vous apporte David Alcibiade, ancien de Nantes et arrivé récemment ?

Il y a une certaine part d’expérience qu’il peut nous amener. Il a fait plusieurs matches en Ligue 1. Là, on va rencontrer une Ligue 1, il peut nous aider là-dessus, nous amener son point de vue, nous conseiller. On sait que c’est différent. Au quotidien, il peut nous amener du sérieux et du professionnalisme. Dans le monde pro, l’exigence est au maximum, c’est une bonne chose pour nous. On est plusieurs à avoir connu ce milieu, ça facilite nos relations, on peut partager nos expériences, ça créé des liens, et ça se retrouve sur le terrain.

En tant qu’ancien du LOSC, vous êtes aussi un leader…

Je ne me suis jamais positionné en tant que leader. Sur le terrain, j’essaie de donner le maximum. J’essaie d’être exemplaire, pour montrer à l’équipe que je suis là pour tirer l’équipe vers le haut. Je veux apporter ma pierre à l’édifice pour qu’on puisse avancer dans ce championnat ou dans la coupe.

Vos prestations ne laissent pas insensibles….

J’essaie de ne pas trop prêter attention à ça, je veux plus me concentrer sur mes performances. Inconsciemment, ça peut jouer sur nos performances, si on y pense trop. J’ai entendu parler, j’ai vu quelques articles. Mais j’essaie de ne pas trop me prendre la tête. Je me dis « n’y prête pas attention, fais tes matches comme tu le fais depuis le début ». Si je me mets la pression dans la tête, je vais déjouer. Je me mets une pression positive, s’ils viennent, c’est qu’il y a de bonnes choses qui ont été faites. Je veux continuer et améliorer mon jeu, puis on verra.

Crédit : Iris Club de Croix