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Santy Ngom, la lumière après les galères

19/12/2017 à 15:58

De la DH à la Ligue 1. De La Suze FC au FC Nantes. Arrivé pour renforcer le groupe réserve, Santy Ngom a rapidement marqué des buts et les esprits. Depuis début novembre, tout s'enchaîne pour le natif du Mans. D'abord une première apparition avec les pros. Puis une prolongation de contrat le 1er décembre. Ensuite une première titularisation en L1. Une trajectoire atypique que retracent ses anciens coaches.

Santy Ngom (24 ans) est arrivé dans l’anonymat à la Jonelière l’été dernier. L’attaquant venait pour renforcer la ligne offensive de l’équipe réserve reléguée en N3. Un pari tenté par les recruteurs du FC Nantes puisque le natif du Mans (7 mars 1993) évoluait à La Suze FC (DH) lors de l’exercice 2016-2017. Un exercice au cours duquel il a planté. Planté encore. A ne plus pouvoir s’arrêter. « Il a marqué trente-six buts toutes compétitions confondues en vingt-et-un matches », livre Eric Chambron, son entraîneur à La Suze-sur-Sarthe. Des statistiques qui ont tapé dans l’œil de l’octuple champion de France. Le buteur a signé un contrat d’un an avant d’attaquer la saison 2017-2018 sur un rythme soutenu avec la formation de Pierre Aristouy. En chiffres : six buts après cinq journées. De quoi voir sa situation évoluer. Attention à l’accélération.

Tout s’accélère en décembre

Le 4 novembre 2017, Santy Ngom découvre de l’intérieur la Ligue 1. Il foule pendant une minute la pelouse de la Beaujoire face à Toulouse. Remplaçant, il le sera encore à Saint-Étienne presque un mois plus tard (3 décembre) mais il rentrera en jeu pour le coup d’envoi de la seconde période. Auteur d’une prestation convaincante, celui qui a prolongé son contrat jusqu’en 2021 le 1er décembre, est aligné dans le onze de départ par Claudio Ranieri sept jours plus tard contre Nice contre qui il dispute soixante-trois minutes. Dimanche dernier, rebelote face à Angers avec soixante-sept minutes passées sur le rectangle vert. Ce ne sont sans doute que les prémices d’une belle aventure pour un joueur à la trajectoire atypique.

Tout a commencé au SO Maine. Régis Beunardeau, actuel coach du Thonon Evian Savoie, se souvient : « Santy et mon fils (Quentin, 3e gardien de but au FC Metz) se sont suivis pendant toute leur formation. Ils sont copains. Santy faisait partie des très bons joueurs. Il était au-dessus du lot en benjamins. Je l’ai eu en tant que joueur pendant sa préformation au MUC72, je l’ai retrouvé en U19 nationaux puis en CFA. Il était puissant, super costaud. Il avait une super couverture de balle, un bon pied gauche. L’accélération n’était pas son registre. »

Parcours au Mans

« J’ai l’ai eu de douze à quatorze ans et je l’ai retrouvé à dix-sept ans, évoque, lui, Stéphane Guédet, ex-éducateur au Mans et désormais coach des U17 nationaux du RC Strasbourg. Ce garçon était au SO Maine avec lequel on avait des rapports privilégiés. Santy est arrivé au Mans en même temps que moi. C’était un gamin très doué. Il mettait but sur but. Il était surclassé. Il avait des grosses qualités. C’était un gaucher, dribbleur, rempli de feintes, de malice. Le gamin qui aime le foot quoi. L’année où il avait l’âge de jouer en quatorze ans fédéraux, je ne l’ai pas fait beaucoup jouer car il avait un déficit de taille. Il avait oublié de grandir cette année-là. Il avait du mal à s’en sortir dans ce championnat. Il gardait son style de jeu, obnubilé par le but, mais n’avait pas de productivité. Il faisait dix pas pendant que les autres en faisaient quinze. Je ne lui ai pas permis d’intégrer le centre de formation tout de suite. Il est resté au club par le biais du sport études. On était soumis à des résultats immédiatement et il y avait aussi du monde à son poste. Santy n’a rien lâché. Il s’est entraîné comme un malade. Il est réapparu en dix-sept ans. Je l’ai retrouvé car j’étais devenu responsable des dix-sept ans nationaux. Il jouait en dix-sept ans DH. Il s’était métamorphosé. Il avait pris des centimètres, il était costaud. Il travaillait chez lui en faisant de la musculation par exemple. C’est Régis Beunardeau qui l’a découvert et l’a récupéré en dix-neuf ans. Après, c’était parti. »

De Guingamp au PSG

« Trois, quatre mois avant le dépôt de bilan du club en octobre 2013, il est parti à Guingamp, poursuit Régis Beunardeau. Santy sortait d’un problème à la cheville qu’on n’arrivait pas à régler à ce moment-là. Jocelyn Gourvennec (entraîneur de l’En Avant à l’époque, NDLR) voulait bien tenter le pari. » La saison suivante (2014-2015), il prend la direction d’un autre centre de formation. Celui du PSG. Il participe à neuf rencontres avec la réserve (CFA) et inscrit un but. Nouveau changement.

« Il n’a pas été conservé par le PSG. Il avait besoin de s’entraîner. Deux de ses meilleurs copains jouaient avec moi, reprend Eric Chambron. Il a fait deux matches de préparation avec nous. En septembre, il est parti faire des essais en Belgique, en Écosse, sans succès. Il est revenu s’entraîner avec nous mais n’a pas signé de licence, car il ne voulait pas se bloquer. En octobre, il a signé en Bulgarie au Levski Sofia mais a été prêté tout de suite dans un autre club de D1. Il ne s’y est pas plu et je crois qu’il ne se sentait pas vraiment en sécurité », confie le technicien qui a retrouvé Santy Ngom en janvier 2016 avant de le compter officiellement dans son effectif quelques mois plus tard.

Retour à La Suze pour jouer

« Il a redemandé à se préparer avec nous. J’ai accepté. Il a pris une licence amateur et a pu débuter en octobre. Il s’est blessé à la mi-novembre au fessier. Il n’a fait que des bouts de matches. Il a bossé pour se soigner », précise Eric Chambron. La suite ? On la connaît désormais. « Avec Nantes, ça a toujours été très clair et très loyal dans les relations. La première fois que Nantes est venu le voir, il avait su qu’un recruteur était là et avait été catastrophique », indique son ex-coach avant de dresser le portrait du numéro trente-trois du FCN : « C’est un joueur qui fait les bons choix devant le but, dans ses déplacements. Il sent le jeu et est très fluide », décrit le coach de La Suze, qui a pu recroiser son maître artificier en début de saison lors d’un déplacement en Coupe de France à Saint-Herblain. « Avec son chapeau, je ne l’avais pas reconnu au départ, sourit-il. Il est revenu nous voir au Poiré-sur-Vie. »

A Amiens demain soir, Santy Ngom pourrait bien connaître une nouvelle titularisation. Ce qui ne manquera pas de faire plaisir à ses anciens éducateurs. « C’est un joueur qui a le mental pour réussir. J’ai vu sa deuxième mi-temps contre Nice. J’ai découvert qu’il était déjà au niveau de la Ligue 1. Je suis très content pour lui », affirme Eric Chambron.

Bosseur

« Il va continuer à progresser, c’est un bosseur, un bourreau de travail, prolonge Stéphane Guédet. Je me suis un peu trompé avec lui. Le potentiel, on a toujours vu qu’il avait. Il y a certainement eu des entraîneurs comme moi qui ont été frileux. Il avait des fois des comportements individualistes qui pouvaient agacer en dix-sept ans. C’est son caractère. Je l’ai vu mettre des buts d’exception mais je l’ai vu aussi oublier son partenaire. »

« En terme d’état d’esprit, c’est un bon gamin, corrobore Denis Zanko, ancien directeur du centre de formation du Mans et actuellement aux manettes de la réserve du Toulouse FC. Il est très élégant, il a une très bonne prise de balle de la poitrine. Il a toujours marqué des buts. Il avait besoin d’un petit peu de temps pour éclore. C’est difficile d’imaginer l’évolution du joueur. Surpris ? Je ne sais pas mais très heureux qu’un gamin comme ça puisse rebondir au très haut niveau. »

Belle histoire

« Je pense qu’il va s’imposer dans le monde professionnel, croit Stéphane Guédet. Avec toutes les galères qu’il a connues, il ne lâchera pas. Il a su saisir sa chance. Son parcours de vie le bonifie. Je suis content parce que ça nous remet en cause. C’est une belle histoire même pour nous les entraîneurs. Ça nous donne la possibilité de dire aux gamins : regardez quand on ne lâche pas ! Aujourd’hui, je suis à Strasbourg. Un gamin de petite taille comme Santy, il ne faut pas l’éliminer tout de suite. Ça me fait réfléchir un peu plus. » Pour que d’autres, comme Santy Ngom, passent de l’ombre à la lumière. 

Charles-Henri Chailloleau (avec Tom Mollaret)

Crédit photo : page Facebook La Suze FC