InterviewSéquence Coach

Sébastien Desabre : « J’aime bien la discipline »

17/05/2018 à 17:31

La Séquence Coach, c’est votre rendez-vous hebdo ! Chaque jeudi, avec notre partenaire My Coach Football, nous partons à la rencontre d’un éducateur, du monde professionnel ou amateur. Toutes les semaines, nous donnons la parole à un coach pour connaître sa vision du football, et surtout, son avis sur le rôle et le rayonnement actuel de l’entraîneur. Philosophie de jeu, formation et coaching français : en toute transparence, ils livrent leur opinion, parfois leur critique.
Aujourd'hui, Sébastien Desabre, passé par le Moyen-Orient, le Maghreb ou l'Afrique Sub-Saharienne raconte l'apprentissage et les difficultés d'un parcours riche.

SON IDENTITÉ DE JEU

Système de jeu préféré : 4-4-2

«4-4-2 avec quatre joueurs à plat, car ça permet une bonne occupation de l’espace, et une bonne relation des paires entre les latéraux et les milieux excentrés. Ca offre également de la densité au niveau de la finition dans la surface. Offensivement, ça amène de la densité et ça permet d’exploiter les couloirs. Défensivement, on peut bien défendre en trois, voire quatre lignes, pour avoir des stratégies de pressing intéressantes pour anticiper les attaques rapides.

Coach français préféré : Christian Gourcuff

« J’aime bien ce que faisait Christian Gourcuff, car il jouait en 4-4-2, et pour l’humilité de la personne. »

Coach étranger préféré : Lucien Favre

« Lucien Favre à Nice. J’ai suivi pas mal de matches. Depuis l’ère Puel, j’ai retrouvé du jeu à Nice. Il a su pérenniser et amplifier ça. C’est une équipe qui joue, plaisante à aller voir. Et puis, j’aime bien ses analyses de match. Quand ce n’est pas bon, il n’hésite pas à le dire. »

Principes de jeu : largeur et déséquilibre

« J’essaye d’avoir un jeu qui utilise la largeur et le déséquilibre de l’équipe. Après, les principes qu’on a, c’est ce qu’on aimerait faire. Mais je travaille pour une sélection, j’ai gagné le premier match de qualifications de la CAN (au Cap-Vert 0-1). On s’adapte à la qualité des joueurs que l’on a et à l’opposition qu’on affronte. On est obligé de faire des résultats de suite. On a peu de temps pour préparer. Je parlerais davantage des principes d’entraînement, des messages qu’on essaye de retrouver en match, quel que soit le plan de jeu utilisé. »

SA VISION DU MÉTIER D’ENTRAÎNEUR

Définissez-vous en tant que coach.

J’ai eu la chance de basculer dans le monde professionnel, après être passé par le monde amateur. Je suis un coach qui amène les valeurs du foot amateurs, en les adaptant. Il faut beaucoup d’abnégation. Il y a des contraintes qui amènent un niveau d’adaptation. J’ai eu l’occasion de travailler avec pas mal de publics d’origine différente. J’aime bien la discipline mais on est dans l’ère du management et de la relation entraîneur-joueurs. Aujourd’hui, les joueurs sont exigeants, alors on est proche du psychologue. Il y a une facette technique et tactique, mais on doit gérer les hommes, notamment en sélection, car ça peut mal se passer dans les clubs.

Qu’est-ce qui vous a surpris à votre arrivée en professionnel ?

L’atmosphère de travail, lié à l’aspect contractuel des joueurs et à leur plan de carrière. On se confronte à des contraintes économiques du club ou des joueurs. Ca n’influe pas sur les choix du moment, mais pour mettre un projet de jeu sur le long terme, ça peut perturber à un moment donné, car on a des joueurs dont on ne sait pas s’ils partent ou pas.

Qu’est-ce qui change entre chaque pays ?

L’approche est différente, car la culture et l’éducation ne sont pas les mêmes. Dans le cadre du foot professionnel, on retrouve les même basiques, les mêmes standards, mais il y a pas mal d’infos à prendre sur les habitudes, les mentalités, pour essayer d’adapter au mieux son management aux réalités du pays.

Vous avez déjà refusé des postes car ça ne vous correspondait pas ?

Oui. Je n’ai pas de projet de carrière particulier. J’ai plus de 250 matches professionnels, dont une cinquantaine de matches de Ligue des champions et deux demi-finales de cette compétition. J’ai voulu prendre une équipe nationale pour développer mes expériences. J’aimerais participer à la prochaine CAN au Cameroun, où j’ai travaillé. J’ai disputé le Chan en janvier avec l’Ouganda.

Vous avez dirigé en Afrique du Nord, au Moyen-Orient et en Afrique noire. Qu’est-ce qui change entre ces zones géographiques ?

Au Moyen-Orient, on va retrouver un niveau de foot moins important que ce que j’ai pu connaitre en Afrique, mais les conditions de travail sont très bonnes. En Afrique du Nord, j’ai connu des joueurs très bons, mais avec une pression populaire qui les rend des fois fragiles sur le plan mental. Dans le Sub-Sahara, c’est autre chose. On est dans du travail avec des joueurs qui ont une grosse motivation, des qualités. Ils ont un projet football-vie, davantage que seulement football. Au final, il y a la satisfaction de voir qu’on a entraîné des joueurs qui n’étaient pas connus, qui étaient des gamins et qui sont en Ligue 1 ou qui vont faire la Coupe du monde, comme Ambroise Oyongo (Montpellier), Jean-Michael Seri (Nice). Il y en a en Egypte, en Tunisie, au Maroc. Savoir qu’on a participé à leur chemin, c’est gratifiant pour un coach.

Comment choisissez-vous des joueurs en Ouganda ?

C’est une équipe qui a participé à la CAN, qui a failli participer à la Coupe du monde, en terminant deuxième derrière l’Egypte. Il y a 6-7 joueurs locaux et une quinzaine qui jouent à l’étranger. Il y en a en Belgique, au Portugal, en Roumanie, en Inde, en Suède, au Danemark, en Angleterre. Ce n’est pas médiatisé en France, mais sur la zone, c’est équipe qui a du potentiel. Il y a 40 millions d’habitants, c’est quatre fois plus que le Portugal. C’est un pays qui vit foot. Il y a beaucoup de soutien, c’est assez populaire ici. La qualification pour la prochaine CAN est importante.

Qu’est ce qui change entre le rôle de sélectionneur et celui d’entraîneur ?

Tout change. Ce n’est pas du tout le même métier, si ce n’est qu’on retrouve les points communs sur l’entraînement. On est plus sur de la gestion, du suivi. En avril, j’étais en voyage en Ecosse, en Angleterre et en Suède. On utilise le logiciel Wyscout pour suivre les joueurs dans les championnats locaux. On n’est pas dans la production quotidienne d’entraînement. On doit être vigilant sur la forme des joueurs. On a beaucoup de contacts avec eux et leurs clubs pour être sûrs que les joueurs soient prêts. On fait beaucoup de matches amicaux. Bientôt, on part jouer au Niger et contre la Centrafrique. La politique de jeu est au moins égale à celle de bien sélectionner les joueurs..

Qu’avez-vous appris au fil des années ?

On est confronté à des problématiques. On en résout tout le temps. On se forge une méthode de travail. J’en ai une qui me permets de m’adapter. Puis il y a la connaissance du foot, l’expérience, le réseau, qui évoluent. Aujourd’hui, au final, on est 5-6 sélectionneurs français.

Quel est le challenge improbable qui vous attire ?

Remonter en première division avec l’AJ Auxerre. J’étais dans le kop, quand il y avait la Coupe d’Europe avec Kovacs.

Quel est votre exercice préféré à l’entraînement ?

C’est un jeu à trois équipes. Ca permet de travailler la transition défensive et le langage du corps. Il y a une équipe qui chasse l’autre. Le jeu dynamique incite à jouer vers l’avant et à changer l’état d’esprit de joueurs qui sont plus dans l’idée de handballeurs ou de basketteurs pour réduire le temps de transition. Des fois, il y a des attitudes latentes qui sont dommages.

Votre avis sur les nouvelles technologies.

On les utilise. On a des analyses de fréquence cardiaque. On utilise le monitoring de GPS en match. Ce sont des indicateurs importantes. Ca permet le calcul de la charge de travail. Ensuite, on a des compte rendu, mais je confronte toujours à mes analyses du terrain. Ca donne des indications dans l’entraînement, mais l’œil et l’expérience doivent être en premiers. Ce sont juste des éléments importants pour confirmer ou infirmer des sentiments qu’on peut avoir sur le jeu.

ET LA FRANCE ?

Votre regard sur les coachs français.

On a du mal à faire confiance à des nouvelles têtes. Quelques postes sont disponibles mais le marché est en train de s’orienter vers des compétences étrangères. Il y a des coaches qui évoluent en Ligue 2 ou en National et qui mériteraient d’avoir leur chance. Aujourd’hui, des coaches en Ligue 1 sont importants, mais des jeunes devraient s’installer.

 

Quel pays forme-t-il le mieux ?

J’ai participé à la formation française. J’ai un diplôme professionnel pour l’Asie, que j’ai faite en un an. J’ai le plus haut diplôme de la CAF (Confédération africaine de football). Pour ce qui est de former, je ne pourrais pas dire. On a une vision de la France à l’étranger qui fait qu’elle forme bien ses coaches, comme en Allemagne. Au Portugal, c’est une autre politique en donnant le diplôme presque facilement. Mais ce sont des effets de mode qui vont avec les résultats de l’équipe nationale. Si la France gagne la Coupe du monde, ça booste. En revanche, la formation française n’a pas donné beaucoup d’accès à des diplômes pour s’expatrier. Ca tourne beaucoup autour des clubs pros, des adjoints, à qui on permet de passer le BEPF, et pas à des amateurs qui veulent devenir pro ou s’expatrier. On devrait s’ouvrir au monde extérieur, car il y a de bonnes choses.

Sa fiche d’identité
Sébastien Desabre, né à Valence le 02/08/1976

Ancien entraîneur à l’ASEC Mimosa (Côte d’Ivoire), à l’ES Tunis (Tunisie) ou au Wydad Casablanca (Maroc)

Actuel sélectionneur de l’Ouganda

Visuel : Actufoot / Crédit : DR