Interview

Sébastien Faure (MDA Foot) : « Oui, j’ai un parcours atypique »

12/01/2019 à 10:48

Champion d'Europe U19 avec Alexandre Lacazette et Clément Grenier, Sébastien Faure a par la suite connu un parcours atypique, l'ayant amené à évoluer aux Glasgow Rangers à MDA Foot. Le défenseur central revient sur sa carrière et évoque le derby contre l'AS Saint-Priest, samedi à 18h.

Quel est l’état d’esprit à MDA Foot avant la reprise ?

On a fini la demi-saison par deux victoires. Ca a fait du bien, contre Fréjus à la dernière minute, et l’Athletico Marseille dans les dernières. On ne partait pas favori après Endoume. Ca a fait du bien d’avoir des vacances avec la famille. Chaque personne est contente d’avoir une pause.

Surtout dans un championnat très serré.

C’est ma 3e année à Chasselay. Chaque fois, on se bat, chaque équipe peut battre l’autre. Sur certains championnats, il y a une ou deux équipes au dessus. Chaque match est difficile pour tout le monde, toutes les semaines, il faut se battre. Une série de deux matches gagnés permet de souffler. Il faut être tout le temps à 115 %. On n’a pas le droit d’être moins bon. Contre Endoume, dans l’investissement, physiquement, certains n’ont pas fait ce qu’il fallait. Sur les derniers matches, on a réussi.

Vous débutez par un derby contre Saint-Priest. C’est plus facile pour se mettre dedans ?

On a la chance de commencer par deux derbies, puisqu’on affronte l’OL juste après. Dès qu’on a repris l’entraînement, le mercredi 2, on avait envie de se projeter sur Saint-Priest. L’aller s’est mal passé, c’était difficile pour nous alors qu’ils étaient dans un état d’euphorie. On aimerait redresser la barre. On reste sur trois victoires d’affilée à domicile, quatre matches sans défaite. On veut continuer à gagner. D’autant que, comme on dit, un derby ne se joue pas, il se gagne. On a perdu le dernier, on avait remporté les deux de l’an passé. C’est un petit tournant, on peut se positionner. Il nous reste 5-6 victoires à obtenir pour le maintien, on aimerait les avoir le plus vite possible pour jouer plus libéré.

Ce sera le premier match de Saint-Priest sans Boubacar Fofana…

Comme l’a dit leur coach, des joueurs comme ça, même s’il peut passer au travers, peut faire beaucoup de mal. Après, c’est un rapport de force entre les équipes. Il y aura un joueur qui aura aussi envie à sa place. C’est un bon joueur, il faut se féliciter que des joueurs de CFA signent pros à cet âge là. Il ne faut pas se focaliser sur ça, ils ont des absences en défense. On va voir ce qu’ils vont proposer, à nous de gagner ce rapport de force entre les deux équipes.

Vous ne pourriez pas viser plus que le maintien ?

Le problème, c’est qu’on avait gagné deux fois en septembre, on s’était replacé après une saison compliquée. On était euphorique, on en prend quatre contre Annecy (2 – 4), et on a vécu quatre matches compliqués. Il faut être réaliste. On veut déjà se maintenir. Si on arrive à avoir les 5-6 victoires le plus rapidement possible, on jouera autre chose. Il ne faut pas se voiler la face, on a gagné 1-0 mais on n’a aucune marge sur nos adversaires. On ne peut pas se permettre de moins en faire. On a quatre prochains matches, dont deux à domicile. Il faut gagner ceux-là, grappiller à l’extérieur et voir où se situe pour vivre une fin saison plus sereinement.

Quel bilan personnel tirez-vous de la première partie de saison ?

Ce qui m’énerve, c’est ces deux rouges pris, alors qu’objectivement, il n’y a pas grand chose. Au final, j’ai raté trois matches. J’ai pris deux jaunes contre Saint-Priest, qui m’a fait rater Lyon. Et j’ai pris un rouge direct contre Annecy, qui m’a coûté trois matches. C’était très sévère. A part ça, je suis  satisfait. Je veux donner le maximum, encourager les petits jeunes, les plus anciens. Je veux tout donner quoi qu’il se passe, être toujours positif, ne rien lâcher, car ce n’est jamais fini. Ce tempérament conquérant, je l’ai toujours eu. Je me sens très bien physiquement. Ca fait presque deux ans que je n’ai pas eu de blessure musculaire, c’est intéressant. J’enchaine les matches, je suis plus performant.

Vous avez connu une carrière incroyable déjà, avec notamment les Glasgow Rangers.

J’ai eu la chance de jouer trois ans là-bas, quand ils sont redescendus en D4. J’ai fait toutes les montées, puis je me suis blessé gravement en fin de contrat. Je suis rentré à Lyon pour me faire soigner. Ça a été une longue absence de 18 mois sans terrain. J’ai rebondi à Chasselay, après avoir connu l’OL, toutes les équipes de France (U17, U18, U19, U20, 44 sélections). Oui, j’ai un parcours atypique.

Ça laisse de bons souvenirs…

Il faut avancer. Des choses que j’ai vécu, peu de gens les ont vécues. J’ai été champion d’Europe des 19 ans avec notamment Griezmann, Grenier et Lacazette, j’ai été vice-champion d’Europe des 17 ans, j’ai connu des choses fantastiques. J’ai fait huit ans à l’OL, où j’ai aussi vécu des choses super. J’ai joué trois ans à Glasgow, avec 50 000 personnes dans Ibrox Park pour notre premier match. Je ne regrette pas du tout, même si j’ai eu un problème au cartilage du genou qui m’a mis out. J’ai mis du temps pour revenir, d’autant que, la première année, je n’ai pas pu enchaîner, j’ai eu quelques pépins. Pour retrouver la forme physique et psychologique, il a fallu deux ans.

Au moment de la blessure, vous n’avez jamais pensé à arrêter ?

Quand je suis rentré d’Ecosse, j’ai eu la chance de m’être marié juste après et d’avoir eu un enfant. Quand je rentrais de soin, je voyais ma fille, je pensais à autre chose. Des fois, c’est vrai, je me suis posé la question, si ça servait d’avoir mal. L’OL m’a donné la chance de reprendre avec la réserve pour me remettre physiquement. Mais j’avais mal au genou, donc je me suis posé la question. Mais je me suis dit, « j’adore le foot, ce serait bête arrêter. » Je suis content d’avoir eu une opportunité à Chasselay. Je m’y plais bien, c’est un club très familial. Je suis de Lyon, j’habite à côté. Maintenant, j’ai 28 ans, j’aimerais faire le plus d’années possible à Chasselay. Je suis très club. J’en ai fait quatre, huit ans à Cailloux , autant à l’OL, trois ans à Glasgow et là trois à Chasselay. Ca se passe plutôt bien, je ne suis pas un mercenaire du foot.

Vous voyez-vous partager vos expériences ?

J’ai vécu beaucoup de choses, des tournois avec les sélections de jeunes, des matches partout dans le monde et l’Europe. Quand on part en Colombie, au Japon, en Israel, en Turquie, au Pérou, c’est vrai que c’est incroyable. Mais, aujourd’hui, ce n’est pas mon objectif premier. Je veux faire ce que j’ai à faire sur le terrain. Tant que ma santé va bien, j’aimerais jouer le plus tard possible. Ensuite, pourquoi pas être éducateur, mais davantage pour les catégories jeunes que les seniors. Ca me plairait. Lors de mes années en tant qu’amateur à Caillou sur Fontaine (devenu le FC Franc Lyonnais), puis à l’OL, j’ai pas mal appris.

Avez-vous des contacts avec vos anciens coéquipiers en équipe de France devenus professionnels, et pour certains, champions du monde ?

Je les vois à la télé. J’ai eu des contacts au début, puis chacun prend son chemin différent. Lacazette, je l’ai revu 3-4 fois. J’ai croisé Grenier sur Lyon. J’ai toujours de bons contacts avec Kolodziejczak, Taffer, Fontaine, mais c’est compliqué de se voir. Griezmann ? Ca fait 4-5 ans que je n’ai plus de nouvelle.

Vous les enviez un petit peu ?

Non, je ne suis pas envieux. C’est tant mieux pour eux. Ils ont du talent, mais ils ont travaillé. Je ne peux pas être envieux, il faut regarder ce qu’on a fait chacun, et puis, j’ai vécu tellement de choses avec eux que je ne peux pas être jaloux.

Croyez-vous toujours au haut niveau ?

J’ai 28 ans, je suis dans un club amateur et défenseur. Je suis chez moi, ça se passe bien. J’espère monter en National avec MDA, mais je ne vais pas dire que je pense à une carrière pro. On fait ce qu’on a à faire, il faut faire le maximum, se donner à fond. Le monde amateur est très compliqué. Les joueurs sont d’anciens pros. Il y a un bon niveau. On verra au jour le jour.

Crédit : MDA Foot