EnquêteCollèges et lycées

Sections sportives : pourquoi il faut les défendre !

24/04/2019 à 17:15

Créées dans les années 70, les premières sections foot, qu'on appelait sport-études, sont aujourd'hui devenues, pour tous ceux qui ne sont pas pris dans les centres de formation ou les pôles espoirs, les seules alternatives crédibles pour poursuivre un double projet, footballistique et scolaire, et ne pas abandonner l'ambition de jouer au meilleur niveau possible... sans négliger ses études. Ce qui, en France, s'apparente souvent à un vrai exploit. Etat des lieux.

Cette année, en France, 677 collèges abritaient des sections foot premier cycle (6ème-3ème), pour 188 sections second cycle (2nde-terminale) dans les lycées. Héritages des premiers sport-études qui avaient accompagné la montée en puissance du sport à l’école il y a une cinquantaine d’années, comme une prise de conscience tardive, mais salutaire, des effets bénéfiques du sport sur l’éducation de nos enfants, attirés ou pas par la compétition, les sections sportives scolaires perpétuent cette notion de double projet qui  a encore bien du mal à exister dans notre pays. Quand la culture anglo-saxone a depuis longtemps intégré la nécessité de nourrir avec la même exigence corps et esprit, la France semble s’étonner, s’émerveiller presque, chaque fois que sont mis en valeur des profils d’individus capables de poursuivre à la fois sport et études de haut niveau. Quand le sport est un plus, un vrai atout, dans les parcours scolaire et universitaire d’un étudiant américain, il devient vite un handicap pour son homologue français, obligé de choisir, soit l’un, soit l’autre. Heureusement, avant d’obtenir son bac, il aura eu la possibilité de pousser l’incongruité (!) du double projet au moins au sein du collège, au mieux jusqu’au lycée grâce aux sections sportives qui « s’inscrivent dans la valorisation du sport à l’école et des parcours du sportif Paris 2024, nous dit Stéphane Audard (frère aîné de l’ancien gardien emblématique du FC Lorient), lui même ancien élève de ces sections qui a ensuite été à l’origine, sur Toulouse, de la création d’une section premier cycle sur un collège de quartier, puis second cycle sur le lycée Déodat de Séverac, avec qui il rentre des championnats du monde en Serbie (voir interview ci-joint). Il existe prés de 1000 sections sportives sur le territoire français avec un plan de développement cohérent sous l’impulsion de la FFF et de José Alcocer, DTN chargé du football scolaire. »

4 séances par semaine, entraînements avant 18h, DES et spécifique gardien obligatoires…

Classes locales à horaires aménagés, sections sportives scolaires reconnues par le rectorat pour les collèges, structures mises en place par la fédération ou les clubs et les sections sportives Excellence agrées par l’Education nationale et la FFF qui participent au challenge Jean Leroy, championnat de France des sport-études, pour les lycées, d’une région à l’autre, les disparités sont importantes « puisque les sections sont aidées de manière différente selon les ligues et les rectorats, poursuit M. Audard. Il existe des aides financières établies selon un cahier des charges précis. Pour le lycée comme Déodat de Séverac, il est obligatoire de proposer quatre séances par semaine, entrainement avant 18h, DES pour l’encadrement, spécifique gardien obligatoire, terrain à proximité, tenue identique pour les joueurs etc… »

« Il y a autant de sections que de projets sportifs et de spécificités locales différentes, poursuit Cyril Coupy, le responsable de la section foot du lycée Daguin Dassault de Mérignac, près de Bordeaux, un autre enfant du sport-études qui a lui aussi bâti le socle de sa vie sportive et scolaire, puis professionnelle, autour du même concept. Certaines sections sont des supports de clubs, d’autres ont des vocations plus régionales avec des joueurs qui sont issus d’une dizaine de clubs répartis en ce qui nous concerne sur l’ensemble de la ligue Nouvelle Aquitaine. »

Des clubs qui jouent le jeu… ou pas !

Le lycée Daguin de Mérignac et son responsable, Cyril Coupy (debout à l’extrême gauche).

Très ouvertes et accessibles, même aux joueurs qui n’évolueraient pas forcément au meilleur niveau de leur catégorie, les sections sportives premier cycle ont d’abord vocation à donner le goût de l’effort, l’envie de faire plus de sport, d’apprendre à organiser son emploi du temps, à puiser dans la pratique sportive des valeurs pour la vie. La sélection est plus rude en second cycle où le rythme des études et des entraînements augmente et ne peut concerner que les plus motivés, souvent ceux qui n’ont pas été retenus par un centre de formation, ou le pôle fédéral espoir de pré-formation de leur région. Les enjeux sportifs y sont forcément plus importants, notamment pour les clubs qui doivent accepter l’idée de laisser leurs joueurs à disposition de la section en semaine. Pour ceux qui ne comprennent pas que la formation des jeunes ne se limite pas aux contours d’un championnat national ou fédéral, mais a tout à gagner à accumuler les expériences les plus diverses, surtout lorsqu’elles valorisent les résultats scolaires, cette réalité est parfois difficile à accepter. Pourtant, entre 12 et 18 ans, il n’y a plus à prouver depuis longtemps que la complémentarité des apprentissages est une source de progression bien plus sure que la seule valorisation acquise à travers les résultats et la compétition, aussi prestigieuse soit-elle… pour les clubs et leurs éducateurs. Dans ce contexte, la tâche des responsables de sections n’est pas toujours évidente. Elle leur impose de prendre ce recul nécessaire que ne sont pas capables ou ne veulent pas prendre les responsables des clubs trop obnubilés par le court terme. « Il doit exister un réel continium sportif entre les sections du collège et du lycée où la notion de formation prend tout son sens mais également avec les clubs pour permettre le développement du football dans une région, une ligue, un département, une ville, un club, insiste depuis Toulouse, Stéphane Audard. Il faut avoir une réelle vision globale et à long terme. Le travail dans les sections sportives doit permettre le développement du football régional à tous les étages en donnant une approche rigoureuse de la pratique du football sur le plan technique et tactique mais aussi au niveau de la préparation athlétique. » Déconnectée des résultats et des classements, mais pour autant pas moins exigeante dans l’approche des matchs, leur préparation, leur gestion, la récupération, la transition entre la vie sportive et la vie scolaire, la formation reçue par les élèves des sections doit leur permettre de revenir plus fort dans leur club le week-end. « Et ça se passe plutôt bien de notre côté, nous dit depuis Bordeaux Cyril Coupy, dans la mesure aussi où nous avons une histoire de 45 ans. Car à la base, avant qu’ils créent leur centre de formation, la structure était une succursale des Girondins de Bordeaux. Elle est devenue régionale à partir de 2004 et, depuis, les clubs respectent notre travail et rares sont ceux qui demandent à leurs joueurs de choisir. Forcément, ça passe par beaucoup de dialogue, d’échanges, pour communiquer notre planification d’entraînements, pour informer les clubs et les éducateurs du travail effectué par leurs joueurs. » Et de leur comportement aussi, ce qui, par les temps qui courent, n’est pas négligeable quand trop d’éducateurs de clubs ont tendance à les négliger. A ce niveau, les sections foot sont de vrais sanctuaires à l’intérieur desquels tout dérapage est interdit. Car, si dans la sélection, les aptitudes sportives sont évidemment importantes, elles n’ont pas vocation à prendre le pas sur les résultats scolaires et les attitudes en classe et en internat. « Depuis quatre ou cinq ans, nous insistons davantage sur l’aspect comportemental et scolaire, nous dit Cyril Coupy, et nous ne parlons plus de double projet, mais de triple projet ; sportif, scolaire et citoyen. » Avec Stéphane Audard, très marqué par ses années d’élève au collège de Salies du Salat, pionnier pour concilier sport et études, dans le sillage de l’incomparable Robert Keuleyan, l’éducateur bordelais sait ce qu’il doit aux sections sportives, et à Gérard Rabier qui fut son « maître » au lycée Rive Gauche du Mirail à Toulouse : sa construction en tant qu’homme.

Du double… au triple projet !

En Serbie, les Toulousains de Déodat ont fait honneur aux valeurs défendues dans les sections sportives françaises.

Reste désormais à consolider, à convaincre… pour pérenniser des structures qui ont largement fait leurs preuves depuis des décennies mais qui ne bénéficient pas encore d’une importante visibilité. Comme le regrette Stéphane Audard : « Le rectorat peut proposer des heures d’enseignement ou des indemnités missions particulières (IMP) pour le fonctionnement de la structure ; la plupart du temps les moyens sont pris sur la dotation globale horaire (DGH) de l’établissement et sont remis en cause tous les ans. Il existe une inadéquation entre la volonté de valorisation des parcours sportifs des élèves et la réalité du terrain. » Dans un pays où la culture sportive n’est pas ancrée dans les mentalités, encore moins dans les cursus scolaire et universitaire, les sections foot font de la résistance et sont souvent victimes de préjugés d’un autre âge de la part notamment d’un corps enseignant frileux qui ne joue pas toujours le jeu du double (triple) projet. « On doit encore travailler pour renverser cette image qu’ont nos collègues enseignants des footeux à travers la représentation qu’ils se font du haut niveau. Et au delà, évidemment, c’est la place du sport dans l’éducation nationale qui est en jeu », termine un Cyril Coupy conscient que les sections sportives reposent davantage sur la motivation et l’énergie de quelques éducateurs convaincus mais esseulés que sur une idée acceptée par tous et qui part du principe que l’épanouissement d’un enfant passe autant par sa réussite sportive que par ses résultats scolaires.

F.D.


Le lycée Déodat de Séverac, champion de France, représentait la France aux derniers mondiaux de Belgrade.

De retour des championnats du monde en  Serbie…

Stéphane Audard (Déodat de Séverac) : « Une aventure humaine et sportive exceptionnelle »

Champions de France avec la section foot second cycle du lycée Déodat de Séverac, à Toulouse, Stéphane Audard a accompagné ses élèves footballeurs aux championnats du monde ISF de Belgrade le mois dernier. En terminant 10èmes, les Toulousains ont validé le travail d’une section qui n’existe que depuis trois ans mais qui est déjà devenue une référence.

Stéphane, pourquoi avoir créé une section sportive au lycée Déodat de Séverac il y a trois ans ?

Il était important d’établir un équilibre dans le territoire de la nouvelle ligue avec Rodez et Béziers. Avoir une section à Toulouse permet de répondre à la forte demande des clubs de Midi Pyrénées et des sections de collèges, d’assurer une continuité avec le pôle Espoirs de Castelmaurou et de permettre aux élèves du centre de formation du TFC qui ne sont pas conservés de poursuivre leur parcours sportif. C’était aussi un moyen de relancer la section sport-études du Mirail créée par Gérard Rabier et qui a formé de nombreuses générations de bons joueurs professionnels et amateurs dans les années 80 et 90.

Comment est perçue la section sportive dans l’établissement ?

La section permet de faire un pôle d’excellence autour de l’EPS et de créer une véritable dynamique de l’Association sportive avec prés de 400 licenciés UNSS ce qui est exceptionnel. Les élèves du lycée Déodat de Séverac se sont qualifiés pour trois championnats de France cette année.  Les professeurs d’autres matières sont associés à la section pour créer des dynamiques de classe et  permettre la réussite scolaire et sportive puisque certains participent à la commission scolaire et aux tests d’entrée. Nous avons plus de cent dossiers scolaires et nous ne retenons qu’une cinquante de candidatures scolaires exemplaires. Ensuite, les tests sportifs permettent de retenir une dizaine de joueurs de qualité.

Vous avez aussi créé une section arbitrage, comment est-elle intégrée dans la structure ?

Notre grande réussite est d’avoir intégré la section arbitrage à part entière avec l’étroite collaboration de Pierre Gaillouste, CTRA, de Christophe Mouysset, professeur au lycée et arbitre assistant de Ligue 1 et parrain de la section arbitrage, ainsi que des différents intervenants comme Olivier Ledoux, Cédric Dutour et Yohan Cavaillès. Tous les arbitres ont obtenu la certification nationale UNSS, deux sont candidats JAF et nous avons de nombreuses candidatures pour cette nouvelle année.

« La réforme du bac et les orientations ministérielles laissent planer quelques incertitudes sur le fonctionnement de la structure. »

Stéphane Audard (à gauche), a créé une section second cycle après avoir dirigé une section premier cycle.

Que représente une qualification pour les championnats du monde pour une structure comme la vôtre ?

C’est le fruit du travail réalisé depuis quatre années par l’ensemble des intervenants, notamment Jérémy Moreau, responsable des gardiens, avec une participation à des phases nationales tous les ans et au deuxième tour du challenge Leroy ces deux dernières années où les élèves ont pu acquérir l’expérience nécessaire à la réussite. La force collective de ce groupe reflète les exigences autour de la vie de groupe et des relations personnelles mais aussi l’investissement du groupe au quotidien. La participation aux championnats du monde ISF est une aventure humaine et sportive exceptionnelle. Les élèves de la section ont prouvé qu’ils étaient largement au niveau en étant proches d’une qualification pour les quarts de finale. Ils garderont des souvenirs inoubliables comme la visite du stade Marakana de l’Etoile Rouge de Belgrade avec un supporter local ou le match Serbie-Brésil dans la Stark Arena de Belgrade ou les débriefings dans les salons de l’hôtel de luxe. Je suis heureux de leur progression sportive mais aussi de leur épanouissement personnel.

Quelle visibilité avez-vous sur l’avenir et les perspectives ?

La réforme du bac et les orientations ministérielles laissent planer quelques incertitudes sur le fonctionnement de la structure. Toutefois, le soutien de l’ensemble de nos partenaires institutionnels et les clubs ainsi que les excellents résultats nous permettent d’envisager un avenir plein de promesses en continuant de garder à l’esprit la volonté de travailler et de grandir.

Propos recueillis par F.D.