HistoireClub

Sedan, la bataille des Ardennes

02/03/2018 à 19:16

Deux fois vainqueur de la coupe de France, trois fois finaliste, le club sedanais qui a même goûté à la feu coupe de l'UEFA en 2001-2002 a vécu des périodes fastes et traversé des galères au cours de sa riche existence. Depuis 2013, le CSSA a glissé dans la hiérarchie. Après une liquidation judiciaire le menant en CFA2, il se reconstruit en ayant en ligne de mire la remontée en National.

Des hauts, des bas, des hauts, des bas… Du monde amateur au monde professionnel et vice versa. Que ce soit sous l’appellation Union Athlétique Sedan-Torcy (1919-1966), Racing Club de Paris-Sedan (1966-1970) – « Paris dont le Racing Club stagne en Deuxième division propose, moyennant finances, de retrouver sa gloire passée en se mariant à l’UAST […] une fusion fantaisiste puisque tous les matches à domicile se dérouleront au stade Albeau », mentionne le site officiel cssedan-ardennes.com – Club Sportif Sedan Mouzon Ardennes (1970-1976) ou Club Sportif Sedan-Ardennes (depuis 1976), le club de football sedanais a alterné (et alterne) les moments épiques et les moments de galère au fur et à mesure des décennies. La principale raison de ce parcours digne des montagnes russes s’explique par la difficulté de conserver des finances pérennes. Le foot à Sedan n’a donc rien d’un long fleuve tranquille. Pourtant le club sedanais a marqué une ville, une région et même l’Hexagone en remportant deux fois la coupe de France (1956, 1961), échouant aussi trois fois en finale (1965, 1999, 2005), en terminant sur le podium du championnat de France (3e en 1963 et 1970) et plus récemment en allant chercher une qualification pour la feue coupe de l’UEFA devenue Ligue Europa grâce à une somptueuse cinquième place obtenue lors de l’exercice 2000-2001.

« Je dois énormément de choses à ce club »

Le point culminant est atteint pour une génération dorée composée de « revanchards », qualifie Olivier Quint, sedanais entre 1996 et 2001. « On avait tous le même profil. On avait tous connu des galères et on avait tous quelque chose à prouver. C’était pratiquement la dernière chance pour la plupart d’entre nous. Tous les week-ends, on avait faim et on le démontrait. On n’a pas quitté cet état d’esprit sur les deux montées successives (D2 en 1998, D1 en 1999) et encore moins en Ligue 1 parce qu’on savourait notre bonheur », se souvient l’ancien milieu de terrain désormais entraîneur de l’AC Chapelain, club de ligue situé dans l’agglomération nantaise. « Pour retrouver des générations comme ça, c’est effectivement très compliqué », reprend celui qui formait un quatuor redoutable avec Pius N’Diefi, Cédric Mionnet et Pierre Deblock. « J’ai signé pour me relancer car je sortais de deux saisons galères avec deux dépôts de bilan (à Rouen puis Epernay) et parce que j’avais songé à arrêter. Je ne voyais pas plus loin que la fin de la saison. » La suite ? Une place aux trophées UNFP parmi les quatre meilleurs joueurs de D1 pour la saison 2000-2001, un départ pour le FC Nantes qualifié pour la Ligue des champions et en point d’orgue une joute passée dans la légende des Canaris face à Manchester United ! « Je dois énormément de choses à ce club et aux différents entraîneurs que j’ai pu côtoyer (Bruno Metsu, Patrick Remy et Alex Dupont). »

De la Ligue 2 au CFA2

Revenu en 1999 dans le championnat phare du foot français après un quart de siècle d’absence, le CSSA le quitte en 2003. Puis le retrouve en 2006. Avant de refaire la bascule en Ligue 2 un an plus tard. Le club du président Pascal Urano manque plusieurs fois l’occasion de se hisser à nouveau au sein de l’élite. Pis : il est placé en redressement judiciaire puis en liquidation judiciaire au terme de l’exercice 2012-2013 terminé en dix-neuvième position mais aussi par une finale de coupe Gambardella (perdue face à Bordeaux). « Même si c’est une terre de foot, il faut avoir des moyens financiers, rebondit Olivier Quint qui continue de suivre, à distance, l’évolution du club des Ardennes. Et quand vous n’avez pas un président comme Pascal Urano qui met de sa poche, c’est compliqué que le club tienne. Le club s’est cassé un petit peu la figure et c’est bien dommage mais c’était inéluctable quelque part. » Pascal Urano après un mandat de 19 ans s’en va. Les frères Marc et Gilles Dubois, purs ardennais, arrivent aux affaires en août 2013 alors que l’équipe fanion redémarre en CFA2. CFA puis National en deux ans : la remontée est en marche sous la houlette du technicien Farid Fouzari finalement démis de ses fonctions en décembre 2015. S’en suit un intérim puis l’arrivée de l’illustre Roger Lemerre, ancien joueur sedanais, pour six mois. L’épisode saoudien fait aussi couler beaucoup d’encre. « La cession de 40% des actions avait été signée en décembre et, fin mai, le prince nous a dit qu’il ne mettrait pas un centime dans le club. Ce revirement reste une énigme absolue », déclarait Marc Dubois à l’AFP en octobre 2016. Maintenus en National, les Vert et Rouge quitteront finalement le troisième échelon en mai 2017. En octobre, Gilles Dubois laisse seul son frère aux manettes à la suite d’un différend.

Reconstruction

« Quand je suis arrivé (fin novembre 2016), le club était dans une situation difficile au classement puisqu’on avait neuf ou dix points en quatorze journées, rappelle le coach Nicolas Usaï (ex-Marseille Consolat), successeur de Colbert Marlot. Il a fallu recréer un groupe pendant le mercato d’hiver. On a recruté douze joueurs. D’autres ont quitté le club. Il a fallu faire une saison en une demi-saison. Malheureusement on a réussi à sortir de la zone de relégation à deux journées de la fin mais on a perdu le dernier match contre Avranches. » Retour à la case N2 et non plus CFA. « Il y a encore eu une coupe budgétaire au niveau de la masse salariale de l’équipe première donc on a encore perdu pas mal de joueurs. Il a fallu modifier le groupe à 70% », poursuit le technicien qui s’est vu confier l’objectif de retrouver le National. « Le combat va être rude jusqu’à la fin », sait le coach épaulé par Madjid Adjaoud, son adjoint – « quelqu’un de confiance avec qui j’ai grandi à Marseille et joué à Istres » – revenu à Sedan après en avoir porté le maillot de 1998 à 2002. Sedan occupe la pole position dans le groupe C après 19 matches disputés. « On est dans une phase de reconstruction. On doit être un des plus jeunes de groupe », précise Nicolas Usaï dont le contrat prendra fin au terme de la saison. Hormis l’expérimenté international nigérian John Utaka (36 ans, ex-Stade Rennais FC, RC Lens, Montpellier HSC…) aucun joueur n’affiche la trentaine.

Pari sur la jeunesse

Pour rebondir, le club, qui jouit de bonnes installations avec le stade Louis-Dugauguez (24 389 places assises, véritable écrin pour un pensionnaire de N2) et le château de Montvillers, joue la carte jeune. « On a rouvert en juillet le centre non pas de formation car on n’a pas d’agrément mais de vie où une trentaine de jeunes sont hébergés toute l’année, souligne Nicolas Usaï. Dans le groupe de l’équipe première, il y a dix joueurs hébergés ici. Les joueurs sont scolarisés. On a signé des conventions avec des établissements scolaires. » « On a rouvert l’ancien centre de formation sous forme d’académie privée. Ce sont les parents qui payent une partie des frais pour leurs enfants, détaille Julien Fernandez, directeur sportif du CSSA. La formation a toujours été dans les gènes du club de Sedan. Ça a été fait de manière très, très détaillée pour que ça coûte le moins possible. Ce n’est pas la même organisation qu’un club professionnel mais chaque année l’objectif va être de peaufiner la formation pour arriver à quelque chose de très cohérent et élitiste. »

Retrouver le monde pro

Dans une région touchée de plein fouet par les difficultés économiques, trouver des partenaires est loin d’être aisé. « Les Ardennes est l’un des départements les plus touchés au niveau national par la crise économique, rappelle le chargé du recrutement et conseiller du président. Sedan est connu grâce à son football essentiellement. On travaille pour avoir de bons résultats sans mettre le club en péril au niveau financier car le nerf de la guerre c’est l’argent. Remonter directement en National ? C’est vraiment très important pour le club sportivement et financièrement. Après si on ne remonte pas dès cette année, le club ne va pas mourir. Le National donne droit à de meilleurs revenus (quote-part de droits TV), du marketing, du sponsoring, de la visibilité par rapport au National 2 mais c’est aussi un championnat semi-professionnel où tu as tous les inconvénients du monde professionnel sans les avantages. On a l’ambition de retrouver le monde pro le plus tôt possible. Après il faut rester lucide. On n’est pas le seul club dans ce cas. Il faut déjà revenir en National et il n’y a qu’une montée. »

Étape après étape. Après tout ce qu’il a traversé, le club sedanais veut se redonner des bases solides afin de pouvoir remporter une nouvelle bataille dans les Ardennes.

Charles-Henri Chailloleau

Le chiffre

29 : comme le numéro du maillot retiré en mémoire de David Di Tommaso, défenseur du CSSA entre 2000 et 2004, décédé le 29 novembre 2005 à 26 ans.

Le top 5 des meilleurs buteurs

  1. Claude Breny 149 buts (1953 et 1966)
  2. Mohamed Salem 105 buts (1960-1964 et 1967-1972)
  3. Célestin Oliver 101 buts (1953-1958)
  4. Michel Lefèbvre 72 buts (1954-1960)
  5. Serge Dellamore 65 buts (1967-1973)

Quelques joueurs emblématiques

Gardiens de but : René Charrier, Nicolas Sachy

Défenseurs : Luis Satorra, Roger Lemerre, Nadir Belhadj, Max Fulgenzy, Maryan Synakowski

Milieux de terrain : Michel Cardoni, Pierrick Deblock, Michel Lefèbvre, Modeste M’Bami, Olivier Quint

Attaquants : Claude Breny, Serge Dellamore, Cédric Mionnet, Pius N’Diefi, Mohamed Salem

Les entraîneurs emblématiques

Louis Dugauguez (1948-1963 puis 1964-1974), Patrick Remy (1998-2000), Alex Dupont (2000-2001)

Sources : CS Sedan Ardennes, Eurosport, Football The Story