PortraitLes Herbiers

Stéphane Masala, le temps de la lumière

17/04/2018 à 9:23

Natif de Nantes, Stéphane Masala s'est construit en Champagne-Ardennes avant de finir sa carrière de joueur dans sa région d'origine. A 41 ans, c'est en tant qu'entraîneur principal des Herbiers qu'il va prendre place sur le banc du stade de la Beaujoire, pour la demi-finale de Coupe de France, face à Chambly. Un moment de rêve que le technicien s'est offert, avec, non loin de lui, l'ombre d'un homme.

Ce mardi soir, au moment de s’engouffrer dans les couloirs d’un stade de la Beaujoire qu’il va occuper pour la deuxième fois en tant qu’entraîneur recevant, Stéphane Masala va penser à beaucoup de monde. A commencer, peut-être, par celui sans qui l’aventure n’aurait jamais commencé. Sans qui ce match contre Chambly, en demi-finale de Coupe de France, n’aurait probablement jamais eu lieu. Petit retour en arrière.

Deux mois sans défaite

Le 16 janvier au matin, le club des Herbiers prend une décision radicale. Il se sépare de Frédéric Reculeau, son entraîneur principal depuis dix-huit mois et confie « dans l’immédiat » le fonctionnement de l’équipe de National à Stéphane Masala, le fidèle adjoint. L’intérim ne doit durer que deux matches, un déplacement en championnat à Lyon La Duchère et un autre en Coupe de France à Saint-Lô. A l’époque, l’ancien joueur de Troyes et de Reims n’a pas d’expérience en tant que numéro 1. « Ça a été un choc quand Fred n’a pas été gardé », souffle trois mois après Masala. Mais, à 41 ans, il n’a pas de temps à perdre. Son équipe est mal en point. « On est le lundi, il y a un match le vendredi. On est dans l’urgence. On essaye de préparer les gars. Le match à La Duchère se passe bien et de suite, il y a une rencontre de Coupe de France capitale. Je n’ai pas le temps de réfléchir. Ça permet de ne pas être distrait par d’autres paramètres », se souvient-il. Une nouvelle victoire, un nul et deux qualifications en Coupe de France plus tard, le technicien est confirmé en poste jusqu’à la fin de la saison. « On se dit alors que le plus dur reste à faire. Quand c’est un dépannage, on essaie de faire au mieux. La mission devient de maintenir l’équipe, on a des responsabilités. D’autant que le club paye une amende. » Car le natif de Nantes n’a pas le Diplôme d’Entraîneur de Football (DEF), nécessaire pour coacher en National. « Le club m’a fait confiance. Ils n’ont pas été chercher quelqu’un. Mais ce n’est pas une fierté, car la mission est confiée sur un échec. Fred (Reculeau) me donnait beaucoup de possibilités de m’exprimer », rappelle le technicien.

La remontée au classement, la longue série d’invincibilité, stoppée le 23 mars, et la demi-finale de Coupe de France à venir contre Chambly, ont désormais construit le début de carrière de Stéphane Masala. Mais il aurait sans aucun doute préféré partager ces succès avec Frédéric Reculeau. « Notre binôme reste un échec. Je n’ai pas un sentiment de culpabilité. Mais effectivement, j’ai une pensée quotidienne pour lui. Ça aurait été plus fort d’être avec lui et plus logique. On a démarré ensemble, c’est pour être ensemble », retient-il, avant d’évoquer les débuts du duo, à Luçon. « Ma rencontre avec Fred a changé beaucoup de choses. Il était un jeune entraîneur. Moi, j’arrivais. Son père était président et voulait monter, Fred voulait un capitaine. Notre relation s’est construite avec le temps. Il aimait ma rigueur, ma discipline. J’aimais sa façon de voir le foot. Il aime foncièrement le foot, dans l’activité même. On ne parlait pas de résultats. Des coaches sont des gagneurs, d’autres aiment mettre en place des stratégies, lui, ce qu’il aime c’est que le joueur touche le ballon. » Au bout de 11 ans et demi à ses côtés, dont huit comme joueur, Stéphane Masala a appris le métier d’entraîneur. Avec minutie. Alors, la séparation a été douloureuse. « Il n’a pas très bien vécu la séparation. C’est compliqué à vivre. Depuis qu’il était entraîneur, il a toujours été avec Fred, jamais seul. Il faut le gérer, mais pour ça, je ne me fais pas de soucis. Je pense que c’est plus sur le plan humain. Stéphane, c’est la fidélité, l’honnêteté, la droiture », résume Franck Chalençon. « Il avait décidé de démissionner en même temps que Fred. Mais le président lui a dit reste. Avec le recul, il aurait eu tort de partir. Il vit quelque chose. C’est une expérience qui lui servira. »

A Troyes, le temps des copains

Le Nantais va pouvoir s’appuyer dessus, ce mardi soir, pour tenter de faire tomber Chambly et rejoindre le Stade de France. La fin d’une longue route qu’il a appris à construire, pierre par pierre, en Champagne-Ardennes. D’abord à Reims, où ses parents se sont installés quand il était enfant. Là, il répète ses gammes et montre ses qualités, malgré un gabarit trop petit. « C’était un leader dans l’âme. Il aimait décider. Il avait la faculté d’amener les autres avec lui », se souvient Chalençon, l’ami de toujours, qui gère aujourd’hui les U19 Nationaux du Stade de Reims. « Techniquement, il était bon, il avait un gros mental, que son déficit athlétique a servi à développer. Il a toujours été celui qui travaillait le plus, que ce soit sur le plan technique ou physique. A l’inverse de moi, qui étais plus faignant. » A l’ES Sainte-Anne, qui a vu passer un certain Robert Pirès, Stéphane Masala grandit. Avant de prendre la direction du prestigieux voisin, le Stade de Reims, de la 6e à ses 20 ans, quand le club dépose le bilan, en 1993.

Ce sera direction Troyes, seul, dans un premier temps. Pas longtemps. A l’Estac, il vit quatre ans entre la réserve et les pros, quand il ne prépare pas un Deug d’Eco. « J’ai vu le club grandir, autour d’Alain Perrin », raconte-t-il. Mais, dans la cité auboise, il va surtout croiser deux hommes qui vont devenir des piliers de son parcours footballistique. « J’étais parti à Beauvais. Comme Troyes se professionnalisait, je l’ai rejoint. Franck Lorenzetti, l’un des entraîneurs du club était intéressé par mon profil. C’est là qu’on a rencontré Helder Esteves (actuel entraîneur du FC Annecy en N2) », présente Chalençon. Des rencontres avec des personnes devenues « plus que des amis ». Esteves se souvient. « On a fini notre formation ensemble à Troyes. C’est comme un frère. On a de suite accroché. On a vécu beaucoup de moments ensemble, il fait partie de la famille. On a eu des moments de travail difficiles, avec des séances à deux, où on s’entraînait ensemble. On vivait foot. On mangeait ensemble. On était inséparable, toujours les uns chez les autres. Aujourd’hui, c’est une amitié jamais contrariée qui a perduré dans le temps. On s’appelle quatre fois par semaine, je suis le parrain de sa fille. »

Le monde professionnel si près si loin

Avec Franck Lorenzetti, l’histoire a duré. Dans le temps et à travers la France. Celui qui est désormais retiré du monde du football a retrouvé trois fois Stéphane Masala. « A Troyes, quand j’étais entraîneur de la réserve de l’ESTAC, à Reims, comme professeur au STAPS et à Chalons, où j’étais devenu coach », détaille l’ex-technicien. Avec toujours le même plaisir. « Tout ce que faisait Stéphane, c’était avec l’idée de voir quel rôle il pouvait tenir pour l’ensemble des joueurs. Il réfléchit beaucoup, il appréciait beaucoup le travail préparatoire la semaine qui précédait le match. Pour certains ce qui compte, c’est la compétition, lui prenait autant de plaisir à l’entraînement qu’au match. C’était très agréable de travailler avec ce genre de joueur », retient Lorenzetti. « Humainement, c’était toujours un garçon charmant, très loyal. Ça n’a jamais été quelqu’un qui a cherché à attirer la couverture sur lui. Quoiqu’il puisse faire, il le faisait avec une réflexion par rapport au collectif. »

Ce n’est donc pas illogique que ce soit à Chalons qu’il débute son parcours comme adjoint. C’est de là qu’il va vivre aussi les Universidades de Pékin, en 2001, « une fabuleuse aventure », alors qu’il obtient une maîtrise de STAPS. Après son séjour à Chalons, avec Franck Lorenzetti, qui « maîtrisait le foot et ce qui touche à l’entraînement », Stéphane Masala se rend à Orléans, deux ans. Avant de signer à Luçon. Sans jamais passer, donc, par le monde professionnel qu’il n’a côtoyé qu’à l’entraînement. « Avec le recul, il m’a manqué beaucoup de choses. Lesquelles ? Je pense le gabarit athlétique, la technique, la compréhension du jeu que j’ai compris sur le tard », admet l’ancien milieu de terrain. A défaut du niveau professionnel, il a pu sortir avec les honneurs, lors d’un derby avec Luçon. Histoire de partir la tête haute et de commencer sa nouvelle vie l’esprit tranquille. « On jouait le dernier match, pour le maintien, contre Le Poiré, en 2014. J’avais 38 ans. Je marque un penalty, on gagne 3-0 et je demande au coach de me sortir à cinq minutes de la fin. Je donne mon maillot au président, et le club est maintenu. »

« Travailleur et instinctif »

L’aventure sur le banc peut débuter pleinement. Avec toujours la même passion. « J’ai besoin de sentir la pression monter, c’est comme une drogue », sourit ce passionné de la Juventus et de l’Italie dont il est originaire. « J’adore être sur le banc, dans un stade, un projet. Tous les matches sont de bons moments. C’est grisant, comme la compétition, juste avant de rentrer sur le terrain. » Un moment de plaisir qui se retrouve dans le jeu de son équipe à en croire ceux qui le connaissent bien. « Il y a de la cohérence sur ce qu’il peut proposer à la fois sur l’animation offensive et défensive. Ce qu’il met en place sur le terrain, ça me parle beaucoup. On comprend ce qu’il veut faire, encore faut-il que ça se réalise de façon répétée. Ce qui me surprend, c’est que les joueurs adhèrent sans relâche », remarque, admiratif, Franck Lorenzetti. « Stéphane est quelqu’un qui est un travailleur et aussi un instinctif. C’est ça que je trouve très fort. Les bosseurs misent sur le travail. Les instinctifs considèrent que tout se fait au feeling. Il y a un gros socle de travail, mais il laisse la place à quelque chose qui peut ne pas être en relation avec le travail fourni ». Ce cadre paye, les résultats suivent pour Stéphane Masala, avec une seule défaite depuis sa prise de fonction.

Un parcours que ses amis justifient. « Je suis fier de ce qu’il fait avec Les Herbiers, car ce n’est pas simple », salue Helder Esteves. « Il a des valeurs familiales profondes, de respect des gens. Quand on est éducateur, on doit être sensible aux personnes qu’on emmène. Là, c’est une histoire d’hommes. Il doit être sensible à ça et au profil des garçons qu’il accompagne. Il doit être minutieux dans l’approche avec eux. Quand tu es droit dans ta démarche, tu es toujours gagnant. » Il reste à valider cette fantastique histoire en se qualifiant pour la finale de la Coupe de France et en assurant le maintien en National. Ensuite, il pourra penser à l’avenir. Et, pourquoi pas, un jour, retrouver ceux qui l’ont vu grandir. « C’est notre rêve de travailler ensemble. On ne peut pas finir notre carrière sans ça. On a fait la moitié de notre carrière de joueur ensemble. On espère que ça arrivera un jour », souffle Chalençon.

En attendant, il y a un moment de bonheur à vivre. « Une qualification, ce serait encore plus fort. Le parcours, on ne peut pas nous l’enlever. C’est de l’acquis. Mais les souvenirs, les sensations que représenterait une qualification, ce serait incroyable. Avec cette demie à jouer, on se dit qu’on est chanceux. Ce qui est bien, ce n’est même pas le résultat, c’est ce chemin, cette préparation, cet engouement. » Alors, ce soir, en entrant dans un stade de la Beaujoire plein à craquer, Stéphane Masala se dira surtout qu’il a bien fait de rester…

Crédit photo : Vendée les Herbiers Football / Facebook