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Steven Thicot (Kauno Zalgiris) : « Ils ont voulu me détruire, ils n’y sont pas arrivés »

27/02/2021 à 9:24

Champion d’Europe, en 2004, avec l'équipe de France U17, Steven Thicot (33 ans) évolue aujourd'hui au Kauno Zalgiris en première division Lituanienne. Pour Actufoot, le joueur est revenu sur ses différentes expériences.

Après avoir été formé au FC Nantes, vous êtes passé par l’Écosse, le Portugal, la Roumanie, ou encore la Grèce. Aujourd’hui vous jouez en Lituanie au Kauno Zalgiris, quel regard portez-vous sur votre carrière ?

Le premier mot qui me vient à l’esprit est beaucoup de fierté car j’ai un parcours atypique avec beaucoup de hauts et de bas mais toujours cette force mentale pour pouvoir se relever. Fier car on est un million de garçons qui ont ce rêve, depuis petit, de devenir footballeur professionnel et peu le réalisent. Parfois, quand je m’assois et que je prends du temps pour réfléchir sur ma carrière même si j’étais destiné à faire mieux je le sais, je me dis que je vais avoir bientôt 34 ans, que je joue encore, ce qui n’est pas le cas de tout le monde. Je me dis alors que je dois être fier de moi et de ce je fais.

Au FC Nantes, vous signez votre premier contrat professionnel. Qu’est-ce qui a fait que vous n’avez pas poursuivi là-bas ?

À partir du moment où j’ai signé mon contrat, ils ont littéralement changé avec moi. Mon contrat portait sur 3 ans et je n’ai pas joué une seule seconde en professionnel. Je sortais de 4 ans d’Équipe de France, je venais d’être champion d’Europe et je n’ai pas joué une seule fois en pro. Je ne me suis pas réveillé un jour et je suis devenu le joueur le plus nul du monde. La vraie question doit être posée au club car ce sont eux qui ont la réponse. Ils ont voulu me détruire, ils n’y sont pas arrivés. Je sais que je n’ai rien à envier aux joueurs qui jouent en France et je n’ai pas peur de le dire. J’ai toujours été clean avec eux donc il était hors de question de poursuivre là-bas. C’était le moment de passer à autres choses et c’est ce que j’ai fait.

Vous décidez de partir pour l’Écosse, plus précisément à Hibernian. Dans quel état d’esprit arrivez-vous là-bas ?

Je n’arrivais pas dans un esprit revanchard car j’avais tourné la page du FC Nantes mais l’histoire de ma vie est marrante. Avant d’arriver à Hibernian, le recruteur du club, David Fouquet, m’a appelé et j’étais a l’UNFP. Il s’est présenté et m’a dit qu’il me voulait déjà à l’époque lorsqu’il était recruteur de Chelsea.  Je lui avais dit arrête ton canular deux minutes, et il m’avait répondu « Pardon ? ». C’est à ce moment-là que j’ai vu qu’il était sérieux et il a poursuivi en me disant qu’il me voulait vraiment mais que le FC Nantes avait demandé des sommes astronomiques. Mon club formateur ne m’a jamais informé de ça. Une demande de Chelsea ce n’est pas rien. Après ce coup de fil, j’étais parti en essai une semaine et au bout de deux jours, le club voulait me signer.

« Je pense que 6 à 7 supporters sur 10 ont le tatouage de leur club sur leur corps »Steven Thicot

Le football en Écosse, c’est plus qu’une simple passion ?

Oui, les gens vivent pour le match du samedi et du dimanche qu’ils viennent voir en famille. Quand je parle de famille, ce n’est pas deux personnes. Quand ils ont la chance d’être encore en vie, ils viennent au stade de l’arrière-grand-père au petit fils. Ils ont un amour pour leur club que je n’ai revu nulle part ailleurs, c’est beau et impressionnant.  Je pense que 6 à 7 supporters sur 10 ont le tatouage de leur club sur leur corps, tu dois le vivre pour le comprendre. Tu as beau jouer à domicile comme à l’extérieur, ils sont toujours présents et n’hésitent pas à voyager. Pour un joueur, il n’y a rien de plus gratifiant.  En écosse, je ne me suis jamais autant senti footballeur professionnel, quand tu marches dans la rue, les gens te reconnaissent car tout le monde suit le football.

Après cette expérience, vous connaissez plusieurs mois sans club. Comment avez-vous fait pour surmonter cette épreuve ?

Pour quelqu’un qui avait démarré aussi bien que moi, ça a été difficile. Je suis revenu chez moi à l’âge de 24 ans et j’étais parti à 13 ans par la grande porte à l’INF Clairefontaine. Tu te poses des questions, je me demandais pourquoi j’étais là, pourquoi le téléphone ne sonnait pas. De l’autre côté, je m’entrainais tous les jours parfois à 8h du matin comme à 2h du matin car mon esprit pouvait changer d’un jour à l’autre. Je ne pouvais pas ne pas avoir de club et ne pas me permettre de ne pas m’entrainer. C’est une période qui m’a fait grandir énormément en me faisait prendre conscience qu’il ne faut rien prendre pour acquis car du jour au lendemain tout peut basculer.

Après un an au chômage, vous rebondissez, en juillet 2012, au Portugal, à Naval en 2ème division. Là-bas, vous faites 52 matchs sur une saison et vous avez été élu meilleur joueur du championnat. Pensez-vous que c’est la meilleure saison de votre carrière ?

Oui en terme d’accomplissement personnel et de statistiques tout en sachant que je faisais ça en étant libre une année, les gens ne se rendent pas compte. J’avais trouvé au Portugal tout ce dont j’avais besoin. Le groupe, le club, l’entraineur tout était top. Après une année de chômage, je peux te garantir que j’allais tous les jours à l’entrainement avec le sourire comme si j’étais un enfant et que je découvrais ça pour la première fois.

« Ça a fait un grand scandale dans la presse roumaine. »Steven Thicot

Derrière, vous jouez une année en Roumanie au Dinamo Bucarest, puis vous retournez au Portugal pour deux expériences, la première est à Belenenses et la deuxième à Tondela. Pouvez-vous revenir sur ces passages ?

En Roumanie, super souvenir même si le début était très compliqué avec un changement de culture total. J’étais arrivé là-bas à contre cœur, ce n’était pas mon souhait numéro un. Quand c’est comme ça, ce n’est jamais bon car lorsque je suis arrivé, je n’étais pas spécialement épanoui. C’était compliqué aussi avec l’entraineur qui avait souhaité me faire venir. L’arrivée du nouvel entraineur m’avait permis de plus m’épanouir, je jouais, je marquais des buts, les supporters m’appréciaient, les objectifs du club étaient remplis avec une qualification en Europa League à la clé, tout allait bien. J’avais signé un contrat de 3 ans mais malheureusement j’ai quitté le club pour des raisons de retard de paiements. Toute l’année, je m’étais concentré sur le club et je n’avais pas voulu engager de poursuites. Finalement, je n’ai jamais touché mon argent et je suis parti libre. Ça a fait un grand scandale dans la presse roumaine. Après cette nouvelle mésaventure, je suis retourné au Portugal a Belenenses. À mon arrivée tout s’est bien passé, j’ai joué les 11 premiers matchs en tant que titulaire. Malheureusement, le coach qui m’a fait venir s’est fait virer car il avait des différents avec le club. Son remplaçant n’est autre qu’un ancien entraineur adjoint qui connaissait beaucoup de joueurs du club. J’étais alors placardisé et je ne pouvais même pas m’entrainer. On était deux dans cette situation. Au bout de 6 mois, j’ai décidé de partir. J’ai fait 6 mois de chômage et direction le club de Tondela qui est la plus belle expérience connue avec un groupe de joueurs. Le club avait 5 points et à ma présentation je leur ai dit qu’on allait se maintenir.  On s’est sauvé à la dernière journée, c’était une joie immense. Je suis parti en vacances avec la promesse du club de me faire signer un nouveau contrat. Finalement, la personne qui m’aidait au Portugal m’a annoncé que le club ne me ferait pas de proposition. Avec tous les efforts fournis, je ne méritais pas ça.

Malgré les échecs et les déceptions que vous avez connus, vous avez toujours su rebondir. Où avez-vous puisé votre force ?

Dans l’amour du football et aussi dans le fait de savoir que je suis un très bon joueur. On a beau me dire ce que l’on veut, je sais que je suis un bon joueur et ce que j’apporte dans un groupe. À partir de ce moment-là, j’ai une force intérieure qui me permet de toujours rebondir.

En mai 2004, avec la génération 87, vous remportez le championnat d’Europe. Quel regard portez-vous sur cette équipe ?

On avait une équipe de phénomènes et une équipe d’amis surtout et c’est ça qui a fait la différence. Le groupe s’entendait aussi bien en dehors du terrain que sur le terrain. On était super proche et cela nous a permis d’aller remporter ce titre.

« On a fait la meilleure saison de l’histoire du club »Steven Thicot

Avec votre club du Kauno Zalgiris, vous avez terminé 3ème du championnat à 7 points du 1er. Quel bilan tirez-vous de la saison ?

Un bon bilan car on a fait la meilleure saison de l’histoire du club en pratiquant le plus beau football du pays, la quasi-totalité des adversaires nous l’ont dit. C’est du passé maintenant et on est tourné sur la nouvelle saison qui va débuter au mois de mars.

Vous avez connu plusieurs clubs et pays différents dans votre carrière, vous n’avez jamais connu de problèmes d’adaptation ?

Mise à part en Roumanie, je n’ai pas connu de problèmes d’adaptation. En Roumanie, ça a été vraiment difficile. Généralement, je suis quelqu’un qui s’adapte très vite, j’ai grandi en quartier populaire donc la diversité je connais. Lorsque que j’arrive dans un pays, je fais en sorte d’apprendre la langue et de la parler et à partir de ce moment-là, tout devient plus facile.

Vous avez 33 ans, actuellement, quels sont vos projets pour la suite ?

De jouer le plus longtemps possible car j’ai encore beaucoup de choses à donner au football. J’ai commencé à préparer mon après carrière en démarrant plusieurs projets sur le côté. Le premier est être autoentrepreneur avec herbalife pour aider les gens à obtenir des changements corporels ou les aider à avoir une meilleure récupération. La deuxième est conciergerie de luxe par rapport à mon carnet d’adresse, j’ai réussi à faire des deals intéressants avant que le covid arrive. La troisième est d’aider des amis à moi à retrouver des clubs en les mettant en contact avec des entraineurs, des agents.

Propos recueillis par Yanis Ben Messaoud