PortraitJoueur

Topas, l’espoir du Red Star qui a signé sur le label du rappeur MHD

17/01/2019 à 17:30

Réputé pour son vivier de talents footballistiques, la Seine-Saint-Denis est également l'une des plus belles caisse de résonance du rap français. Contrairement à d'autres, Hamidou Sene n'a pas lâché ses crampons malgré le succès qu'il rencontre actuellement derrière le micro. Jeune espoir de l'équipe réserve du Red Star, celui que l'on appelle Topas au studio cumule près 4,8 millions de vues sur sa chaîne YouTube et a signé sur le label de l'un des rappeurs les plus bankables de ces dernières années, MHD. Portrait d'un footballeur-rappeur de 20 ans.

Le 93 pour Empire

Hamidou Sene a grandi au quartier des 3000 à Aulnay-sous-Bois, comme Fabien Ourega l’attaquant du Paris FC (Ligue 2) ou encore Cheickné Yaffa, la pépite de 17 ans de l’AS Monaco. « Il y a beaucoup de talents ici, c’est dur de percer ! », nous lâche avec amusement Hamidou. Les vibrations des grilles du city stade raisonnent encore dans sa tête, mais pour lui le football en club a commencé à Villepinte, chez « Les Flamboyants ». Après des passages dans les deux clubs de sa ville, le CSL Aulnay et l’Espérance Aulnaysienne, il rejoint le Red Star en U19 2ème année. Une vraie fierté pour le gamin de Seine-Saint-Denis qui a toujours porté haut les couleurs de son département (son clip « La 6T » en est un hommage.). « C’est le seul club pro du 93. Je me souviens petit on perdait souvent contre le Red Star. Quand je suis arrivé ici j’ai compris pourquoi : les coachs sont très compétents. »

« Je veux briller comme une étoile, donc j’ai atterri au Red Star »

Le foot depuis petit, mais alors le rap depuis combien de temps ? Hamidou a posé ses premiers couplets à 13-14 ans. Il traîne alors dans un studio avec l’un de ses grands frères. Il ne se prénomme pas encore Topas et écrit des textes dans son coin, pour le « délire ». Le succès lui aussi est arrivé bien plus tard. « Un jour je me suis dit qu’il fallait que je m’y mette à fond, pour voir ce que cela pouvait donner et surtout ne pas avoir de regret. À l’été 2017 j’ai sorti quelques freestyles, puis en novembre le son « En Brrr » (Ndlr : une expression d’Aulnay-sous-Bois), c’est là que ça a pété ! »

Le clip de Topas « En Brrr ».

Une signature chez le roi de l’Afrotrap

Le morceau cumule plusieurs centaines de milliers de vues très rapidement, il frôle les 3 millions aujourd’hui. « Une dizaine de jours après sa sortie, j’ai été réveillé un matin par mon téléphone. Je recevais plein de messages où l’on m’envoyait une vidéo du rappeur MHD en train de s’ambiancer sur mon son. » Un mois plus tard Topas rencontre Adel, le producteur du roi de l’Afrotrap, genre musical qui a explosé en France sous l’impulsion de MHD. En mars 2018, Hamidou signe sur le label du rappeur parisien, Nenso Prod.

Une signature chez les « pros »… du rap qui permet à Topas de prendre une nouvelle dimension. « Cela m’a apporté beaucoup de visibilité et de notoriété, surtout sur les réseaux sociaux. D’autant plus que la signature a été officialisée en marge du concert de MHD au Zénith de Paris. Les gens ne me regardent plus pareil depuis. »

Les crampons avant le micro

Si Hamidou Sene est aujourd’hui reconnu dans la rue pour sa casquette de rappeur, le micro n’a pas grillé la priorité aux crampons. « J’ai été clair avec mes producteurs. Je leur ai dit : jamais je ne raterai un entraînement pour la musique. À ce niveau, ils ont su me mettre en confiance et ils ne me mettent pas de pression. Si je dois partir à l’étranger pour le foot, je le ferais. »

Malgré un emploi du temps bien rempli, Hamidou jongle entre le terrain et le studio comme il le ferait avec un ballon. Il refuse les show-case le samedi soir pour être frais le dimanche après-midi lors des matches de l’équipe réserve du Red Star. Auteur de 6 réalisations à la mi-parcours en Régional 2, le redoutable attaquant de pointe est avec ses jeunes coéquipiers en tête d’un championnat qui fait d’habitude plutôt la part belle aux vieux briscards de la région parisienne. La jeunesse, c’est le pari gagnant de l’entraîneur de l’équipe B de l’étoile rouge, Sébastien Robert. « Le coach nous fait confiance alors qu’il aurait pu prendre des anciens. On a tous beaucoup d’ambition. Le fait d’être la réserve d’une équipe professionnelle (Ndlr : l’équipe fanion évolue en Ligue 2) nous donne envie de monter. À chaque match, chaque entraînement, on se donne à fond. On a très faim ! »

« Un stylo, une feuille, un ballon de foot et des crampons, au studio j’écris des punchlines et sur le terrain j’mets des grands ponts »

La signature chez les pros en tête, la mixtape en approche

Du haut de ses 20 ans, Hamidou rêve de devenir footballeur professionnel. Si lors de son arrivée au club de Saint-Ouen le Francilien avait eu l’opportunité de s’entraîner avec les pros, cette chance ne lui a pas été -pour le moment- offerte cette saison. Mais, comme pour la musique, le jeune homme s’est armé de patience. « Le travail, l’ambition et la compétition sont des valeurs communes au foot et au rap. Il faut être très fort mentalement dans la musique pour réussir. Au début, tu postes tes sons, il y a quelques partages mais ça ne prend pas. Il ne faut jamais lâcher et c’est pareil dans le foot. »

Lionel Messi, Mario Balotelli et Luis Suárez sont ses modèles sur le rectangle vert, au même titre que Niro, MHD et Seyfyu le sont derrière son micro. Deux univers inséparables pour Topas. « Sur ma mixtape, qui va sortir en ce début d’année, il y aura au moins une référence au foot dans chaque son. Je ne le fais pas exprès, c’est comme ça, le foot est en moi. »

« J’en ai rien à foutre d’être le plus lent, comme on dit doucement mais sûrement, car une fois arrivé au sommet ce sera pendant longtemps qu’ils parleront sur moi »

Le football et le rap, une vielle histoire d’amour

Hamidou Sene n’est pas le seul à maîtriser l’art du 16 mesures comme celui du ballon. L’attaquant de l’Olympique Lyonnais et international néerlandais, Memphis Depay s’est essayé fin décembre 2018 dans un morceau qui cumule aujourd’hui plus de 7 millions de vues. « Je kiffe ce joueur, nous raconte l’avant-centre du Red Star. Dans l’une de mes punchlines je disais : Du cran comme Depay Memphis, en référence à son lob du milieu de terrain (Ndlr : contre Toulouse en mars 2017). »

Comme Topas, d’autres rappeurs de Seine-Saint-Denis ont fait du football à un très bon niveau. Kool Shen, du groupe NTM, a refusé à 15 ans un essai au Racing Club de Lens pour rester en région parisienne. Sefyu a mis un terme à sa carrière dans le foot pour se consacrer pleinement au rap. Il avait notamment refusé un contrat d’une saison à Arsenal, après un essai concluant.

Hamidou Sene, lui, n’est pas prêt à faire une croix sur sa passion initiale. « J’avais fait des essais à Auxerre en U17 première année, mais je n’étais pas assez mature à l’époque. Beaucoup de clubs me suivaient et m’ont proposé de faire des essais : le Paris FC, Le Havre, l’AC Ajaccio et d’autres… Je croyais avoir le choix alors je ne me suis pas donné à fond sur tous les essais et je le regrette un peu. » Cette année-là, lors de son dernier essai au Stade Rennais, Hamidou décide de tout donner. Tout se passe très bien jusqu’au troisième jour d’entraînement. « Je me blesse à la cheville et en fin de journée le médecin me dit que je ne peux pas continuer. De ça, j’en ai retenu des leçons : l’humilité et le travail. Même si tu sais que plusieurs trains vont passer, prends le premier, plus tôt c’est, mieux c’est… »

Par Julien Guibet.

Crédits Photos : Topas / Red Star