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U17 National : Montrouge – FC Lyon, comment les clubs amateurs domptent les pros

30/01/2019 à 17:47

Ils possèdent l'étiquette justifiée de "club amateur" mais bossent comme des pros. Le FC Lyon et Montrouge trustent les premières places de leur poule respective en U17 National et il est difficile de parler de hasard après seize journées disputées et bon nombre de centres de formation professionnels défaits sur le terrain. Comment ces structures, véritables pépinières de talents bruts, travaillent-elles au quotidien pour former leurs jeunes et lutter dans la cour des grands ? Enquête.

4-1, comme la gifle infligée par Montrouge à Guingamp en championnat U17 National, dimanche dernier. À la mi-saison, l’EAG était encore le seul club professionnel à ne pas avoir plié sous les coups de boutoir franciliens. Lorient (3-1), Brest (4-0), Laval (4-0) et Rennes (2-1) s’en souviennent encore. Après 16 journées, les Montrougiens trônent à la première place de leur championnat avec 40 points au compteur et 4 longueurs d’avance sur leur dauphin, le Stade Rennais. « Ce qu’ils font c’est extraordinaire. 13 victoires, 1 nul et 2 défaites… Mais un tel parcours, ça n’arrive pas tous les ans ! », tempère avec malice Thomas Berlette, le coach de l’équipe depuis 3 saisons.

« Il va vous falloir travailler plus que les autres »

Dans le groupe C, le club amateur du FC Lyon dompte lui aussi toutes les écuries titulaires d’un centre de formation, ou presque… Les Lyonnais ont battu Saint-Étienne (1-0), Clermont (3-0), Dijon (2-0) et Auxerre (2-1), mais se sont inclinés face à leur voisin, l’OL (6-1), qui avait sorti ce jour-là l’artillerie lourde. Les deux clubs rhodaniens partagent actuellement la tête du championnat au nombre de points devant l’ASSE. Pour l’éducateur du FCL, Jordan Gonzalez : « Il n’y a pas spécialement de secret à ce parcours (sourires). S’il y en a un, on va dire que c’est l’investissement que les joueurs mettent à chaque séance. Le discours qu’on a tenu au mois d’août c’est : « Aujourd’hui, vous êtes là,  et votre objectif c’est d’intégrer un centre pro. Il faut essayer de bien figurer en U17 National et beaucoup travailler car les centres sont fournis, et il va vous falloir travailler plus que les autres si vous voulez y aller. »

Un collectif et un projet de jeu pour former

Les U17 Nationaux du Montrouge FC 92.

Un investissement de la part des joueurs, mais tout aussi profond pour leurs éducateurs, habités par leur mission. Au Montrouge FC 92, Thomas Berlette a effectué un gros travail de recrutement et de préparation de son groupe en amont. « Sur mes 2002-2003 seulement 2 joueurs étaient au club en U15. La faute à une génération un peu moyenne. Les autres sont arrivés en 16 et en 17. La génération 2002, on l’a recruté l’année dernière pour quelle puisse jouer ensemble en U16. J’ai moi-même fait venir un coach pour que les joueurs bossent les mêmes principes de jeu qu’en U17 National. Il faut toujours travailler avec un an d’avance. C’est compliqué de recruter un joueur en U17. Moi je préfère travailler sur 2 ans… »

Pour recruter ses joueurs pas de détections, « il y a trop d’écarts de niveau : le meilleur des 200 jeunes va jouer aux côtés d’un gamin de 4ème division de District… ». Alors, Thomas Berlette se déplace sur les bords de terrain, fait marcher le bouche-à-oreille et son important réseau dans le Val-de-Marne (94), département d’où il est originaire. « Je vois tout le monde en séance, je ne refuse personne, je ne marche pas au CV. Je suis de Vitry-sur-Seine et j’ai coaché à Choisy-le-Roi, sur mon 16 titulaire 10 sont issus de ces 2 villes. »

« Si j’enlève 3 titulaires le niveau de l’équipe ne doit pas baisser »

S’il reconnaît avoir des joueurs au-dessus du lot dans son groupe de 26, Thomas Berlette conçoit principalement son équipe à travers la notion de collectif. « Notre force, c’est qu’on a des joueurs offensifs de qualité. Dans le football, quand tu marques des buts tu as plus de chances de gagner les matches ! Après, pour moi, la défense c’est un concept collectif. Mon meilleur défenseur c’est mon numéro 9. Tous nos adversaires le confirmeront. Il fait un travail de harcèlement et on récupère un grand nombre de ballons car il fait perdre du temps lors de la relance de l’adversaire… »

Illustration du pressing gagnant des offensifs à Montrouge.

Une conception du football qui est mise en application même au niveau du temps de jeu accordé aux joueurs, toujours dans une optique de formation. « Si j’enlève 3 titulaires le niveau de l’équipe ne doit pas baisser. Attention, les jeunes qui ont signé ne sont pas tout le temps titulaires… Parfois j’enlève un joueur qui a fait 4 bons matches afin de faire jouer celui qui est en concurrence avec, pour que ce petit puisse également se développer. Les joueurs le comprennent, je vais les voir et je leur explique. Mes gardiens, c’est pareil : je fais tourner, même si j’en ai un qui joue un peu plus que l’autre, ça doit être du 2/3 de matches joués pour 1/3. »

 « Le premier objectif, c’est le jeu »

Cohésion, projet de jeu, collectif : des mots qui raisonnent également dans la tête du coach lyonnais, Jordan Gonzalez. Ce dernier s’attache tout particulièrement à ce que ses joueurs prennent du plaisir à l’entraînement, une façon selon lui de tirer le maximum de leur potentiel. « Les entraînements ne sont jamais les mêmes. Tout ce qu’on a mis en place, les exercices, etc… c’est toujours avec ballon. Dès le mois d’août, on leur a présenté un projet de jeu sur lequel on se tient, c’est notre fil conducteur. Ils sont vraiment concernés et c’est ce qui fait qu’il y a une très bonne cohésion. C’est eux-mêmes au final qui tiennent et construisent leur propre projet de jeu. »

L’entraîneur du FC Lyon l’affirme et le souligne : « le premier objectif en début de saison, c’est le jeu. J’y attache une grande importance, on veut proposer un jeu vraiment attrayant, un foot qui demande aussi beaucoup aux joueurs. Je ne veux pas subir où être dans la réaction, mais être l’équipe qui maîtrise ce qu’elle fait. »

« Ils ne rentreront pas tous en centre de formation »

Le football vu comme un jeu, le collectif comme un moyen de tirer vers le haut l’individuel. Des méthodes qui permettent aujourd’hui à ces deux clubs amateurs d’être de véritables viviers de talents. Quatre joueurs de Montrouge ont déjà signé dans des centres de formation cette saison, il y en avait eu sept en 2017-2018. Au FC Lyon, deux ont pris ce chemin également et cinq autres joueurs sont sollicités.

Deux équipes qui sont de véritables tremplins pour des joueurs passés entre les mailles du filet plus jeunes. « Oui plusieurs ont le profil pour intégrer un centre de formation, raconte le coach Gonzalez. S’ils n’y sont pas aujourd’hui, c’est qu’il y a le facteur chance qui occupe une place importante.  Certains se découvrent encore et ont éclaté cette saison, d’autres sont un peu nouveaux sur le circuit. Mais ça ne concerne pas 50 joueurs, c’est le groupe qui travaille bien. On n’a pas forcément de joueurs au-dessus du lot. Ils ne rentreront pas tous en centre et surtout il n’y a pas que la partie foot qui compte pour y rentrer. Le mental et le contexte familial jouent, et puis des bons joueurs il y en a ailleurs aussi… »

Agents, essais, partenariats : quand les amateurs se la jouent comme des pros

À Lyon comme à Montrouge, l’incroyable parcours des deux clubs attire évidemment un nombre croissant d’observateurs, d’agents et autres recruteurs. Pour gérer cela au mieux, Thomas Berlette a instauré une règle stricte : « du rendez-vous d’avant-match jusqu’à la sortie des vestiaires, mes joueurs n’ont pas le droit de parler au public : famille, agent, etc… Après la douche, ils font ce qu’ils veulent. »

Du côté du FCL, les recruteurs passent par le staff technique de l’équipe U17 National pour être mis en relation avec la famille des joueurs. « Au club, on essaye de mettre en place une structure qui permet de travailler avec des gens de confiance. Après, il faut savoir que nos joueurs ont soit leur famille derrière eux, soit un conseiller. » Ainsi, pour 60 à 70% des U17 Nationaux du club rhodanien une personne extérieure à leur famille s’occupe de leurs intérêts. Au Montrouge FC, tous les joueurs ont un agent, même en U15 Régional 2.

Idir Adjaoud est conseiller sportif pour Adjaoud Consulting, société créée sur la région lyonnaise, avec son frère Farid agent licencié en Belgique. Le premier cité travaille étroitement avec le FC Lyon depuis cinq ans et conseille actuellement deux joueurs du groupe U17 National version 2018/2019, dont le jeune Ayoub Meftahi suivi par plusieurs écuries professionnelles : « On est plusieurs conseillers à travailler avec des joueurs du FC Lyon, mais à la différence d’un agent, on est beaucoup plus dans le sportif et son accompagnement. Le foot c’est très psychologique, et ça demande un gros travail mental. Des gamins qui ont des qualités techniques et tactiques il y en a partout, mais des gamins qui ont la tête qu’il faut… On a justement ce rôle de coach mental pour essayer de les amener au bout. Ce que j’aime avec ce groupe du FC Lyon c’est qu’il propose du jeu. Je vois une nette amélioration dans l’utilisation du ballon. Chaque joueur doit s’adapter à la philosophie du coach et cela leur permet aujourd’hui, je pense, de gagner les matches. Les années précédentes, les individualités et le combat faisaient plus la différence. Aujourd’hui, ça fonctionne très bien collectivement et c’est ce qui m’intéresse justement, que les petits puissent adhérer à un projet et progresser rapidement. Cela reste un « jeu » d’enfants, et pour passer les paliers du foot de jeune au foot adulte, il faut avoir cette culture tactique que le coach essaye de leur apporter. C’est beaucoup plus plaisant de les voir évoluer cette année, même contre l’OL qui possède plus de maîtrise technique, ils ont essayé d’obtenir un résultat par le jeu (Ndlr : défaite 6-1 au final) ».

« On autorise tous les essais n’importe où, n’importe quand »

L’Île-de-France, qui est reconnu pour être l’un des plus importants viviers de footballeurs au monde, est très exposée. De fait, le coach Berlette doit en permanence jongler avec les sollicitations que reçoivent ses protégés. « Cela m’est déjà arrivé d’avoir 4 joueurs à l’essai une même semaine ! Mais aucun ne part à l’essai sans que je sois au courant. » Si le coach francilien se veut inflexible sur ce point, il souhaite en revanche donner un maximum de chances à ses joueurs. « J’ai mis en place une règle, validée par le club : on autorise tous les essais, n’importe où, n’importe quand. Après on fait en sorte que les joueurs à l’essai s’entraînent au moins une fois dans la semaine avec nous de préférence le vendredi. On a fait ce pari avec eux. Tant qu’ils arrivent à concilier l’intérêt de l’équipe et leur intérêt personnel, on continue. Si à un moment donné je sens qu’ils sont exclusivement concernés par leur intérêt individuel, il n’y a plus d’essais,  je coupe tout jusqu’aux vacances. Pour l’instant ça marche bien. »

« On échange avec les recruteurs sur les attentes, les profils »

Dans le cadre de son partenariat avec l’Olympique Lyonnais, le FC Lyon doit avertir son voisin de toute sollicitation concernant l’un de ses joueurs par un autre club. « On échange avec les recruteurs sur les attentes, les profils. On met aussi en avant nos joueurs quand ils le méritent », commente Jordan Gonzalez. « L’OL est le club qui a la visibilité numéro 1 sur nos jeunes. Mais il possède déjà beaucoup de joueurs et il n’y a pas 50 profils qui peuvent intégrer leur centre. Ça leur arrive aussi de passer à côté de joueurs. On échange beaucoup avec eux, ils viennent nous voir et connaissent nos joueurs. » Mais, les excellents résultats des U17 Nationaux du FCL cette saison dépassent largement les frontières de la région Auvergne Rhône-Alpes. « Je dirais qu’il y a un intérêt plus fort, mais cela me chagrine un peu », concède le conseiller sportif, Idir Adjaoud. Il s’explique : « Les clubs hors région viennent de plus en plus parce que nos clubs phares ne peuvent pas intégrer tout le monde. C’est difficile pour eux. Et ce n’est parce que l’équipe va finir première que beaucoup de petits partiront. À partir du mois de novembre, quand ils ont vu que le club était toujours premier et qu’il avait fait des résultats contre des centres de formation, tout de suite ça a éveillé l’attention. Quand ils ont des besoins, les clubs pros vont justement se retourner sur des équipes qui tournent bien pour savoir si elles n’ont pas le joueur qu’il leur faut à l’instant T ».

Le club des Hauts-de-Seine (92) est quant à lui partenaire du FC Lorient. Une collaboration que Thomas Berlette voit d’un très bon œil. « On peut trouver des qualités et des défauts à tous les clubs, mais au moins Lorient est reconnu pour la qualité de son jeu et même en jeunes. En U17 National, ils font beaucoup jouer les retards morphologiques et ça joue bien quand même. C’est intéressant car je suis un peu dans cette démarche aussi. Je suis souvent en contact avec les coachs, on échange sur pleins de sujets… »

Infrastructures, moyens financiers et humains… des conditions pas toujours adaptées

Les U17 Nationaux du FC Lyon.

Former des joueurs pour qu’ils accèdent au monde professionnel dans des conditions moins optimales que celle des pros, telle est la problématique à laquelle doit répondre quotidiennement le coach Berlette. « On récupère les joueurs en soirée après une journée d’école, pour 3 à 4 entraînements par semaine, alors que dans les centres de formation les horaires sont adaptés en journée. Nous n’avons pas la chance de nous entraîner sur un terrain entier, et surtout il faut s’adapter en permanence car on ne sait jamais vraiment combien de joueurs seront présents à l’entraînement. Des fois je prépare pour 22, mais on se retrouve à 18 ! »

Les clubs amateurs ne disposent pas non plus du même staff technique. À Montrouge, Thomas Berlette est assisté par un adjoint et il peut compter aussi sur l’appui d’un préparateur physique au moins une fois par semaine, d’un coach des gardiens deux fois et d’un dirigeant qui s’occupe de la logistique le week-end. En revanche, il n’y a ni médecin, ni diététicien ou salle de musculation à disposition des joueurs.

« Sans les bénévoles, on en serait pas là ! »

Au FC Lyon, Jordan Gonzalez estime qu’il « n’est pas à plaindre ». Bien que le club n’ait pas de gros moyens financiers, lui et l’un de ses adjoints sont rémunérés, ce qui n’est pas le cas des quatre à cinq autres personnes qui l’épaulent. « Les autres membres du staff sont là à titre bénévole, mais sans eux on en serait pas là ! », lance le coach U17 du FC Lyon. Avec un rythme de 4 à 5 séances hebdomadaires, Jordan Gonzalez avoue « essayer de se rapprocher au maximum de ce qui se fait en pro », avec un préparateur physique qui s’occupe particulièrement des blessures et de la réathlétisation, mais aussi deux adjoints. Son « bras droit », présent en permanence, conçoit avec lui les séances et s’occupe du travail sur les coups de pied arrêtés. Le second adjoint, en appui, s’occupe notamment du travail vidéo. « Pour en avoir parlé avec Clermont et Grenoble, on a un staff plus fourni qu’eux ! Un terrain d’entraînement pour travailler, des cages mobiles… La seule chose qu’on n’a pas, c’est une salle de musculation et le suivi médical plus important chez eux, même si on a essayé de faire un lien là-dessus, on reste en retard… »

La vidéo un outil de travail devenu indispensable

Le souci du détail se retrouve chez les deux jeunes coachs qui sont de véritables adeptes de la vidéo. Jordan Gonzalez a d’ailleurs passé une formation d’analyste vidéo. « C’est un outil important, explique l’intéressé. Il nous sert d’abord sur un aspect individuel, à imager nos propos qu’ils soient positifs ou négatifs. Leur montrer ce qu’on attend d’eux collectivement aussi. » Ainsi, chaque mercredi avant l’entraînement des U17 Nationaux du FC Lyon, un retour sur le match du week-end est fait en 8 à 10 minutes. Juste après sur le terrain, le coach travaille les points mis en évidence au travers d’une opposition.

« J’adapte mes séances en fonction de ce que j’ai vu »

De son côté, Thomas Berlette revisionne à 2, 3 parfois 4 reprises chaque match de championnat. « Au retour de la rencontre à Brest, j’ai revu le match dans le train ! Je revisionne surtout quand ça ne va pas… Je construis mes séances par rapport à mon projet de jeu. La vidéo me permet de voir où j’en suis et j’adapte ensuite mes séances en fonction de ce que j’ai vu. » En revanche, l’entraîneur francilien ne consacre pas de séance vidéo commune à toute son équipe, par manque de temps… « J’isole certains passages qui n’ont pas été et je les envoie aux joueurs concernés par message. J’essaie de les sensibiliser un peu car certains vont aller en centre et ils vont être amenés à travailler avec la vidéo. »

Une méthode partagée par le coach Gonzalez : « il faut vivre avec son temps, les générations actuelles sont très réseaux sociaux, vidéos, etc… Nous on a créé un groupe où l’on peut envoyer des montages et des vidéos de match aux joueurs. La vidéo ne trompe pas. Parfois, même avec mille mots ils ne vont peut-être pas comprendre, la vidéo aide à la compréhension. »

Deux coachs au parcours similaire

Si le FC Lyon et Montrouge se ressemblent, autant par leur structure globale que leur parcours en championnat U17 National, les deux éducateurs partagent aussi de nombreuses choses, à commencer par leur profil. Aujourd’hui âgé de 28 ans, Jordan Gonzalez a commencé à entraîner à 17 ans à la JSO Givors, le club de son quartier, avant de se former à travers différents diplômes (BPJEPS, Brevet d’État). Un parcours semblable à celui de Thomas Berlette (34 ans), qui a commencé à coacher à l’âge de 15 ans à l’ES Vitry, le club de sa ville. Il est lui aussi titulaire du BE, aujourd’hui BEF.

« Je ferais le même boulot en 5ème division de District  »

Des atomes crochus qui ont rapidement facilité un rapprochement entre les deux hommes qui ont commencé à se tirer gentiment la bourre sur les réseaux sociaux. « On poste chacun notre quotidien de coach sur Twitter et puis j’ai vu que c’était le même genre de gars que moi alors on a commencé à discuter… », explique Thomas Berlette. Et du virtuel au réel il n’y qu’un pas, puisqu’en début d’année 2019 les deux équipes se sont rencontrées en région parisienne à l’occasion d’une triangulaire avec l’US Torcy, club seine-et-marnais évoluant également en championnat U17 National. « On avait prévu un stage sur Paris. On trouvait intéressant de pouvoir rencontrer le club de Montrouge en préparation et puis c’était l’occasion de se rencontrer avec Thomas. » Une rencontre amicale à plus d’un titre, remportée 1-0 par le FC Lyon, qui a conforté les deux coachs dans leur état d’esprit commun de formateurs et d’éducateurs avant tout. « De ce que je connais de lui, il est un peu comme moi… On ne se prend pas la tête, on est là pour les gamins. Je coach en National, mais si j’étais en 5ème division de District, je ferais le même boulot.»


Si les deux hommes assurent ne pas avoir reçu de sollicitations personnelles de la part de clubs professionnels, ils n’en restent pas moins intéressés par l’idée, même si ce n’est pas leur priorité. « C’est sûr que ce genre de saison aide à se mettre en avant, mais c’est l’avenir qui dira si ça a permis quelque chose. Ce n’est pas le but non plus, je prends du plaisir, je suis là pour aider les jeunes. Aujourd’hui, je vis de ma passion donc j’ai des ambitions. Les places sont chères mais ça ne me fait peur. J’ambitionne de connaître ça un jour », confie l’éducateur lyonnais, Jordan Gonzalez. Thomas Berlette, qui est éducateur spécialisé dans la vie de tous les jours, porte également ce rêve dans un petit coin de sa tête. « Être entraîneur c’est mon deuxième travail, après pourquoi pas un jour coacher les U17 Nationaux d’un club professionnel. Nous sommes des compétiteurs alors forcément on veut aller le plus haut possible. Après je ne vais pas me vendre ou me prostituer pour que ça arrive (sic) ! ».

Épinal l’a fait, mais est descendu l’année suivante…

Aujourd’hui, la question que tout le monde se pose : jusqu’où peuvent aller les deux clubs amateurs ? Montrouge et le FC Lyon peuvent-ils terminer premier de leur championnat respectif et se qualifier pour les phases finales ? « Nous, la fin de saison on la voit tranquille, lance Thomas Berlette. On est maintenu, c’était l’objectif du club. Il y a deux possibilités : soit on se met dans la compétition avec les playoffs , mais à ce jeu on risque de perdre, car en réalité le but du jeu c’est de continuer à travailler et kiffer ensemble. Ou alors je me dis : les 2002 c’est bon, je prépare la saison prochaine je fais jouer les 2003, mais là ça m’embête un peu car cela voudrait dire que les 2002, parce qu’ils ont réussi très rapidement ce qu’on leur a demandé, ne vont plus jouer en championnat National… Maintenant, sans langue de bois aucune, on joue tous les matches pour les gagner et on verra à la fin où on est. On ne se met pas la pression. Le but du jeu c’est que les petits continuent à travailler, à se développer, que ceux qui n’ont pas signé se développent suffisamment pour signer. La priorité ça reste la formation, on est là pour ça. Entre aller aux playoffs ou voir dans quelques années des joueurs, pour lesquels j’aurais contribué à leur bagage, jouer à la télévision, mon choix est fait : je veux les voir à la télé ! »

« Si les pros jouaient le jeu à fond, un club amateur n’aurait aucune chance d’aller aux playoffs »

Jordan Gonzalez a quant à lui revu les objectifs de son équipe à la hausse, même s’il se montre tout aussi mesuré. « Aujourd’hui il reste 10 matches, l’objectif est de terminer sur le podium puisque nous avons 15 points d’avance sur le 4ème. Je ne parle pas de playoffs encore parce que pour moi, il y a des clubs comme l’ASSE et l’OL qui sont habitués à vivre ça, à faire une saison complète et à tenir le rythme. Nous, on ne sait pas si nos joueurs vont avoir les reins assez solides pour tenir toute la saison. J’attends mars pour savoir si on peut jouer les playoffs, quand il restera cinq ou six matches… »

Pour l’entraîneur montrougien, Thomas Berlette, le parcours exceptionnel de son groupe est également lié au fait que les clubs professionnels n’alignent pas forcément leur meilleur équipe U17, du fait de certains surclassement. « En réalité si les pros jouaient le jeu à fond, un club amateur n’aurait aucune chance d’aller aux playoffs. Tout le monde peut battre tout le monde sur un match, tenir peut-être sur une moitié de saison, mais sur une saison c’est impossible… C’est pour cela que ce que font des clubs comme Drancy (Ndlr : 4ème du groupe A en U17 National) ou encore Torcy (4ème du groupe B), c’est tout aussi fort. » Lors de l’exercice 2015-2016, le Stade Athlétique Spinalien a été le premier, et pour l’instant l’unique, club amateur de l’histoire à se qualifier pour les quarts de finale du championnat de France U17. Malheureusement pour eux, la saison suivante les Spinaliens ont été relégués au niveau régional, comme quoi la génération joue pour beaucoup également.

Visuel : Actufoot

Par Julien Guibet et Thomas Gucciardi.