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Vahid Halilhodzic : « Est-il plus difficile d’être champion avec le PSG ou de se maintenir avec Amiens ? »

16/04/2019 à 17:15

Coach Vahid a suffisamment bourlingué et vécu des hauts et des bas dans sa carrière d'entraîneur au long cours, de ses débuts à Beauvais en 1993 à son dernier défi à Nantes cette saison, pour juger de l'évolution d'un métier d'entraîneur qu'il pratique encore aujourd'hui, à 66 ans, avec la même passion, comme une vraie obsession. Celle de la victoire avant tout. Car pour l'ancien attaquant de Nantes et du PSG, qui aura aussi entraîné les deux clubs français de son coeur, seule la victoire est belle. Tout le reste n'est que littérature...

Vahid, coach intransigeant (crédit : DR)

Système de jeu préféré – « Etre assez lucide pour s’adapter »

« Je n’ai pas de système préféré, car celui que j’utilise est forcément lié aux caractéristiques des joueurs du groupe, de leurs qualités et de leurs défauts. A Lille par exemple, avec une équipe techniquement plus limitée, j’avais insisté davantage sur la rigueur défensive, sur deux phases de jeu, pas plus… Quand vous ne pouvez pas garder le ballon, alors tout le monde doit être concerné par la récupération. Il ne vous reste qu’à travailler les complémentarités offensives pour aller le plus vite possible vers le but. Aujourd’hui, l’exigence de vitesse est énorme pour la transition, passer de la phase défensive à la phase offensive, et être dangereux. Un bon entraîneur doit être assez lucide pour s’adapter. »

Principes de jeu « Des transitions rapides »

« Ils dépendent là encore de l’équipe que vous entraînez. Si vous êtes au PSG ou à Dijon, ce n’est pas la même chose, et le résultat est la seule vérité. Tout le reste, c’est du blabla. Il faut d’abord jouer sur les forces de votre équipe. Quand j’entends certains entraîneurs parler de leur philosophie de jeu, pour moi ce sont des contes de fées ! Comme je n’ai pas de système de jeu préféré, je n’ai pas de grands principes de jeu, sinon ceux qui poussent les joueurs à jouer ensemble, à parler le même langage. Lorsque je jouais, c’était le cas au FC Nantes, où nous parvenions à être à la fois séduisants et efficaces avec des décalages, des appels sans ballon dans les espaces, la recherche de la profondeur etc. Quand tu travailles toutes l’année dans ce schéma de jeu, ton obsession n’est pas de garder le ballon ou d’avoir la possession, mais d’aller le plus vite possible vers le but. Mais encore faut-il avoir des joueurs pour ça… C’était le cas à cette époque. Forcément, ce n’est plus la même chose aujourd’hui. »

Coach préférés« Ceux qui sont dans les grands clubs ne sont pas forcément les meilleurs »

« Mes entraîneurs en Yougoslavie m’ont beaucoup marqué, avec des équipes qui jouaient parfois à quatre attaquants et qui étaient très efficaces. Quand je suis arrivé à Nantes, j’ai découvert le jeu à la nantaise, d’abord avec Jean Vincent, puis avec Coco Suaudeau qui m’a fait beaucoup travailler mes déplacements etc. Le jeu en première intention, à une ou deux touches de balle, le mouvement permanent… en y repensant, je suis nostalgique de ces années là. Mais c’est du passé et aujourd’hui la réalité est différente, le foot a beaucoup évolué. On parle des entraîneurs qui sont à la tête des grands clubs, à Barcelone, Liverpool, Manchester City, PSG etc. mais il y a aussi de grands entraîneurs dans de plus petits clubs. Qu’est-ce qui est le plus difficile pour un coach : être champion de France avec l’effectif du PSG ou se maintenir avec l’effectif d’Amiens ? Je n’ai pas la réponse mais ceux qui sont dans les grands clubs ne sont pas forcément toujours les meilleurs. J’en ai croisé beaucoup, tous m’ont appris des choses. J’ai voyagé, pour apprendre, lorsque j’ai passé mes diplômes, à la Juventus, à l’Ajax, deux philosophies différentes. Après, à chacun de faire à sa manière. « 

L’Algérie, un bon souvenir. (crédit : Le buteur)

Sa vision du métier d’entraîneur – « La pression est là, elle me transcende »

« La position de l’entraîneur est devenue de plus en plus difficile dans des clubs où il n’est pas toujours écouté, où il ne choisit pas forcément ses joueurs, où il doit en permanence faire des choix qui ne sont pas forcément sportifs. Parfois, parce qu’un joueur a été acheté très cher, vous êtes obligé de le faire jouer, pour des raisons économiques, alors qu’il ne le mérite pas forcément. Pour les médias, vous êtes souvent le coupable idéal, pour les joueurs celui qui ne vous fait pas jouer… La pression est là en permanence, où que vous soyez en poste, et à titre personnel, j’en ai besoin, elle me motive, me transcende. Certains ne sont pas faits pour entraîner des clubs où vous êtes en permanence sous pression. C’est aussi ça le métier d’entraîneur et c’est pour ça que c’est plus difficile de l’exercer dans des clubs très médiatiques. En même temps, c’est plus intéressant. L’expérience est essentielle et il ne suffit pas d’avoir été un bon joueur pour devenir un bon entraîneur. Il ne suffit pas de parler aux journalistes pour faire son job. La vérité est sur le terrain, tous les jours de la semaine, pour préparer tes séances, et être prêt à réagir à ce que le match va te proposer. Parfois c’est du positif, parfois du négatif. C’est ça l’expérience… « 

Son image d’entraîneur – « Je me moque de mon image »

« J’ai toujours aimé gagner, ou plutôt toujours détesté la défaite. C’est un état d’esprit que j’essaie d’inculquer à mes joueurs : ne jamais se reposer sur ses lauriers. Personnellement, je ne vis qu’à travers la victoire. Hier soir, nous avons gagné (face à l’OL en L1, 2-1), si nous avions perdu, je n’aurais probablement pas parlé avec vous avec le même ton. J’aurais mal dormi, ou pas dormi du tout… et je serai entrain d’analyser ce qui n’a pas marché, voir ce qu’on pourrait faire pour améliorer les choses. Je dis tout le temps à mes joueurs qu’il est important de garder ce caractère, de le transmettre autour de soi. Même si ça vous donne une image d’entraîneur sévère ou lunatique. Je me moque de mon image. »

Ses footballs préférés – « J’adore les matchs de Ligue des Champions »

« Je regarde énormément de matchs, et pas uniquement ceux des équipes contre lesquelles on va jouer, pour étudier leur jeu. J’adore regarder les matchs de la Ligue des Champions, j’adore aussi les matchs de Coupe du monde, plus médiatiques pas toujours plus intéressants. Mais la pression de l’événement, ce que ça implique pour le coach, la préparation etc… c’est passionnant. Pour les championnats étrangers, je trouve la Série A trop restrictive, défensive, trop tactique, trop fermée. La Bundesliga est plus intéressante, mais c’est la Premier League et la Liga qui restent au dessus selon moi. »

La réputation des entraîneurs français – « Ce que fait Zidane est phénoménal »

« L’équipe de France n’est pas championne du monde par hasard. C’est le résultat final d’un travail de longue haleine qui concerne tous les domaines du foot français. Même si aucun entraîneur français n’évolue en ce moment dans un des cinq grands championnats européens, ça ne rend pas pour autant les coachs français moins bons que les autres. Pour franchir un cap et prétendre aller dans des clubs de top niveau européen, il faut tout un lobby derrière soi, des agents qui sont implantés et qui ont le pouvoir, le monopole sur le business, les médias etc. Ce n’est pas le cas mais ça peut rapidement le devenir. Ce que fait Zidane est exceptionnel, phénoménal. Forcément, ça rejaillira un jour sur tous les entraîneurs français. »

Club ou sélection ? – « La Coupe du monde, le plus grand spectacle du monde »

« Je ne choisis pas entre les deux, ça dépend forcément des projets. Celui de qualifier une sélection pour la Coupe du monde, de la préparer pendant quatre ans à ça… est exceptionnel, fantastique à vivre. J’ai eu la chance d’amener trois pays différents en phase finale de Coupe du monde (Côte d’Ivoire, Algérie et Japon : ndlr) et chaque fois ça a été sportivement et émotionnellement trés fort. La Coupe du monde, c’est le plus grand spectacle du monde donc y être est déjà une énorme satisfaction. »

Meilleur souvenir d’entraîneur – « Lille en Ligue des Champions, l’Algérie en Coupe du monde »

« Notre épopée lilloise, de la L2 à la Ligue des Champions (entre 1998 et 2002), après avoir éliminé Parme, une équipe qui faisait partie des meilleures d’Europe à ce moment là, reste un moment rare. Je le mets au même niveau que mon expérience avec la sélection d’Algérie jusqu’à la Coupe du monde 2014, inoubliable aussi. Et les titres de champion dans trois pays différents… j’adore toujours autant gagner, je suis aussi passionné par la victoire qu’à mes débuts. »

Pire souvenir d’entraîneur – « Je méritais d’aller en Russie avec le Japon »

Le Japon, une déchirure (crédit : site officiel de la fédération japonaise)

« J’ai très mal vécu mes deux licenciements… parce qu’ils n’avaient rien à voir avec le sportif. Mon départ de la Côte d’Ivoire était clairement lié à des intérêts politiques, celui du Japon, était plus économique. Ils m’ont empêché de profiter de mon travail, d’amener cette équipe en Russie alors que je le méritais. C’est l’aspect le plus difficile à vivre pour un coach mais c’est malheureusement une réalité aujourd’hui qui amène les dirigeants à faire des choix qui n’ont rien à voir avec les compétences ou même les résultats. Le foot est devenu un business comme un autre… »

propos recueillis par F.D.

 

 

 

Crédit photo : FC Nantes / Visuel : Actufoot