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Vikash Dhorasoo « Il faut taxer les transactions financières du football professionnel en faveur du monde amateur »

03/03/2020 à 16:01

Courage, idées, convictions. Voici les trois mots qui décrivent le mieux Vikash Dhorasoo, l'homme politique ! Tête de liste de la France insoumise dans le XVIIIe arrondissement, l'ancien du PSG a de vraies propositions à faire pour le sport, le football professionnel et amateur. Pour notre série #MaVilleMonClub2020, l'ex-international français se confie. Interview.

Vikash, comment est venue cette idée et cette opportunité de rentrer sur une liste électorale ?

Il y a eu un élément déclencheur. Au printemps 2019, le maire socialiste du 18ème arrondissement de Paris a voulu raser un terrain de football urbain, situé rue Burq. Pour moi, il était hors de question de voir disparaître ce symbole de vie locale et de s’attaquer au lien social. Dans ce city stade, tous les jeunes du quartier s’y réunissaient pour jouer, discuter et s’amuser. Avec d’autres citoyens de l’arrondissement, je me suis engagé dans cette mobilisation et nous l’avons remporté en sauvant ce terrain de football. Après ce combat, les habitants m’ont remercié, et à l’approche des municipales, l’idée d’une candidature citoyenne a émergé.

« L’injustice sociale et les discriminations me sont insupportables »

Étiez-vous déjà impliqué politiquement dans le passé ?

Oui, mon engagement politique ne se limite pas à ces élections municipales. Je viens d’une famille nombreuse, j’ai deux sœurs et un frère. Mes parents se sont installés en Normandie, au Havre, après avoir quitté l’Île Maurice. Ma mère était cantinière. Mon père travaillait sur le port, il était tuyauteur et a travaillé à en perdre sa vie puisqu’il est décédé après avoir été surexposé à l’amiante. Avant de devenir footballeur professionnel, dans ma cité de Caucriauville, j’ai vu les conséquences sociales de la crise économique issue du choc pétrolier du début des années 70 : chômage, stigmatisation, repli sur soi, rejet de l’autre. L’injustice sociale et les discriminations me sont insupportables. Toute cette histoire personnelle a été un préparateur de mon engagement. Après avoir parrainé l’association Paris Foot Gay, en 2011, j’ai fondé l’association « Tatane », un mouvement qui vise à redonner confiance aux jeunes des quartiers par le foot. Par la suite, j’ai aussi été ambassadeur de l’ONG Oxfam, qui lutte contre la pauvreté.

Pourquoi avoir choisi la France Insoumise ?

Je n’ai pas choisi la France Insoumise, la France Insoumise m’a choisi (rires). Plus sérieusement, à Paris, les Insoumis ont décidé de s’adosser à des citoyens de la société civile pour former une liste « Décidons Paris ». Comme beaucoup de mes concitoyens, je ne crois plus dans les promesses des politiques à l’aube des élections. Nous avons besoin de nouveaux visages et de diversité. Nous sommes en 2020, et la majorité municipale sortante n’a présenté aucune tête de liste issue de la diversité. Ma candidature est celle de la vraie gauche, celle qui est solidaire, féministe, écologiste, antiraciste et anticapitaliste. C’est pourquoi j’ai décidé de m’engager avec Danielle Simonnet pour la mairie de Paris en proposant ma candidature comme tête de liste sous les couleurs de « Décidons Paris » dans le XVIIIe arrondissement où je vis depuis plusieurs années et comme co-tête de liste au niveau parisien. Mais je ne suis pas à la France Insoumise, je fais partie du mouvement « Décidons Paris », soutenu notamment (mais pas seulement) par la France Insoumise.

« Je n’ai pas choisi la France Insoumise, la France Insoumise m’a choisi »

Comment ça se passe avec votre binôme Danielle Simonnet ? Avez-vous senti au départ des réticences de sa part parce que vous êtes un ancien footballeur ou un comportement autre que celui qu’on a avec un politicien ? Est-ce qu’elle vous a tout de suite pris au sérieux ?

Danielle est ravie. Elle s’est vite réjouie de mon soutien et a salué mes différentes prises de parole. Elle aime les gens courageux, engagés et intègres. Il y a celles et ceux qui parlent puis il y a les autres : ceux qui agissent. Danielle sait que j’appartiens à la deuxième catégorie.

Il y a des préjugés qui sont durs à dépasser. On vous regarde comme un homme politique aujourd’hui ou comme un ancien sportif de haut niveau ?

C’est une question redondante. Les journalistes me la posent constamment et ça tombe bien car j’adore y répondre. Je n’oublierai jamais d’où je viens. Un jour, lorsque je n’étais pas encore footballeur professionnel, un imprésario a appelé à la maison. Mon père a décroché puis est venu me voir : « Vikash, un agent de joueur vient d’appeler, il me propose 300.000 francs pour que tu signes avec lui. Tu ne signeras pas avec lui ». Ça m’a marqué, c’est sans doute la première fois que j’ai compris ce que « intégrité » voulait dire. J’ai beau être aujourd’hui un privilégié, je n’oublie pas d’où je viens. Celui qui a gagné ou gagne beaucoup d’argent a une responsabilité vis-à-vis des plus démunis. Quand on a le sentiment de s’être libéré, il faut aider à libérer quelqu’un d’autre disait la romancière américaine Toni Morrison. Tel est mon crédo.

Vous êtes tête de liste. Quels sont vos projets au niveau du sport et du football si vous êtes élu à Paris ?

Il faut tout d’abord soumettre au référendum l’organisation des Jeux Olympiques 2024. Cet événement sportif est une catastrophe annoncée d’un point vue économique, sociale et écologique. Le sport ne doit pas être un prétexte pour engranger des profits, créer de la dette et in fine porter atteinte à l’environnement. Concernant le football, ce sport est un excellent moyen de créer du lien social. Je ferai tout pour empêcher Nasser Al-Khelaïfi et la direction du Paris Saint-Germain d’ajouter le nom d’une société sur le Parc des Princes. C’est un sacrilège, au-delà du naming, c’est le Parc des Princes. Ce nom est magique. Il faut adopter une résistance face à ceux qui veulent faire du football un produit financier de luxe. Ce sport doit rester populaire.

« J’ai déjà pris des tacles par derrière, je suis immunisé contre les coups bas »

Dans vos idées politiques, est-ce que le sport prend une place importante ou vous avez réussi à mettre le sport et le foot sur le même pied d’égalité que les autres sujets politiques?

J’ai évidemment un intérêt particulier pour les questions sportives mais surtout pour les éléments en lien avec cela : la question de la santé, du rapport aux autres, du lien social. Mais je crois que toutes les questions sont liées et qu’il est nécessaire d’apporter des réponses transversales : sportives, sociales, économiques, écologiques…

Quelles sont les qualités de footballeur qui servent en politique ?

J’ai déjà pris des tacles par derrière. Je suis donc immunisé contre les coups bas. Rien ne me fait peur. Quand je me lance dans une campagne, dans un match ou dans une bataille, ce n’est pas pour perdre. Je suis et resterai un compétiteur.

Crédit photo : Denis Allard pour Libération

Au départ, n’avez-vous pas eu peur qu’on se serve de votre image de footballeur ? D’être simplement un argument de communication ?

Non. Encore une fois, je n’ai peur de rien ni de personne. Je sais d’où je viens et où je vais. Ma démarche est intègre, honnête et je suis au clair avec moi-même. Beaucoup de gens essaient de trouver des contradictions dans ce que j’entreprends mais peu d’entre eux partagent mon expérience sociale. La vertu est toujours plus affichée chez ceux qui veulent paraître vertueux que chez ceux qui le sont vraiment.

« Taxer les transactions financières du football professionnel en faveur du monde amateur. Voilà une idée concrète »

Que manque-t-il à Paris au niveau des infrastructures ? Quel sont les besoins des clubs amateurs de la capitale ?

Le sport amateur français a été complètement oublié dans la feuille de route dressée ces dernières années par les décideurs publics. Par exemple, sur l’ensemble du quinquennat d’Emmanuel Macron, il est prévu une baisse de budget de 13 Mds€ à laquelle devront se soumettre les différentes collectivités. Les arbitrages budgétaires sont rarement en faveur du monde sportif amateur. De nombreux clubs se retrouvent aujourd’hui en difficulté budgétaire afin de mener à bien leur projet sportif et éducatif. Sans plus attendre, il faut opérer un virage à 180 degrès et prendre l’argent là où il est : taxer les transactions financières du football professionnel en faveur du monde amateur. Voilà une idée concrète.

Est-ce que vous avez suivi les autres footballeurs qui font de la politique comme Niang ou Obraniak pour les municipales. Qu’en pensez-vous ?

Aujourd’hui, il y a une défiance des Français vis-à-vis de leurs élus. De fait, les électeurs cherchent de nouvelles têtes au travers desquelles ils peuvent s’identifier, loin des carcans de l’ENA ou de Sciences Po. Lors d’un scrutin municipal, on vote moins pour un parti que pour un visage, un nom, une personne que l’on connaît. Il est rare que d’anciens sportifs se frottent au suffrage universel. Il faut encourager ces initiatives à une seule condition : qu’elles soient motivées par l’intégrité, l’honnêteté et la transparence. Mais à la différence des footballeurs que vous citez, je me présente en tête de liste, c’est-à-dire que je me soumets directement au jugement des électeurs.

Propos recueillis par Keevin Hernandez