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Vincent Ramaël « Au Paraguay, les projecteurs étaient sur moi »

13/03/2018 à 18:34

Vincent Ramaël (29 ans), attaquant formé en Belgique et passé par l'AS Monaco, Cassis Carnoux, l'Es Pennoise, Levadiakos (Grèce) ou encore San Lorenzo (Paraguay), évolue aujourd'hui en première division en Andorre au FC Lusitanos. Le buteur se confie sur sa carrière et sur tous les clubs où il est passé. Interview.

Vincent, quand avez-vous commencé le football ?

A 15 ans, sur le tard. J’étais à Tourcoing à côté de Lille. J’avais fait un essai car mon frère m’avait poussé à rentrer dans le foot. J’ai joué deux ans à Tourcoing en U15 DH. Ensuite, j’ai été recruté par le Royal Excelsior de Mouscron en U17 Nationaux. J’ai vraiment découvert le monde du foot là-bas avec des entraînements tous les jours et de la prépa physique. J’ai mis un peu de temps à m’adapter. Mais finalement, à la moitié de la saison, j’ai été surclassé, je ne faisais que marquer des buts… J’ai terminé avec les U19 et j’ai intégré le groupe pro l’année suivante. Ca se passait super bien, on parlait de moi en disant que j’étais prometteur. Mais à la fin du championnat, je n’ai pas eu de contrat à la clé. J’ai dû reprendre avec la réserve…

Mouscron restera un club à part pour vous ?

J’y ai appris le foot. On m’a fait prendre conscience que je valais quelque chose. On a cru en moi là-bas ! J’ai commencé le foot, je n’avais jamais fait un entraînement de ma vie. Je n’avais que mes qualités naturelles, je n’avais jamais travaillé. Et c’est vraiment à Mouscron que je me suis formé avec Eddy Callaert, entraîneur des U17, une personne que j’aime beaucoup qui est comme mon papa spirituel. Quand je faisais une connerie il le savait et me faisait la morale…

Vous avez fait votre parcours U19 en Belgique. Comment était la formation là-bas ?

En Belgique, niveau formation, ils étaient en avance sur la France. Ils avaient un complexe formidable, des installations incroyables, il n’y avait pas la même mentalité et la même pédagogie qu’en France. Ils m’ont intégré à part entière dans leur équipe. C’était vraiment une famille. On avait fini champion. Apprendre, apprendre et apprendre, on n’était pas dans le résultat ! Bien sûr il fallait gagner mais ce n’était pas la priorité. On s’entraînait tous les jours. Humainement, ce sont les plus belles années de ma carrière.

Puis il y a eu Monaco. Comment s’est faite votre arrivée ?

Ça se passait super bien avec Mouscron, je continuais à marquer des buts et là Monaco s’est manifesté. C’est mon ancien président de Tourcoing, avec qui on resté amis, même s’il n’avait pas compris mon choix de partir en Belgique. Il m’a appelé pour me dire qu’il avait quelqu’un à me présenter : un agent. Je me suis pointé et cet agent, Mikaël Beck, (agent de Lucas Digne) m’a proposé plusieurs clubs : en Belgique, il y avait Anderlecht, Bruges et La Gantoise et en France, il y avait Saint-Etienne et Monaco.

Comment ça s’est passé ?

C’était dur au début ! Il y avait un gouffre entre les deux écuries… Je suis tombé sur des mecs qui avaient commencé le foot à 4 ans et qui avaient vécu le centre de formation. J’ai dû m’adapter. Je termine ma saison avec la CFA, et l’année d’après j’ai le choix d’être prêté. Ricardo, l’entraîneur de l’ASM de l’époque, me dit qu’il faut que je joue et me conseille un prêt en Ligue 2. J’ai parlé avec mon agent. Moi qui avait côtoyé le monde Belge, je me suis dit que ce serait plus intéressant de partir en D1 Belge. Le club m’a donné son accord et je suis parti à Tubize. C’était Albert Cartier l’entraîneur à ce moment-là. Puis, je suis revenu en janvier à Monaco car ils ne me payaient plus. Pourtant, j’avais fait une bonne demi-saison (10 matchs, 1 but). Je termine donc ma saison avec Monaco avec le groupe CFA.

Comment avez-vous vécu l’aventure monégasque ?

J’ai découvert la vie à ce moment-là… J’ai commencé à m’intéresser au monde de la nuit, aux femmes et à tout ce qui est extra-sportif… Les dirigeants de Monaco m’ont même dit qu’ils ne voudraient plus de moi l’année d’après. Je me suis ressaisis, j’ai arrêté mes conneries, j’ai bossé et les prestations sont revenues. Ils hésitaient à me proposer soit un contrat élite, soit un contrat stagiaire et pour me punir ils m’ont fait signer une nouvelle fois stagiaire. Six mois après, ils me faisaient signer pro pour trois ans. J’étais le premier de ma génération (88) !

Que retenez-vous de cette expérience ?

Je retiens que du positif. J’ai été un p****n de privilégié ! Niveau formation, ça reste l’élite. Ils sont dans le détail, c’est pro, ils ne laissent rien au hasard. Honnêtement, Monaco c’est fort ! Je suis arrivé avec mes yeux d’enfants, j’étais émerveillé. Je voyais ça à Téléfoot le dimanche et là je le vivais en vrai… Mais après, j’ai commencé à prendre mes marques. Même au niveau humain, j’ai gardé de supers souvenirs de cette aventure.

Vous rejoignez ensuite, en 2010, Cassis Carnoux…

On m’a proposé Cassis Carnoux. L’entraîneur, Didier Camizuli, me voulait absolument. J’habitais à Nice à l’époque, ce qui me faisait 2 heures de route. Du coup, j’ai accepté ! Ça s’est bien passé même si on retombe dans le niveau « amateur »… Mais c’était le niveau National, ce qui n’est pas négligeable. Seul bémol, l’entraîneur est viré le jour où j’arrive et Jean-Louis Bérenguer le remplace. Mais ça s’est bien passé avec lui aussi, j’ai fait une très bonne saison. Même si je ne marquais pas beaucoup, j’étais influent dans le jeu. Le Havre m’a même demandé de faire un essai. J’ai tenté le coup et ça s’est merveilleusement bien passé aussi. Je n’ai jamais compris le fin mot de l’histoire et je pense que je ne le comprendrai jamais… Ils m’ont dit qu’on se reverrait la saison prochaine, c’était quasi fixé, je cherchais même un appartement là-bas mais finalement ça ne s’est pas fait. Je me suis retrouvé fin août sans contrat !

Puis il y a la Grèce et l’APO Levadiakos. Pouvez-vous nous-en parler ?

Mon agent m’avait trouvé une porte de sortie à Levadiakos en Grèce, le club où Anigo entraîne en ce moment. J’ai signé 3 ans. C’était ma première vraie expérience pro à l’étranger. C’était compliqué de parler la langue, le mode de vie était différent. J’ai signé le dernier jour du mercato. L’entraîneur m’appréciait bien, il me met dans le groupe, je rentre 20-25 minutes, on perd 2 à 1 et il se fait virer après ce match. Un duo d’entraîneurs grecs arrive et je ne rentrais pas dans les plans. Tu te retrouves dans un pays que tu ne connais pas, où tu ne joues pas et donc l’intégration se fait moins facilement. Je ne pouvais pas attendre que le temps passe, je voulais jouer et ça se passait moyennement bien. Là-bas, c’est mafieux, c’est un peu corrompu mais je me suis adapté. Puis, il y a eu la séparation avec ma femme, j’ai cassé mon contrat au bout de 5 mois et décidé d’arrêter le football.

C’était un jeu différent ?

Au niveau des qualités individuelles bien sûr. Là-bas tout se joue à l’envie et à la détermination mais c’est moins fluide qu’en France. Le président arrivait dans le vestiaire et disait « toi, t’as mal joué, je ne te paye pas ». En Europe, gérer des clubs de cette manière, c’est pas possible ! Sans compter les retards de salaire mais c’est normal chez eux…

Vous décidez finalement de continuer le foot après avoir décidé d’arrêter ?

Oui, je suis quand même allé par la suite dépanner mon club de Tourcoing qui jouait en PH. On est monté et je ne savais pas quoi faire… J’avais des propositions mais pas d’offres de dingue. Et là, un club de troisième division belge, Géants Athois, me contacte. On me proposait un bon salaire et c’était à côté de chez moi. Je décide d’y aller pour me relancer et retrouver la forme mais au final c’est tout l’inverse qui se produit, ça m’a plus dégoûté qu’autre chose. Quand t’as connu des grands clubs, tu compares toujours… Et je n’avais pas fait le deuil de tout ça.

C’est un peu une période creuse dans votre carrière ?

Oui, je suis même parti à Winkel en D4 Belge. On a fini troisième, ça s’est bien passé mais j’avais des envies d’ailleurs. J’avais quelques soucis dans ma tête et j’avais besoin de changer d’air. Je suis alors parti au Touquet en DH. Les dirigeants avaient monté un projet, celui de monter en National en 5 ans et m’avaient proposé une reconversion professionnelle à la clé. Je me suis dit que j’avais tout à y gagner. Mais arrivé la bas, c’est encore une fois totalement l’inverse qui s’est passé. Ils avaient les yeux plus gros que le ventre et étaient loin de s’imaginer qu’il fallait investir davantage pour évoluer. Au bout de 6 mois j’ai arrêté et là encore j’ai fait une action bizarre, j’ai rejoint la plus basse division qui existe en signant au FC Wattrelos. Je voulais les aider. J’ai rencontré des gens sympas, j’ai pris du plaisir humainement, c’était cool ! C’était une autre façon de voir le foot, sans pression.

Après ça vous faites votre comeback dans le Sud à l’ES Pennoise…

Oui, j’ai eu un appel de Jean-Claude Fisher qui venait de reprendre La Penne (13) en CFA2. Il m’a dit qu’il avait gardé un bon souvenir de moi en National et qu’il aimerait que je revienne dans le Sud. Revenir me faisait repenser au passé et au début de ma carrière. Je me suis dit « il faut que j’y aille ! ». J’ai fait un an en CFA2 avec eux, une saison moyenne… J’avais pris du poids, je faisais 105 kilos. Mais j’ai travaillé, et en une saison j’ai perdu 25 kilos. L’année d’après, on reprend en DH pour une fausse feuille de match qui nous a rétrogradé.

C’est là que la chance de votre vie de footballeur s’offre à vous ?

Exactement ! A ce moment-là, le Paraguay s’est proposé à moi et je suis parti en cours de saison à San Lorenzo qui était en D2 paraguayenne à cette époque. Ça s’est super bien passé ! Je ne suis pas resté longtemps car il y a eu le décès de mon père. Je suis donc rentré en France. Ils m’ont laissé 15 jours pour faire le deuil et je n’y suis jamais retourné. C’est la plus belle aventure que j’ai eu… C’était incroyable ! La mentalité, l’accueil, la façon de travailler, les méthodes d’entraînement, c’était totalement différent. On faisait rarement du jeu réduit et toujours des oppositions, toujours avec le ballon ! Physiquement, je n’ai jamais été autant en forme que quand j’étais là-bas. J’étais affûté ! Au bout d’un mois, j’ai vraiment explosé footballistiquement parlant. La qualité de vie est incroyable. Franchement, c’est beau, les paysages, le pays… Ce n’est pas touristique comme le Brésil. Les gens passent mais ne s’arrêtent pas. C’est vraiment « vivre à la locale ». J’étais le seul blanc, blond, le seul footballeur français, ça m’a fait une petite pub. Quand t’arrives là-bas et que tu es français, ça parle de toi. Les projecteurs étaient braqués sur moi. Et ça a payé car après ça, j’ai eu plusieurs propositions…

Des regrets d’avoir dû stopper cette aventure ?

Non mais j’ai regretté pendant pas mal de temps. Aujourd’hui, c’est du passé. C’était positif, j’ai eu la chance de découvrir ce pays. Ça aurait pu se passer mieux mais aussi moins bien, c’est le destin, c’est comme ça. Ça se passait bien mais je n’y croyais plus. Je n’avais plus vraiment confiance en moi. J’étais heureux d’avoir donné une bonne image de moi là-bas et j’avais montré que je pouvais revenir au niveau. J’avais des choses à régler avec la famille, chez moi. Mais c’est comme ça, aujourd’hui je n’y pense plus.

En Amérique du Sud, il devait y avoir un public de folie ?

C’était de la passion, dans le bon sens comme dans le mauvais. C’est chantant, c’est l’ambiance musicale, les tamtam la petite musique…. Ils sont là, ils donnent tout. Le seul plaisir qu’ils ont, c’est de venir voir leur équipe locale. J’ai vraiment apprécié et été bien accueilli.

Quel est le plus grand souvenir que vous gardez ?

Chaque jour passé là-bas ! J’ai vraiment vécu comme eux, à l’hôtel certes, mais je mangeais comme eux, je vivais comme eux et ça m’a plu. Je n’ai pas voulu vivre au dessus d’un autre ou faire l’européen type. J’ai fait comme tout le monde !

Comment s’était passé votre adaptation ?

Très rapide ! J’ai mis 1 mois pour m’acclimater au jeu. C’est un football où il n’y a pas de temps mort, où on ne gère pas ses efforts. Il faut être à fond tout le temps ! J’ai dû apprendre à travailler comme ça.

Vous rentrez en France, puis vous retrouvez Carnoux…

Oui, j’ai repris à Carnoux pour passer le temps. Un mois après, je me suis fait les croisés. Opération, protocole et tout le bordel, j’ai repris en juillet dernier. J’ai fait la préparation avec Carnoux pour me conditionner et là, Andorre m’appelle. Le directeur sportif de Lusitanos (Andorre) était la personne qui m’avait envoyé au Paraguay. En septembre, j’ai refusé sa proposition, je n’avais pas envie, je n’étais pas prêt et là il m’a rappelé fin décembre et m’a dit « On peut se qualifier pour l’Europa League voire la Ligue des Champions, je te propose ça pour 5 mois et après tu vois. » Je revenais des croisés, j’ai alors réfléchi, mais j’ai accepté. Je me suis dit qu’un petit défi en plus ne ferait pas de mal !

Aujourd’hui vous êtes en Primera Divisio (D1 à Andorre) au Lusitanos…

Oui, je suis arrivé en janvier et je suis déjà le deuxième meilleur buteur du championnat avec 8 buts. Le premier en est à 9. L’objectif est de disputer le coupe d’Europe. On joue le quart de finale de la coupe demain et le vainqueur de cette compétition pourra jouer la coupe d’Europe. Honnêtement, c’est jouable ! Si on gagne demain, on va dire que le chemin sera tracé.

Vous avez 29 ans. Maintenant, vous espérez quoi pour la suite de votre carrière ?

Je ne pense pas qu’une offre en France m’intéresserait à part peut être un projet sympa avec un club de CFA ou de National… Je préférerai partir à l’étranger en Amérique du Sud, en Amérique du Nord, en Asie ou un truc ailleurs mais si ça ne se fait pas, ce n’est pas grave. Ce n’est pas un objectif mais un bonus mais honnêtement je réfléchirai.