InterviewLigue 1

Xavier Chavalerin (Reims) : « Je déteste être mis en lumière »

11/04/2020 à 12:00

Quand on dit de lui qu'il est un travailleur de l'ombre, Xavier Chavalerin (29 ans) est heureux. Pourquoi ? Parce que le milieu relayeur du Stade de Reims, qui se décrit lui-même comme une personne extrêmement timide n'aime pas être mis sous le feu des projecteurs. Le joueur formé à l'Olympique Lyonnais notamment aux côtés de Samuel Umtiti et Nabil Fekir a accepté de faire une petite exception pour Actufoot.com. Entretien.

Son confinement, la disparition tragique de Bernard Gonzalez, la baisse des salaires, le Stade de Reims…

Comment traversez-vous cette période difficile ?

Pour l’instant ça se passe bien. J’ai la chance d’être en maison avec un jardin et c’est mieux quand on a deux enfants (il sourit). Sinon on s’occupe, on se découvre de nouvelles passions ou on aide pour les devoirs. Pour ce qui est du foot, on a un programme d’entraînement chaque jour et des séances collectives en visioconférence avec l’application Zoom. Ça permet de garder des liens avec les joueurs et le staff.

Les journées ne sont pas trop longues ?

Je pensais que ce serait plus dur que ça. Franchement, j’avais peur d’avoir du mal à occuper mes deux enfants. Mais en fait ils sont contents d’être à la maison donc ça va. Du moins pour l’instant !

Vous réveillez-vous chaque matin avec l’envie de reprendre votre métier  ?

Sincèrement j’ai mis le foot un peu de côté à part les entraînements. C’est vraiment la santé qui est importante aujourd’hui. En étant à Reims pendant que ma famille vit à Lyon, je pense davantage à prendre des nouvelles tous les jours pour m’assurer que personne n’a de symptôme.

« Bernard, c’était notre « doc » mais surtout quelqu’un de notre famille »

Le Stade de Reims a vécu un véritable drame la semaine dernière avec la perte de son médecin Bernard Gonzalez (60 ans) qui a décidé de mettre fin à ses jours. Comment avez-vous vécu cette tragédie ?

Ça a mis un choc à tout le monde quand on a appris ça dimanche dernier. Bernard, c’était notre « doc » mais surtout quelqu’un de notre famille. Tout le monde était proche de lui. Il pouvait être là à n’importe quelle heure de la journée ou du soir pour aider car il ne comptait pas ses heures. On pouvait l’appeler parfois tard si on avait un souci et derrière il nous trouvait toujours rapidement les rendez-vous qu’il fallait. Il faisait plus que sa fonction et on le considérait vraiment comme l’un des nôtres.

Vous avez un souvenir qui vous revient parmi les nombreux moments passés à ses côtés ?

Je retiens surtout que c’était un vrai fan de foot. Il parlait souvent du beau jeu et du FC Barcelone qu’il adorait. Il avait d’ailleurs dans sa voiture une espèce de petite peluche du Barça qui portait le maillot de Messi il me semble. C’était assez drôle de voir parce qu’il allait aux matches avec elle du coup. Quand on parlait avec lui, on ressentait vraiment le connaisseur et passionné de football.

Bernard Gonzalez, contaminé par le Covid19, s’est donné la mort dimanche dernier à l’âge de 60 ans. Il était décrit comme un vrai passionné de football (photo : DR).

En parlant de football, vous devez être attentif aux articles dans les médias concernant les contours d’une éventuelle reprise.

J’ai vu qu’il y a eu des solutions évoquées par certains présidents de Ligue 1 mais en tant que joueur, on se met dans l’optique de reprendre n’importe quand. C’est surtout l’attente qui est un peu longue. On aimerait qu’une décision soit prise peu importe que la saison soit blanche, gelée ou qu’il faille la terminer en août. On vit quelque chose qui arrive une fois tous les cent ans donc on n’aura pas le choix de se plier à la solution trouvée. On se prépare à ne pas avoir de vacances mais le principal reste que les familles de chacun soient en bonne santé.

« On n’a pas à se casser la tête aujourd’hui en se disant qu’on ne va gagner que 70% de nos revenus »

Votre président Jean-Pierre Caillot est à l’initiative de l’accord conclu avec l’UNFP en faveur d’une baisse de la plupart des salaires des joueurs de Ligue 1. Est-ce une démarche que vous accueillez bien ?

Je trouve que c’est bien pour l’image de Reims. En plus on sait que notre président est bon négociateur (il rigole). Dans des cas comme ceux-là on doit tous se mobiliser. Je vais prendre l’exemple de mon club mais si on veut que tous les salariés soient payés, c’est obligatoire qu’on baisse nos salaires pendant cette période. Après on a vu qu’il est acté que ça revienne à la normale lorsque la saison reprendra. On n’a pas à se casser la tête aujourd’hui en se disant qu’on ne va gagner que 70% de nos revenus notre participation étant quelque chose de normal à faire.

Si on se replonge un petit peu dans le classement avant cet arrêt forcé des compétitions, on tombe sur un Stade de Reims cinquième de Ligue 1 donc provisoirement qualifié pour le tour préliminaire de l’Europa League. Quel regard portez-vous globalement sur le tiers de saison disputé ?

Il est positif puisqu’on est sur la dynamique de l’année dernière qu’on avait bouclée à la huitième place. Le coach avait dit en début de saison qu’il aimerait bien reproduire la même chose tout en s’améliorant sur le jeu et sur notre capacité à nous créer des occasions, qui était un peu notre point faible l’an passé. On arrivait à gagner mais avec très peu de situations. On a progressé dans ce domaine même s’il y a des choses à revoir au niveau de l’efficacité dans les 30 derniers mètres qui est l’aspect le plus difficile à gérer en Ligue 1. Le collectif est resté le même, tout le monde aime travailler ensemble et la concurrence est vraiment saine. Dans le foot c’est vraiment rare de trouver une telle ambiance mais nous l’avons à Reims.

« Je pense qu’on aime créer l’exploit. On défend sur chaque ballon comme des chiens et les « gros » aiment moins ça »

Vous aimez vous offrir le scalp des grosses écuries cette saison. L’OM au Vélodrome en ouverture du championnat (0-2), le PSG au Parc (0-2) mais aussi le LOSC. C’est quoi la recette pour construire ces succès de prestige ?

Je pense qu’on aime créer l’exploit. On est une équipe qui ne lâche rien et face aux grosses équipes c’est vrai que ça marche plutôt bien. On défend sur chaque ballon comme des chiens et les « gros » aiment moins ça. On a su aussi être efficace face à eux sur le peu d’occasions obtenues à la différence des matches contre les équipes de notre niveau.

« Quand on voit qu’on arrive à exploiter les failles de l’adversaire lors d’un match, on se dit que c’est fort »

Comment mesurez-vous l’influence de votre entraîneur dans ces affiches de gala ?

J’englobe le coach et son staff parce qu’ils font un travail assez impressionnant. On arrive vraiment à voir les points faibles de l’adversaire à la vidéo et on travaille beaucoup là-dessus au quotidien à l’entraînement. Les images passent toute la semaine sur les télés au centre et ça nous permet de les avoir en tête. Puis quand on voit qu’on arrive à exploiter ces failles en match, on se dit que c’est fort. Derrière ça nous galvanise encore plus. Le coach est fort aussi sur l’aspect psychologique parce qu’il trouve les mots qu’il faut pour nous lancer dans ce genre de matches.

Son travail et notamment ses résultats peuvent paraître sous-médiatisés. Peut-on selon vous l’imaginer dans un avenir proche au sein d’un club où la pression et l’exigence sont plus fortes ?

Il pourrait aller dans un club avec plus de pression mais concernant la médiatisation, je pense qu’il n’aime pas trop ça. Il préférera toujours qu’on parle de son équipe plutôt que de lui. Mais bien sûr il pourrait viser plus haut. Après c’est vrai qu’à Reims il est dans son élément pour faire du bon travail. Le coach est bien en place au sein du club et possède une bonne entente avec son staff et la direction. Il connait bien le groupe mais aussi les jeunes puisqu’il était avec eux avant et le centre d’entraînement est exceptionnel. Ça doit être dur aussi de quitter un club où on se sent vraiment bien. On connait aussi le métier d’entraîneur et on sait parfois que ça peut représenter un risque de partir.

« Je suis un gars qui se bat pour l’équipe, qui pense collectif avant de penser à lui »

A l’instar de votre coach, votre nom revient peu dans les médias ou sur les réseaux sociaux. Vous faites partie des rares footballeurs professionnels de Ligue 1 à ne pas posséder de compte Instagram par exemple. C’est dans votre nature de ne pas trop vous exposer sous le feu des projecteurs ?

Je déteste le fait d’être mis un peu en lumière même si c’est vrai que ça fait plaisir à ma famille lorsqu’on parle de moi. Je ne suis pas trop à l’aise lorsqu’il s’agit de parler devant les gens et ça même devant mes proches. C’est vraiment une timidité maladive on va dire (il en sourit).

L’image que l’on peut avoir de vous est celle d’un travailleur de l’ombre, d’un joueur fiable au sein d’une équipe. Cela vous caractérise bien ?

Oui j’adore quand on parle de qualités comme celles-là parce que ça me correspond vraiment bien. Je suis un gars qui se bat pour l’équipe, qui pense collectif avant de penser à lui. Je suis content quand j’entends de tels propos sur moi.

« Etre régulier est le maître-mot de ma carrière »

Vous jouez au moins trente matches par saison depuis plusieurs années, une statistique liée au terrain qui confirme votre image de joueur régulier sur la durée au plus haut niveau.

Etre régulier est le maître-mot de ma carrière. J’essaie d’être le plus performance possible sur la durée parce que le foot va tellement vite que si tu passes à côté de quelques matches, tu sors de l’équipe. Je me suis toujours mis en tête d’avoir de la régularité. Quand on joue, on est confiance donc le risque de blessure diminue. D’après moi si tu n’es pas bien mentalement dans la tête tu as plus de chances de te blesser. Je ne suis pas expert mais je me mets ça en tête et ça fonctionne pour l’instant (il sourit).

Vous évoquiez dans une précédente interview la différence flagrante au niveau technique entre la Ligue 2 et la Ligue 1. Vous semblez vous y être fait rapidement ?

Etre passé par la Ligue 2 est vraiment un plus quand on arrive dans l’élite. Au niveau du physique et des duels, la deuxième division est plus dure mais on voit la différence aujourd’hui en Ligue 1 au niveau de l’efficacité dans les 30 mètres adverses de chaque côté. Avec Reims on s’est vraiment bien acclimatés la saison dernière grâce à nos deux victoires contre Nice et Lyon, rien ne pouvait nous mettre plus en confiance que ça.

Xavier Chavalerin inscrit son premier but en Ligue 1 au Parc des Princes en Septembre 2018 (défaite 4-1)

Un an et demi plus tard, le groupe parle-il d’Europe ?

On n’en parlait pas trop avant le confinement après c’est vrai qu’on aimerait tous y aller donc on ne va pas se le cacher. Après on était aussi bien placé l’année dernière mais quand on a commencé à l’évoquer les résultats se sont compliqués. Quand on parle d’Europe, c’est aussi là qu’on voit les grands joueurs, ceux qui font la différence dans les moments clés. Il ne faut pas se prendre la tête car finir dans les huit premiers serait déjà très bien mais on ne va pas s’empêcher d’aller la chercher.

« El Bilal Touré ? Seules les vraies pépites ont ça en elles aussi jeunes »

Après l’éclosion de Boulaye Dia lors de la saison 2018/2019, la Ligue 1 a fait la découverte d’El Bilal Toure (18 ans). Vous l’aviez vu venir celui-là ?

Il s’entraînait avec nous deux ou trois semaines avant de faire son premier match et on a remarqué qu’il n’avait aucune pression. C’est rare à cet âge-là et je pense que seules les vraies pépites ont ça en elles aussi jeunes. On a vu tout de suite ses qualités que ce soit dos au but, dans ses remises ou de par sa tranquillité devant les cages. C’est assez fou et je n’en ai pas croisé beaucoup des comme lui. Sur son premier match contre Angers, il n’a eu aucune pression pour aller tirer le pénalty. Je crois que c’était Yunis (Abdelhamid) qui devait le frapper mais on s’était dit avant le match que si on sentait qu’il allait marquer, on lui laisserait le ballon. Je pense qu’il a un bel avenir devant lui d’autant plus qu’il est humble et bien dans sa tête pour le moment.

Deux belles années au Red Star

Vous êtes arrivé sur le tard en Ligue 1 en provenance du Red Star. Quels souvenirs gardez-vous de vos deux ans en région parisienne ?

C’était un club familial un petit peu comme à Reims. J’ai passé deux belles années là-bas même si c’était compliqué au niveau des terrains puisqu’on ne pouvait pas jouer à Bauer. On a fait une année à Beauvais et une autre à Jean-Bouin dans des stades où il n’y avait pas beaucoup de public. C’était pas évident de faire avec en sachant qu’à Bauer il y a des supporters de folie. J’étais un peu dégoûté de ça mais j’ai rencontré de supers coéquipies et personnes du club lors de mon passage au Red Star.

Que manque t-il selon vous à votre ancien club pour se stabiliser ? On rappelle que le Red Star joue la montée en Ligue 2 cette saison après avoir fait l’ascenseur l’année précédente…

Une fois qu’on monte dans une division le plus dur est d’y rester, de s’y stabiliser. Quand je compare avec ce qu’on a réussi avec Reims, je me dis que c’est plus facile d’enchaîner la seconde saison quand tu as terminé huitième lors de ta première année. Quand tu descends, tu peux perdre des partenaires financiers et des joueurs donc c’est compliqué de se stabiliser. Il faut qu’ils arrivent à ne pas faire l’ascenseur justement.

Xavier Chavalerin a porté les couleurs du Red Star durant deux saisons en Ligue 2 (2015-2017) sans jamais avoir joué au Stade Bauer

Sa jeunesse à Villeurbanne, sa formation à l’OL…

Que vous reste-il de vos premiers pas dans le foot sur les terrains de Villeurbanne ?

J’ai vraiment passé les meilleurs années de ma vie dans le foot à l’ASVEL. On avait un entraîneur, Richard Doumas, qui avait créé une vraie famille dans notre équipe que ce soit entre les parents ou les joueurs. On faisait tout ensemble et ça se ressentait sur le terrain. Je crois qu’on était l’équipe 3 du club par rapport à l’âge et on parvenait à battre l’équipe première mais aussi l’OL. A ce niveau-là, c’était déjà rare de battre Lyon (il sourit).

Vous avez été formé par Lyon entre 2004 et 2012. Avez-vous un encore un peu de l’Olympique Lyonnais dans le sang ?

Franchement j’ai passé de supers années à Lyon. Le club est au top au niveau de la formation de ses joueurs mais on ne s’en rend compte qu’une fois qu’on est parti. Quand on n’est pas conservé, ce qui a été mon cas, il y a forcément de la déception mais c’est lorsqu’on arrive dans des clubs de Ligue 2 qu’on réalise ce que le club nous a apportés. Après je n’ai jamais trop eu ce côté supporter de football. Je suis plus NBA, d’ailleurs à choisir entre le basket et le foot, mon choix est fait !

Xavier Chavalerin termine son parcours lyonnais en 2012 par une saison pleine en CFA (27 matches, 6 buts). Non conservé, il signe son premier contrat pro en Ligue 2 à Tours

Même lorsqu’il s’agit de votre championnat de Ligue 1 comme par exemple les « grands matches » du dimanche soir ?

Même pas ! Souvent, il y a un match de NBA le dimanche soir et je suis devant. Ça me permet de couper du foot !

C’était beaucoup de déception de ne pas signer pas pro à l’OL après tant d’années passées à l’Académie ?

On fait une superbe saison en CFA qui nous permet de terminer premiers avec la meilleure attaque toutes poules confondues. On m’avait fait comprendre que je devais signer puis finalement non. Ça a été plus là-dessus que j’ai ressenti de la déception. J’aurais préféré qu’on me dise clairement qu’on n’allait pas me garder et je l’aurais compris. On sait que c’est difficile de jouer à Lyon, un club toujours européen. Pour en sortir je savais qu’il fallait être au-dessus du lot et je ne l’étais pas.

On parle d’une sacrée génération, celle des Fekir, Lopes, Ghezzal, Lacazette, Ferri, Benzia… Vous avez gardé le contact avec certains d’entre eux ?

Il y avait de vraies pépites ! Non pas vraiment mais c’est parce que je suis quelqu’un qui ne garde pas trop le contact. Je préviens d’ailleurs souvent les joueurs qui deviennent des potes dans les clubs où je passe. Je leur dis que s’ils ne me donnent pas beaucoup de nouvelles, ce n’est pas ma grande force de base d’en donner. Bien sûr ça me fait plaisir d’en avoir mais je ne suis pas trop téléphone. D’ailleurs même pour mes parents c’est difficile de m’avoir !

Propos recueillis par Thomas Gucciardi

 

Photo une : Stade de Reims.