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Xavier Collin (Épinal) : « Arrêter de penser que le niveau du foot amateur est faible »

04/03/2020 à 11:04

Xavier Collin est viscéralement attaché au Stade Athlétique Spinalien. De ses débuts de joueur à ses grandes émotions d’entraîneur, le technicien vosgien de 45 ans "doit beaucoup au club". Pour Actufoot, il se livre sur son parcours, l'épopée de son équipe jusqu'aux quarts de finale de la Coupe de France 2020 et nous donne sa vision du foot amateur français. Entretien !

Le match de Coupe de France face à Saint-Etienne (élimination 2-1, le 13 février) a-t-il été digéré par vos joueurs et le club ?

On peut dire que oui parce qu’on a gagné à Mulhouse (3-0) dimanche (l’interview a été réalisée le 19/02, avant un autre succès en National 2, 1-0, face à Lille B, ndlr), mais c’est sûr que c’est encore dans les têtes. C’est une vraie déception, une frustration de se faire éliminer après ce match-là. Nous sommes dans l’obligation de passer à autre chose mais ça reste compliqué.

Avec du recul, que regrettez-vous ?

Le manque d’efficacité dans les deux surfaces. On est tombé sur une équipe très efficace contrairement à nous. On fait preuve de suffisance dans les zones de vérité sur le plan défensif et de justesse dans les 25 derniers mètres. La différence se fait là. Saint-Etienne a su exploiter nos erreurs.

Aviez-vous gardé vos habitudes d’avant-match pour ce quart de finale de Coupe de France ?

Oui tout à fait. On voulait rester dans notre routine. On a l’habitude d’aller manger chez un de nos partenaires et de laisser les garçons rentrer chez eux après le repas. On a commencé à se préparer à partir de la causerie, c’est ce qu’on a fait même si nous étions délocalisés au stade Marcel Picot. On n’a pas voulu mettre de pression supplémentaire.

Sans polémiquer, l’arbitrage a-t-il penché du côté de l’équipe hiérarchiquement supérieure ?

On n’a pas pour habitude de parler de l’arbitrage et on n’en parlera pas, même si on peut s’estimer frustré par celui-ci parce qu’on pense que ça a penché du côté de Saint-Etienne. Comme je l’ai dit : les décisions ne font pas basculer le scénario, mais ça ajoute une frustration supplémentaire quand Saint-Etienne gagne du temps. Mais, encore une fois, on ne se retranche pas derrière ça, et quand on regarde le match à la vidéo on a un sentiment un peu différent en tant que petite équipe. On aurait aimé être arbitré de la même manière que Saint-Etienne, mais ce n’a pas été le cas.

Qu’est-ce qui a été le plus dur à gérer dans ce quart de finale ?

Un peu tout. On joue une équipe de Saint-Etienne en difficulté en Ligue 1 et qui a fait de la Coupe de France un objectif. On se retrouve délocalisé dans un stade qui n’est pas le nôtre, avec un manque de repères. Et, une pression supplémentaire sur les épaules de nos garçons qui n’ont jamais joué ce genre d’événement. On sortait d’un exploit contre Lille, nous étions attendus. On a vu au fil du match qu’on avait une équipe de qualité, qui a tout donné, mais sous pression. Le contexte, l’environnement, nous ont empêché de nous libérer, de jouer comme on aurait dû et pu le faire. Ça reste un événement exceptionnel avec du public, des médias, la télévision, etc… On a une équipe composée de jeunes joueurs, ça a été un bon apprentissage pour eux.

On se souvient du 8ème de finale de Coupe de France de 2013, perdu 2-0 contre le RC Lens, ou d’autres épopées… Cette compétition est-elle à part pour le club vosgien ?

C’est sûr que depuis 10 ans le club est attaché à cette compétition. On a eu la chance de recevoir Lyon en 2013, même si je n’étais pas là, d’aller à Nantes pour un 8ème de finale, de recevoir l’Olympique de Marseille il y a 2 ans, d’aller à Strasbourg en 32ème l’année précédente. C’est une compétition qui permet à notre public de retrouver des moments chargés en émotions. Le club y est attaché, les joueurs y sont attachés. C’est une belle récompense aussi pour toutes les personnes qui œuvrent dans l’ombre.

Et cette saison vous avez encore écrit une belle page du Stade athlétique spinalien pour ses 79 ans d’existence, en êtes-vous fier ?

C’est une vraie fierté ! Personne ne pourra enlever cette page d’histoire, c’est ce que l’on avait dit à nos garçons, de profiter de ces moments. Dans une carrière, jouer un quart de finale de Coupe de France est rare. C’est une compétition qui est compliquée lorsque nous sommes dans le monde amateur. Il faut profiter de ces moments-là. C’est une grande fierté même si on aurait aimé continuer cette aventure.

Et qu’un autre club amateur comme Belfort parvienne également à aller si loin dans la compétition, est-ce positif concernant le niveau du foot français ?

Je pense qu’aujourd’hui il faut remettre les choses dans leur contexte. La Coupe de France reste une compétition extraordinaire pour les clubs amateurs qui arrivent à se transcender. Lorsqu’on joue des équipes professionnelles, ces dernières ont tendance à faire tourner quelques joueurs. Ils font défaut dans l’engagement et la générosité, c’est dommage…. Et, on le dit souvent à nos joueurs : certains ont fait partie de groupes pros et pourraient évoluer dans certaines équipes de National, de Ligue 2 voire de Ligue 1. Les clubs amateurs ont tout à gagner, ils n’ont qu’un seul but : atteindre les 32èmes de finale et rivaliser avec les clubs pros. Il faut un brin de réussite, une équipe de qualité et un état d’esprit. Il faut arrêter de penser que le niveau du foot amateur est faible, je pense qu’au contraire il est de plus en plus intéressant. Il faut y porter beaucoup plus d’intérêts. Le regard des clubs pros n’est pas le bon : croire que jouer une équipe de National ou de National 2 est une formalité… Il faudrait donner plus de moyens au monde amateur pour augmenter sa compétitivité.

Quelles sont les ambitions d’Épinal pour la fin de saison ?

Notre objectif n’a pas changé : jouer le top 5, voire essayer d’approcher une place sur le podium (Épinal est 6ème à ce jour, Ndlr). Nous sommes tombés dans un championnat avec Sedan, Bastia et Bobigny, la surprise, trois équipes qui survolent le groupe. On s’est retrouvé rapidement loin de ces équipes-là. C’est pour ça qu’on a privilégié la Coupe de France. Ce groupe de qualité doit se servir de la Coupe de France pour aller chercher ces places en championnat.

Et, qui sera champion de ce groupe A selon vous ?

Sortir une équipe est difficile, même si je pense que Sedan peut l’être. Ils ne prennent pas de buts et ont un effectif de qualité. Bastia est dans une position favorable, celle du chasseur, mais je mettrais une pièce sur Sedan malgré la pression qu’il doit avoir aujourd’hui (Ndlr : depuis Bastia a dépassé Sedan).

Xavier, revenons sur votre parcours de joueur. Épinal, Poitiers, Amiens, Gueugnon, Ajaccio et Montpellier, sur les trois plus hauts niveaux du foot français, racontez-nous…

J’ai été formé à Épinal. J’y ai signé mon premier contrat stagiaire et professionnel, malheureusement, le club est descendu en National. Il est alors venu le temps de s’épanouir ailleurs, dans le projet du Stade Poitevin qui était un club ambitieux mais a déposé le bilan… Ensuite, il y a eu la période en Ligue 2 avec Amiens et Gueugnon où j’ai pu continuer ma progression. Des clubs aux passés historiques importants au deuxième échelon national. J’ai eu la chance de gagner mon premier trophée en Coupe de la Ligue avec Gueugnon (2000). Ce sont des clubs avec l’esprits de famille, des ambiances de travail qui me permettaient de continuer ma progression. J’ai eu la chance de signer à 28 ans à Ajaccio pour la première fois en Ligue 1. Certainement mes plus belles années avec quatre saisons ans parmi l’élite, mais aussi deux autres en Ligue 2. Rolland Courbis qui m’avait fait venir en Corse m’a proposé de retrouver la Ligue 1 avec Montpellier à travers un projet ambitieux. J’ai vécu deux années exceptionnelles avec l’Europa League, la Ligue 1 et une dernière année bonus car à 37 ans j’ai pu continuer à évoluer au sein d’un groupe pro. Même si j’ai moins joué, j’ai profité de ces derniers moments avant de basculer sur ma carrière d’entraîneur.

Votre victoire en finale de la Coupe de la Ligue 2000, avec Gueugnon contre le PSG, a-t-elle été la plus belle ?

Ça reste un trophée exceptionnel remporté contre le Paris Saint-Germain et c’est le seul, mais aujourd’hui j’ai envie de dire que l’aboutissement pour un joueur de football est de jouer en Ligue 1. C’était pour moi le rêve inaccessible auquel je ne pensais jamais pouvoir parvenir. Personne ne pourra me l’enlever !

Vous avez connu de nombreux coachs de renom tels que René Girard ou Alex Dupont, qu’avez-vous appris à leurs côtés ?

J’ai envie de dire qu’on se construit à travers les entraîneurs que l’on a pu avoir. J’ai eu la chance d’avoir des coach de qualités différentes, que ça soit Rolland Courbis dans le management, René Girard par sa grinta, Gernot Rohr avec son vécu, Ruud Krol à Ajaccio, Alex Dupont qui avait une approche différente. Rolland Courbis m’a transmis cette confiance, et sans lui je ne serais pas-là. C’est l’entraîneur qui a su trouver les mots pour prendre conscience de mon potentiel.

À Épinal, vous êtes coach et manager général, comment conciliez-vous les deux ?

Aujourd’hui, on est dans un fonctionnement de club amateur, avec un président et un manager général que je suis. C’est beaucoup de responsabilités, mais je remercie le président de m’avoir donné cette confiance. Ce n’est pas toujours simple parce que c’est beaucoup de temps passé au sein du club, mais ça me permet aussi de progresser car on touche à toute l’organisation politique et sportive du club. On s’attache à structurer le club et à le faire progresser, c’est notre objectif !

On vous surnomme le Bruce Willis des Vosges, est-ce exact ?

Oui c’est vrai ! C’est plus par rapport à ma coupe de cheveux. Je suis une personne de caractère, lorsque j’ai une intuition on fonce ! C’est notre créneau, on a envie d’avancer, de faire plaisir, d’être généreux. Je me trouve aujourd’hui entraîneur comme j’étais joueur.

Vous voyez-vous rester longtemps à Épinal ?

J’ai la chance d’être dans le club qui m’a formé. J’aimerais rendre à ce club ce qu’il m’a offert. J’aimerais sincèrement au moins retrouver le National 1 et stabiliser Épinal à ce niveau-là.

Quel championnat vous fait vibrer ?

Je suis fan de deux championnats : la Premier League, car j’aime la générosité et la combativité, et celui de Bundesliga pour la qualité de jeu. Ils me font rêver avec cette envie d’aller de l’avant, de toujours jouer pour gagner. Les clubs anglais et allemands sont de très haut niveau.

Propos recueillis par Farid Rouas.

Crédit Photo : FFF