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Yohan Demont : « A Lens, on a besoin de se construire à partir de la formation »

25/05/2020 à 17:00

Avant de reprendre l'équipe réserve en milieu de saison, Yohan Demont a bien connu le pôle formation du RC Lens. Ces dernières années, il a successivement été éducateur U16 et U17. Pour Actufoot, l'ancien capitaine emblématique sang et or détaille la politique du club de l'Artois.

Le Racing Club de Lens est de retour en Ligue 1 après cinq saisons passées en L2. Comment vous avez réagi à cette nouvelle, vous qui êtes très attaché à l’institution sang et or ?

Ça a été une réelle joie d’apprendre ce dénouement. Les faits font que le club remonte en raison de l’arrêt des championnats, mais quelque part c’est mérité parce que Lens est resté longtemps aux sommets du classement cette saison. Plusieurs scénarios avaient été envisagés par les institutions, et au club on espérait que la saison blanche ne soit pas validée vu qu’on était pas trop mal partis. Finalement, elles ont choisi l’option de faire monter les deux premiers, on en fait partie et on est très heureux. Cela fait quelques années que Lens est en Ligue 2, et ce n’était pas facile car c’est un club de Ligue 1, tout simplement. C’est bien qu’ils retrouvent l’élite, mais maintenant le plus dur commence.

La logique n’aurait-elle pas été que le RC Lens remonte plus tôt ?

On a vécu des saisons lors desquelles on n’a pas forcément fait les choses qu’il fallait au bon moment. Après, on sait aussi qu’une saison en Ligue 2 c’est long, c’est dur. En début de saison, il y a toujours trois, quatre équipes qui se dégagent du fait du statut du club, de sa notoriété, son histoire, et qui sont favorites. Mais au final ils sont bien plus nombreux à jouer la montée. Et c’est sur la durée qu’il faut être bon en Ligue 2. Je pense qu’il y a des saisons où c’est ce qui nous manquait, où on a eu des petits trous. Mais on ne va pas refaire l’histoire. Ce qui est bon à prendre c’est maintenant : la montée est actée, donc il ne reste plus qu’à faire les bonnes choses pour rester en Ligue 1.

A titre personnel, votre saison a été pour le moins particulière : vous avez été nommé entraîneur de la réserve le 26 février suite à la promotion de Franck Haise avec l’équipe première, vous avez dirigé un match (0-0 à Reims) puis les championnats ont été suspendus. Comment avez-vous vécu cette période ?

Comme tout le monde j’ai été déçu de ne pas continuer. On savait qu’il restait une dizaine de matches, mais j’ai à peine eu le temps de poser mes bagages puisque j’étais avec les U17 juste avant. Ce n’était pas une découverte non plus parce qu’avant cette expérience en tant qu’éducateur des U17, j’ai été adjoint de Franck Haise pendant deux saisons. Je connaissais le groupe de N2, donc ça ne m’a pas perturbé plus que ça. J’avais juste repris les U17 en début de saison parce que j’avais envie de manager une équipe. J’ai appris plein de choses au côté de Franck Haise, aujourd’hui je suis entraîneur de la réserve et j’ai été reconduit pour la saison prochaine.

« A Lens, il faut un véritable relais entre les entraîneurs des différentes catégories »

Que pensez-vous du choix de promouvoir Franck Haise au poste d’entraîneur de l’équipe A ?

Pour avoir bossé avec lui, je peux garantir qu’il va en étonner plus d’un. Parce que quand on arrive en Ligue 1, certaines personnes sont dans l’attente de voir des entraîneurs d’expérience. C’est comme quand on va en discothèque et qu’on vous dit « c’est une soirée des habitués » et qu’on ne vous laisse pas rentrer (rires). Mais de ce que j’ai vu de lui en tant qu’adjoint, j’ai remarqué que c’est un bon coach, qu’il colle aux valeurs lensoises, y compris humainement, qu’il sait faire passer des messages, que tactiquement il est très bon, et que ce qu’il fait c’est carré. Je ne suis pas du tout inquiet. Depuis trois ans qu’il est à Lens, il a démontré de belles choses et ça collera avec l’ADN du club.

Le club a-t-il pour vocation de favoriser les promotions en interne ?

Quand il y a des éléments qui démontrent certaines choses choses, le club leur fait confiance. Par la suite, ils essayent de peaufiner, pour créer une réelle équipe, une cohésion. Par exemple, l’entraîneur des pros doit être constamment en communication avec l’entraîneur du N2, qui doit lui-même être en lien avec celui des U19… Il faut un véritable relais. L’optique d’un club comme Lens est basé sur la formation. D’ailleurs si on regarde bien les dix dernières années, le club a beaucoup vécu sur la base de la vente de jeunes talents. Ce n’était pas une joie pour le club mais c’était primordial pour les finances. Et c’est grâce à cette formation que le club peut avancer. Donc on a besoin de créer tout ça. On n’est pas le PSG, qui a de gros moyens et qui peut se concentrer sur l’équipe pro. Nous on a besoin de se construire à partir de la formation.

Quel regard vous portez sur la formation à Lens ?

J’ai eu une génération en U17 qui était très intéressante. Le plus dur c’est de garder ces éléments parce qu’aujourd’hui le football va très vite. On n’attend plus 25 ans pour jouer en pro. Et c’est très difficile de garder ses jeunes pousses, parce qu’il y a tellement de monde qui gravite autour, en terme d’agents, de conseillers… Parfois ça monte un peu à la tête du gamin alors qu’il ne joue qu’en U17 et il oublie de travailler. C’est souvent difficile de leur faire garder les pieds sur terre et leur expliquer que demain ils ne vont pas forcément jouer au Barça. Aujourd’hui, le club a nominé Assadourian à la direction de la formation. C’est un club qu’il connaît bien puisqu’il y était déjà il y a quelques années (entraîneur des U18 puis de la réserve entre 2008 et 2012, ndlr). Il revient dans sa région, vu qu’il est originaire de Lille, et à au Racing il remet certaines choses en place. Donc je pense que c’est très positif pour la formation.

« Je préviens les jeunes dès le début de la saison, je leur dis qu’il ne faut pas perdre de temps et qu’il faut bosser parce que le foot ça va vite »

26 joueurs ont été libérés du centre de formation au début du mois de mai. Avez-vous été consulté avant qu’ils le soient ?

C’est le fruit de tous les centres de formation. Il y a toujours des choix à faire en fin de saison. C’est vrai que ce n’est pas évident, parce que lorsqu’on doit se séparer d’un 2004 qui a passé deux ou trois ans au club, c’est un coup d’arrêt pour le gamin. Mais ça fait partie du football. On est obligé d’arrêter certains joueurs parce qu’on juge que la saison suivante sera compliquée. Quand vous prenez un U16 qui joue en R1 et qu’il doit passer en U17 Nat l’année suivante, il y a un fossé. On dispose aussi d’une cellule de recrutement et s’ils trouvent un profil intéressant, il faudra forcément se séparer de certains joueurs du club. Ce n’est pas facile et c’est pour ça que ces décisions sont prises par l’ensemble des éducateurs de la formation.

Quels conseils pourriez-vous donner aux joueurs concernés par une éventuelle libération en fin de saison ?

Quand je me sépare de joueurs, j’essaye de les aider en leur trouvant un projet. Récemment j’ai accompagné un jeune qui est retourné à Wasquehal (Maxence Lescroart, ndlr). C’est un gamin qui était en N2 et aujourd’hui il est content de retrouver un club. Il était cohérent et ne s’attendait pas en signer pro à Lens. Il sait que le football a ses limites. Mais dans l’ensemble, on essaye toujours de replacer les gamins. On reçoit des appels, on essaye de faire au mieux pour le joueur. J’ai été deux ans avec les U16, en U17 l’année dernière, deux années en N2, donc forcément les jeunes de ces dernières générations je les connais. On créé des liens et ça se passe souvent bien avec eux. Donc c’est difficile de leur annoncer qu’on ne les garde pas. Mais ça fait partie du foot et ils le savent. Je les préviens dès le début de la saison, je leur dis qu’il ne faut pas perdre de temps et qu’il faut bosser parce que le foot ça va vite.

Quel est le plan de reprise en cette période post-confinement ?

C’est compliqué de savoir parce qu’il n’y a pas vraiment de date fixée pour la reprise des entraînements. Ce qui est sûr, c’est que tant que la sécurité ne peut pas être assurée à 100%, on ne va pas faire revenir les gamins au club. Au centre, ils sont 80 jeunes et on ne se voit pas annoncer à un parent que leur enfant est atteint du coronavirus. Donc on essaye de prendre nos précautions, et on s’organisera en fonction des décisions prises. Par exemple, si en N2 les championnats reprennent en octobre, je ne vais pas faire revenir les joueurs en juillet. Cela ne me paraît pas cohérent. De mon côté, j’ai fixé des matches de reprise autour du 10-15 juillet, ce qui aurait été logique si on reprenait le championnat un mois plus tard. Maintenant, on attend qu’une date de reprise des championnats soit prononcée. Et à partir de là on pourra commencer à envisager un retour aux entraînements.

Crédit photo : RCLens.fr

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