Portrait

Yunis Abdelhamid, le défenseur « bankable »

13/12/2018 à 17:08

"Il doit accepter cette forte concurrence et persévérer", tels sont les mots du sélectionneur du Maroc, Hervé Renard, à propos de Yunis Abdelhamid. Le monde amateur, un Master en Science de la Gestion, une fausse montée avec Luzenac... et pourtant, aujourd'hui, le défenseur central fait les beaux jours du Stade de Reims en Ligue 1 et tape à la porte des Lions de l'Atlas. Découvrez l'incroyable parcours de celui qui est devenu en quelques années un défenseur "bankable".

Pas de centre pour le central !

C’est l’histoire d’un footballeur professionnel pas comme les autres. Pas de centre de formation, un long parcours en amateur, un contrat professionnel signé à l’âge de 24 ans… Yunis Abdelhamid fait partie de ceux qui font rêver par leur parcours atypique. Issu du quartier Paul Valéry de Montpellier, le futur défenseur de Ligue 1 grandit entre le ballon et les études. Il commence à jouer au foot dès son plus jeune âge dans son quartier. Puis vers l’âge de 13 ans, il débute au Montpellier Arceaux. Deux ans plus tard, il intègre l’ASPTT Montpellier puis l’AS Lattes à ses 17 ans. Il ne connaîtra le niveau Ligue qu’à ses 19 ans, avec ce dernier club. « C’est la force tranquille, un joueur très à l’écoute qui n’a cessé de progresser. C’est un joueur qui s’est toujours hissé au niveau. De U17 District à U19 Ligue puis à Seniors DH. Il était toujours à la hauteur ! Puis, il est passé de DH à Ligue 2 sans soucis. Ce n’est pas surprenant qu’il ait ensuite connu la sélection avec le Maroc et donc la Ligue 1 » juge Yohann Febrer, son premier entraîneur en Seniors DH à l’AS Lattes.

« Je l’ai repéré dans un match de U19 District avec un autre joueur (Yunis venait d’avoir 17 ans). Ils jouaient à l’ASPTT Montpellier et affrontaient notre équipe réserve U19. Sa puissance et son agressivité dans les duels sautaient aux yeux » se souvient Yohann Febrer, celui qui l’avait fait venir à Lattes. Depuis ce jour, Yunis Abdelhamid ne s’arrête plus de progresser. Cependant, durant cette époque lattoise, le jeune roc montpelliérain, est terre à terre. Il sait qu’il sera difficile de devenir professionnel, il n’y pense même pas. C’est pour cette raison, qu’à côté du ballon rond, il continue de construire sa carrière. Les études… le chemin qu’emprunte un jeune « basique », un jeune comme les autres, un jeune qui n’évolue qu’au niveau District.

Yunis Abdelhamid, de comptable à footballeur…

« En parallèle, j’ai fait mes études car, pour moi, devenir footballeur professionnel n’était plus un rêve, je n’y croyais pas. Mon seul objectif était de, pourquoi pas, monter en CFA2 avec l’équipe de Lattes. Du coup, je suis allé jusqu’en Master dans la comptabilité et finance avec l’objectif de devenir expert comptable » raconte Yunis Abdelhamid aux journalistes de Canal+ lors du J+1 qui lui est consacré il y a deux mois, avant de rajouter avec le sourire au coin des lèvres « Si mes coéquipiers me posent des questions, j’essaye de les aider concernant les impôts, surtout pour les plus jeunes qui ne sont pas au courant de tout ce qui se passe en dehors du foot… ».

Des études brillantes, un master en sciences de la gestion option finances et comptabilité, des expériences dans le bâtiment aux côtés du paternel, des oncles, des copains avec le foot en fil rouge à Lattes, Yunis Abdelhamid a assuré ses arrières, ce qui est normal pour un défenseur. Une couverture ou une deuxième lame comme on dit dans le milieu du foot. A l’époque, sa vie universitaire qui lui demande du temps, est difficile à allier au football « Ça l’amenait parfois à manquer des séances à cause de cours ou de stages » se souvient son ancien coach Yohann Febrer. D’autant plus que le jeune défenseur a soif de football. En plus de la fac et des entraînements en DH, il rejoint l’équipe de Montpellier Agglomération en Futsal. Il participera d’ailleurs de très près à la montée du club en L1 Futsal. Mais, en dehors de ces difficultés, sa formation à la faculté lui apporte aussi quelques qualités et valeurs qui lui serviront dans son parcours de footballeur. « Il s’entendait bien avec tout le monde. Il était très discret mais toujours souriant. C’était le coéquipier modèle. Mettre l’ambiance, ce n’était pas trop son genre, mais il était toujours ponctuel et rigoureux. C’était son côté comptable ! » s’amuse son ancien capitaine à l’AS Lattes, Renaud Bataille.

Le coup de Lattes !

Après une saison réussie avec les U19 de l’AS Lattes où l’équipe atteint les 16es de finale de la Coupe Gambardella, il intègre immédiatement le groupe seniors DH de Yohann Febrer. « Avec une très forte concurrence dans l’axe, je l’ai d’abord fait évoluer en latéral gauche. Il compensait sa relative lenteur par un engagement permanent. Il fallait le canaliser, il faisait beaucoup trop de fautes. Mais progressivement, il a épuré son jeu » se remémore l’entraîneur. En effet, le défenseur a commencé sur l’aile et non dans l’axe, son poste actuel. Mais son état d’esprit était déjà celui d’un professionnel comme l’explique son ancien coéquipier Benjamin Bodiou : « C’était un peu le chouchou du vestiaire. Il était toujours souriant, plein de vie. C’était quelqu’un de très humble, de très gentil. Il n’a jamais eu de soucis avec quiconque. Il avait une maturité très avancé pour son âge ».

Discret et réservé, Yunis Abdelhamid commence sa première année en Seniors sur la pointe des pieds. Cependant, son aura et son charisme feront de lui quelqu’un de particulier dans le groupe. « Il a toujours été apprécié de ses partenaires. Et progressivement, sa voix a compté dans le vestiaire » se rappelle Yohann Febrer. « Au début, il était un peu timide. Mais à la fin, c’était lui le patron avec Anthony Fayos » se souvient Renaud Bataille, son capitaine lors de sa première saison à l’AS Lattes. Et au fil du temps, comme le disent ses anciens partenaires, le roc franco-marocain est devenu un leader : « C’est devenu le capitaine lors de sa dernière saison à Lattes où je l’ai replacé en défenseur central. Il était impressionnant. Je pense que le fait d’avoir joué à ses débuts comme défenseur central/stoppeur avant de venir à Lattes, lui a donné un plus dans les duels. Ensuite, avoir évolué en latéral gauche, puis en axial gauche dans une défense à 3 et enfin en leader à 4 dans l’axe, l’a enrichi tactiquement » ajoute son ancien coach.

Un dunk de « Boris Diaw » !

Yunis Abdelhamid devient donc  le copain de tout le vestiaire. Adoré, chouchouté, respecté, le stoppeur, bien que discret, n’est pas le dernier pour plaisanter. Comme dans toutes les équipes, ça chambre ! Et le colosse de l’AS Lattes n’y échappe pas… « En 2008, on avait sur le site internet de l’AS Lattes une rubrique qui s appelait « Histoire d’en rire » et on avait une sous-rubrique qui s’intitulait « Les sosies ». On trouvait des sosies aux entraîneurs et aux joueurs. On avait trouvé celui de Yunis, c’était Boris Diaw, le basketteur. On avait fait un montage avec une vidéo. Après, on le chambrait sur ça, on l’appelait Boris. Je ne sais pas si ça l’a suivi ou pas mais à l’époque c’était le même profil. Prenez une photo de Diaw plus jeune et comparez… c’était le même ! » en rigole encore Benjamin Bodiou, son ex-coéquipier. « En effet, on l’appelait tous Boris Diaw ! Mais il réagissait bien. Il ne se vexait pas. C’était vraiment bon enfant » confirme Renaud Bataille. Il y a un autre moment où le puissant marocain avait fait rire ses potes : « Pour la prépa physique et la récupération, le coach nous avait installé dans les douches des poubelles remplies de glaçons. C’était il y a 10 ans, c’était les toutes nouvelles techniques de récupération… Je me rappelle de Yunis, il était dedans, il avait super froid. On avait pris une photo tellement ça nous avait fait rire ».

C’est la révélation !

Le joueur progresse au fil de ses années à l’AS Lattes. Au fur et à mesure, en même temps qu’il s’impose comme un cadre de l’équipe, il corrige les quelques défauts de son football. En effet, au début, il y avait quelques points à revoir… « Le placement était approximatif et sa relance moyenne » témoigne Yohann Febrer. « Il péchait aussi un peu dans la vitesse sur les longues courses » ajoute Renaud Bataille. Mais, pour sa dernière année au club de village héraultais, le désormais capitaine impressionne. Tous le négatif a été gommé. « Il a vraiment explosé la dernière année avant de partir à Arles-Avignon. Il s’était mis au futsal et avait énormément progressé techniquement. Lors de cette dernière saison, il était au dessus. Physiquement, défensivement, c’était un vrai défenseur. En un-contre-un, il était difficilement passable avec la taille de ses jambes… Il était rigoureux et dur sur l’homme » le complimente son ancien capitaine Renaud Bataille.

Il y a des moments, des actions, des matchs qui révèlent un joueur. Régulier dans ses prestations avec l’AS Lattes, il est difficile pour ses anciens camarades de sortir un événement particulier où Yunis avait particulièrement marqué les esprits. Son ancien coach s’y essaye : « Il y a ce match contre Angers en 32ème de finale de la Coupe de France (défaite 1-0). Il a crevé l’écran face à des joueurs pros confirmés comme Modeste ou Brunel. Mais, c’est sa régularité qui était marquante. Il faisait rarement des mauvais matchs. Je me souviens aussi d’un barrage d’accession en CFA2 perdu 4 à 3 contre l’ES Cannet-Rocheville coaché à l’époque par Sébastien Desabre. Il était abattu à la pause où nous étions menés 3 à 0, mais avait réalisé une deuxième mi-temps aboutie. La déception et la vive émotion suscitées par la défaite à la fin avait vite laissé place à la volonté de poursuivre une année de plus et de remettre ça ». Son ancien coéquipier Renaud Bataille confirme : « Il était tout le temps bon. Il ne passait jamais à travers un match. Ce qui était impressionnant, c’est la facilité qu’il avait quand il montait balle au pied et qu’il éliminait les adversaires un par un avec sa puissance et sa technique. » Benjamin Bodiou, l’attaquant de l’époque, se rappelle lui d’un match de Coupe de l’Hérault : « C’était la finale face à Frontignan (victoire 4-0). Je n’étais pas sur le terrain mais en tribune, j’avais pu voir le match de loin. Il avait été pas mal… ». Des prestations qui ne tarderont pas à attirer les regards.

Arles-Avignon : No limit !

Et celui qui va craquer en premier, c’est Jean-Louis Saez. A l’époque entraîneur de la réserve de l’AC Arles-Avignon en DH, accompagné par Kader Ferhaoui, le technicien va taper dans le mille : « J’avais organisé un match amical de détection pour le voir un peu. C’était contre la Grande Motte qui évoluait en DH. J’étais venu avec l’équipe d’Arles-Avignon et on avait fait un match. Abdelhamid avait joué défenseur central. On l’avait immédiatement fait signer. Même si ce n’était qu’un match de fin de saison et que ce n’est pas facile de donner tout ce qu’on a à ce moment-là, j’avais vu qu’il était au dessus. Ce n’était pas évident, mais il avait une très bonne qualité de relance et déjà un gabarit impressionnant. J’avais aimé son intelligence de jeu, sa bonne couverture, sa bonne lecture du jeu. Il m’avait tapé de suite dans l’œil ». Yunis Abdelhamid s’est d’ailleurs exprimé sur son choix de rejoindre l’AC Arles-Avignon dans l’émission J+1 diffusé sur Canal + il y a quelques mois : « C’était un peu un hasard mais aussi ma seule chance. Pour devenir pro, c’était soit à Nîmes, soit à Arles-Avignon. Je pense qu’à Lattes, pas beaucoup de clubs regardaient nos matchs… ». Et cette unique chance, le mastodonte montpelliérain va la saisir.

« Le deal, c’était de le prendre sous contrat amateur. On lui offrait l’opportunité de rentrer dans un club de D2. On lui a dit qu’il faudrait par la suite saisir l’opportunité. Et je crois que dès septembre, quand Thierry Laurey est arrivé il l’a intégré au groupe pro. Il a su saisir sa chance très rapidement. Il a signé son contrat pro quelques mois après, juste avant la trêve. Il a pointé le bout du nez puis n’est plus jamais sorti de l’équipe » se rappelle Jean-Louis Saez, content de l’avoir vu prendre son envol aussi rapidement. Son ancien coach à Lattes, Yohann Febrer l’affirme lui aussi. C’est Thierry Laurey qui va donner un tournant à la carrière de Yunis Abdelhamid : « L’arrivée de Thierry Laurey à la mi-saison avec la Ligue 2 a été prépondérante. D’abord, il le connaissait car son fils Maxime avait évolué à Lattes avec lui sous mes ordres. Ensuite, Thierry avait opté pour un système à 3 défenseurs axiaux et ce fut l’idéal pour Yunis. Il fait son 1er match, je crois à Sedan, et ramène un point (0-0). Puis, il n’a plus quitté l’équipe ».

Pour son premier coach en Seniors, Yohann Febrer, Yunis « aurait pu sortir plus tôt. Quand il était à Arles, au bout d’une dizaine de matches en pro, je lui avais dit : maintenant, tu es sélectionnable avec les Lions de l’Atlas. Je vais vous confier une anecdote. Il avait 23 ans et c’était lors de sa dernière saison à Lattes. Je déjeune à Grammont, au centre de formation du MHSC avec M. Clanet alors président du club et Jordan Ales, éducateur au club, ainsi que M. Laurent Nicollin et M. Jean-Francois Domergue, à l’occasion de la signature d’un contrat d’aspirant d’un jeune joueur du club (Steven Dal Molin). Lors du repas M. Domergue, Directeur du centre de formation du MHSC, me pose cette question : « Yohann, dans le club de Lattes, vois-tu un joueur à fort potentiel qui pourrait nous rejoindre très prochainement ? ». Et là, devant toutes ces personnes, je lui réponds « M. Domergue, je pense à un joueur, oui. Il a déjà 23 ans mais prenez-le à l’essai avec la CFA et avant la fin de l’année, vous le ferez signer pro. Aujourd’hui, malgré le respect que j’ai pour El Kaoutari qui joue chez vous en pro, je ne l’échange pas avec Yunis. M. Domergue m’avait répondu qu’il était trop vieux pour eux. J’avais trouvé ça dommage car souvent les joueurs qui arrivent tard comme ça, possèdent en eux une force intérieure et une envie qui compense ». En effet, Montpellier s’en mordra les doigts…

« Quand je l’ai connu, il débutait, il commençait à intégrer le groupe pro. Je l’ai vu progresser de jour en jour. Ce que j’ai apprécié, c’est qu’on ne l’entendait pas beaucoup, c’était un gros travailleur. Déjà à l’époque, il faisait partie des défenseurs très durs à passer en un-contre-un » se souvient son ancien coéquipier à l’AC Arles-Avignon, Romain Rocchi. « Je me souviens qu’à la fin d’un match, il m’avait demandé mon maillot, et j’avais été très fier de lui donner. Lui m’avait aussi donné le sien. Il avait beaucoup de respect envers moi et c’était réciproque » ajoute-t-il. Normal. Reconnaissant, Yunis devait se souvenir que c’était grâce à lui qu’il avait marqué son premier but en pro le 17 février 2012 : « C’était dans un match important face à Monaco, il fallait qu’on le gagne. Je sortais très rarement et j’avais dit à mon ami que si l’on gagnait ce match alors on ferai un peu plus en soirée à l’avenir… et c’est grâce à ce but de la tête de Yunis Abdelhamid, sur l’un de mes corners je crois, que j’avais pu voir mon ami plus souvent. J’étais très heureux qu’il le marque… ».

Valenciennes FC : encore une fois indispensable

Après trois saisons en Provence, le défenseur a pris de la confiance. Il s’engage avant même la fin de la saison, le 4 mai 2014, avec Luzenac, fraîchement promu en Ligue 2 pour une durée de trois ans. En raison des difficultés du club ariégeois à être autorisé à évoluer à ce niveau, Yunis rejoint finalement fin juillet le Valenciennes FC, récent relégué de Ligue 1, pour une durée de trois ans. Au VAFC, les entraîneurs vont se succéder et Yunis va devoir s’adapter. Mais tous les coachs qui sont passés sont unanimes le concernant. Bernard Casoni, son premier entraîneur à Valenciennes se souvient d’un « garçon à l’écoute. Il savait d’où il venait. Il avait envie d’apprendre. C’était un joueur costaud. Je pense que là, il a pris encore plus d’assurance et de confiance. Il avait une bonne patte gauche et c’est toujours très bon pour un entraîneur d’avoir un central gaucher dans son équipe. J’avais essayé de le faire jouer à 3 derrière mais il était un peu réticent car il ne maîtrisait pas bien le poste. Il avait quelques petits défauts mais il compensait par son intelligence de jeu et son sens tactique. Je suis très content de le voir là où il en est aujourd’hui ». Pour David Le Frapper qui remplace à l’époque Bernard Casoni à la tête de l’équipe, Yunis était déjà « un très grand professionnel. C’était un joueur sérieux. Il avait toujours le soucis d’être le meilleur. Il était constamment à la recherche de la performance. C’était un vrai pro avec tout ce que ça contient : l’approche des matchs, de l’entraînement, de son quotidien. C’était aussi un garçon hyper-attachant et un mec fiable ».

« Il arrivait du cursus amateur et avait un regard neutre sur ce niveau, un peu comme Nuno Da Costa (attaquant de Strasbourg)«  se souvient David Le Frapper qui décide, lors de son mandat, de désigner Yunis Abdelhamid comme le capitaine de l’équipe : « J’ai fait ce choix parce que, de l’extérieur, c’était le joueur le plus cohérent. Quand il venait, et que moi j’étais au centre à l’époque, il était très respectueux, il disait bonjour à tout le monde. Il dégageait quelque chose. Tout ce qu’il pouvait dire aurait été bien interprété car c’était un exemple. Ce mec, c’est une grande richesse ! Il était hyper respectueux, hyper communicatif. C’était un vrai exemple pour les jeunes. Quand j’étais à Valenciennes, c’était la génération Tousart, Fulgini, Niakaté, Mbenza… sans rien lui demander, tous ces jeunes joueurs, il les prenait avec lui avant l’entraînement pour faire du gainage et d’autres séances. Il avait l’image qu’on attendait d’un capitaine. Je me souviens lui avoir confier le bébé. Avec le temps, je me rends compte que je ne m’étais pas trompé… avant de rajouter, Je n’ai rien à dire de négatif sur ce mec. Il te donne envie de communiquer, de partager avec lui. Il avait un message positif en plus ! Il savait dire les choses quand ça n’allait pas mais il te donnait toujours envie d’avancer. A Valenciennes, il fait souvent froid. Mais ce mec-là est toujours présent. Quand c’est Ramadan, il s’entraîne toujours le premier. Avec lui, il n’y a pas de triche ! Ce qu’il fait, il le fait en son âme et conscience et en grand professionnel ».

Dijon FCO : la route est barrée

Après une saison 2015-2016 pleine avec 35 apparitions en championnat sous les couleurs du VAFC, Yunis Abdelhamid veut découvrir la Ligue 1. Il signe alors avec Dijon pour succéder à Christopher Jullien en fin de prêt. Au départ, il doit constituer la charnière centrale au côté de Cédric Varrault. Mais la déconvenue 3 à 0 au Parc des Princes lors de la sixième journée est celle de trop, la quatrième de la saison, déjà, pour l’équipe. Sorti à la mi-temps, il sera « mis au placard » par l’entraîneur Olivier Dall’Oglio. La défense s’axera finalement autour d’une charnière Varrault-Lotiès, mettant Abdelhamid en concurrence avec Adam Lang pour le rôle de doublure. Le hongrois lui étant préféré, il voit son temps de jeu se limiter à 16 minutes entre mars et mai.

Pourtant, « A Dijon, il avait bien travaillé. C’est un bosseur et tous les entraînements, il les faisait à fond. Mais, il y avait beaucoup de concurrence et il y avait eu des choix d’entraîneur… C’était sa 1ère saison et ce n’est pas toujours évident quand on arrive dans un club. Il n’avait pas beaucoup joué mais il avait fait ses matchs quand on avait fait appel à lui ! Ça lui a servi, il a progressé. Il a continué à travailler et a su saisir un bon projet à Reims, club ambitieux de Ligue 1 » se remémore son ancien coéquipier Cédric Varrault. Son temps de jeu est faible. Il rejoint donc le stade de Reims le 27 juin 2017 pour un contrat de 3 ans avec pour objectif : la montée en Ligue 1. « Je suis content qu’il ait prouvé qu’il avait le niveau pour jouer en Ligue 1. Je ne suis pas étonné car il fait une super saison l’année dernière en Ligue 2 et a grandement participé à la montée de Reims. Il dégage beaucoup de sérénité. On voit qu’il a gagné en assurance. C’est un leader naturel. Il se sent bien dans cette équipe et ça se voit » ajoute le solide défenseur qui évolue aujourd’hui en N3 à Villefranche Saint-Jean Beaulieu (06).

Du Stade de Reims au stade de cadre en Ligue 1

L’accession ? Il en sera un des acteurs principaux avec notamment un titre de meilleur joueur de Ligue 2 reçu en février 2018. Un Lion de l’Atlas ne meurt jamais, il dort. « Yunis a tout de suite été performant, il s’était beaucoup préparé pendant les vacances. Il savait sa chance de pouvoir rejouer en L1 et de prendre sa revanche sur son passage à Dijon » s’exprime son actuel entraîneur à Reims, David Guion, dans le journal L’Equipe. A la gauche du droitier belge Björn Engels dans l’axe de la défense, le joueur semble avoir trouvé ses marques. 4e meilleure défense de Ligue 1 avec seulement 15 buts encaissés (derrière l’OGC Nice qui en compte 14 mais qui a 1 match en moins), le central fait autorité. Maintenant, l’objectif est le suivant : retrouver l’équipe Nationale du Maroc avec qui il compte déjà deux sélections afin de disputer la Coupe d’Afrique des Nations 2019 (du 15 juin au 13 juillet).

Yunis Abdelhamid, l’appétit d’un Lion de l’Atlas

Deux sélections. Une face à Sao Tomé-et-Principe le 4 septembre 2016 dans le cadre des qualifications à la Coupe d’Afrique des Nations 2017 et une victoire (2-0). L’autre, en amical, le 11 octobre 2016, face au Canada pour une victoire à nouveau (4-0). Depuis plus de deux ans, rien. Pas une sélection avec les Lions de l’Atlas ! Afin d’en savoir plus sur les chances de Yunis Abdelhamid de réintégrer le groupe, nous avons contacté le sélectionneur Hervé Renard. « Il n’est venu qu’une fois, c’était au début de mon aventure avec le Maroc. On n’avait pas encore une équipe compétitive comme elle est maintenant. Aujourd’hui, c’est sûr que s’il réintégrait le groupe, il verrait une différence énorme. On a beaucoup progressé. Mais, j’avais été satisfait de ses deux premiers matchs avec nous » commente le patron de l’équipe nationale marocaine. Comme partout où il est passé, Yunis a laissé une bonne image et a fait le job. Pourtant, le géant rémois n’est pas rappelé. Pourquoi ?

Hervé Renard nous l’explique : « Si je l’ai appelé, c’est qu’il a des qualités. A l’époque, il évoluait en Ligue 2. La saison dernière, avec Reims, il a été très bon pour la montée en Ligue 1. Maintenant, il se heurte à une concurrence importante. Il y a 3 joueurs devant lui que sont Manuel Da Costa (İstanbul Başakşehir), Mehdi Benatia (Juventus) et Romain Saïss (Wolverhampton). Dans une compétition comme la CAN, c’est sûr qu’il a une place à jouer pour obtenir le 4e ticket dans un groupe de 23. La concurrence est rude mais s’il continue sur sa lancée, pourquoi pas ! Mais, je ne promets rien. Ce sont les performances de chacun qui me montreront si je décide de le prendre ou pas. C’est un joueur de 31 ans, il faut le prendre en considération. C’est pour ça que, jusqu’à présent, pour la 4e place, j’ai pris des jeunes, je veux voir leurs capacités à s’adapter en sélection. Mais en tout cas, je le suis de très près. Et d’ailleurs, je le félicite pour ses performances actuelles ». En effet, pour l’instant, dans l’axe gauche, l’ancien entraîneur du LOSC lui préfère Romain Saïs et pour le 4e ticket gagnant pour la CAN, il veut voir les jeunes s’exprimer et plus particulièrement un joueur : « Il y a un jeune qui fait son trou à Dijon : Nayef Aguerd. C’est un jeune gaucher qui pousse et qui commence à jouer en Ligue 1. J’ai toujours travaillé ainsi, je préfère regarder vers l’avenir. Si j’ai 2-3 joueurs d’expérience, je préfère alors prendre un jeune pour qu’il prenne de l’expérience autour de ces joueurs qui ont du métier ».

Est-ce que cela veut dire que c’est terminé pour Yunis ? Certainement pas ! « Pour une CAN, je ne sais pas encore qui je prendrai. Il faut donc qu’il garde son niveau de compétitivité avec Reims. A chaque rassemblement, il reçoit une pré-convocation qui veut dire qu’il fait partie d’un groupe, certes très élargi, mais c’est déjà bien qu’il soit dans les présélectionnés. Je l’observe de très près ». Et Hervé Renard ne ment pas car il connaît bien les qualités de l’expérimenté chef de défense « C’est quelqu’un qui a un parcours atypique. Je pense qu’aujourd’hui, il a une volonté et une envie énorme. Ses qualités principales ? Sa détermination ! C’est un défenseur rigoureux et c’est ce qui fait sa force aujourd’hui : il ne lâche rien. Il vit ce moment, celui d’évoluer en L1, d’une façon plus importante que certains joueurs. Il est arrivé à ce niveau sur le tard et c’est exceptionnel pour lui d’y goûter. Il a un état d’esprit remarquable. Je me doute qu’il espérait beaucoup plus au niveau de l’équipe nationale. Mais, il doit accepter cette forte concurrence et persévérer ». Persévérer, le mot est faible ! Yunis Abdelhamid vient de loin, du milieu amateur, et malgré tous les obstacles qui se sont dressés sur son atypique parcours, il s’est toujours imposé pour prendre ce qui devait lui revenir. Et croyez-moi, à force de persévérer, il va percer, vous verrez…

Keevin Hernandez