Interview

Eric Di Meco : « Jacques-Henri Eyraud manoeuvre toujours en coulisses »

16/03/2021 à 12:20

Consultant et commentateur sur RMC, Eric Di Meco donne, en exclusivité pour Actufoot, son avis sur les débuts réussis de l'entraîneur argentin Jorge Sampaoli (6 points en 2 matchs) avec l'OM. L’ancien joueur emblématique des Phocéens revient également sur l'association de son nom, ces derniers mois, à la présidence du club, où il pense par ailleurs que Jacques-Henri Eyraud oeuvre toujours. Entretien.

Eric, que pensez-vous des débuts de Jorge Sampaoli à l’OM ?

Ça correspond un peu à ce que j’attendais finalement. Il a fait bosser le vestiaire puisqu’on voit quand même des mecs qui courent beaucoup plus, qui sont plus investis sur le terrain que ce qu’on voyait ces derniers temps. Et puis surtout quelqu’un qui ne subit pas les événements d’un match. On l’a vu faire des changements rapidement, faire sortir Alvaro pour faire rentrer Luis Henrique contre Brest. Il tente des trucs, ça marche, et même si on ne sait pas si ça marchera tout le temps, ça correspond en tout cas à ce que j’espérais. Commencer par deux victoires fait qu’on ne parle que de terrain et plus de ce qui se passe à côté. Tout le monde se dit : « Bah tiens, peut-être qu’on l’aura cette 5e place qui permet de jouer une Ligue Europa. » Sampaoli a remis un petit peu de vie, maintenant reste à savoir si ça tiendra sur le long terme et avec le recrutement. Mais avec son exigence, il a réveillé un peu ce vestiaire qui était endormi.

Vous observez aussi déjà les prémices de certains de ses principes de jeu qu’il essaye de transposer sur le terrain ?

D’après ce que je sais,  les systèmes qu’il a utilisés pour le moment ne sont pas ses préférés donc il s’adapte à l’équipe qu’il a. Donc pour le moment, on ne peut pas trop juger de ce qu’il a fait sur sa méthode ou sa manière de jouer. Pour ça, il faudra attendre un peu, et même s’il avait joué dans son dispositif favori, on ne peut pas juger au bout de deux matchs. Moi, c’est juste sur l’état d’esprit des mecs et le fait qu’on voit qu’il est dans son match, qu’il est actif, qu’il prend les devants sur ce qui se passe, qu’il aime agir sur le résultat en prenant des décisions fortes sur les changements. Après, sur le jeu, on va quand même attendre un peu pour le juger. On sait qu’il aime aller vers l’avant, qu’il n’aime pas subir et qu’il aime le pressing mais il ne faut pas le comparer à Bielsa même si c’est son mentor, parce qu’il a une autre manière de manager. Mais par contre, on sait qu’avec lui, il va se passer des trucs. Malheureusement, on est obligé d’attendre un peu pour voir sa patte définitive.

La difficulté pour lui n’est-elle pas d’être dans le flou par rapport aux joueurs sur lesquels il va pouvoir compter la saison prochaine ?

Non, au contraire je pense que pour lui c’est génial d’arriver dans un contexte où on ne lui demande rien à part de finir la saison proprement. Et il est capable de le faire. Pour lui, c’est bien de pouvoir faire l’évaluation de l’effectif qu’il a à sa disposition, de voir les joueurs qu’il faut garder et pas garder. Il y a des joueurs sous contrat, ceux qui sont prêtés et qu’il faudra conserver, ceux en fin de contrat et qu’il faudra prolonger parce qu’il parait qu’ils sont en train de parler de prolonger Thauvin. Donc moi, je pense que le fait qu’il soit arrivé beaucoup plus tôt va lui permettre de pouvoir justement agir sur l’effectif actuel et le prochain mercato. C’est bénéfique pour la gestion de l’effectif, ça c’est sûr.

« Je ne varie pas de ce que je dis depuis le début, je pense que Jacques-Henri Eyraud n’est pas parti du club »Eric Di Meco

Pensez-vous que Pablo Longoria a l’étoffe pour être le patron que l’OM attend ?

Je ne varie pas de ce que je dis depuis le début, je pense que Jacques-Henri Eyraud n’est pas parti du club. Il est toujours là, c’est lui qui manœuvre en coulisses pour tout ce qui ne touche pas au sportif. C’est-à-dire que là, il va falloir restructurer le club parce que des gens sont partis et qu’il y a des projets en cours sur lesquels il va continuer à bosser. Donc Longoria, finalement, il va gérer le sportif. Je ne pense pas que Longoria soit capable de choisir un nouveau directeur de la com’, un nouveau directeur de la sécurité puisqu’ils partent aussi, d’après ce que j’ai compris. Ce n’est pas lui qui va les choisir, ce n’est pas son métier. Je pense que ces gens-là vont être remplacés et que ce n’est pas lui qui va les changer. Selon moi, il est président affiché mais de là à avoir toutes les prérogatives d’un président… Par contre, il aura toute la latitude qu’il souhaite sur le sportif. C’est-à-dire composer une équipe qui tient la route sans beaucoup de moyens. On va juger s’il en est capable. Je pense qu’il est en capacité de faire des coups après, réussir à faire des miracles sans argent supplémentaire par rapport à ce qui est annoncé… s’il le fait, chapeau. Et ce sera génial parce que c’est tout ce qu’on lui demande finalement.

Les supporters marseillais ont soufflé votre nom il y a quelques semaines pour la présidence du club. Ça vous a fait chaud au coeur ?

Il n’y a pas de raison d’avoir chaud au cœur, pas chaud au cœur. C’est juste que pour moi, c’est inenvisageable par rapport à mon boulot dans les médias et je pense qu’il y a des personnes plus compétentes que moi pour faire ce rôle-là. Quand c’est sorti, c’était dans un moment tellement particulier… C’est vrai que je suis monté un peu au créneau contre l’ancien président et donc certains ont cité mon nom, mais pour moi il n’en a jamais été question. Ce n’est pas une possibilité et je ne pourrais pas faire mon métier de consultant comme il faut si dans ma tête, j’ai cet espoir-là un jour. C’était un non évènement, maintenant il vaut mieux que les gens soient sympathiques et patientent.

Pour en revenir au terrain, l’un des débats du moment concerne Kamara et un avenir chez les Bleus. Qu’en pensez-vous ?

Je ne sais pas parce qu’il y a tellement de joueurs jeunes qu’on voyait chez les grands et malheureusement, avec des choix de carrière pas toujours appropriés, ils se sont un peu brûlés les ailes. Par contre, ce gamin m’impressionne dans la manière dont il s’est imposé dans l’équipe petit à petit et surtout l’ampleur qu’il a pris cette année dans un groupe en difficulté. Là où beaucoup de jeunes auraient sombré avec les autres, lui a montré qu’il avait une âme de taulier. Il a eu un petit coup de mou avant la trêve et il est revenu en pleine bourre. Je le préfère au milieu depuis le début, j’ai toujours dit que je regrettais de le voir derrière car il a selon moi toutes les qualités pour être un très grand milieu de terrain. Le fait d’être polyvalent et de jouer derrière ça peut être un plus dans un effectif mais c’est au milieu de terrain qu’il doit un jour s’imposer au haut niveau.

Par Enzo Briand avec Thomas Gucciardi

Pour découvrir l’intégralité de l’entretien avec Eric Di Meco (son avis sur la Ligue 1, son rôle de commentateur), rendez-vous sur Actufoot.com.

Eric Di Meco : « Faire mon métier sans émotions est une frustration pas possible »