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Anthony Mounier : « Je sais que je vais finir ma vie en Grèce »

24/04/2021 à 13:00

Exilé en Grèce depuis 2017, Anthony Mounier (33 ans) évolue aujourd'hui à l'Apollon Smyrnis, club basé à Athènes. Son parcours, ses réussites, les difficultés rencontrées, l'avenir... Entretien avec l'ex-ailier de l'OL, Nice ou encore Montpellier.

Vous jouez dans le championnat grec depuis 2017. Comment ça se passe ?

J’ai fait deux saisons et demi à Panathinaïkos, où ça s’est bien passé au début, après, il y a eu un changement de coach, de directeur sportif  puis une nouvelle politique au niveau des contrats. Moi, à l’époque, j’avais signé un contrat qui était haut par rapport à ce qu’ils voulaient mettre en place donc on a un peu bataillé sur la fin pour trouver un terrain d’entente pour que je puisse résilier et trouver quelque chose. Ensuite, je suis allé au Panetolikos, un club qui se situe à trois heures de route d’Athènes. C’était pour six mois parce que je n’avais pas joué les six premiers mois. Puis l’été dernier j’ai signé à Apollon Smyrnis, un club basé à Athènes et qui venait de monter. C’est un club historique. On fait une saison dans les standards de ce qu’on devait faire, c’est à dire se maintenir. On est quasiment en passe de le faire et mon contrat se terminera cet été.

Vous vous voyez y rester ?

En Grèce, je sais que je vais y finir ma vie. Parce que je vais y vivre avec ma femme et mes enfants après ma carrière. Mais après pour le foot, on ne sait pas ce qu’il peut se passer. S’il y a des opportunités qui se présentent, on ira les découvrir. En tout cas, une chose est sûre, c’est que je compte y rester pour vivre une fois ma retraite prise.

Pour revenir sur votre parcours, qu’aviez-vous ressenti en 2008 lorsque Claude Puel vous a lancé aux côtés de Karim Benzema, Fred en équipe première ?

C’était une consécration parce que je suis rentré au centre de formation de l’OL à 11 ans, j’y ai fait toutes mes classes et la suite logique, c’est d’arriver à jouer avec l’équipe première. A cette époque, ce n’était pas facile parce qu’il y avait des internationaux à tout les postes voire deux par poste. Même les joueurs qui jouaient en équipe nationale se retrouvaient sur le banc, c’était le grand Lyon. Ce n’était pas facile, j’y ai fait mon bonhomme de chemin et à un moment donné, j’avais envie de jouer un peu plus régulièrement. C’est pour cette raison que j’ai décidé d’être transféré à Nice.

Suivez-vous vos anciens clubs ?

Oui, toujours. Lyon, Nice, Montpellier… tous les clubs par lesquels je suis passé, je regarde toujours les résultats. Après, je suis passé par le centre de formation de l’OL donc c’est un club que je suis plus particulièrement.

L’OGC Nice que vous rejoignez en 2009 est véritablement le club qui vous a permis de vous installer en Ligue 1 ?

C’est exactement ça, j’avais fait quelques matchs à Lyon. On sait que c’est un grand club, il suffit qu’un jeune commence à y jouer et y faire de bonnes apparitions pour que ça ait tout de suite un impact. Nice et Lyon avaient une bonne relation, ils avaient fait le transfert de Loïc Rémy l’année d’avant. J’ai senti que Nice me voulait vraiment. C’est le club qui m’a permis de m’affirmer en Ligue 1, de jouer régulièrement et m’a permis aussi de me sentir important.

Mais c’est avec Montpellier et Rolland Courbis que vous réalisez votre meilleure saison sur le plan personnel (9 buts et 8 passes décisives en 2014/2015). Qu’est-ce qui fait la réussite de ce club ?

Montpellier, c’est un club familial. C’est le bon choix aussi que j’ai fait puisque quand je suis arrivé, il y avait la Ligue des champions à jouer. La famille Nicollin m’a super bien accueilli, ils s’étaient manifestés dès le début du mercato. Après, ça ne s’est pas très bien passé avec le coach Girard parce qu’il y avait les joueurs qui avaient été sacrés champions. Le club n’avait pas l’habitude de gagner et les joueurs étaient un peu comme dans Koh-Lanta, ils avaient le collier d’immunité. Il n’y avait pas une concurrence saine à cette époque-là. Quand Rolland Courbis est arrivé, ça m’a fait énormément de bien parce qu’il a su me donner confiance et c’est ce qui fait que j’ai effectué une bonne année à Montpellier. J’y garde de très bons souvenirs et j’ai encore de très bons contacts là-bas.

Comment percevez-vous votre transfert avorté de Bologne à Saint-Etienne quelques années plus tard ?

Ca n’a pas été facile pour tout le monde, pour mes proches… Après, je suis joueur de foot, ce n’est pas Saint-Etienne qui a décidé d’annuler l’opération, c’est moi qui ai accepté de le faire. Le contrat était signé donc si je n’avais pas voulu faire marche arrière, je serais resté sous contrat. J’ai accepté parce que j’avais trouvé une porte de sortie derrière (à l’Atalanta Bergame). Sinon, je n’aurais jamais accepté de le faire étant donné le prêt qui avait été ficelé et les options mises dedans. C’est dommage parce que c’était un deal « donnant-donnant », j’étais prêté six mois dans un grand club français avec la perspective de jouer la Ligue Europa contre Manchester United. J’étais prêt à aider et il m’aurait aidé aussi parce que je sortais de six mois compliqués où je n’avais pas joué en Italie. Ca ne s’est pas fait pour des raisons extra-sportives parce qu’on ne sait pas trop si c’est l’attaque des supporters ou des gens au sein du club. On ne saura jamais vraiment ce qu’il s’est passé mais ça n’a pas été facile du tout pour mes proches parce que eux vivent en France. Il y a eu des paroles et des menaces déplacées.

C’est frustrant de ne pas avoir pu montrer aux Stéphanois ce que vous auriez pu apporter?

C’est dommage parce que c’était donnant-donnant. J’était là pour les aider et à la fin, on avait un objectif : si le club se qualifiait en coupe d’Europe pour la saison suivante, mon option d’achat était levée avec trois années de contrat derrière. Je pense que j’aurais bien pu les aider au vu de comment se terminait la saison et au vu des saisons d’après. Mais c’est comme ça, c’est la vie. Il ne faut pas regretter, c’est que ça ne devait pas se faire.

Pourriez-vous retourner à Saint-Etienne si Claude Puel vous le proposez ?

Avec ce qu’il s’est passé, je ne pense pas qu’il le ferait. (Sourires). Il me connaît très bien, c’est lui qui m’a lancé en Ligue 1. C’était à l’époque un peu mon papa spirituel dans le sens du foot parce que c’est lui qui a réellement su me lancer à Lyon. Il n’a pas voulu me lâcher à Nice, lui souhaitait me garder. Mais il avait compris mon point de vue, c’est quelqu’un avec qui j’ai adoré travailler et dont j’ai appris énormément de choses. Et on se retrouve un peu sur les valeurs qu’on a. C’est quelqu’un qui est strict, qui aime la discipline mais qui est droit.

« Jouer à Marseille aurait été quelque chose de bien dans ma carrière et sur le plan personnel »Anthony Mounier

Avez-vous des regrets par rapport à votre carrière ?

Non, pas spécialement. Peut-être mon transfert à Nice qui s’est fait un peu tard. Il s’est fait à la dernière minute du mercato d’août. J’avais eu une mauvaise expérience parce que je n’avais pas fait de préparation avec l’équipe. J’arrivais début septembre, l’adaptation était compliquée et c’est pour ça qu’après, j’ai vite signer à Montpellier. Après mon passage à Nice, j’ai eu une offre de Marseille, mais comme ils étaient dans une saison difficile, sans le nouvel entraineur, ce n’était pas facile pour moi de me décider. Jouer à Marseille aurait été quelque chose de bien dans ma carrière et sur le plan personnel. Les clubs étaient tombées d’accord. Moi, j’hésitais un peu parce que je ne savais pas qui allait diriger l’équipe et on sait aujourd’hui combien un entraîneur c’est important. Donc oui, j’ai peut-être ce regret là sinon tout le reste non.

Pour avoir connu Claude Puel, est-ce que l’entraineur français possède un style de jeu propre à lui ?

Je pense que les propos de Pablo Longoria sont déplacés quand on voit les jeunes joueurs français qui sont dans tous les championnats du monde. Je pense que le joueur français est le joueur qui s’adapte le mieux à n’importe quel championnat. Que ce soit en Allemagne, en Espagne ou en Italie ou en Angleterre, on retrouve des joueurs français. Etant passé par le centre de formation de Lyon avec tous les éducateurs que j’ai eus et tous les jeunes qui sont sortis, j’ai trouvé cette remarque maladroite. Mais je pense qu’il s’en est rendu compte parce qu’il s’est fait tomber dessus (rires).

Quelle destination pourrait vous séduire autre que la Grèce ?

Je ne sais pas où exactement, je vais avoir 34 ans et je suis bien dans ma petite vie en Grèce à Athènes. Je ne pourrais pas vous dire quel championnat m’intéresserait parce qu’il y a ce qui m’intéresse et la réalité du marché. Je suis très fier de la carrière que j’ai réalisée, elle aurait pu être mieux comme elle aurait pu être moins bien donc je n’ai aucun regret là-dessus. J’ai tout fait avec le coeur et au maximum et c’est ça ma plus grande fierté.

Propos recueillis par Enzo Briand avec Thomas Gucciardi

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