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Sami Herouat (CS Meaux) : « Un gros coup au moral car le foot c’était toute ma vie »

04/05/2021 à 13:18

On poursuit aujourd’hui notre rubrique un jour-un club avec Sami Herouat, le milieu de terrain du CS Meaux (N3). Il nous parle de son parcours depuis ses débuts au centre de formation de Reims, mais aussi de ses deux grosses blessures aux ligaments croisés qui l’ont éloigné des terrains durant deux saisons et de l’importance du mental après une telle épreuve.

Sami Herouat, pouvez-vous nous en dire un peu plus sur votre parcours ?

Je suis parti très tôt de chez moi à 13 ans au Centre de Formation de Reims. J’y ai effectué toutes mes gammes, des 14 fédéraux à la réserve pro, en passant par les U17 et U19 Nationaux. Dès que je suis monté dans cette dernière, tout a été très vite pour moi. J’avais 17 ans et au bout de deux mois, j’ai été promu dans le groupe pro et fait une année d’entraînement avec eux. Mais malheureusement, mon aventure à Reims n’a duré qu’un an de plus car cela s’est mal passé avec le nouveau directeur du centre de formation, David Guion, qui est désormais l’entraîneur de la L1.

J’ai rebondi ensuite à St Quentin dans l’Aisne, mais je n’y suis resté que six mois car je voulais rentrer en région parisienne. A l’époque, je n’avais que 19 ans et cela faisait tellement longtemps que j’étais parti de chez moi, je n’ai pas trouvé l’intérêt de rester loin de ma famille pour jouer à ce niveau de CFA/CFA 2. J’ai pu rejoindre à la trêve Drancy en CFA où j’ai fait six bon mois et où j’ai retrouvé mon frère. Ensuite nous avons eu l’opportunité via Fabien Valéri de rejoindre son projet à l’UJA Alfortville en CFA2. Son discours nous avait intéressés et j’ai fait une bonne saison là-bas, malgré le fait de ne pas avoir réussi à monter. J’ai rejoint de nouveau Drancy pour évoluer en CFA mais cela s’est mal passé car je ne rentrais pas dans les plans du coach qui avait son équipe en tête.

« Je pense n’avoir vraiment jamais autant travaillé de ma vie que lorsque j’étais blessé »Sami Herouat

C’est à ce moment-là que vous signez à Aubervilliers, et que votre carrière va basculer ?

Oui, à l’été 2016, je décide d’aller à Aubervilliers pour rejoindre mon frère. Tout avait bien commencé mais arrive le mois de septembre et ce match de Coupe de France, où je me fais une première fois une rupture des ligaments croisés. C’était un gros coup au moral car le foot c’était toute ma vie et que j’ai toujours tout fait en fonction du foot. Et là de savoir que pendant plusieurs mois j’allais être écarté des terrains, cela a été très très dur mentalement. Mais aimant trop le ballon rond, je ne pouvais pas me dire que j’arrêterais car je m’étais blessé.

J’ai donc travaillé comme un acharné afin de revenir. Je pense d’ailleurs n’avoir vraiment jamais autant travaillé de ma vie que lorsque j’étais blessé. Malheureusement, j’ai repris l’entraînement un petit peu tôt… Ce qui m’a certes permis de rejouer au mois de mai et de finir la saison mais cela m’a coûté une seconde blessure lors de la préparation de la saison suivante. Au mois d’août, ça a de nouveau pété.

« Samir Salah, une personne que je respecte beaucoup »Sami Herouat

Dans quel esprit étiez-vous à ce moment-là ?

C’est très compliqué. Se faire deux fois les croisés en si peu de temps, cela n’arrive pas souvent. On se retrouve devant une page blanche et j’ai donc dû tirer un trait sur cette saison 2017-18, me laissant un an pour bien guérir et remuscler mon genou. Ces deux saisons étaient très dures mentalement mais paradoxalement je suis assez fier de moi car je ne pense pas qu’il y en ait beaucoup qui auraient pu revenir de ces deux blessures comme moi j’ai pu le faire. J’ai eu le courage et la force mentale de le faire. Cela fait relativiser sur plein de choses et ça m’a montré à quel point c’était un plaisir de venir au foot. Le fait de faire des efforts à ce point m’a beaucoup forgé mentalement. Cette épreuve m’a également servi dans pleins d’autres domaines en me faisant mûrir plus vite.

Vous voilà aujourd’hui à Meaux. Que représente ce club pour vous ?

Il faut savoir que Meaux j’y vis depuis que je suis tout petit, c’est le club de ma ville. Je n’avais jamais joué avec eux et j’ai eu l’opportunité à l’automne 2019 de les rejoindre en R1. Il y avait un bon projet du club avec un bon staff et une bonne équipe. De plus, je me suis toujours très bien entendu avec le coach Samir Salah, qui est une personne que je respecte beaucoup car c’est un passionné de foot. J’ai donc relevé ce défi et c’est l’un des meilleurs choix que j’ai pu faire depuis le début de ma carrière en senior. Depuis que je suis ici, j’ai pris beaucoup de plaisir et je suis très content. Cerise sur le gâteau, on a fait une très bonne saison et on a réussi à monter en N3.

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Serez-vous encore au CS Meaux l’année prochaine ?

On va avoir des entretiens individuels avec le coach incessamment sous peu, mais, moi, je me sens très bien à Meaux. Le coach sait qu’il peut compter sur moi et vice-versa. Donc pour l’instant, je n’ai aucune raison de chercher ailleurs, ou d’être à l’écoute d’un autre projet. C’est le club de ma ville, à 5 minutes de chez moi. Tout se passe bien et j’ai envie de faire une vraie saison complète en N3 avec eux, sans être embêté par la Covid. Ce serait bien de pouvoir se jauger face à des clubs que j’ai pu fréquenter comme Aubervilliers ou Drancy. J’ai envie de voir ce qu’on vaut et je pense qu’on n’a pas à rougir devant eux.

A 26 ans, gardez-vous toujours dans un coin de la tête l’ambition d’aller plus haut ?

Tant que l’on joue au foot, on a forcément encore de l’ambition. Tant que je serais en pleine possession de mes moyens, j’essayerai de jouer au meilleur niveau possible. Je suis un compétiteur et l’on n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise. Mais maintenant c’est vrai qu’avec mes blessures, c’est un petit peu sorti de ma tête. Avant, à chaque match il fallait que je me montre et que je me prouve à moi-même. Dorénavant, c’est différent, j’ai une autre approche des choses. J’essaye de vraiment jouer pour l’équipe. Si je dois passer un match à tacler partout, je le ferais si ça peut rendre service à l’équipe et même si ça me met moins en valeur.

« J’ai vraiment aimé jouer avec Guillaume Khous, actuel milieu de terrain de Bourg en Bresse-Péronnas en National »Sami Herouat

Justement quel joueur êtes-vous désormais sur le terrain ?

Je suis quelqu’un de polyvalent qui peut jouer à pratiquement tous les postes du milieu de terrain. Depuis mes blessures, et j’essaye d’être le plus lucide possible sur ça, je pense que je manque un peu d’explosivité pour pouvoir jouer sur les côtés. J’ai un jeu qui est désormais beaucoup plus basé sur la possession de balle et j’essaye de m’améliorer dans les dernières passes et la finition, en jouant le plus haut possible sur le terrain pour apporter ma touche technique dans les derniers mètres et créer des occasions.

Y a t-il quelqu’un au long de votre parcours qui vous a impressionné ?

A notre niveau, je dirais mon frère. Il était un mélange de puissance et technique et j’ai toujours été impressionné par son niveau à Drancy ou à Quevilly, avec cette épopée qui les avait emmenés en finale de Coupe de France notamment. Il y a également quelqu’un d’autre avec qui j’ai vraiment aimé jouer, c’est Guillaume Khous, actuel milieu de terrain en National avec Bourg en Bresse-Péronnas. Je l’ai toujours trouvé très bon dans mon registre de jeu, en numéro 10 ou milieu relayeur, c’était un plaisir de le voir jouer. Cela se passe très bien pour lui et j’en suis heureux.

Sinon, au niveau professionnel, il y en a qu’un, et on n’est pas prêt d’en revoir un autre comme ça, c’est évidemment Lionel Messi. Il faut savourer chaque match qu’on peut voir de lui, chaque geste. C’est vraiment la perfection du football. Tout est millimétré et calculé, c’est la définition même du joueur.

Je vous laisse le mot de la fin.

Tout d’abord, j’aimerais adresser un salut particulier au coach d’Aubervilliers Rachid Youcef, qui m’a remis en confiance lorsque j’étais blessé. Il m’a toujours soutenu en me disant que la porte à Aubervilliers serait à jamais grande ouverte pour moi. C’est grâce à lui que j’ai pu bosser sereinement et que je peux être là où j’en suis aujourd’hui.

Je remercie aussi mon coach du CS Meaux avec qui cela se passe très bien. J’espère juste qu’il arrêtera un petit peu de crier sur le bord du terrain. Enfin un grand coucou à toutes les personnes qui ont pu me fréquenter et qui liront l’interview. J’espère qu’on ne sera plus embêtés avec le Covid, qu’on va tous reprendre le foot et la compétition très bientôt.

Propos recueillis par Reynald Trunsard

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