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26 avril | 20h00

Analyse vidéo (2/3). Un écart qui pourrait se réduire ?

Deuxième volet de notre dossier sur l'analyse vidéo, toujours avec les expériences de nos trois analystes vidéos. Cette fois basé sur le contraste professionnel et amateur. Bonne lecture... (Crédit photo : RC Pays de Grasse)

ANALYSE VIDEO

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Comme vous l’aviez découvert dans la première partie de notre dossier, Actufoot continue son enquête sur le développement de l’analyse vidéo. Cette fois nous observons la frontière qui existe entre les deux niveaux, toujours grâce à nos trois analystes vidéo Cyprien, Jimmy et Valentin.

Le contraste professionnel/amateur

A l’heure actuelle, le travail par la vidéo est encore bien différent entre le monde professionnel et amateur, au-delà des outils il y a aussi d’autres aspects surtout par rapport au public avec lequel on travaille. Pour sa première expérience dans le monde professionnel, et avec son jeune âge, Cyprien nous raconte son arrivée au sein du groupe de l’ASNL. "Quand je suis arrivé dans le vestiaire j’ai dit directement que c’était mes premiers pas dans le monde professionnel. Je suis le plus jeune du staff, il y a des jeunes joueurs dans l’équipe, mais dans l’ensemble je fais partie des plus jeunes. Je sens qu’on me prend totalement au sérieux, mais c’est aussi à moi d’être crédible, j’essaye de faire mon boulot du mieux que je peux et après ça prend ou ça ne prend pas mais je sens qu’il y a un retour qui est plutôt positif en tout cas."

Il a également pu observer certaines différences avec sa première expérience en R1 et lorsqu’il s’adresse à des professionnels qui ont l’habitude de travailler avec la vidéo. "Je pense qu’avant tout on retrouve toujours le plaisir de jouer mais on voit qu’on est face à des joueurs dont c’est leur métier, on prend conscience de l’importance de la pression, surtout comme l’ASNL vient de descendre en National, ils ont besoin de remonter au plus vite. Au niveau du staff on nous demande d’être là, on ne compte pas nos heures, on travaille car on aime le football, on est des passionnés. La culture football, sans vouloir manquer de respect aux joueurs amateurs, n’est pas la même, les joueurs ici sont tous passés par des centres de formations. Certains ont même joué en Premier League (Diafra Sakho), en Bundesliga (Gaëtan Bussman) ou en Ligue 1 (Lenny Nangis), donc là ça parle vraiment football, ce ne sont pas des discussions entre potes, on parle tactique de manière précise. On est beaucoup plus dans le détail, les joueurs sont un peu plus réceptifs car ils ont l’habitude, c’est pour leur progression, pour l’équipe. Après comme partout, certains sont plus demandeurs que d’autres, plus intéressés, chacun à sa vision par rapport à la vidéo."

Actufoot • Cyprien H 3

Cyprien Holzhammer lors d'une séance d'entraînement avec l'ASNL.

Comment se lancer ?

Nous avons posé la question suivante à nos trois collaborateurs : Est-ce qu’un club amateur peut se lancer dans un travail vidéo en n’utilisant que très peu de moyens ? Et pour chacun d’entre eux la réponse est oui. Cyprien est catégorique mais reste tout de même lucide sur la réalité financière. "Honnêtement à tous les clubs qui veulent progresser, on peut faire des choses sans utiliser beaucoup de moyens. Il y a pleins de logiciels de montage gratuits aussi maintenant. Si ça ne tenait qu’à moi je dirais à tous les clubs de consacrer un petit peu d’argent pour ça, en plus avec les formats type alternance ou service civique on peut avoir quelqu’un qui s’en charge pour pas beaucoup d’argent, mais je suis conscient que ce n’est pas la priorité pour tout le monde. Au niveau de l’analyse vidéo tout n’est pas facile par exemple analyser les adversaires c’est très compliqué, il faut se déplacer sur les terrains des autres équipes, il faut réussir à avoir des infos à droite à gauche. Il y a toujours de plus en plus de passionnés, des gens prêts à donner de leur temps, même des bénévoles, pour développer le football et faire grandir les clubs."

Pour Jimmy, la question financière entre bien évidemment en compte mais il imagine des solutions qui pourraient être bénéfiques à tout le monde et ainsi aider et accompagner les clubs à travailler sur de la vidéo. "Les caméras automatiques sont de moins en moins chères et il existe maintenant des abonnements qui sont très avantageux aussi. Maintenant en National ils commencent de plus en plus à mettre les caméras automatiques, la qualité n’est pas encore top mais ça va s’améliorer. Je pense que pour que ça se développe, à notre niveau, il faudrait plus de collaborations entre clubs, on parle de moyens certes mais il suffirait de filmer la moitié des matches et créer une plateforme accessible à tous pour récupérer les vidéos." Ce qui, pour lui, serait une façon de faire progresser de tout le monde et d'entrer dans une nouvelle dimension de perfectionnement. "Tout le monde pourrait en tirer un avantage, moi je pense que la vidéo permet d’améliorer le spectacle, nous on a débuté avec très peu de moyens, j’ai commencé avec mon téléphone et maintenant on a acheté une caméra de qualité. C’est coûteux, mais si on collaborait tous ensemble, on pourrait tous s’entraider, du moins au niveau vidéo, ensuite l’analyse c’est autre chose. En plus dans notre région on est réputé pour être un des championnats les plus forts au niveau régional et donc on se doit d’être au-dessus en termes de technologie."

On est en régional, certains doivent quitter plus tôt le travail pour venir à l’entraînement ou finir plus tard et ça forcément ça pose soucis, au niveau du temps.

Jimmy Abahmaoui à propos du temps que les joueurs peuvent consacrer à l'entraînement au niveau amateur.

Cependant c’est aussi le cas chez les joueurs amateurs, qui ont une envie de progresser, d’aller chercher des résultats et surtout lorsqu’ils ont la chance de pouvoir travailler avec de la vidéo sont très captivés par cela même si, à l’inverse des joueurs professionnels, ils ont moins de temps pour le faire. C’est ce qu’à découvert Jimmy à l’AS Monaco. "J’ai la chance d’avoir un groupe de joueurs qui aiment se voir à l’œuvre, en plus Fred (Frédéric Ménini) me laisse la possibilité de faire de l’individuel pendant les séances. En général c’est ce que préfèrent les joueurs, travailler individuellement, et les séances en groupe où on parle tactique c’est un peu plus compliqué. On est en régional, certains doivent quitter plus tôt le travail pour venir à l’entraînement ou finir plus tard et ça forcément ça pose soucis, au niveau du temps. Mais l’aspect individuel ça ils adorent, on réussit à avoir des bonnes interactions et Fred lui accorde une grande importance au travail que l’on fait, quand il prend une demi-heure c’est vraiment une demi-heure."

Pour Valentin, la clé est dans le fait de réussir à faire un travail qui est attractif, qui permet aux joueurs de rester concentrés tout au long de la séance. "Les joueurs sont super heureux de pouvoir travailler avec de la vidéo, c’est une manière de s’améliorer pour eux. Ils sont très attentifs mais le seul bémol c’est que, si les vidéos dépassent un certain nombre de minutes, le niveau d’attention n’est pas toujours très élevé. Certains sont très concentrés pendant toute la séance, d’autres dérivent rapidement vers d’autres pensées mais voilà c’est à nous de gérer l’aspect vidéo pour qu'elle soit attractive, gérer la qualité et la durée aussi."

Un travail à long terme

Le travail par la vidéo étant une première que ce soit pour l’AS Monaco et le RC Pays de Grasse, ce fut la même chose pour la première expérience de Cyprien avec Pagny-sur-Moselle en R1. Nous leurs avons demandé s’ils voyaient déjà des résultats depuis leurs débuts et à partir de combien de temps cela porte ses fruits.

Pour Cyprien, le processus est assez long et il faut travailler longtemps pour observer les premiers vrais résultats. "On dit qu’en général, la concrétisation d’un nouveau travail pour un analyste c’est deux ans. Donc un an c’était court, surtout que les joueurs n’en n’avaient jamais fait auparavant, et pour la vidéo il faut des infrastructures, des tribunes pour avoir de la hauteur pour filmer, des logiciels qui suivent derrière donc ça engendre des moyens. Mais on a tout de même pu voir des résultats puisque derrière ils ont eu l’envie de continuer à travailler avec la vidéo, ils voulaient me garder mais je suis parti pour découvrir le monde professionnel. J’aurai aimé poursuivre mon travail, mais s’ils y consacrent un peu de moyen ils peuvent trouver quelqu’un qui pourrait s’occuper de ça à temps plein." Jimmy partage ce sentiment et pense qu’il faut du temps avant de voir des changements, même si cette saison il a pu identifier des améliorations. "On arrive à leur faire voir des choses qu’eux ne voient pas forcément. On fait trente minutes de vidéo avant chaque séance et on s’en sert pendant le debrief aussi pour leur montrer le bloc par exemple. Parfois sur certaines phases de jeu oui on voit déjà une différence, mais le souci avec un club au niveau régional, c’est qu’on manque un peu de temps pour travailler. Donc les résultats on en voit, mais ils ne sont pas aussi conséquents qu’au haut niveau. Maintenant je suis en relation avec tous les entraîneurs de l’association et j’essaye d’aider tout le monde. Le seul frein c’est de filmer, donc si eux arrivent à filmer des séquences moi je peux aider tout le monde et je me propose pour analyser." D’après Valentin, à Grasse, les changements ont été plus rapide. Lui qui s’estimait chanceux d’avoir un groupe aussi réceptif à son travail ne cache pas sa joie quant aux résultats de l’équipe. "Franchement c’est un grand oui, la vidéo est un aspect très important pour le développement collectif et individuel des joueurs d’une équipe. Cela nous permet de faire évoluer nos principes de jeu, notre ADN sur le plan collectif et sur le plan individuel on réussit à rectifier certains petits défauts donc je pense que l’utilisation cette vidéo est bénéfique."

Actufoot • Caméra Fos sur Mer

Photo prise lors de la captation du match ES Fos - VSJB en R1 par Jules Gris pour le VSJB.

La question réside aussi sur ce point : à quel niveau peut-on commencer à travailler avec de la vidéo et que cela peut-il avoir un vrai impact ? Cyprien nous donne son avis en toute transparence. "Moi je pense que même au niveau district ça peut être utile, il y a des joueurs qui ont envie de progresser et de ce fait on peut l’utiliser individuellement ce qui demande moins de moyens. Il y a des joueurs qui savent qu’ils ne feront pas carrière mais qui ont cette envie de progresser, donc pourquoi pas. Après c’est toujours une question de moyens, mais une personne je pense qu’individuellement elle peut tout à fait l’utiliser. Je suis allé visiter la structure de Valenciennes, qui est certes une structure professionnelle, mais ils utilisent ça pour des enfants de 8 ans par exemple. Donc on peut se poser la question, pourquoi aussi jeune ? C’est utile pour le développement personnel, on amène la vidéo d’une autre façon. Donc même au plus bas niveau on peut utiliser la vidéo pour montrer des alignements défensifs par exemple, c’est toujours bon à prendre."

Bien sûr la différence est encore importante entre les deux mondes mais nous voyons bien que l’analyse vidéo tend à s’inviter de plus en plus chez nos clubs amateurs. C’est donc pourquoi dans le prochain et dernier volet de cette enquête, nous vous exposerons une vision de l’évolution future de ce métier.

Jules Gris

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