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Interviews

7 janvier | 17h21

Du monde amateur et de l'usine à la CAN 2022, le fabuleux destin de Fernandy Mendy

Encore joueur amateur et employé d'une usine à Angers il y a trois ans, Fernandy Mendy s'apprête à disputer la Coupe d'Afrique des Nations avec la Guinée-Bissau. Un véritable rêve éveillé que le défenseur central de 27 ans nous a raconté au détour d'un entretien mêlant humilité et ambition. A l'image de son parcours atypique.

CAN 2022

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Dans ce contexte sanitaire extrêmement éprouvant, comment s'est déroulé le rassemblement ? Quel a été le cadre de travail ?

Ça s'est plutôt bien passé, on était installés chacun dans une chambre à cause du Covid alors que d'habitude, on est souvent deux. Il était interdit de sortir de l’hôtel. Le premier jour, on est arrivés le matin et on a eu entrainement le soir même. Le lendemain, on a doublé les séances et on s'est envolés pour le Cameroun mercredi.

Il y a eu de sérieux questionnements quant à l'organisation de la CAN à cause de l'émergence du variant Omicron. Des sélectionneurs ont dû et vont peut-être encore devoir se passer de joueurs testés positifs au Covid juste avant la compétition. Dans ce contexte pesant, la joie d'être convoqué prend le pas sur tout ?

Pour vous raconter, je l’ai appris au téléphone à la suite d'un appel du Team Manager. Il m’a demandé : « Tu te sens comment physiquement en ce moment ? On a un blessé alors on a pensé à toi pour intégrer l’équipe ». Je lui ai répondu que je me sentais bien parce que je jouais tous les week-ends dans mon club (Alloa, D3 Ecossaise). C’est là qu’il m’a proposé de participer à l’aventure et j’ai évidemment répondu favorablement. J’ai ressenti un sentiment de fierté et de soulagement aussi. J’ai l’impression de débuter quelque chose, une nouvelle aventure.

Cela représente quoi pour toi, né au Sénégal, de représenter la Guinée-Bissau ?

Mes parents ont migré au Sénégal, c'est pour ça que je suis né là-bas. C'est quelque chose de fort pour moi mais aussi pour ma famille d'être avec l'équipe nationale même si je n'ai pas encore pu fêter ma première sélection. Avec ma présence, même des membres de ma famille qui à l'origine n'aiment pas le foot vont s'y mettre. Ils sont tous contents et fiers pour moi.

Quel est ton rôle au sein des "Djurtus" ?

Je reste moi-même, je n’ai pas de rôle spécial. Evidemment, il y a le capitaine et des joueurs qui sont là depuis longtemps comme dans toutes les équipes. Moi, j’arrive un peu sur la pointe des pieds. Ils me connaissent certes, mais je suis assez discret et je reste à ma place. On est là seulement pour le terrain, pas pour une question de statut.

Actufoot • Djurtus

Les Djurtus vont participer à la troisième CAN de leur histoire. La troisième de façon consécutive (Photos : DR).

Ayant travaillé à l’usine aussi, ce genre d’expérience me permet de garder les pieds sur terre et de me dire : "Je vis quelque chose d’énorme mais ça peut s’arrêter à tout moment."

Fernandy Mendy

Ton discours traduit une certaine humilité qui prend sa source dans ton parcours atypique, n’est-ce pas ?

C’est ça, je suis rentré au centre de formation très tard, j’avais 18 ans (à Angers). Je connais davantage le monde du football amateur. J’ai un réel goût pour le travail, j’ai côtoyé des personnes qui se sont toujours levées à 5h du matin pour aller bosser. Ayant travaillé à l’usine aussi, ce genre d’expérience me permet de garder les pieds sur terre et de me dire : « Je vis quelque chose d’énorme mais ça peut s’arrêter à tout moment. »

C'est en quelque sorte un rêve éveillé ?

Je vis vraiment un rêve. C’est sûr que travailler à l’usine ne l’était pas, d’ailleurs pour ceux qui travaillaient avec moi non plus. Moi, j’avais déjà envie de jouer au football ou effectuer un travail beaucoup moins pénible. Heureusement, j’ai été soutenu par ma femme et mon entourage pour en arriver où j’en suis aujourd’hui. Quand je repense à mon parcours, je me dis que c’est un travail d’équipe, je n’y suis pas arrivé tout seul.

Tu as notamment concilié ton travail à l'usine et le football amateur.

J’ai travaillé à l’usine Scania à Angers. Ma mission était de poser des moteurs sur des châssis. On avait 14 postes et on devait tourner toutes les deux heures et poser ces moteurs. J’ai fait ça pendant deux ans et demi. Au même moment, je jouais à La Flèche (N3) à 40 minutes de chez moi. En fait, je débutais mes journées à 5 heures du matin, je rentrais chez moi à 17h puis j’allais chercher ma fille à la crèche. Après, c’était l’heure de l’entrainement.

Tu « charbonnais », c’est le terme ?

Oui, vraiment beaucoup. Je me dis que tous mes efforts pour devenir professionnel ont abouti aujourd'hui. Même si je devais arrêter ma carrière demain, je serais content du parcours que j’ai effectué pour en arriver là. Je ne réalise pas encore tout à fait ce qu’il m’arrive.

De La Flèche, tu prends le direction de l'Ecosse. Comment y arrives-tu ?

Grâce à Thomas Beaurepaire qui gère une société appelée « Experience UK ». Il a su croire en moi et a débloqué plein de choses. Je l’ai rencontré grâce à Alex Drouet. Je n’ai fait que saisir l’opportunité. Avant d’y aller, je ne situais même pas l’Ecosse sur une carte.

Actufoot • Mendy Alloa

Depuis le 23 juillet dernier, Fernandy Mendy porte et joue régulièrement avec les couleurs d'Alloa Athletic en League One (D3 Ecossaise).

On ne roule pas sur l’or non plus mais je n’ai pas à me plaindre. Je gagne plus que ce que je recevais à l’usine en me levant à 5h

Fernandy Mendy

Et aujourd'hui, tu t'y sens comment ?

C’est mieux que la première année puisque maintenant je parle anglais (rires). En plus, j’ai rejoint un club de League One. Mon coach me fait confiance, je joue beaucoup plus qu’au début.

L'adaptation a été difficile ?

Oui parce j’étais dans un club où je n’ai pas beaucoup joué la première saison (4 matches). En plus, il y eu le covid qui arrivait, c’était une année plutôt compliquée. Lors de la seconde, j’ai réussi à faire entre 10 et 15 matches en jouant les plays-offs de deuxième division.

De quelle façon as-tu géré les moments difficiles ?

Je suis resté concentré sur mes objectifs grâce à ma famille et bien sûr à Thomas (Beaurepaire) que j'avais au téléphone presque tous les jours. Ma femme a quitté son travail en France pour venir vivre avec moi en Ecosse, je n'avais pas le droit de lâcher pour elle et pour mes enfants.

Quel est le niveau de salaire en D2/D3 Ecossaise ?

Je ne sais pas comment ça se passe en France dans les championnats professionnels ou en National, mais en Ecosse, je dirais que c’est avantageux. Certains joueurs bossent à coté mais pas moi. On ne roule pas sur l’or non plus mais je n’ai pas à me plaindre. Je gagne plus que ce que je recevais à l’usine en me levant à 5h.

Espères-tu gravir les échelons jusqu'à atteindre la Scottish Premiership ?

Je n’ai pas de limites, je prends tout ce que je peux prendre. Comme tout footballeur, je veux jouer au meilleur niveau donc bien sûr que cela fait partie de mes objectifs. Si j’arrive à monter avec mon club, même si c’est compliqué en ce moment (8e sur 10), je serais déjà content.

Mais ton contrat s’arrêtera en fin de saison. Tu y penses déjà ?

Je ne me prends pas la tête, j’ai ma saison à terminer. Quand elle sera finie, je repartirai en France et je verrai à ce moment-là. J'ai toujours signé mes contrats en fin de saison donc ça ne me met pas de pression.

Pour finir sur la CAN, quelles sont les chances de la Guinée-Bissau dans un groupe relevé avec l'Egypte de Mohamed Salah, le Nigéria et le Soudan ? D'autant plus que vous devrez faire sans Alexandre Mendy (9 buts en Ligue 2 avec Caen) en attaque...

Toutes les équipes ont envie de passer les poules, c’est l’objectif cette année même si on ne le revendique pas haut et fort. Mendy, c’est un grand attaquant mais nous avons d’autres joueurs comme Mama Baldé (Troyes) et Joseph Mendes (Niort) qui peuvent aussi aider par exemple. C’est toujours compliqué de remplacer un joueur. S’il est dans l’équipe c’est que c’est la personne qu’il faut mais on arrive toujours à trouver quelqu’un qui peut aussi faire de bonnes choses à sa place.


Recueillis par Thomas Gucciardi

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